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 Randonnée dans le cantal

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Aragokun
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MessageSujet: Randonnée dans le cantal   Randonnée dans le cantal Mini_298936rienJeu 26 Sep 2013 - 21:45

Voici la toute première fanfiction que j'ai écrite, cela date...d'avant les vacances d'été... '_'
et faudrait que je songe à l'achever un de ces quatres (j'en suis au chapitre 4).
Bref voici déjà le premier, si ça vous plait je mettrai le reste ^^

Myriam Rocert s'attendait à finir sa jeunesse dans le centre médico-psychologique de Brussac, déchiré entre souvenirs malheureux de son enfance et ennui mortel, au cœur de la campagne paumée du Cantal. Heureusement son séjour va être égayé (attention je n'emploie pas ce mot par hasard, SHOUNEN AI POWER C PARTI) par l’accueil chaleureux d'un petit collégien corse aussi affectueux qu'insupportable.


Chapitre 1 : le coin perdu

La voiture roulait à allure régulière sur la route de campagne bordée de hêtres aux feuilles vertes tendre. A perte de vue ce n’étaient que pâturages où broutaient quelques Salers dont le poil roux semblait de feu au soleil. A l’horizon les magnifiques volcans aux pentes douces et herbeuses caractéristiques du Centre commençaient à apparaître. La voiture roulait seule sur cette route isolée de tout contact urbain. Cela faisait déjà trois bonnes heures que Joséphine avait quitté Lyon. La fatigue commençait à crisper son visage qui avait dut être d’un grand charme il y a de cela vingt ans. Ses yeux, d’un beau gris triste, regardaient avec impatience cette route sans fin dans l’espoir d’apercevoir un signe qui l’avertirait qu’elle aurait bientôt atteint destination. Néanmoins il lui faudrait avant entreprendre une ascension sur un chemin beaucoup plus abrupt à travers le massif. Elle n’était guère habituée à ce genre de voyage puisqu’à ce jour elle ne s’était éloignée de sa ville natale. La seule exception fut un mémorable voyage de famille dans les Alpes où elle avait découvert le ski et fait la connaissance d’un homme. Cette époque semblait si lointaine.
Assis sur le siège arrière dont le cuir commençait à se détacher, Myriam contemplait d’un air distrait les rayons du soleil dans le feuillage des arbres et des bosquets. La quinzaine, les épaules fortes en dépit de son corps amaigris, le menton posé sur une large main de paysan des forêts alpines, c’était un jeune plutôt bien taillé. Ses cheveux châtain qui paraissaient presque blonds sous l’ardent soleil de midi étaient un peu trop long et voilaient ses yeux similaires à ceux de sa mère.
Le paysage se mit à changer passant des prairies étendues aux champs abrupts.
Le soleil avait bien décliné lorsque le petit véhicule parvint à un embranchement où quelques autres voitures faisaient leur apparition. Et ce n’est pas sans soulagement que Joséphine aperçut un petit village. Le petit village. Celui dans lequel tout le monde pourrait enfin l’oublier, pensa Myriam.
Les rues silencieuses bordées de charmantes petites maisonnées dont les toits recouverts de plaques de bazalt rappelaient la nature volcanique de la région. La voiture s’arrêta devant le seul bâtiment relativement moderne du village et les deux voyageurs descendirent. Myriam tendit les muscles de ses jambes et respira profondément l’air frais du soir, entre chien et loup. Avant d’emboîter le pas à sa mère il prit le temps d’observer les flans rocheux des monts, les forêts de pins et il se réjouit à l’avance des longues randonnées, des escalades qu’il pourrait faire. Car seul la solitude et l’exercice physique lui permettaient parfois d’oublier.
Le hall d’entrée dans lequel ils entrèrent sentait les fleurs de montagne. Des jeunes gens à l’apparence fragile et discrète passaient d’un couloir à l’autre et jetaient furtivement des regards curieux aux étrangers.
« Vous êtes sans doute Madame Rocert, s’exclama la petite dame rondelette de l’accueil. Puis se tournant vers Myriam avec un regard empreint de bienveillance : bienvenue au centre médico-psychologique de Brussac. »
[…]

« Et n’oublie pas de bien manger surtout…, bafouilla Joséphine en ouvrant la portière de la voiture. –Ne t’inquiète pas pour moi. Prends plutôt soin de toi et ne te surmène pas. Tu verras lorsque j’irai mieux tout va s’arranger… » Le jeune homme se plia en deux et serra sa mère dans ses bras. Puis après un dernier regard humide, celle-ci rentra dans la voiture et partit. Elle s’en voulait tellement, elle aurait tant voulu avoir la force de pouvoir prendre soin de son fils par elle-même.
Tandis que le véhicule s’éloignait pour retourner à Lyon, un douloureux sentiment de solitude et de culpabilité s’empara de Myriam. Sa mère en dépit du chagrin et de la fatigue s’était occupée toute seule de lui depuis deux ans, s’était privée pour le scolariser. Et lui était trop absorbé par ses problèmes personnels pour avoir su la soutenir.
Résultat : maintenant il était pris en charge par un centre psychologique au milieu d’un coin perdu de montagne et il se sentait plus seul que jamais. Envolées ses douces pensées sur la randonnée et l’escalade. Il n’y avait plus maintenant qu’un épouvantable sentiment de solitude.
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Aragokun
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MessageSujet: Re: Randonnée dans le cantal   Randonnée dans le cantal Mini_298936rienLun 14 Oct 2013 - 16:10

Je met le chapitre 2 hein? Paque le 1 est un peu...hum...chiant. ... 

Chapitre 2 : L’élève de Ratier

Ce qui le marqua au cours de cette première semaine, ce fut surtout le sentiment de résignation qui régnait dans le centre. Le traitement consistait essentiellement en séances d’analyses par des soi-disant psys (c’était un village de campagne, fallait pas rêver). Traitement complètement inefficace sur Myriam d’ailleurs puisqu’il n’avait guère envie de se confier à ces inconnus. Tous les internés paraissaient complètement éteints, soit dans leur monde, soit si sensibles qu’on ne pouvait entamer une conversation sans les faire paniquer. En dehors des séances, le personnel ne proposait pas grand-chose à part la lecture de livres insipides. Le jeune homme se retrouvait la majeure partie du temps à errer comme un fantôme dans les couloirs grisâtres qui sentaient le désinfectant. Il ne se sentait pas vraiment à sa place ici mais la morosité ambiante commençait à déteindre sur lui et faute de pouvoir l’aider le traitement le plongeait dans un abattement profond. Apathique, il pouvait passer des heures allongé sur son lit dans le dortoir qu’il partageait avec deux adultes mentalement retardés. Bref tout ne pouvait pas aller plus mal jusqu’à ce mercredi matin…
[…]

La journée s’annonçait particulièrement belle ce jour là. En se levant Myriam ouvrit la fenêtre et se pencha pour humer l’air frais ce qui dégagea momentanément son esprit de toute torpeur. Il était calme, serein et il se sentait même en forme. Il n’y avait rien de plus magnifique que le soleil, les volcans majestueux, les champs à l’herbe verdoyante parsemée de fleurs, les pins et les hêtres dans lesquels chantaient une multitude d’oiseaux.
[…]
Environ une demi heure plus tard il était de retour parmi les autres internés Comme il était plutôt costaud la surveillante, madame Chausi, qui ressemblait vaguement à une momie, lui avait demandé de l’aider à transporter du nouveau matériel pour les chambres et le réfectoire. « On doit également recevoir de nouveaux livres de la part du collège de Ratier. –Ratier ? –Oui c’est un village à deux kilomètres d’ici. C’est un peu plus animé qu’ici, il y a même une école et un collège. La plupart des jeunes y sont fort aimables mais d’autres peuvent s’avérer de mauvaise fréquentation. Il y a peu de vandalisme mais tout de même. Enfin, de temps en temps le collège envoie un de ses élèves apporter des livres, du matériel d’écriture ou autre. »
La curiosité de Myriam fut piquée. Jusqu’à présent il n’avait vu personne du village de Brussac ou d’ailleurs en dehors des gens qui vivaient dans le centre et il avait grand besoin de parler avec quelqu’un de mentalement…normal. Malheureusement il risquait d’être un peu déçu.

Alors qu’il disposait quelques chaises dans le réfectoire et que la mo…hum, madame Chausi s’entretenait avec le cuisinier un claquement de porte retentissant ébranla le calme du bâtiment. Puis un bruit assourdissant de pas précipités se répercuta à travers les couloir et enfin une voix tonitruante manqua éclater les tympans de Myriam : « ERNOUF ! NOEMIE ! OUHOU ! VOUS ETES OUUUUUUU ! AH VOUS ETES LA. Elle est où l’ancêtre, dis, j’ai des livres un max chiants à lui donner. »

Myriam se tourna vers Chausi qui avait d’un seul qui coup pris une couleur écarlate et ses yeux noirs un éclat meurtrier. Le jeune homme déglutit, elle ressemblait vraiment à une momie de film d’horreur là… « RRRRAAPHAEEEEEEEL !!!! » gronda-t-elle, ce qui fit à nouveau siffler les oreilles du nouveau. Il se précipita après la surveillante vers les dortoirs des patients de moins de dix ans et accélérèrent lorsqu’ils entendirent un bruit d’objets qui chutent.
Dans le couloir ils croisèrent des internés épouvantés en fuite puis deux petits bambins blonds, probablement Ernouf et Noémie, qui riaient aux éclats. En apercevant la vieille ils firent rapidement demi-tour en criant : « La voila ! La voila !
La concernée de plus en plus furieuse entra dans la bibliothèque et Myriam avec elle.
Et il le vit.

Raphael était petit, très petit, sans pour autant être chétif. Ses bras musclés sous sa fine chemise montraient qu’il devait sans doute travailler aux champs ou vagabonder dans la montagne sous le soleil d’été. Sa peau était tannée comme celle d’un sicilien et ses cheveux désordonnés d’un noir de jais. Mais ce qui ébahissait Myriam c’était ses yeux. Bleus, si bleus, ils contrastaient étonnamment avec le reste de son visage. Ces iris étaient du turquoise le plus magnifique qu’il eut jamais vu, comparables à la couleur des plus belles mers tropicales. Myriam était complètement fasciné, subjugué, et il sentait dans sa poitrine une douce chaleur. Une chaleur qu’il ne pensait plus jamais ressentir. Mais sa torpeur fut de courte durée car, sans pour autant le quitter des yeux, Raphael s’exclama : « OUHOU T’ES LA ? HEIN DIS ! T’es nouveau toi dis ?
-Raphael ça suffit, l’interrompit sèchement Chausi, je croyais t’avoir formellement interdit de remettre les pieds ici ! Je ne veux pas de tes cris et de ton intolérable impolitesse! Nos patients ont besoin de calme et j’en ai plus qu’assez de nettoyer tes dégâts à chaque fois que tu viens vandaliser notre matériel et réduire à néant le traitement des internés. Range tout de suite ces livres ou ça va barder pour toi je te préviens et REGARDE MOI QUAND JE TE PARLE SALE JEAN-FOUTRE !!! »
Raphael ne l’avait bien entendu pas écoutée, buté comme il était. Toutefois il avait gardé un profond silence, ce qui lui était très inhabituel. Parce qu’il ne parvenait plus à détacher son regard de celui gris perle de Myriam. Quelque chose chez cet immense étranger l’intriguait, mais il ne parvenait pas à mettre un nom sur la sensation qu’il éprouvait alors. Heureusement l’exclamation de Chausi le fit illico revenir à sa nature ardente : « Mais c’tais pas d’ma faute hééé ! Y sont tombés tous seuls de l’étagère ces livres mais z’inquiétez pas l’ancêtre ! J’vais tous ranger dites !
-Tu as intérêt et après tu fous le camp de là sale connard. Je m’en fous que Ernouf ou Noémie te trouvent amusant. Eux aussi ont besoin de calme s’ils ne veulent pas devenir des débiles mentaux comme toi ! RAAAHH j’vous jure les jeunes d’aujourd’hui… »Et elle sortit de la pièce pour rejoindre son bureau, non sans avoir lancé une multitude d’insultes à l’égard de son ennemi.
« Elle est relouuu hein dis ! Bon on va p’t’être essayer de remettre ses bouquins là, tu m’aides ? »Depuis quelques secondes Myriam ne parvenait à se défaire d’un sourire, un vrai sourire. Il était peut-être influencé par celui de Raphael dont l’éclat lui semblait plus chaud et plus éblouissant que le soleil. Il entreprit de remettre l’étagère sur pied tandis que l’autre ramassait les ouvrages éparpillés sur le sol en fredonnant un air local. Une fois que le méditerranéen les eut tous en main il les mit sur l’étagère, enfin il essaya. Il se contenta de les mettre en vrac les uns sur les autres, et comme il tentait de les mettre au même endroit en même temps ils finissaient automatiquement par retomber par terre. Et l’idiot les ramassait alors à nouveau et recommençait. Myriam se retenait d’éclater de rire : « Mais enfin, c’est moi qui suis censé être le malade mental ici ! Attends on va les mettre comme ça. » Avec Myriam les choses furent vite réglées mais celui-ci regretta presque son acte car Raphael se remit immédiatement à la conversation avec une curiosité exaspérante :
« ALORS ALORS t’es d’où ? Un pays d’l’est ? C’est quoi ton nom dis ? Hein pourquoi qu’tes ici, t’as une maladie mentale ? A mais non hein j’suis bête, tu s’rais pas ici sinon. Ou alors t’as vécu des trucs horribles, tu veux pas en parler. Ah mais j’comprends hein, oui oui j’poserai pas de questions, promis juré craché. Oh et puis d’toute façon j’m’en fous de l’ancêtre et de ses « Ses pauv’ petits chouchous ont besoin d’calme ; laisse les enfermés dans leur chambre ; leur parle pas ; fais vœu de silence tant qu’t’y est et gna gna gna gna ! Non mais sérieux z’êtes pas des bébés quand même. Mais t’inquiète je respecte ta vie et tout et tout hein. Tu aimes la tarte ? T’as une petite amie ? Oui j’pose cette question au cas où elle aurait envie d’se ramener avec ses copines faire une chouette de teuf à Ratier. C’est déjà arrivé un truc dans l’genre, j’me souviens c’tait la meuf de Lucas. Un gros con qui était en terminale de mon collège y d’ça 5 ans. J’tais encore minot à l’époque, j’tais avec ma famille, mes copains, c’tait trooop l’éclate ! Mais bon aucun rapport, t’aimes quoi comme musique dis ? T’as ramené des trucs de chez toi à montrer ? T’sais c’est un peu paumé ici…Oh si si, j’crois qu’j’ai deviné pourquoi qu’tes ici. T’es anorexique (ouaich t’as vu comme j’cause riche !) ! Enfin j’dis ça comme ça hein mais j’tassure qu’tes très bien comme gars, musclé et tout et tout dis… Ou alors tu bois, tu fumes, t’es alcoolique hein ? T’avais un animal de compagnie ? Il est mort ?»
Le pauvre Myriam n’arrivait même pas à en placer une, de plus un épouvantable mal de tête commençait à se faire sentir. Etait-ce vraiment possible d’être chiant à ce point ? Aussi décida-t-il de renoncer définitivement à toute politesse envers Raphael, aussi mignon ce dernier soit-il, pour enfin lui faire fermer sa gueule.
« HE HO NON je ne suis pas anorexique ducon, ni alcoolique, ni fumeur ! Je suis un jeune à peu près normal et oui j’ai vécu des trucs dont je ne veux pas trop parler. Mais sinon ça va très bien tant que tu ne me poses pas 36 questions par seconde !
Je viens de Lyon et …
-OH LYON mais c’est genre trop cool dis tu dois connaître tous les nouveaux groupes et puis tu d’vais aller à un tas d’teufs avant, ou aller au musée, c’est bien aussi le musée. Et qu’est-ce que les jeunes font en c’moment là-bas, c’est quoi la mode en c’moment ? Hein dis dis t’aimais quoi faire dans la vie ?
Myriam était exaspéré : -OUI d’accord j’allais parfois faire la fête, mais ça c’était avant que j’ai des problèmes avec les autres jeunes de ma bande ! Par ailleurs la mode je m’en fous, c’est juste un truc pour des gens cons qui croient qu’en s’habillant comme une star ils seront uniques ! Les jeunes lyonnais n’aiment pas tous particulièrement le musée. Si tu veux écouter les morceaux en vogue j’en ai sur mon ipod…
Raphael s’approcha de lui, son visage était de plus en plus animé par l’enthousiasme et la curiosité–Ohhhh t’était dans une bande ?! T’étais un genre de gangster en fait hein dis ? T’as fais des trucs chelous ? t’as tué des gens ? hein dis quoi, quoi ?
-OUI OK j’ai fais des trucs dont j’suis pas très fier mais j’ai pas envie d’en parler et surtout pas avec un abruti de ton genre ! C’est pas tes affaires, VA TE FAIRE FOUTRE CONNARD ! »
L’expression de Raphael avait d’un seul coup changé. Son visage était d’un seul coup éclairé par un sourire carnassier, ses mèches rebelles noires lui donnaient un air menaçant et ses yeux étaient d’un bleu électrique, éclatant de vie et de combativité. Myriam fut à nouveau stupéfait par sa beauté et il eut du mal à s’empêcher de le regarder de façon…incorrecte, hum, hum…
« C’toi l’connard sale blanc-bec hé ! Apprête toi à subir la vengeance de la mort qui tue ! » Et plus rapide que l’éclair, il empoigna un des livres qu’ils avaient eu peine à ranger sur l’étagère et le lança avec violence en direction de Myriam. Ce dernier l’esquiva de justesse et pris à son tour par l’ivresse du combat, attrapa une pile entière de magazine et les projeta avec une précision destructrice sur le petit méditerranéen. Ce dernier trébucha sous le choc mais se releva aussitôt pour reprendre la lutte. Ils se bagarrèrent ainsi à coup de bouquins pendant quinze minutes et détruisirent par la même occasion l'ordre "Chausien" de la pièce. Mais Myriam ne s’était jamais senti aussi heureux. Cette rencontre lui avait permis d’évacuer une partie de sa nervosité emmagasinée depuis plusieurs semaines. Et puis il n’y avait rien de plus beau que le rire de Raphael. Pur, éblouissant, vibrant de vie et de joie, et tellement contagieux que lui-même se retrouvait complètement hilare. La maladresse du méditerranéen lorsqu’il se prenait un livre dans la tronche en essayant de l’esquiver était tellement comique, ça faisait presque pitié. Quand ils n’eurent plus ni livres, ni énergie, ils s’écroulèrent par terre l’un à côté de l’autre, riants et couverts de sueur.
Raphael se redressa pour s’asseoir « Ouahh ! J’ai jamais vu quelqu’un s’batt’e comme ça ! hh hh Tu d’vais être genre un gangter à Lyon hein dis. Hé d’ailleurs comme tu l’sais p’t’être mon nom c’est Raphael Ottavy.
-Tu es italien ?
-Bouhh ! Bien essayé mon p’t’tit, mais c’est pas ça. Je suis corse. Un guerrier du maquis eh ! J’y ai vécu genre les dix premières années d’ma vie, à deux ans je jouais à Tarzan dans les oliviers. Faut croire que c’est parce que j’passait plus de temps à courir dans la forêt plutôt qu’à étudier que maintenant j’parle bizzarement hein. Mais bon j’suis corse que du côté d’mon père, cultivateur d’olives il était, sinon ma mère est d’là région du cantal. C’est cool aussi comme coin. Y a pas autant de scorpions mais bon. Et toi c’est quoi ton p’tit nom ? »
Myriam se disait qu’il était bien loquace pour un enfant sauvage. Par ailleurs, son accent, aussi curieux soit-il, ne lui était pas si désagréable. Il lui paraissait très drôle, spontané, chaleureux. Il se remit debout.
« Je m’appelle Myriam Rocert, fit-il en tendant sa main pour aider Raphael à se relever aussi. Celui-ci sourit et accepta l’offre. Sa main était petite et douce dans celle du lyonnais, Myriam eut du mal à la lâcher.
- Myriam…eeehhh ! J’peux t’appeler mimi ? Hein dis dis ?
-Non pas question.
-S’te plait, s’te plait, s’te plait, s’te plait, s’te plait, hein, dis, dis, dis… ?
-Bon d’accord, d’accord. -Ouaiiiiiis !!!!

Je tiens à présenter toutes mes excuses aux bibliophiles pour cette scène extrêmement violente. Par ailleurs, j'apprécie la lecture contrairement à ce qu'on pourrait croire en lisant cette fic. En pleurs 
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Aragokun
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MessageSujet: Re: Randonnée dans le cantal   Randonnée dans le cantal Mini_298936rienVen 18 Oct 2013 - 18:40

Accrochez vous bien... ... je balance les chapitres 3, 4 ET 5, chapitre que je viens d'écrire récemment. Et oui, je me suis enfin remise à cette fanfic plusieurs mois plus tard.... J'ai peut-être un style d'écriture assez lourd :mh: n'hésitez pas à me le dire s'il faut que je le change Thé 
Donc bref. Voila pour ceux qui ont une bonne digestion!!! Enfin ! 


Chapitre 3 : Bienvenue dans le Cantal

A vrai dire ce ne fut pas joli joli lorsque Chausi les découvrit dans une bibliothèque en ruine. Il avait alors cru que c’en était fini de Raphael parce que la surveillante, douée d’un seul coup d’une force meurtrière, avait agrippé d’une main crochue les cheveux du petit corse pour le traîner hors de la pièce. Le pauvre bougre hurlait de terreur et de douleur et Myriam s’était alors demandé avec grande inquiétude si les châtiments corporels étaient encore autorisés dans ce village paumé. Heureusement une fois dans le hall d’entrée elle s’était contentée de lui hurler dessus les 366 insultes de son riche vocabulaire et de ficher la frousse à internés et personnel du centre (sans compter le voisinage). Elle l’avait ensuite jeté dehors au sens propre du mot, non sans lui avoir collé deux claques et un coup de pied au cul, et interdit l’accès au centre à tout jamais.
Raphael eu tout juste le temps de faire un signe de la main à Myriam avant d’être obligé par la dragonne à se carapater.
En fait ce que Myriam avait le moins apprécié ce fut lorsque Chausi avait aussi fait retomber sa courroux sur lui en l’obligeant à ranger la bibliothèque tout seul. Merci beaucoup Raphael . Bon il n’en était pas au point de croire que le corse l’avait fait exprès pour l’emmerder (il était trop con pour ça) mais c’était vraiment possible d’être chiant à ce point ?!

Depuis ces évènements fâcheux il pensait avec tristesse qu’il ne reverrait pas le méditerranéen…il avait tort. Dès le lendemain, il eut tôt fait de sortir un instant profiter de l’air matinal dans la petite cour arrière qu’il vit Raphael surgir comme un ninja par-dessus le petit muret. «COUCOU MIMI !!! -Mais comment savais-tu que j’allais sortir enfin ?!-J’ai pas cour sam’di, j’tais attendu d’puis 7 heures du mat’ ouais. Bon sinon c’est cool, fais beau en cet’ saison dis, t’as un truc de prévu hé ?
-Oui j’ai une séance d’analyse dans une demi-heure. –Tsssss, non mais l’ancêtre et les autres y ont rien compris hé. Toi et les aut’es z’avez rien à faire enfermés dans c’centre dis. T’es un sportif y a pas photo. Et puis ça m’rends malade d’vous voir tous allongés sur vot’ lit à pleurnicher comme des mioches hé. C’est c’que j’veux toujours lui expliquer à la Chausi quoi, à propos d’Ernouf, d’Noémie tout ça. D’ailleurs t’les as vus ? Sont cool ces mioches hé ! Retardés mental mais trop la pêche hé, ouais j’adore ces gosses. J’les fais sortir en douce d’temps en temps pour qu’y aillent courir un peu dehors, comme de vrais mioches quoi. Bon c’que j’voulais dire c’que toi comme beaucoup d’aut’ c’est de vous balader dehors dont vous z’avez b’soin. J’pense qu’y a rien d’mieux qu’l’air pur et l’sport pour oublier ses soucis hein.
Myriam était un peu surpris d’une telle perspicacité de la part de Raphael. Lui qui le pensait complètement arriéré. Et puis il était aussi touché que Raphael se soucie de son bien être et de celui des autres patients. C’était en fin de compte quelqu’un de très gentil en dépit de son indiscipline.
-Où veux-tu en venir exactement ? –Ben hé j’pensais t’faire visiter l’coin pardi !
C’est un joli village Brussac, et puis y Ratier aussi. Et si t’es aussi résistant qu’t’en as l’air, faudra aussi qu’j’t’emmène dans la forêt de Laporte. On l’appelle comme ça parc’après faut grimper jusqu’à un col pour aller dans la vallée d’à coté. Puis sinon y aussi un ch’min dans not’ vallée qui va vers une p’tite ferme et puis… »
Myriam l’écouta encore pendant 5 bonnes minutes exposer ses connaissances étendues de la région. Mais ça ne le dérangeait plus trop. Accoutumé au timbre puissant mais fluide de Raphael qu’il commençait à apprécier autant que la personne, son désir d’aventure et de découverte lui revenait. Il trépignait intérieurement d’impatience à l’idée de se lancer à l’assaut des sommets, de parcourir les verts et magnifiques pâturages…
Il se souvenait du paysage qu’il avait admiré en arrivant à Brussac et par la fenêtre du dortoir. Les forêts, les chemins à flan de volcan, les villages touristiques du Cézal et du Lanèse lui apparaissaient soudain comme des lieux enchantés. Il était hypnotisé à la fois par la voix et par les traits de Raphael lorsqu’il parlait. Son sourire omniprésent dont les dents blanches brillaient éclairait les traits délicats de son visage bronzé et les yeux qu’il adorait. Son récit bien que maladroit et bourré de fautes de prononciation était animé d’énergie. Le corse mettait toujours beaucoup d’émotion dans ce qu’il disait et il avait sans s’en rendre compte beaucoup d’humour. Il semblait toujours joyeux même lorsqu’il était en colère. Mais ce qui faisait le plus battre le cœur de Myriam c’était ce rire à la fois éclatant à te faire exploser les oreilles et doux par sa chaleur et sa sympathie. Raphael ne semblait pas prêt de s’arrêter dans sa tirade alors Myriam le coupa : « D’accord, mais je pense que ce serait mieux si tu me montrait tout ça. Me raconter tout maintenant c’est un peu gâcher tout le fun, non ? Je crois que je me passerai d’une séance d’analyse. Les beaux yeux turquoise de Raphael s’écarquillèrent de joie. –Hé alors t’veux qu’on parte maint’nant ? Comme ça on atteindra l’couvert des arbres avant midi et on aura pas trop chaud dis. » Raphael se retourna, fit trois pas en arrière pour prendre son élan avant de piquer un sprint et de sauter par-dessus le muret d’un bond agile. Myriam imita rapidement ses gestes pour atterrir de l’autre côté au milieu d’un champ fraîchement moissonné. Le champ était immense et la forêt semblait lointaine à l’horizon. Le seul signe de civilisation présent était un minuscule sentier à plusieurs centaines de mètres que Myriam apercevait avec son regard d’aigle hérité de son savoyard de père. Il se tourna vers Raphael dont les iris brillaient de malice. « Hep l’dernier qui atteint l’sentier qu’y l’bas il a un gage hep. » Et sans plus attendre il se mit à détaler tandis que Myriam d’un prompt réflexe s’élançait aussi, enivré par l’odeur d’herbe coupée et de fleurs printanières.


Chapitre 4 : Mara des bois

Laetizia Ottavy remonta son énorme paire de lunette devant ses yeux noirs. Courir par cette chaleur, ce n’était pas raisonnable. Elle attacha en grommelant les manches de sa veste rapiécée autour de sa taille avant de repartir derechef. Elle ne voyait qu’une seule chose qui puisse amener son âne bâté de frère dans ce village insipide. Bien sûr, elle était attendrie par l’affection qu’il portait à Ernouf et Noémie. Cela lui rappelait ces torrides soirées corses où elle, petite sauvageonne d’à peine 6 ans, lui chantait des airs et lui contaient les légendes du Niolu pour l’assoupir. Mais bon parfois cela dépassait les bornes. D’autant plus qu’elle était obligée de calmer la surveillante à chaque fois qu’il semait la pagaille au centre. Certes, secrètement, Laetizia admettait que cette momie-là n’était qu’une mégère. La jeune femme était prête à tout pour sortir son frère d’un mauvais pas ou à le protéger contre l’hostilité. Mais parfois elle était aussi prête à lui tirer les oreilles.
Depuis le pas de leurs maisons, les villageois de Brussac regardaient avec frayeur cette toute petite dame qui fonçait comme un boulet de canon à travers les rues d’habitude si calmes. Ses cheveux noirs de jais formaient un buisson imposant sur sa tête et ses yeux plus obscurs qu’une nuit sans lune brillaient d’un éclat terrifiant.
Madame Bougiol, la petite dame rondelette de l’accueil, sursauta lorsque les portes du centre s’ouvrirent en claquant avec violence. S’attendant au frère, et non à la sœur, elle appela immédiatement Chausi. La surveillante tarda à faire son apparition, mais on voyait à ses traits rouges hideux et boursoufflés, qu’elle n’était pas de fort bonne humeur. Elle le fut encore moins en voyant qui venait lui rendre visite. « B’jour hé, fit la jeune fille en lui faisant face, Raphael est ici ?» L’interpellée eut du mal à contenir un brusque éclat de rage. « Non il n’est pas là ! Et tant mieux d’ailleurs madame. J’en ai plus qu’assez de ce petit connard qui ne sait pas où se trouve sa place ! Dudieu didiou ! Vous êtes sa parente bon sang ! Matez le un peu que je respire ! Et dire que j’ai tant fait pour lui et c’est comme ça que vous me remerciez ? Famille ingrate, charognards de corses ou je ne sais quelle bande de sauvages ! Si je le revois ne serait-ce qu’une seule fois ici, je vous jure je me plains aux autorités. Vous verrez il rigolera moins ce sale petit vandale ! »
« Mon frère…n’est pas un ingrat. »
Et soudain, l’ambiance dans la pièce se fit pesante, sinistre, glaçante. Il avait suffit de quelques mots, prononcés calmement par la guerrière du maquis pour transformer Bougiol en un petit animal tremblotant de terreur et immédiatement faire taire la surveillante. Celle-ci avait d’ailleurs considérablement pali devant l’expression impérieuse de Laetizia mais elle ne s’avouait pas vaincue pour autant. Ce fut l’arrivée de Blanco qui évita l’explosion d’une catastrophe. L’adulte retardé, à la peau d’une pâleur morbide et aux yeux inexpressifs, hésita longtemps avant d’annoncer d’une voix monocorde que personne n’avait trouvé le nouveau venu Myriam.
« C’est inquiétant, il était pourtant présent au petit déjeuner ce matin. Personne ne l’a vu sortir ? » demanda Bougiol, trop heureuse de s’éloigner d’une dispute. « Le premier a s’être inquiété fut M Bariel, un de nos psys, grommela Chausi. Tout le monde s’accorde à ce qu’il soit sorti sur la terrasse après le repas vers 8 heures du matin environ. Mais pourquoi aurait fugué bon sang ! Depuis le début de son internement, le comportement de ce garçon fut exemplaire, irréprochable et… » Soudain, dans l’esprit de la surveillante, il y eut un déclic. Oui le gosse avait été d’un calme studieux…jusqu'à l’épisode de la bibliothèque. Elle se tourna alors brusquement vers Laetizia, qui s’était mise à siffloter puisque la conversation ne la concernait plus et était donc d’un mortel ennui. « Dites moi, fit Chausi sèchement, vous venez chercher votre frère n’est-ce pas ? » La jeune femme de 19 ans haussa un sourcil et dit sur un ton de la plus parfaite insolence : « Ca ce pourrait…
-Vous pensez qu’il est ici ?- Evidemment. Vous savez bien que les pauvres Ernouf et Noémie dépériraient s’il n’était pas là pour les réconforter. De plus ses camarades de classe ont tous nié l’avoir vu aujourd’hui et aucun n’est parti l’accompagner en balade… (à mon grand regret d’ailleurs, *pervy smile*). Chausi prit une mine inquiète devant l’expression pour le moins…bizarre de Laetizia. « Euh…à quelle heure est-il parti ? –Pile à l’heure de la traite, le vaurien. Cette fois le courroux de la dragonne était dirigé contre son frère. Vers 6 heures et demi environ. »
Chausi fut alors frappée par la réalisation. Mais bien sur. Si ce que disait la dévergondée était vrai, Raphael était venu au centre. Mais si personne n’avait remarqué le bruyant mouflet c’est qu’il n’était pas venu jouer avec Ernouf et Noémie. Et quelle autre raison l’amènerait ici que…
« Madame, dit alors Bougiol, je…je crois que c’est lui qui a emmené Myriam… »
Et cette fois, la terrifiante surveillante craqua :
« RAAAAAAPHAAAEEEEEEEEEEELLL !!!!!! »
Les murs du bâtiment craquèrent à cause de l’impact des ondes sonores. Les pauvres internés crurent alors que la fin du monde était proche et leur état d’esprit ne s’arrangea pas lorsque ce terrifiant rugissement fut immédiatement
suivi par une voix haut perchée mais non moins horrifiante : « Oooooooh, mon frère s’est fait un petit copain et l’a enlevé ! Mais c’est MERVEILLEUX !!!!
La vue était tout simplement féérique. A l’horizon se profilaient, majestueux, les volcans éteins du massif de Laporte. Leurs flans tantôt herbeux, tantôt couverts de hêtres et de conifères semblaient illuminés d’un éclat surnaturel tant le soleil les réverbérait ses rayons sur eux et intensifiaient leur couleur verte. A droite et à gauche du chemin caillouteux, ce n’étaient que prairies fleuries de toutes les couleurs les plus belles et éclatantes, allant du jaune le plus vif au bleu le plus doux. Droit devant eux la forêt commençait à apparaitre, telle une ombre noire encore indistincte. Derrière eux, les petites maisonnettes avaient disparu derrière les collines rondes. Le ciel était d’un bleu des plus limpides et l’astre, immense, éblouissant, brulant, commençait à dessécher les champs moissonnés au sud. Les pauvres salers étaient affalées dans la modique ombre des arbrisseaux et chassaient paresseusement les mouches de leur museau.
Myriam, bien qu’il n’aurait raté ce spectacle pour rien au monde (sauf peut-être pour passer un moment avec celui qui trottinait à ses cotés) ne voyait plus ce trajet que comme une épuisante torture. Ce soleil de plomb lui brulait la peau et l’ombre bienfaitrice de la forêt lui paraissait abominablement loin. Il passait son temps à essuyer la transpiration qui coulait le long de son front, de son nez et, son cou et son T-shirt était complètement trempé à présent. De plus sa tête commençait à bourdonner, pas seulement à cause d’une insolation, mais à cause de l’incessant babillage de Raphael qui ne semblait pas du tout affecté par la chaleur ou la fatigue. Remarque, cela faisait longtemps que Myriam n’avait plus fait une véritable balade en montagne tandis que Raphael en faisait probablement tous les jours.
« Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? Alors ? Hein, dis, dis, dis, dis ! C’est quoi mon gage ? C’est quoi ? C’est quoi ? C’est quoi ? »
Plus d’une demi-heure qu’il la répétait cette question. « Je te l’ai dis. Je te le donnerai plus tard. » grommela le garçon aux cheveux châtains. Pour tout avouer, il était plutôt fier d’avoir battu Raphael au sprint, en dépit de son manque d’entraînement. Mais sur le moment, il n’avait pas la moindre idée du gage qu’il pourrait donner au corse. Et il n’avait pas envie de gâcher cette opportunité avec quelque chose sans importance. Ce joker lui serait surement utile plus tard.
Qui sait ce que Myriam pourrait alors lui demander comme service…
Le savoyard se laissait aller à de plaisantes pensées tout en fixant intensément les mouvements du visage de Raphael, lorsque ce dernier changea enfin de disque.
« Hep, j’te causes hé ! On y est presque. Sinon, si on passe de l’aut’ cote avant que le soleil y chauffe trop, on s’arrêtera à la ferme du père Glénat. Oh une, deux heures de marche trois fois rien…tu verras on boulotera du lait, le meilleur de toute la vallée. Meilleur qu’celui de Liz. Liz c’est not’ vache à ma frangine et moi. D’ailleurs ça me fait penser qu’j’l’ai pas traite c’matin la meumeu. Pas qu’j’ai le poil dans main, naaan. Mais bon ma sœur elle le pense grave. Faut voir, elle a pas mal de boulot aussi. Gérer not’ maison, l’collège tout ça, c’est pas trop l’éclate. Ouaich hein mais ma sœur c’est la fille la plus grave cool et courageuse qu’j’connaisse» (etc).
Enfin le couvert des hêtres les recouvrit d’une protection rafraichissante et plus que bienvenue. Myriam put enfin recouvrir la force et la parole. « Dis moi, fit-il en haussant le ton pour se faire entendre du petit corse, tu vis seul avec ta sœur ?
-Hein ? Ouaip, elle est majeure mais ça va hé. J’ai que deux ans de moins, j’peux me débrouiller. ‘fin j’crois… C’est à Ratier qu’on vit. Pas trop le luxe la chaumière mais ça s’ffit pour nous deux dis. –Hein ? Mais… quel âge as-tu ? -17 ans mon pote, ouais, un vrai lascard maint’nant, presque un guerrier du maquis hé ! Et toi, combien de balais ? » L’étonnement de Myriam était à son comble. Raphael, 17 ans ? Cela paraissait complètement improbable. Il ne devait pas faire plus de 1m65 et il avait l’âge mental d’un gosse de 13ans. Sans ajouter ses yeux bleus malicieux et enfantins, ses petites pommettes qui lui donnaient un petit air joyeux et insouciant, la peau si douce de ses mains…Myriam dut se secouer pour sortir de ses pensées doucereuses et répondre à Raphael. « J’ai quinze ans. –Quinze ? Hé, mais t’es un p’tit novice innocent donc hein. Et puis ça fait de moi ton aîné jeunot. Tu m’dois donc respect et obéissance. Raphael prit un air d’importance complètement cocasse tandis que Myriam écarquillait les yeux. T’as dut en baver tout seul hein dis. Pauv’ p’tit agneau va. Mais pas stress, maint’nant le guerrier du maquis est là pour te protéger et t’apprendre comment qu’on s’débrouille dans la vie, hé ! »Myriam faillit se fâcher. Les paroles de Raphael lui rappelaient en effet des souvenirs peu agréables. De plus il n’appréciait pas vraiment être jugé de la sorte. Car contrairement à ce que le corse pensait, il n’était pas vraiment innocent. Myriam avait sans doute vécu plus d’épreuves en quinze ans que Raphael en 17. Il s’apprêtait à répliquer amèrement mais en voyant le regard bleuté empreint d’une gentillesse aussi soudaine que sincère, il se dit qu’il n’aimerait pas provoquer une dispute et perdre une si précieuse amitié par de vaines paroles. « Merci c’est gentil, fit-il aussi poliment que possible, mais je n’ai pas vraiment besoin d’être protégé, je sais déjà me débrouiller. Raphael grimaça : Mouais, t’es quand même interné dans un centre médic-truc donc faut croire que c’est pas génial la débrouille. –Mais pourquoi veux-tu m’aider, tu ne me connais même pas…Il s’abstint d’en dire plus. Il ne voulait pas vraiment parler de son passé peu honnête dans la banlieue lyonnaise. Par ailleurs, Raphael le rejetterait surement s’il savait ce qu’il avait fait. –Pourquoi qu’j’veux t’aider…Ben…euh. J’sais pas. C’est un peu mon rôle de protéger les p’tits novices. Ernouf et Noémie, tiens. Y seraient super pas vraiment heureux si j’tais pas là pour les élever…Et puis…
Le petit corse hésita, avant de dire sur un autre ton, un ton curieux qui lui était inhabituel : Et puis… j’t’aime bien, faut croire… » Myriam se sentit instantanément rougir. Est-ce que Raphael partageait les mêmes sentiments ? Il ne saurait trop le dire. De plus le corse semblait immédiatement être revenu à son état normal car il recommençait à parler de Ratier et de ses environs dans un incessant monologue.
La pente devenait de plus en plus raide mais la marche était agréable sous les branches des arbres. Les rares percées dans le feuillage formaient des petites taches brillantes sur le sol et prodiguaient au sous-bois un éclairage agréable. Les paroles de Raphael seules recouvraient le chant des grillons. Tout était calme et apaisant. Soudain le crissement de leurs pas indiqua à Myriam que Raphael accélérait l’allure. Ce dernier s’était d’ailleurs tu et avançait très irrégulièrement. C’est alors qu’il s’arrêta et…renifla l’air ! Myriam lui, ne sentait rien pourtant. « Hep, t’inquiète, le rassura le corse, concentre toi juste un peu. On dirait d’abord de la verdure…mais c’est plus doux et on sent le sucre…Myriam inspira profondément et analysa les effluves qui lui parvenaient. Ce n’est qu’avec peine qu’il discerna enfin quelque chose. C’était doux en effet, et cela lui donnait l’eau à la bouche. « Allez viens, fit Raphael, elles sont pas loin. » Et il s’élança à toute vitesse à travers les buissons plus rapidement qu’un lièvre. Myriam crut maintes fois être semé dans cette course, car Raphael, qui connaissait toutes les secrets d’une forêt depuis l’âge de 4 ans, se déplaçait à travers branches hérissées d’épines, évitait toutes les racines et autres obstacles, et se déplaçait plus rapidement et plus silencieusement qu’un prédateur. De plus, à coté de la jungle du maquis, ce bois-ci était un terrain de jeux d’enfants pour lui. Myriam était complètement épuisé et égratigné lorsque le corse s’arrêta finalement dans une petite clairière. Le lieu était des plus charmants : le sol était recouvert d’un doux tapis de mousse, à la fois baigné d’une lumière apaisante et rafraichi par une source souterraine. Par ci, par là, des touffes d’herbe et de fleurs sauvages régalaient les yeux de leurs couleurs et embaumaient l’air d’un parfum exquis. La tranquillité de la clairière semblait préservée par une barrière circulaire de buissons dans lesquels on pouvait apercevoir des petits fruits rouges. Myriam reconnut que l’odeur sucrée venait d’eux. « Des maras des bois » fit Raphael. Et sans plus de cérémonies, le sauvageon se jeta dans les buissons et se mit à prendre les fraises à pleines mains avant de les enfourner dans sa bouche comme un animal glouton. A vrai dire, il faisait autant de bruit qu’un ours affamé. Myriam s’assit à coté de lui, décrocha délicatement un des tout petits fruits rouge sombre puis le porta à sa bouche. Jamais fraise ne lui avait semblée si savoureuse, si fameuse. Toutes celles qu’il avait mangées avant étaient acide ou sans gout en comparaison. Celle-ci était douce, extrêmement sucrée, et fondait dans sa bouche. Sans hésiter il en prit d’autres et les mangea presque aussi goulument que son voisin. Il avait l’impression de redevenir le petit enfant de cinq ans perdu dans les environs du col de l’Iseran. Son savoyard de père, très inquiet, l’avait cherché partout, par la vallée et par le col, avant de le découvrir dans un buisson, endormi et gavé de toutes les myrtilles qu’il avait pu trouver. La suite avait été moins plaisante car son papa lui avait tiré les oreilles pour le punir de son escapade clandestine. Par la suite Myriam avait pris soin de demander à être accompagné à chaque fois qu’il voulait explorer la Haute Maurienne. Mais son paternel connaissait tout du massif et il chérissait son fils. L’enseignement des secrets des Alpes resteraient à jamais gravées dans l’esprit de l’enfant, tout comme les jeux qu’ils avaient partagés.
Ces souvenirs d’enfance insouciante ramenèrent à la fois plein de bonheur et plein de tristesse dans le cœur de Myriam. Il aurait tant aimé que l’enfant n’ait pas changé, que le père n’ait pas changé. Il restait assis, immobile, la larme à l’œil, perdu dans ses pensées moroses, quand il sentit une main se poser sur son épaule. Il sursauta et, prit d’un réflexe d’auto-défense qu’il avait adopté dans la banlieue lyonnaise, il repoussa violemment son « agresseur ». Ce n’est que trois secondes plus tard, qu’il réalisa que personne ne l’attaquait et que c’était juste le gentil Raphael qu’il venait d’envoyer dans un trou à trois mètres de là. Honteux et horrifié, il se releva vite pour voir si le corse allait bien. Il faillit se jeter dans le trou à son tour dans sa précipitation et son désespoir. Qu’avait-il fait ? Raphael le rejetterait pour toujours maintenant et…
« OUAIS !!!! PISCINE ! Viens Mimi ! » Myriam fut d’abord extrêmement surpris, puis constata avec soulagement que le corse était tombé dans le bassin de la source naturelle dont il avait sentit la présence plus tôt. « Je…je suis désolé. Tu…tu…va…bien…snif…, fit-il malgré tout, encore un peu malheureux et hésitant.
-Hein ? Qui ? Moi ? Pour sur qu’ça va ! T’as de la poigne, mais y’en faut plus qu’ça pour m’mettre au tapis hé ! Ben dis, arrête de chialer comme une chochotte, viens t’baigner ! »

Chapitre 5 : Plus on est de fous…

Ce ne fut pas avec la plus grande joie que Nathan, Thibault et Zelie furent expédiés dans la forêt de Laporte par leur professeur principal. Ils s’étaient bien attendus à un peu de tapage, comme toutes les fois où Raphael partait à Brussac faire l’école buissonnière. Mais ils ne s’étaient pas attendus à devoir prolonger leur journée en mission spéciale de recherche. Thilbault, s’était bien insurgé, avait tempêté haut et fort dans son aigreur habituelle, proclamant qu’il n’avait rien à voir dans les affaires foireuses de ce couillon. Mais rien n’y avait fait. Les profs ont parfois des névroses curieuses…
Toujours est-il qu’ils étaient à présent tout trois en train de grimper le sentier que nos deux amis avaient emprunté quelques heures plus tôt.
« -Je suis certaine que c’est à cause de toi qu’on en est là ! C’est vrai quoi, t’es toujours en train de râler, tu te crois supérieur aux autres. Alors forcément, les profs y ont bien trouvé un moyen de te la boucler…-NON MAIS DUDIEU, c’est TOI qui dis ça ?! Avec ta grosse tête on arrive même plus à respirer conasse ! Tu crois tout savoir mais t’es aussi cruche que toutes les autres ma vieille ! –Attends un peu que je te file un savon et on verra si tu fera autant le malin sale demi-portion !
Nathan s’arrêta un instant le temps d’attendre que Zelie ait fini de donner des coups de pieds à Thibault qui essayait quand à lui d’arracher les longs cheveux de la rouquine. Le doyen de classe soupira mais resta silencieux, comme à son habitude. Lui non plus n’avait pas choisi d’aller chercher Raphael, bien qu’il fut l’envoyé tout désigné puisqu’il était le camarade de classe le plus proche du petit corse. En revanche, les deux autres avaient bien lieu de se plaindre, ils détestaient Raphael. Cinq minutes passèrent avant que, couverts d’ecchymoses, les deux belligérants se repoussent violemment et se remettent à marcher, chacun d’un coté de Nathan.
Ils ne cessèrent pas pour autant de s’échanger doigts/bras d’honneur, insultes et autres mondanités. « Hé toi le cancre, remue toi un peu ! T’as bien une idée d’où on va au moins » fit Zelie irritée à l’adresse de Nathan. L’interpellé ne répondit pas et continua tranquillement sa progression. Bien sûr qu’il savait où il allait.

« -Allez Mimi, ouvre grand !-Mais c’est bon j’en peux plus là !-Mais si pardi ! Le lait c’est bon pour qu’tu grandisses…-Mais je suis DEJA grand ! C’est toi qui a besoin de…Le petit corse lui lança un regard inquisiteur pas forcément rassurant. Euh…non non, j’ai rien dit… » A l’insu du vieux père Glénat, le gérant de la petite ferme, les deux jeunes gens s’étaient introduit dans l’étable qui sentait bon la paille et la bouse. Raphael s’était alors emparé d’un vieux seau puis s’était mis à traire une monstrueuse salers avec expertise. Une fois le récipient plein, il avait entraîné Myriam au grenier (à noter la facilité avec laquelle il avait porté le seau tout en montant une échelle de trois mètres) puis ils s’étaient tout deux enfouis dans une bonne paille épaisse et tiède à souhait. Maintenant, il essayait de faire boire le lait à Myriam…sauf que ce n’était pas une cuillère qu’il essayait de fourrer dans la bouche du lyonnais mais une putain de louche ! Ce dernier avait bien avalé deux gorgées pour lui faire plaisir. Mais si vous avez déjà essayé de boire du lait brut, vous savez que là trop c’était trop ! « Moi j’te dis ! T’avales où j’t’y force !-Blurp ! Mais ça va pas la tête ! Lâche moi ! STOP t’en fous partout là ! » Myriam tenta de se relever alors que le corse s’agrippait toujours à lui et essayait de le maintenir dans la paille. Raphael riait bruyamment complètement pris au jeu par la bagarre, pire qu’un gosse. Mais Myriam était vraiment mal à l’aise. Le lait chaud renversé lui collait à la peau et le contact de Raphael contre son torse lui contractait l’estomac. Un fard alarmant lui montait progressivement aux joues. Diable, ils se connaissaient à peine depuis deux jours et il se mettait déjà dans des états pareils.
« Hé ! Y a quelqu’un là-haut ? Ramenez vous vite fait sales connards ! » Myriam sursauta quand il entendit cette voix étrangère. Soudain, Raphael sembla troublé de se trouver contre Myriam, leurs yeux se rencontrèrent, le rouge lui monta aussi légèrement aux joues…C’est avec gêne qu’ils se relevèrent tout deux avant de descendre l’échelle.
« Ho…HE ! NATHAN qu’est-qu’tu fous là ? » s’exclama joyeusement le petit brun en voyant les trois autres élèves. Myriam s’approcha et vit un fort gaillard de taille moyenne, aux cheveux brun sombre légèrement bouclés. Son front était grand, sa mâchoire très carrée, il semblait avoir déjà une vingtaine d’années. Ces yeux noisette dégageaient un grand calme bienveillant. Il regarda Myriam puis sourit gentiment. « Un nouvel ami ? » fit-il d’une voix très grave et paisible. « Ah bé OUAIS ! Y l’est nouveau dans le centre médictruc. T’vois, j’l’ai sauvé du lavage de cerceau dis! La Chausi doit être vénère mais j’m’en fous ! J’ai jamais rencontré quelqu’un qui s’batte aussi bien qu’lui ! Il a même réussi à m’envoyer à la flotte dis ! Quand j’leur dis qu’faut pas enfermer les mômes comme…
-Oui mais tu sais quoi ? On s’en fout. A cause de toi on a du venir ici jouer les baby-sitter et ça fait pas mal d’heures de révisions perdues là ! –Ouais, alors maintenant vous v’nez où on va dire à Chausi qu’elle ferait mieux de venir vous chercher elle-même ! » Myriam regarda vers l’entrée de la grange. La première voix venait d’une très grande adolescente, très maigre. Sa peau pâle contrastait avec l’éclat de feu de ses très longs cheveux raides et ses yeux vert pale. L’autre voix, celle qui les avait appelés alors qu’ils étaient encore dans le grenier, appartenait à un garçon à peine plus grand que Raphael. Peu avenant, l’air mauvais, il n’était pas non plus très gâté physiquement. Ses cheveux étaient blond pale coupés court et ses yeux d’un bleu-gris assez sinistre. Les angles de ses coudes, de ses hanches et de ses genoux étaient trop pointus. « Qu’est qu’y font là ces deux zozos ? s’enquit Raphael un peu sèchement. -Boucle là, c’est le prof qui nous envoie. Tu crois qu’on a choisi d’aller voir c’que tu f’sais avec ton nouveau pitit copinou ? Nan mais laisse moi rire ! » fit le garçon peu aimablement.
Finalement, Nathan se mit en route, et conséquemment tous les autres le suivirent automatiquement. Raphael se remit à son incessant baratin en commençant par les présentations, interrompu seulement par quelques remarques acides des deux grognons : « Tu vois, lui c’est Nathan. Y l’es pas très bavard mais y l’es vachement sympa. Ouaip toujours cool, c’est un peu le grand frère d’tout l’monde quoi. C’est l’plus âgé d’la classe et…-Oui, à noter qu’il redoublé deux fois, incompétent qu’il est. -Il est pas incompétent ! Y l’est juste un peu...lent c’tout hein. Pas très intelligent, un peu simple. Mais l’es toujours gentil et c’est pas comme c’deux lascards hé ! Ouaip y fait pas très malin comme ça mais y l’a comme une sorte de…super sagesse. Ouaich quand on apprend à le connaître, il nous donne que des bons tuyaux…-Attends, c’est du cancre de la classe dont tu parle ? Il devrait essayer d’avoir un diplôme s’il est tellement « sage » que ça. –Et donc Myriam, t’vois les deux dindons qui sont là c’est Zelie et Thibaut. Comme t’peux l’voire y sont assez bourrus, pas super intéressants et puis c’est les grosses têtes de la classe quoi. » Cette joute verbale dura pendant tout le trajet du retour. Ecoutant distraitement les petits commentaires du corse, Myriam contemplait les couleurs chatoyantes de la campagne. Les versants des collines se coloriaient de pourpre et de feu sous le soleil couchant, le ciel semblait illuminé au dessus des masses obscures forestières. Un vent doux s’était levé et rafraîchissait l’adolescent. Il aurait souhaité que cela dure. Il se sentait bien à marcher ainsi, sans pensées particulières.
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MessageSujet: Re: Randonnée dans le cantal   Randonnée dans le cantal Mini_298936rienDim 3 Nov 2013 - 20:46

OUAAAAAH! Je suis allée à la JE pour la première fois! Yeux de Vivaldaim  Ouh-ouh Ouh-ouh 
J'ai ramené plein de posters! YES. J'suis tellement contente ma chambre va être tellement belle! Higher and higher. 
A part ça j'ai put écrire les chaps 6, 7 et 8. Bonne lecture! Je t\\'aimouh. 


Chapitre 6 : Douce amitié au clair de lune
« Alors comme ça vous pensiez vous ficher de ma gueule et vous en sortir comme si de rien était hein ?! Sales blancs-becs de mes deux, j’vais vous apprendre le respect tiens ! » Le petit groupe venait à peine de rejoindre Brussac que la Chausi était apparue sur le seuil du Centre, pleine de courroux, entourée d’une aura plus obscure et menaçante que la nuit qui venait de tomber sur le Cantal. Rien qu’en la voyant, on eu dit que l’éclat de la lune s’était éteint et qu’un vent apocalyptique s’était mis à souffler sur les pauvres Raphael et Myriam dont le châtiment suprême venait d’être ratifié. A chaque pas qu’elle fit vers eux, la mort leur sembla plus proche et plus terrifiante qu’elle ne leur avait parue jusqu’alors. Ce fut aux cheveux de Raphael, encore douloureux à cause de la correction de la veille, que la main calleuse et griffue de la sorcière s’agrippa avant d’emporter la pauvre victime à l’intérieur. Ce fut en tout cas de cette manière que les autres, en particulier Myriam, virent la scène. Tous n’osèrent les suivre, pétrifiés qu’ils étaient rien qu’à la seule idée de ce qui allait arriver au pauvre Corse. Bientôt, Zelie et Thibault se bouchait les oreilles, ne supportant plus la voix assourdissante de la momie en fureur, ses insultes indécentes et les cris d’agonie de l’adolescent. Nathan, quand à lui, eu la sagesse et la prévenance d’entraîner Myriam à l’abris dans la cour arrière. Ne plus entendre le vacarme détendit le Lyonnais même si cela ne le rassurait pas complètement ; qui sait ce que lui réservait Chausi…
Il regarda Nathan avec inquiétude. Le brun répondit à ce regard affligé par un sourire doux et rassurant. Sans dire un mot, il se issa sur le muret par-dessus lequel Myriam et Raphael avait bondi dans la matinée, puis s’assit dessus. Myriam fit de même pour s’installer à ses cotés. Il ne savait pas trop, mais on aurait dit que c’était une manière propre à ce silencieux gaillard, si différent de tous les gens que Myriam avait rencontré jusqu’alors (en faisant exception de Raphael), de demander un tête à tête.
Le vent était frais du haut du muret. Ce n’était pas désagréable. Le ciel s’était dégagé et la lune grande et gibbeuse brillait parmi les petits feux des astres. Dix secondes, trente passèrent avant que Myriam se décide à élever une voix indécise et étouffée : « Donc hum quel âge a-tu ? Le Cantalien cligna plusieurs fois des yeux avant de se tourner vers l’autre et lui répondre. J’ai 19 ans. » Myriam ouvrit des gros yeux. Ce pré adulte était encore dans la classe de Raphael ?! Avec des jeunes de deux ans de moins ?! Si c’était le cas, les dires de Thibault et Zelie étaient donc vrais : ce mec devait avoir de sacrées difficultés scolaires pour avoir redoublé deux fois…Comme le concerné ne disait toujours rien, Myriam dut continuer : « Tu…habites ici depuis toujours ? » Cinq secondes passèrent. Dudieu, Myriam commençait à se demander lequel d’eux deux avait besoin d’un séjour dans un centre médical. « Oui. »
Bien. Visiblement Myriam allait devoir insister un peu plus. « Tu…connais Raphael depuis longtemps ? » Soudain quelque chose changea dans l’expression de Nathan. C’était comme si quelque chose de lourd et tabou venait d’être abordé dans la discussion. Il lui fallu dix secondes pour recouvrir son expression détendue habituelle. « Sa sœur et lui sont arrivés ici…il y a de cela six ans. Mais…il n’est venu à Ratier qu’un an après… » Là, Myriam était perplexe. C’était contradictoire. S’il n’était pas scolarisé à Ratier à cette époque, où l’était-il ? Plusieurs secondes passèrent encore. « Mais…on peut dire que…oui, ça fait un bout de temps…que lui et moi on se connaît. Je l’aime…comme un frère. Et sa sœur aussi est pour moi… » Un bonheur paisible adoucissait encore considérablement ses traits. Myriam devait reconnaître qu’il était très beau. Ses cheveux brun sombre lui donnaient un air mystérieux, tandis que ses yeux reflétaient les étoiles. « Toi…d’où viens-tu ? » Myriam fut sur le coup un peu surpris, car Nathan venait enfin d’initier le dialogue. Il se racla un peu la gorge mais parla« Je viens de Lyon…Je suis au centre médical de Brussac depuis une semaine… Je vivais…seul avec ma mère depuis deux ans. Mes parents sont divorcés… » Assez curieusement, parler de lui-même ne le faisait pas trop souffrir sur le moment. Il se souvint que Raphael avait dit que Nathan était une personne à qui on avait tendance à faire immédiatement confiance, cela devait être vrai. Il voyait ressurgir une sorte de figure paternelle en cet Auvergnat qui, loin de le juger, l’écoutait doucement et posait une main chaleureuse sur son épaule pour le soutenir. Puis Nahtan demanda « Veux-tu…devenir mon frère et celui de Raphael ? » Myriam ouvrit la bouche comme un poisson, surpris par la gentillesse et la perspicacité de Nathan. Oui, oui, il voulait être leur frère. Il s’apprêtait à répondre quand ils entendirent la porte de la cour s’ouvrir. Myriam se retourna et vit que Raphael était en pire état qu’il ne l’aurait imaginé. Son visage était anormalement pâle, couvert d’égratignures, ses bras tachés de bleus. Il semblait au bord de l’épuisement et c’est avec grande peine qu’il tituba jusqu’à eux. Par chance Chausi ne se montra point. Le gentil Nathan attrapa Raphael par la taille pour le déposer entre lui et Myriam. Le petit corse s’efforça de retrouver ses esprits avant d’adresser un sourire fier à ses deux amis, sourire qui bientôt se mut en moue de douleur. « Hu…bon…elle m’a bien rossé…hh…mais te fais pas de bile Mimi…y va…hh…rien t’tomber d’ssus…elle veut juste qu’on… recommence pas… » Myriam avait mal au cœur de voir le pauvre petit crispé par l’agonie. Comme ce dernier peinait à se maintenir assis sur le muret, le lyonnais en profita pour passer un bras protecteur autour de ses épaules. Décidemment, il y avait quelque chose ce soir qui levait ses inhibitions.

Chapitre 7 : Compromis
Malheureusement, cette agréable soirée prit fin car Myriam dut respecter le couvre-feu du Centre et Nathan et Raphael regagner leurs logis respectifs. Ce n’est sans une certaine pointe de jalousie que le lyonnais vit Nathan repartir avec le Corse incapable de marcher, sur son dos. Il songeait à la discussion qu’il avait eue avec Nathan et il se dit que lui et Raphael devaient être très proches, après 6 ans de vie commune. Voir le plus petit se hisser en toute confiance sur le dos de l’Auvergnat ne fit que renforcer ces soupçons. Une grande tristesse lui vint et il se dit qu’il aurait donné beaucoup pour avoir une amitié aussi étroite avec quelqu’un…une comme celle qu’il avait un an plus tôt dans la banlieue lyonnaise…Mais tout ça c’était fini à présent.
Il pensait être définitivement à l’abri de la rancœur chausienne, mais il s’était trompé. Le lendemain, 7 heures, la vieille lui fondit dessus alors qu’il venait à peine de finir son repas insipide avec Blanco et Lula, ses deux compagnons de chambre. Premièrement nettoyage de l’intégralité des chambres. Myriam crut qu’il ne s’en sortirait pas, il était fort fatigué après la marche de la veille. Son balai devenait humide et glissant entre ses paumes trempées de sueur et il commençait à avoir des courbatures à force de passer la serpillière. Changer les draps ne s’avéra pas non plus très reposant. Mais le pire fut l’aide à la préparation du déjeuner dans une cuisine exigue et étouffante. Puis comme la momie semblait déterminée à ne pas lui laisser une seconde de répit, elle l’envoya en aide aux professeurs et psychologues pour faire cours aux internés. Et assez curieusement, le lyonnais retrouva alors son énergie et fit preuve d’un grand zêle pour accomplir cette tâche. Il réussit même à surpasser un des psychologues auprès d’une patiente en découvrant l’origine de sa névrose. De plus, il se révéla être un professeur talentueux auprès de la classe d’Ernouf et de Noémie. Il fit tant, que cela ne passa pas inaperçu auprès des responsables et que certains crurent qu’il s’agissait d’un élève talentueux envoyé ici en aide et non pas d’un patient.
Et il maintint ses efforts pendant une bonne dizaine de jours. En effet, si Myriam n’était toujours pas au mieux de sa santé physique, son moral était considérablement boosté par les visites quotidiennes de Raphael. Ce dernier s’était d’ailleurs rétabli en à peine deux jours et ne semblait pas le moins du monde effrayé de venir ici en dépit des menaces de la surveillante. Malgré tout il se contenta de s’introduire par la cour où Myriam, parfois avec Ernouf et Noémie, l’attendait. Le lyonnais était de plus en plus intéressé par les dires du Corse et avait de plus en plus envie de le connaître. Souvent c’était des anecdotes (touristiques) sur le Cantal qui semblait maintenant aux yeux de Myriam l’endroit le plus merveilleux où il puisse être tombé. Parfois c’était des histoires du collège de Ratier. Ou bien des balades sur les flans et dans les forêts des volcans éteints. Et plus rarement quelques mots sur son enfance. Même s’il se contentait très souvent de lui raconter des trucs du genre : « Ouaich j’avais genre…5 ans. Ma grand-mama qu’elle m’a dit (et là Raphael prenait une voix grinçante et assez flippante): « P’tit fils, n’oublie pas de prier tous les jours le bon dieu. Quand tu te lèves, quand tu te couches. Et tous les jours à l’église. Et puis respecte tes aînés. Aide bien ton père surtout, car sans lui on clamserait tous de faim. » Après qu’elle m’ait dit ça j’ai genre paniqué grave hé. Me suis dit : Dudieu on va clamser d’faim ! Alors j’suis parti genre direct dans l’maquis hein. Sans même m’habiller tiens. Fallait que j’trouve vite des châtaignes sinon on allais clamser d’faim j’me disais. C’jour là, j’ai bien failli clamser ouaich. Ah mais pas d’faim, mais mis en charpie par un sanglier hé ! C’est drôlement dangereux ces bêtes là tiens. Mais rudement bon hé. Coup d’chance, mon père se ramène. PAN une balle et c’le sanglier qui clamse. Tu sais mon père, l’un des meilleurs chasseurs de l’île qu’il était hein. D’sang d’sanglier partout, c’tait trop cool. Par contre après j’ai vraiment failli crever d’faim, parc’que ma grand-mère m’a privé du manger pendant un jour, et ça c’tait moins cool… ». Bref, Myriam préférait en général les très brèves allusions faites aux contes que Laetizia racontait jadis à Raphael aux histoires un peu glauques sur la chasse au sanglier. Cette dizaine de jours donc, passa. Myriam et Raphael se sentaient de plus en plus attachés l’un à l’autre. Tout doucement leur complicité se bâtissait même si le lyonnais cachait encore beaucoup de choses sur lui-même. Parallèlement, le mental de ce dernier s’affermissait petit à petit et les responsables du centre, Chausi comprise, le respectaient de plus en plus. Si bien qu’au bout de cette dizaine, la surveillante le convoqua dans son bureau. Tandis qu’il s’asseyait face à elle, Chausi terminait un appel avec son vieux téléphone fixe (l’Auvergne est connue pour ses habitants économes) : « …Très certainement, j’ai téléphoné à sa mère et les virements devraient être effectués dans peu de temps…oui, nous prendrons toutes les mesures nécessaires. Au revoir Monsieur Gorès. » Elle raccrocha le combiné puis s’empara d’un document qu’elle tendit à l’adolescent. « Tenez Rocert. Moi et les autres responsables du Centre de Brussac nous sommes dis, en voyant que votre état s’améliorait au contact d’autres jeunes, qu’il serait préférable que vous puissiez recevoir une scolarité proprement dite. » Myriam paniqua. Il devait donc déjà rentrer à Lyon ? Non ! Il n’était pas encore prêt. Et il ne voulait pas se séparer de Raphael. « Mais, comme vous êtes encore potentiellement fragile, nous avons décidé de vous inscrire au collège de Ratier. Ne vous inquiétez pas, nous avons téléphoné à votre mère et elle partageait le même avis que nous. Sur le plan financier, pas d’inquiétude. Elle devrait avoir largement assez pour faire les virements nécessaires. Tout ce qu’il vous reste à faire est remplir cette fiche d’inscription puis la remettre à la direction du collège lors de votre premier jour de scolarité, lundi prochain. » Myriam se détendit puis s’empara joyeusement d’un stylo bille qui traînait sur la table. Il s’apprêtait à commencer à remplir le document quand la surveillante l’interrompit : « Mais, le seul problème réside dans le fait que, si vous ne suivez plus de traitement ici, vous êtes néanmoins toujours résident. Ce qui signifie que votre mère devra continuer à payer pour le gîte et le couvert que vous recevez, parallèlement au collège. » Myriam se mordit la lèvre. Que sa mère se prive pour lui à cette extrémité était bien loin de ce qu’il espérait. Mais la vieille continua :« Bien sur, il existe des compromis. Vous pourriez essayer de vous trouver un travail dans la région, ils en proposent toujours dans le journal régional ou à l’office de tourisme, et payer le Centre par vos propres moyens. Ou alors vous pourriez payer votre propre logement…ou être hébergé. » Un vague espoir s’alluma dans le cœur de Myriam. Est-ce que Raphael…ou Nathan accepteraient de l’accueillir chez eux ? Mais mieux valait peut-être ne pas y songer. Qui accepterait d’héberger un inutile attardé mental de toutes façons ? Il ne ferait qu’apporter des tracas aux familles des deux adolescents. « Oui, je comprends Madame Chausi, je vais essayer de trouver quelque chose ce week-end. Merci beaucoup. » La vieille dame sourit (oh miracle). « Mais je vous en pris Rocert. Surtout ne vous inquiétez pas. Nous sommes prêt à vous laisser éventuellement un délai, le temps que vous réfléchissiez ou que vous trouviez quelque chose de convenable. Et n’hésitez surtout pas à faire appel à moi ou aux autres responsables si vous avez des incertitudes. Soyez assuré de tout mon respect. Vous être un brave jeunot et je suis sure que vous irez loin. » Myriam s’empressa de remplir sa fiche tout en se disant qu’elle avait bon fond finalement la momie.

Chapitre 8 : Installation
Vendredi. Myriam s’était, dès le lendemain de l’entretien avec Chausi, mis en quête d’un travail puisque cela lui semblait le plus urgent. L’office de tourisme de Brussac lui semblait être le lieu de recherche approprié. Mais, alors qu’il parcourait intensément des yeux les petites annonces du tableau, il entendit une voix au timbre éclatant dans son dos. « Bonjour Myriam. » Il se retourna brusquement. Il détestait être pris par surprise et il avait un peu honte de s’être laissé approcher par derrière sans l’avoir remarqué (ses copains de banlieue auraient honte de lui). Il baissa un peu la tête et vit une toute petite dame qu’il ne connaissait pas et qui pourtant lui paraissait familière. En particulier ses cheveux, noirs comme l’ébène et mal coiffés. Elle avait la peau bronzée, un visage agréable. Mais ce qui était frappant c’était l’intensité de son regard noir. Ils brillaient d’un éclat presque surnaturels, et, très inquisiteurs, semblaient percer Myriam, le fouiller jusqu’au fond de son âme. «V… vous savez qui je suis ? » Elle fit un grand sourire aux dents très blanches. « Oui. Je suis la sœur de Raphael, mon nom est Laetizia Ottavy. Mon frère m’a beaucoup parlé de toi.–Mais…comment saviez vous que c’était moi ? –Ben…grand, cheveux châtains à l’air très doux, musclé mais un peu maigre et d’autres détails…Mon frère m’a fait une description physique TRES complète de toi, tu sais. » A ces mots, Myriam se sentit rougir comme une grosse tomate. Ce qui ne sembla pas passer inaperçu de la jeune femme car son sourire devint un poil trop carnassier et son regard brillant redoubla d’intensité. Maintenant, elle le regardait sous toutes les coutures, de haut en bas, de bas en haut. Elle fit même quelques pas autour de lui pour l’observer sous plusieurs angles. C’était extrêmement gênant.
« Hmm…des bons goûts…Il a des bons goûts…Oh ! Pardon petiot, j’voulais pas t’effrayer. Elle rit d’une façon très chaleureuse et Myriam se détendit. Sincèrement, je suis vraiment très heureuse de te connaître. Nous n’avons pas beaucoup d’étrangers dans notre région. Tu m’as l’air d’être quelqu’un de très bien, je suis sûre qu’on va s’entendre. » Elle prit une expression un peu plus sérieuse. « Mon frère t’a pas vu c’matin (enfin…il m’a paru tristounet en rentrant, donc j’ai deviné…) et comme Ernouf ou Noémie l’informent toujours lorsqu’tu travaille au Centre, il s’est inquiété d’pas avoir de nouvelles. Myriam cligna des yeux. Mince, il avait oublié de prévenir Raphael à propos de son inscription au collège. « Ah…j’ai oublié de lui dire… en fait je vais m’inscrire à son collège. Seulement, comme je n’ai pas les moyens de payer à la fois le Centre et le collège, je me cherche un boulot. Mais le mieux serait que je me trouve mon propre appart… » Laetizia écarquilla les yeux puis fronça les sourcils. « Hein ? Mais t’es idiot ou bien dis ? Ah mais tu viens direct chez nous hé !
–Ah ! Non, non je ne veux pas vous déranger…- Nous déranger ? Mais j’ten donnerais de bonnes tiens. T’en aurais parlé à mon frère qu’il aurait chialé d’joie puis t’aurait amené d’force chez nous hé ! Myriam se mordit la lèvre. Il se sentait presque sur le point de pleurer. –Non, je vous assure je ne serai qu’un poids mort pour vous, je ne sais pratiquement rien faire de bien ou d’utile et…je ne vous apporterai que des ennuis, sérieusement, je n’en vaux pas la peine. » Le visage de Laetizia prit une expression de la plus profonde tristesse. « Oh petiot…ne dis pas ça hé. Fort comme t’es voyons. Si t’as réussi à te retaper après seulement trois semaines ici, j’suis sure qu’t’es capable d’faire des étincelles. Sérieux, non, dis pas qu’t’en vaux pas la peine. » Et avant que le grand adolescent ne puisse protester, elle lui saisit le coude d’une main de fer pour l’entraîner sur le chemin. Comme son frère, Laetizia semblait ADORER monopoliser la discussion. En un rien de temps, Myriam apprit que la fratrie louait une petite maison à Ratier et que c’était Laetizia qui pourvoyait à tous leurs besoins. Pour payer loyer, nourriture et scolarité de Raphael, la sœur travaillait dur à l’aide de petits boulots à Ratier, Brussac et parfois même dans des villages touristiques importants à plusieurs kilomètres de là, qu’elle parcourait à dos d’âne, ou à pied si nécessaire. Lingerie, tissage, remise en état de matériel d’agriculture, ménage, fabrication de pièces de machinerie en usine, serveuse, baby-sitter, remplaçante de prof de sport et bien d’autres. Rien ne semblait hors de la portée de cette forte jeune femme. Elle lui annonça même fièrement qu’elle et son frère n’avaient jamais eu de problèmes financiers.
Ratier était un peu plus animé que Brussac. Quelques voitures passaient, parfois sans s’arrêter. Quelques restaurants, une école, un collège, une bibliothèque, un bar, un hôpital, une pharmacie, une petite grande surface, une place de marché. Quelques jeunes gens désoeuvré les regardèrent passer avec curiosité, probablement des étudiants du collège. Myriam et Laetizia descendirent la rue principale avant de tourner à gauche, puis de traverser un petit pont en dessous duquel coulait un mince filet d’eau. En périphérie de la ville, entre de charmands bosquet d’arbres, il y avait un petit groupe de trois maisonnettes aux murs blanchis de chaux, au toit de bois clair. Vu leur petite taille, il devait y avoir un rez-de-chaussée et un étage chacune au plus et Myriam se demanda encore s’il allait loger. Laetizia l’entraîna vers la porte de celle qui était, de loin, la plus jolie. Des fleurs de montagne de toutes sortes poussaient dans des pots aux fenêtres ou à même le parterre derrière la maison. Il semblait d’ailleurs y avoir un petit cabanon de jardin. La jeune femme ouvrit la porte. « Alors Raphael, le manger est prêt ? –Ouaich ouaich, c’est bon. » Comme Myriam s’y attendait, le rez-de-chaussée était une pièce unique, une table de repas avec deux bancs, une petite cuisine et un grand fauteuil en bois étaient le seul mobilier. La pièce dégageait une atmosphère assez austère (assez Corse probablement) et pourtant plutôt accueillante. La nappe de table était sans doute faite main, ornée de fleurs aux belles couleurs. Sur les bancs et le fauteuil, des coussins bariolés n’attendaient que que l’on s’asseye dessus. Une odeur de fromage chatouilla les narines de Myriam. Il vit Raphael, devant la plaque de cuisson, s’empresser de mettre le repas dans un plat puis se retourner. Il portait un très joli tablier fleuri. En voyant qui accompagnait sa sœur, son visage passa de la surprise à l’extase. « MIMI ! Hé, c’est sympa de passer m’voir ! Ouich t’arrive pile poil, la tarte est prête. Assiez-toi dis ! » Le lyonnais s’assit sur un des bancs et Laetizia à coté. « De la tarte à la tome, un fromage. C’est une spécialité du Cantal, tu nous dira si t’aime. » Le frère apporta sur la table un couvert supplémentaire puis la tarte. Elle était grillée sur le dessus, et semblait à la fois sableuse et crémeuse à l’intérieur. Myriam dut avouer qu’elle n’était pas mauvaise mais plutôt bourrative et elle donnait soif. La discussion fut animée par les prises de bec de la fratrie. C’était en général sur qui ferait telle ou telle tâche ménagère. Tandis que le lyonnais terminait son assiette, son coude toucha accidentellement celui de Laetizia. Il failli alors recracher sec en voyant l’expression noire sur le visage de Raphael en face de lui. La vois du Corse s’éleva, calme, mais glaçante. « Hey, j’vois qu’t’as fais connaissance avec ma frangine. C’est bien. Par contre tu la respectes et tu la touche pas compris ? » Il fut interrompu par une violente gifle de la part de Laetizia. « Non mais ho ! C’est quoi cette politesse envers un invité, et puis c’est ton ami aussi hé ! Alors demande pardon ou bien… » Elle leva encore la main, mais ferma le poings. Raphael prit une expression penaude et sincèrement désolée. « Ah…ouich, pardon pardon Mimi. Voulais pas te faire flipper hé. C’juste…mon père m’a dit un jour d’jamais jamais laisser un mec toucher à ma sœur. C’est sacré la famille en Corse t’sais. Mais t’inquiète j’le ferai plus, j’le ferai plus. » Et il ponctua son excuse…d’un baiser sur la joue ! L’invité se retrouva absolument incapable de bouger. Le contact fut bref mais si tendre. Myriam avait l’impression de flotter sur un nuage, sa tête tournait. La sensation des lèvres de Raphael sur sa joue était à la fois douce et brûlante…Le lyonnais devint encore plus rouge lorsque la spectatrice s’exclama : « Ooooohhh ! Vous êtes trop mimis ! Tiens, par ailleurs Raphael, Myriam n’est plus soigné au Centre et va venir étudier à ton collège. Il va donc dormir ici quelques temps. » Le frère sursauta presque avant de pousser un magistral cri de joie. « Vrai ?! Mais c’est trop chouette ça tiens ! On s’ra bien plus potos tout les deux comme ça ! Viens, j’vais t’montrer la chambre après on ira t’chercher tes affaires à Brussac. » Il entraîna Myriam (toujours incapable d’en placer une) dans le petit escalier en bois craquant au fond de la pièce. La chambre de l’étage était éclairée par une petite fenêtre et avait pour seuls meubles une bassine d’eau pour la toilette et deux matelas dont un seul reposait sur un sommier. « Bien voili voilou, fit Laetizia derrière eux, j’vais m’installer en bas et j’vous laisse la chambre. –Euh hum…commenca Myriam. Vous êtes sûrs que ça ira ? – Oui, oui, t’inquiète pas pour moi. J’aurais qu’à pousser la table et poser mon matelas, ça sera tout aussi confortable. –Ah oui euh…enfin moi et Raphael on… » Il s’empêtrait dans ses propres phrases, ce qui rendait sa gêne et ses sous-entendus un peu trop évidents à son goût. Laetizia sourit. « Héhé, p’tit prude va. Pas stress, avec quelques sacs de toile, du fil et d’la paille on va t’faire un matelas pour toi tout seul. –Oh hum, je ne veux pas vous donnez plus de corvée…-Ah mais, renchérit Raphael, si t’veux roupiller avec moi, y a pas de problème…-NON ! Enfin je veux dire…dites moi comment faire mon matelas, je me débrouillerai…Mais vous êtes certains que je ne devrais pas me trouver un autre appartement ? » Laetizia mit les points sur les hanches. « Là, c’est toi qu’es impoli avec tes hôtes. Je te l’dis tu reste là.
Je remercie de tout mon cœur, ceux qui ont eu le courage de lire jusque là! Oooooh... 
Je vais continuer à faire des efforts pour cette fic! Vers l\'infini et au 
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MessageSujet: Re: Randonnée dans le cantal   Randonnée dans le cantal Mini_298936rienMar 17 Déc 2013 - 12:02

Randonnée dans le cantal Raphxm11

Voila le chapitre 9! Higher and higher. 
Avertissement: Que les âmes sensibles ou les fans de bouillie à la courgette s'abstiennent de lire!  ... 
Sinon bonne lecture!  I Love You 

Chapitre 9 : Le collège de Ratier
L’installation fut plutôt vite réglée. Myriam ne sut jamais comment elle fit mais dès que lui et Raphael rentrèrent après être allés cherchés ses affaires à Ratier, Laetizia avait déjà à moitié terminé le matelas. Les deux corses durent faire preuve de fermeté pour empêcher le Lyonnais de se confondre en excuses et remerciements. Le soir même Myriam put dormir sur son nouveau matelas posé sur le sommier tandis que Raphael dormait sur celui du sol. Le plus jeune crut qu’il serait trop nerveux pour dormir dans la même pièce que son ami mais il s’accoutuma très vite à cette présence au contraire. Le petit Corse, après quelques minutes de discussion à mi voix, se tut brusquement et garda un profond silence. Myriam sentit ses paupières s’alourdir et, tout en fermant les yeux, crut un instant voir Raphael qui le regardait s’endormir.
Le week-end se passa tranquillement. Raphael l’emmena visiter le village, lui montrant où se procurer nourriture, matériel de jardinage, de cuisine, de bricolage etc. Samedi, Laetizia partit à Nozelle, un important village touristique à 10 kilomètres de là. Elle devait aller faire le ménage chez quelques clientes. Les deux garçons achetèrent du matériel scolaire pour Myriam. Le village de Ratier n’était pas très beau mais le paysage en valait toujours la peine. « Il tarde les vacances, faisait Raphael, nous et mes aut’es potos on ira faire un tour du côté d’ces cols là. Il pointa le doigt vers les volcans de l’ouest. On est presque tous passés par là mais y a un nouveau ch’min qui vient d’êt’e balisé. Ca devrait l’faire. Puis comme ça tu verra un peu comment c’est chez nous d’puis là haut… » Myriam ne pouvait qu’admettre qu’il trépignait d’impatience à cette perspective. La vue devait certainement être chouette. Par ailleurs, cela lui permettrait un peu de retrouver la forme. Il songea avec nostalgie que cela faisait près de deux ans qu’il n’avait pas fait d’escalade.
En fin d’après-midi, Raphael et Myriam passèrent chercher Nathan. Ce dernier vivait seul avec sa mère dont la santé était un peu fragile. Elle était facilement fatiguée et Nathan devait donc souvent l’aider à s’occuper des taches ménagères. La chaumière était assez coquette. « Dans ma jeunesse, j’aimais beaucoup les jolis tableaux, fit la dame d’une petite voix après que Myriam eut complimenté la décoration du salon. Moi et mon mari les avons acheté avec nos économies lors d’un vide grenier à Nozelle il y a de cela trente ans. »
Après quelques minutes, les trois garçons partirent au bar du village. Là-bas, ils retrouvèrent deux élèves de dernière année du collège de Ratier, Florine et Joseph. Ils sortaient probablement ensemble et étaient tous deux très bruns. Ils saluèrent chaleureusement Raphael avec qui ils semblaient aimer discuter. En revanche, Joseph fut très froid envers Nathan, bien qu’il soit pur Auvergnat comme lui. Raphael raconta plus tard que Florine lui avait dit que son petit ami interprétait l’attitude silencieuse de Nathan comme une fierté mal placée, mais que cela remontait surtout à un concours d’école primaire que Nathan avait gagné et qui avait fait de Joseph la risée du village.
Dimanche, Laetizia et Raphael mirent leurs meilleurs vêtements pour aller assister à la messe (car les corses sont des gens très catholiques). Laetizia, la plus endoctrinée des deux, insista même plutôt violemment pour que Myriam les accompagne. Mais Raphael dit qu’il était préférable que le lyonnais reste faire le point sur ses révisions scolaires. Myriam en fut plutôt soulagé. Ce n’est pas qu’il désapprouvait fortement la religion (ses grands-parents l’avaient même emmené souvent à l’église quand il était petit) mais il n’y avait jamais attaché énormément d’importance, de sorte qu’il avait rapidement préféré l’athéisme.
Lundi, Laetizia se leva à l’aube, puis secoua les deux plus jeunes avant de partir travailler. Ces derniers se rendirent quelques minutes plus tard au collège de Ratier. Le bâtiment était probablement un ancien hôtel rénové. La cantine, en particulier, laissait à désirer : la peinture des murs se dégradait et la mauvaise isolation créait des courants d’air. La cour de récréation n’était q’un champ clôturé derrière le bâtiment. Les étudiants pouvaient être scolarisés de la 6e au lycée. Le bac, que passeraient Joseph et Florine cette année, avait lieu à Nozelle. Les élèves étaient majoritairement locaux même si un certain nombre venait de lointaines régions françaises faute de moyens financiers suffisant pour se payer collège et lycée chez eux. Myriam se rendit dans le bureau du directeur, Monsieur Gorès. La cinquantaine, les cheveux courts et grisonnants, il semblait fatigué. Il salua gentiment l’adolescent, l’aida à régler les dernières formalités d’inscription, lui dit qu’il avait reçu un appel de sa mère. Le premier versement était en cours. En fin de discussion, le directeur lui confia avec nostalgie qu’il connaissait bien Lyon, qu’il avait un beau-fils et une fille là-bas. Puis, émergeant brusquement de ses pensées, il informa également Myriam qu’il était mis en classe de seconde à l’essai. Il y resterait si ses résultats de premier trimestre étaient suffisants. Myriam le remercia, le salua mais, tandis qu’il sortait de la pièce, il crut voir le directeur sortir tristement un paquet de cigarettes de son sac. Le pauvre, il devait s’ennuyer ici loin de sa famille. Cela fit penser à l’adolescent qu’il devrait téléphoner lui-même à sa mère pour savoir si elle allait bien. Lorsqu’il arriva à sa classe, le professeur n’était pas encore arrivé. Les élèves étrangers à la région chahutaient tandis que les Auvergnats, assis, grinçaient des dents. A son grand dam, Myriam reconnut Thibault et Zelie au second rang, se chamaillant comme à leur habitude. Pourquoi étaient-ils assis l’un à côté de l’autre, mystère. Le lyonnais se choisit une place à côté d’un garçon blond soigneusement coiffé, au regard vert pale, au port gracieux malgré son aspect un peu rondouillard et ses lunettes rondes. Lorsqu’il vit que le nouveau s’asseyait à côté de lui, le garçon lui sourit poliment. « Bonjour, fit-il d’une toute petite voix aigue, je m’appelle Joël, et toi ? »Myriam se présenta puis dit d’où il venait, en survolant néanmoins rapidement l’internement à Brussac. Le visage rebondi de Joël s’éclaira. « A Lyon ? C’est vrai ? Ca alors ! Mon frère est à l’université là-bas! , puis baissant le regard, Mais cela fait trois ans que je n’ai pas de nouvelles de lui, ça me rend un peu triste…-Ah… fit Myriam doucement, je suis désolé. –Oh non c’est bon, je ne voulais surtout pas t’inquiéter pour moi. Joël retrouva son sourire enfantin. Je suis sûr que pas de nouvelle, bonne nouvelle. Dis-moi, comment trouve-tu Ratier ?
-C’est calme, reposant. –Oui, c’est vrai. Tu ne t’ennuie pas trop j’espère ? S’enquit le rondouillet avec une inquiétude réelle (visiblement, le thème de l’internement n’était pas passé inaperçu). –Non, non, j’ai besoin de repos justement…» Les deux élèves discutèrent encore un peu. Joël parlait avec beaucoup de douceur et de chaleur et semblait vouloir s’assurer que Myriam était heureux dans son nouveau chez lui. Myriam était bien content d’avoir un voisin de classe aussi gentil et bienveillant. Soudain, une très belle jeune fille à l’allure méditerranéenne, peau mate, cheveux sombres et bouclés, tenue un peu trop légère, se joignit à eux. Elle se pencha sur Myriam assis et lui adressa un sourire ravageur « Salut beau gosse, moi c’est Amalia, fit-elle en dévorant le nouveau venu des yeux. » C’est vrai que le lyonnais avait un physique plutôt avantageux mais cette Amalia était la première à le faire remarquer si ouvertement. « Toi c’est Myriam c’est ça ? Mon pauvre, trois semaines au Centre, ça devait être horrible ! Eh ! Surtout, si tu te sens un peu seul ou si t’as besoin d’aide avec les cours, n’hésite pas à me demander, mon chou. » Elle battait des cils et roucoulait comme une tourterelle. C’était assez déstabilisant pour Myriam qui s’était mis à rougir. Heureusement, avant qu’elle ne se mette à lui demander ses hobbies, la prof principal fit son entrée. La journée se passa sans incidents. Malgré quelques lacunes, Myriam ne révéla aucun grave problème scolaire. Il pourrait vite rattraper les autres s’il révisait quotidiennement. Tous les professeurs eurent immédiatement une opinion positive de lui : il était poli et très studieux. Et ce ne n’était pas tout : il eut également rapidement la sympathie de nombreux élèves. Il plaisait surtout aux filles qui gloussaient à chaque fois qu’il tournait ses beaux yeux gris vers elles. Comme il était toujours très sérieux, il fut rapidement accepté par l’élite intello de la classe. Juliette et Théo, les délégués, l’invitèrent même à rejoindre le cercle d’étude des meilleurs élèves. Elle, était tirée à quatre épingles, brune, avec un chignon et des petit yeux. Lui, était un petit rouquin avec des taches de rousseur, gêné par un bégaiement mais visiblement très intelligent.
En revanche, les élèves plus turbulents furent un peu jaloux de sa popularité. Aussi se moquèrent-ils vite de la timidité de Myriam ou de ses lacunes. Thibault surtout, se révélait particulièrement vicieux. « C’est parce qu’il est retardé qu’il a des traitements de faveurs, c’est tout. S’non c’est rien qu’un pauvre con attardé. » Affirmait-il a ses deux comparses, une perche squelettique au teint pale nommée Julien et un marseillais bronzé aux cheveux noirs et sales du nom de Marius.
Mis à part ces quelques propos hostiles, la journée se passa plutôt bien en fait.
Bon…à vrai dire…pas vraiment. Car quand sonnèrent 12h40 précises, il assista au plus grand cataclysme apocalyptique qu’il eut jamais connu. Ce fut imprévu, soudain et d’une violence rarissime. Voilà.
Il venait à peine de s’installer à une table de cette cantine loqueteuse, son plateau chargé d’une assiette remplie d’une espèce de bouillie de courgette suspecte ainsi que d’un morceau de bœuf (il avait encore beaucoup de mal à manger mais Laetizia l’avait harcelé la veille pour qu’il se nourrisse correctement). Il était plutôt content d’être assis en bonne compagnie. Joël, Amalia et quelques autres filles s’étaient empressés de s’asseoir  à côté de lui pour lui tenir compagnie (ou pour le mater, cela dépendait). Bon, à vrai dire, le lyonnais gardait un pieux silence et se contentait de hochements de tête amicaux à l’adresse de quelques remarques intéressantes au milieu du brouhaha de la discussion. En effet, il n’avait hélas vu ni Raphael, ni Nathan à la récréation de milieu de matinée et bien que cela le gênais beaucoup de l’admettre, leur euh…présence ? aura ?...lui manquait, malgré le fait qu’il appréciait beaucoup ses nouveaux camarades de classe.
Soudain, une voix s’éleva d’une table à proximité de l’entrée : « Hey les mecs ! V’là l’grand bâtard chopez le ! » Myriam se retourna et vit le marseillais et d’autres garçons de sa classe se lever à la vitesse de l’éclair pour bombarder l’arrivant avec le contenu de leur assiette. Or il s’avérait que celui-ci n’était autre que Nathan, et qu’il lui fallait encore vingt bonnes secondes pour réaliser qu’il commençait à être couvert de bouillie verdâtre à la courgette. Myriam se leva immédiatement pour partir à la rescousse mais ce ne fut même pas la peine. Un petit Corse qu’il connaissait bien avait déjà bondi, et on se savait comment, s’était procuré deux, non quatre assiettes de bouillie ! Et c’est seulement alors que le carnage commença.
Marius commença par ce prendre dans la tronche une grosse poignée de liquide brûlant qui le laissa aveuglé et presque évanoui sur le sol. Mais Thibault, plus rapide que l’éclair relançait lui aussi les hostilités. Il rata partiellement Raphael mais atteignit un camarade, qui, lui, devint rouge de colère et beugla à ses potes de faire sa fête à ce sale chien galeux triple connard. Une dizaine de bambins se mirent alors à lancer le contenu de leur assiette sans vraiment savoir où, et à droite à gauche, les murs de la salle furent entièrement repeints à la courgette. Les autres élèves du collège qui eux n’avait rien demandé furent contraints de fuir à toute vitesse où à endurer les attaques de certains sadiques qui avait juste pris la bataille comme prétexte pour harasser les plus faibles à cuillérées de liquide. Mais la chose la plus incroyable, c’était la vitesse d’action de Raphael qui jamais ne manquait ses cibles (pas seulement les comparses de Thibault) et les réduisait en bonhomme de bouillie avant qu’ils n’eurent pu attraper leurs munitions. Myriam ne pouvait détacher ses yeux de la scène, détacher ses yeux des muscles du Corse qui bondissait d’une table à l’autre, se propulsait comme un boulet de canon avec l’immense force de ses courtes jambes. Lorsqu’il tendait son bras vigoureux avant de lancer à pleine main le liquide vert, on ne pouvait que retenir son souffle dans l’attente de la violence à laquelle le projectile allait écrabouiller la personne visée. Puis avec une force et une célérité inouïe, il abattait son bras et une immense explosion éclaboussait avec grand fracas le pauvre gosse étourdi. Mais Myriam n’eut que le temps de se cacher sous une table avant que le chaos ne devienne général (mais où étaient les profs bon sang ?!). Les plus jeunes s’étaient mis à pleurer à cause de leurs vêtements humides, les filles criaient parce qu’elles en avaient plein les cheveux et quelques belligérants de l’extrême se battait maintenant à véritables coups de poings pour se procurer les maigres restes de bouillie (visiblement la grosse cuisinière avait préféré ne pas se mêler de l’affaire et ne semblait pas trop préoccupée par ce qui attendait les femmes de ménage). Chacun poussait tant et plus pour avoir les débris de repas et ce uniquement pour les relancer sur les autres ; c’était absolument ébahissant de stupidité, de gâchis et de cruauté. Raphael qui pour la première fois du conflit se retrouvait les mains vides n’était pas en reste et s’était jeté dans le tas tête baissé. Mais il ne semblait pas s’être rendu compte du nombre d’ennemis qu’il s’était fait pendant les quinze dernières minutes. Thibault, Julien et un monstrueux adolescent à tête de bouledogue prénommé Claude s’étaient rués sur lui avant de le plaquer au sol avec violence. Le corse laissa échapper un cri de surprise étouffé avant de se débattre de toutes ses forces en dépit de sa tête endolorie. Mais Julien et Thibault parvinrent à lui maintenir les épaules en place et le monstre s’assit alors sur son ventre pour lui assener une gifle. Le corse jura bruyamment avant d’être à nouveau heurté au milieu de la figure. Myriam fixa alors son regard sur ce visage. Les cheveux noirs sombres de son ami étaient trempés de sueur et collaient à son front, ses yeux bleus électriques étaient brillants de colère, ses dents serrées. C’est alors que le lyonnais la vit. Rouge, elle sortit d’une narine. Une goutte rouge, une goutte rouge qui se mit à rouler, rouler le long de la joue de Raphael. Rouge, rouge, rouge…
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Randonnée dans le cantal

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