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 Meetic Infinity

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Shuu
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Masculin Messages : 1673
Localisation : Planète des fraises

MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Ven 31 Aoû 2012 - 15:50

Serais-je un jour dans les temps ? :tot: Bon, pour compenser, ce chapitre est plus long que d'habitude (15 pages au lieu de 10 en moyenne), et y'a pas des tonnes de dialogues. C'est un chapitre que j'ai eu du mal à écrire parce qu'il est vraiment basé sur la psychologie, et que je ne savais pas si je devais adopter une description pathologique des choses ou faire ressortir le côté bordélique des pensées. J'ai opté pour un mélange des deux options, en rajoutant quelques touches "d'humour". J'espère que ce sera pas trop mal... Merci encore à ceux qui lisent régulièrement, je vous aime <3

Résuméééééééé :

Spoiler:
 

Bonne lecture ! Silver Love Silver Love Silver Love





L’Abysse. La prison de verre. L’Enfer sous-marin. L’abîme de la conscience humaine. Tant de dénominations pour une chose qui, au final, provoque un sentiment indescriptible.

Le premier étage, à la surface, a déjà été évoqué. Un cube en verre, abritant des centaines de criminels de niveau 3. On y vit relativement bien, pour une prison. Des activités y sont organisées régulièrement, la nourri ture est bonne, les gens ont une vie sociale presque normale. De plus, la plupart n’y reste pas très longtemps. Cette facette là de l’Abysse n’est que la partie visible de l’iceberg. La vie est agréable, à la surface. Elle l’est beaucoup moins sous la mer.

Le premier niveau sous-marin, plus connu sous le nom de « Niveau 4 », puisqu’il abrite les criminels de ce niveau là, est le niveau de la société. Il se présente sous la forme d’une énorme ruche en verre renforcé. Chaque criminel vit dans une alvéole hexagonale, et peut parler avec ses six voisins via des petits trous. L’intérieur est relativement cosy, mais l’espace est très réduit. On ne s’y ennui pas vraiment : il y a des livres, des consoles. On y dort mal, en revanche, à cause du bruit constant. La parole étant l’un des moyens les plus efficaces de tuer le temps, les voix viennent de partout, presque sans interruption. La durée moyenne d’emprisonnement dans le niveau 4 est de quelques mois. Il arrive parfois qu’à leur sortie, des voisins de cellules se marient, deviennent amis, et se transforment en gens biens.

Mais c’est rare. Très rare. La plupart, au bout de deux mois d’emprisonnement, se haïssent, ne se supportent plus. Ils font exprès de chanter pendant le sommeil de l’autre, s’insultent à longueur de journée. Leur agressivité est encore renforcée par de régulières injections d’excitants, par le biais des deux tubes qui servent à nourrir l’organisme des nutriments nécessaires, et ce à distance. Finalement, à leur sortie, - on essaye de faire en sorte que les voisins qui se haïssent le plus sortent en même temps – ils s’entretuent.

Le niveau 5. Parfois appelé niveau de la marche infinie. Il se présente sous la forme d’une immense roue. Le sol et le plafond sont immobiles, mais les parois séparant les prisonniers les uns des autres tournent, elles. Les résidants de cet étage n’ont de cesse que de marcher, marcher, encore et encore. Six heures de repos sont accordées toutes les 18 heures, six heures pendant lesquelles les parois s’arrêtent de tourner. C’est le niveau de l’épuisement mental et physique.

Les premiers jours, tout va bien. Ceux d’après, la fatigue se fait sentir, puis au final, au bout d’une semaine, c’est l’épuisement. Les six heures ne suffisent plus. Alors on s’effondre, on s’endort alors qu’on est censé marcher. C’est sans compter sur les capteurs. Dès que le sommeil vient à la mauvaise heure, des affreux hurlements se déclenchent dans la cellule du prisonnier en question, le réveillant instantanément. Et même aux heures de repos, on dort mal : par terre, sans oreiller ou couverture, avec l’affreuse lumière blanche des néons.

On ne reste jamais longtemps dans le niveau 5. Cela peut aller de deux semaines à un mois, grand maximum. Ceux qui en sortent – car il est possible d’y mourir d’épuisement – ne font plus rien de leur vie. Le sommeil est devenu si précieux, si rare, si salvateur, qu’ils ne quittent plus jamais leur lit.

Le niveau 6… Tout le monde sait ce qu’il s’y passe. Personne n’en parle. Personne ne l’évoque. Ceux qui en sortent n’osent pas l’admettre.

Cet étage est constitué de dizaines de petites capsules en verre opaques, en forme de suppositoire allongé. On y met deux personnes à l’intérieur, qui ne se connaissent pas le moins du monde. Dans ce niveau, il ne se passe rien. Dans les capsules, il y a juste une couchette deux places, et les deux personnes à l’intérieur sont en sous-vêtements. Les premières semaines, discussions. La tension monte au fur et à mesure. Au bout d’un mois, ou moins, ça craque. L’esprit craque, les barrières craquent… Et les sous-vêtements craquent.

Homme, femme, enfant, gros, petit, malformé, moche, beau, puant, attirant, peu importe. Une fois par jour. Puis deux fois. Puis tout le temps. L’odeur est affreuse, la transpiration est partout. Le niveau six, niveau du sexe sans limite. Les gens qui en sortent se rendent compte de ce qu’ils ont fait… La dépression les gagne, ils se sentent sales. Et ils le sont. Ou alors, ils ne parviennent pas à laisser tomber l’addiction sexuelle, et deviennent, pour reprendre l’expression en vogue, « des machines à baiser ».

Le niveau sept. Aussi appelé l’antichambre de l’Enfer. Ce niveau se présente sous forme de gros cubes en métal pouvant accueillir une seule personne. Toutes les sept minutes, très précisément, sept milles minuscules seringues sortent du plafond, bien emboîtées dans un disque. Partout sur les murs, est écrite, en différentes polices et grosseurs, la phrase qui résume toute l’horreur du niveau. « 7000 seringues. 1 chance de mourir. »

Les premiers jours, on prie pour ne pas mourir, ou alors on refuse de choisir une seringue. Puis l’ennui gagne du terrain, et finalement, l’envie nous prend de jouer avec la vie. Pour passer le temps. Et puis, après une semaine… La prière se transforme. « Faites que je meure ».

Enfin, le niveau 8. Ce n’est pas le dernier. Mais il mérite déjà le titre de destructeur total d’esprit. Pourtant, il est tout simple dans sa construction. Une simple boule en verre, dans laquelle on est obligé de se tenir en position fœtale, complètement recroquevillé. La sphère est remplie d’une substance très semblable au liquide amniotique – le liquide dans lequel le fœtus vit durant les neuf mois de grossesse -, une enceinte discrète diffuse le bruit de battements de cœur.

L’emprisonnement dure neuf mois. Durant le premier mois, le prisonnier se demande ce qu’il fait là, pourquoi il ne peut pas bouger, mais il ne s’énerve pas. Même s’il ne comprend pas, il est paisible, parce que le corps reconnaît cette situation et l’associe au bien-être. Le premier mois terminé, l’esprit lâche. Il s’abandonne complètement au passé, revient dans le temps. Voilà le prisonnier avec une conscience vieille d’un mois après sa conception. Ses capacités sont réduites à l’extrême, il a le cerveau d’un simple tas de cellules désorganisées. Il redevient un embryon, pas physiquement, mais mentalement.

Puis, il vit comme un fœtus, qui grandit, s’épanouit dans le ventre de sa mère. Enfin, au bout des neufs mois, c’est l’accouchement. La libération du prisonnier. Ainsi relâché en pleine nature avec le cerveau d’un nouveau né, il doit tout réapprendre. Généralement, il n’en a pas le temps. La dureté de la vie, comparée à sa vie paisible de fœtus, lui est insupportable.

Détruit, le « bébé » adulte se laisse mourir.


Rentoraa fixait le message sur son ordinateur, paralysé. Des dizaines de millions de pensées lui traversèrent la tête. Il n’en retint qu’une seule : Patricia allait mourir s’il ne faisait rien. Il le savait, c’était une certitude. De toute sa vie, il n’avait jamais vu le Gouvernement de Johto céder à une prise d’otage. Que ce soit des écoles maternelles, des sièges boursiers ou autres, ils n’accédaient jamais aux requêtes. Les otages se faisaient tuer uns à uns, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus. A ce moment là, le Gouvernement ordonnait l’éradication du lieu, tout simplement.

Cette technique peut sembler barbare… Elle l’est. Mais depuis maintenant plus d’une dizaine d’années, il n’y avait plus de prises d’otages, pour la bonne et simple raison que les ravisseurs savaient cet acte inutile. Mais les Chapeliers avaient l’air de l’ignorer, eux, ce qui n’était pas très arrangeant. Les militaires tenteront de sauver Patricia – elle était très haut-gradée, au même échelon que McFilleul – mais le Gouvernement s’interposera et ordonnera de l’abandonner à son sort. Rentoraa ne pouvait pas laisser faire ça.

Dans sa vie, il avait toujours était un gars effacé. En classe, personne ne lui adressait la parole. Il n’avait jamais eu d’ami à proprement parler, trop timide pour aller naturellement vers les gens. Pourtant, il n’avait pas de défaut physique handicapant, ou autre qui ferait de lui un rejet de la société. Il était juste inexistant. Ses notes étaient médiocres, pas catastrophiques non plus, mais pas suffisamment bonnes pour faire un cursus long. Il avait choisi le dressage. Cette voix là ne lui avait pas réussi non plus. Il avait voyagé désespérément seul, n’avait rencontré personne. Finalement, il en avait eu marre d’être un minable. Quand son Luxio évolua finalement en Luxray, il s’engagea dans la police. Nouvel échec.

Après son renvoi du bureau concernant l’enquête sur les Chapeliers, il avait été rétrogradé en temps que geôlier à l’Abysse. Et là, il avait rencontré la seule personne qui eut jamais accepté de discuter et passer du temps avec lui. Pas spécialement belle, pas spécialement sexy. Mais dès le début, elle l’avait traité comme son égal, pas comme un vulgaire chien à ses ordres. Le genre de femme qui se fout de qui tu es et se comporte en amie même avec les pires. Rentoraa savait mimer la confiance, mais avec elle, il était juste naturel, et ils s’étaient rapidement rapprochés.

Ce n’était pas un coup de foudre, mais c’était arrivé en quelques jours seulement. Il l’aimait, voilà tout. Et, alors qu’il était amoureux pour la première fois de sa vie, on allait lui retirer cet amour. Pire, le détruire. Il ne pouvait laisser faire ça. Rentoraa avait des principes à n’en plus pouvoir, mais il n’en avait que faire : il était prêt à tout pour la sauver, vraiment tout.

« Nous détenons Patricia Carillon. Remettez-nous Shuu Jaggerjack, Cat Pandora, Glenn Seventy-Nine, Justine Hitalia et Denzi Devil, ou elle mourra, ainsi que quatre de ses coéquipiers. Vous avez une demi-heure. »

Le message était clair. Il fallait libérer ces cinq prisonniers. Il ne voyait pas le rapport entre les Chapeliers et Denzi Devil, mais peu importe. Discrètement, il nota les noms en question sur sa main gauche, avec un stylo qui trainait. Il n’était pas seul dans la salle de repos. Une petite dizaine d’hommes buvaient tranquillement leur café en discutant, ignorant tout de la bataille qui se déroulait dehors. Rentoraa, comme si de rien n’était, sortit de la salle, sa grenadine à la main. Il était armé d’un simple taser de service. Il allait devoir trouver mieux.

Au lieu de se diriger vers son secteur de garde, il bifurqua vers la réserve. La réserve était l’une des plus grandes salles. Elle était toute en longueur, et composée de deux parties. La première et plus petite contenait les armes de services plus puissantes que les tasers – revolver et autres – que chacun pouvait prendre à sa guise, et la deuxième partie, où se trouvait tout le matériel lourd style bazooka et mitrailleuse. On ne pouvait accéder à la deuxième que sur autorisation, aussi Rentoraa se contenta de récupérer un revolver et une grenade fumigène dans la première partie.

Ainsi armé, il emprunta les escaliers qui menaient à la salle de contrôle.


Le niveau 9. On y trouvait toutes sortes de gens, mais ils étaient peu nombreux. Peu à avoir commis des crimes méritant un châtiment si extrême. Oh, ce n’était pas douloureux. Pas physiquement, du moins. L’étage était tout simple. De simples sphères bétonnées sur un mètre d’épaisseur. A l’intérieur, une chaise flottante… et un ordinateur.

Sur cet ordinateur, on ne pouvait faire qu’une seule et unique chose : jouer aux échecs. Contre une intelligence artificielle, malheureusement réglée sur le niveau « facile ». Plutôt mignon, pour une cellule censée représenter l’enfer…

A l’intérieur d’une de ces capsules pour le moins peu communes, se trouvait un jeune homme avec les cheveux d’un blond cendré, naturellement proches de la rousseur. Il n’était pas vraiment beau à voir. Des cernes énormes creusaient ses traits, et une barbe apparemment très vieille lui encadrait le visage. Il devait avoir un peu plus d’une vingtaine d’année.

Cet homme, c’était Denzi Devil, incarcéré pour meurtre et trafic de drogues. Enfin, ce qu’il en restait.

Il venait de se réveiller. On dort mal, au niveau 9. Pas de lit, juste une chaise inconfortable. Et quand on se réveille, cet ordinateur. Après deux ans d’emprisonnement, les échecs ne sont plus un divertissement : ils deviennent la pire des drogues.

L’ennui étant meurtrier, la moindre petite chose venant lutter contre le silence et l’inactivité est la bienvenue. Et au final, les échecs ne vous quittent plus. Le niveau est très bas, alors on perd les deux ou trois première fois, puis on gagne sans cesse. Avec une facilité enfantine. D’où un ennui et une routine permanente. Et cette voix affreuse qui hurle « VOUS AVEZ GAGNE ! ». Dans ces conditions, comment ne pas sombrer dans la folie ? Denzi avait littéralement coulé, lui. Ses pensées n’étaient qu’une succession de position de pions. « E5, B4, F6. ». Et ce « VOUS AVEZ GAGNE ! » qui, comme une musique, revient encore et encore dans votre tête, tel un refrain qu’on ne peut oublier.

Denzi a depuis longtemps cessé de parler. Parler à qui, d’ailleurs ? Et avoir des réflexions sur un autre sujet que les échecs lui est tout simplement impossible. Il ne cherche même pas à essayer. Il n’a aucun souvenir, il ne pense plus à rien. Il est hors du temps. Il ne fait plus que jouer, jouer, encore et encore. Il gagne encore et encore. Il dort encore et encore. Est-ce que le temps existe ? Est-ce que la fin existe ? Est-ce qu’il est possible de mourir dans cet endroit ? Tant de questions qu’il ne se posait plus depuis des lustres. Il n’était pas mort, il n’était pas vivant, il était juste fou, complètement fou, dénué de raison.

« VOUS AVEZ GAGNE ! »


Rentoraa descendait les escaliers en colimaçon qui menait à la salle de contrôle. Personne ne surveillait jamais ces escaliers. En revanche, la porte de la salle de contrôle était gardée. Voyant ça, il se colla contre un mur – en sous-sol, on laissait tomber le verre pour de vraies cloisons – et passa sa tête, lentement. Ils étaient trois, armés chacun d’un bel attirail capable de transformer n’importe qui en passoire. Le pauvre Rentoraa n’avait bien sûr aucune chance de les battre, mais il eut soudain une illumination, ce qui était suffisamment rare pour être signalé.

En fait, ce n’était pas vraiment une illumination, juste une pensée à ces films d’action où les héros activent le système anti-incendie pour faire diversion. Dans cette situation, faire diversion ne servirait pas à grand-chose, en revanche, le système anti-incendie pouvait être utile.

Rentoraa avait l’avantage physique d’être plutôt grand. Aussi, il se mit sur la pointe des pieds et parvint à atteindre les détecteurs du système anti-incendie. Il activa son taser – un vieux modèle à deux branches, pas un de ceux qui tirent des rayons – et il patienta. Finalement, la chaleur dégagée par l’électricité activa le système. Une pluie fine s’échappa de tous les détecteurs, et une flaque d’eau se forma aux pieds des gardes, qui se demandaient ce qu’il se passait.

- Luxray, Coup D’jus sur la flaque ! ordonna Rentoraa.

Trempés, les gardes furent d’excellents conducteurs et s’effondrèrent, grillés sur place. Rentoraa espérait qu’ils soient vivants, mais il n’avait pas le temps de s’en assurer. Discrètement, il colla son oreille à la porte.

- On ne peut pas sacrifier l’une de nos meilleures militaires ! s’emportait McFilleul.
- Seriez-vous en train de discuter mes ordres ? fit une voix nonchalante, grave et imposante, qui devait appartenir à Lance Wataru et qui devait émaner d’un hologramme créé par le Gouvernement. L’importance de cette femme est moindre ! Il y a une Chapelière à l’intérieure de ce sous-marin, l’heure est grave. Johto vit dans l’insécurité, je ne peux pas laisser passer ça. Eradiquez le vaisseau. Maintenant.

C’est le moment que choisit Rentoraa pour rentrer dans la salle d’un grand coup de pied très théâtral. A se suicider, autant le faire avec classe…


- Give me all your love, and give your love ! Give me all your love todaaaaay !

Trois jours d’emprisonnement. Ce n’est pas énorme. Mais c’est amplement suffisant. Cat n’était déjà plus elle-même. Elle avait peur. Peur de mourir ici sans avoir rien pu connaître de la nouvelle vie qui commençait. Elle avait enfin réussi à surmonter le traumatisme de la mort de Break, à retrouver un peu de joie de vivre… Et on lui avait enlevé tout ça presque immédiatement. Elle voulait repartir à zéro, et on l’envoyait en prison. Elle ne voulait pas, elle avait peur de l’éternité. Qui n’en avait pas peur ? L’idée de rester dans cette affreuse cellule jusqu’à la toute fin lui était insoutenable. Pour combattre la peur, tout le monde a sa technique. Certains relativisent. D’autres nient tout en bloc. D’autres encore trouvent des échappatoires. Mais au final le résultat et le même, et la situation n’a pas évoluée.

Cat chantait. Tout ce qui lui venait. Au début, c’était juste pour passer le temps, se disait-elle. 24 heures plus tard, c’était devenu vital. Si elle avait un trou et ne savait plus quoi chantait, elle faisait une crise d’angoisse, se mettait à hurler. Puis elle se souvenait d’une chanson agréable, et retrouvait une respiration normale. Trois jours, et elle était déjà à moitié folle à lier.

- Do it like a brotheeeeeer, do it like a DUDE !

Elle était passée à du Jessie J, et agitait ses bras en rythme – enfin, elle faisait ce qu’elle pouvait, car la cellule était vraiment étroite. Elle éclata de rire, sans raison, peut-être parce qu’elle trouvait la chanson amusante.

- TONIGHT ! TONIGHT !

Hot Chelle Rae, maintenant. Quoi pour la prochaine ? Justin Bieber ?

- As long as you love meeeee…

Ah ben oui.


- Ne bougez plus ! ordonna Rentoraa en pointant son revolver vers McFilleul.

Tout le monde dans la salle se tourna vers lui. Rico et Holly le regardaient, sans réaction, se demandant ce que cet imbécile fichait là. Les techniciens, eux, étaient un peu effrayés. Ils se reculèrent à pas lents vers le fond de la salle. McFilleul, quant à lui, sembla ne même pas se rendre compte de la présence de Rentoraa, continuant à fixer l’hologramme de Lance Wataru dans les yeux. Au final, il poussa un soupir.

- Hum. Très bien, M. Wataru. Holly, préparez le canon hémisphérique, s’il vous plaît.
- Si c’est si gentiment demandé… soupira Holly en s’éloignant, triste de devoir être celle qui mettra fin à la vie de sa collègue.
- Euh, chef… Je crois qu’il y a quelqu’un qui vous a parlé, intervint timidement Rico.
- Je sais Rico, je sais, mais j’ai autre chose à foutre que de m’occuper des sautes d’humeur des novices.

Rentoraa tira. Un hurlement déchira l’air.

- J’ai l’air d’être un novice qui fait une saute d’humeur ? souffla Rentoraa, furax.

Holly gisait par terre en se tenant la jambe. Elle ne pleurait pas, mais elle démontrait l’étendue de son vocabulaire fleuri. McFilleul daigna enfin se tourner vers Rentoraa. Son visage affichait une expression neutre.

- Rico, occupe-toi d’elle, tu veux ? marmonna-t-il.
- Tout de suite, chef. Melodefe, tu veux bien ?

Le Pokémon sortit de la Pokéball du Seviien. Une attaqua psychique retira la balle de la cuisse d’Holly, et le Melodelfe commença à utiliser Vibrasoin. Entretemps, McFilleul s’était approché de Rentoraa à pas lents. Ce dernier tremblait, en sueur, effrayé. Il ne voulait tuer personne, mais il devait sauver Patricia. A n’importe quel prix.


Glenn, tranquillement installé dans sa cellule, patientait. Son entrainement militaire lui avait donné une plus grande résistance aux situations de crises. Oh, il finirait par craquer, comme tous les autres. Mais pour l’instant il tenait bon. Il repensait à sa conversation avec Justine. Elle lui avait clairement dit qu’elle le détestait, et qu’il ne fallait pas compter sur elle pour être de nouveau en couple avec lui. C’était compréhensible, après tout, vu ce que le militaire avait fait. On ne pardonne pas si facilement d’avoir été droguée par une personne en qui on croyait avoir confiance.

Néanmoins, la dernière phrase de la jeune femme, « Sache que je t’en veux à mort, monsieur le militaire. », est-ce que cela voulait dire… qu’elle comprenait qu’il avait eu peur que la fille qu’il aime le rejette ? Peut-être. Peut-être qu’elle aussi ressentait ça, mais pour quelqu’un d’autre. Mais de toute manière, penser à ça n’avait pas beaucoup d’utilité. Glenn n’était pas près de sortir de là, et Justine non plus. Qui pouvait les libérer ? Les autres Chapeliers ? Possible, mais si peu probable…

Glenn soupira. Cette situation lui rappelait son abruti de père.


- AARON ! C’est toi qui m’as piqué mon bazooka ?!

Aaron, six ans, tira une tête d’enfant pris sur le fait. Son père, un grand homme d’un bon mètre quatre-vingt dix, poussa un soupire profond.

- C’est toi, hein…
- Nan, c’est pas vrai ! C’est Fanny qui l’a pris !
- Ta sœur préfère le lancer de couteau, et tu le sais autant que moi ! Maintenant, rend moi mon bazooka et file dans ta chambre.
- Mais elle est minuscule, je peux même pas faire de pompes à l’intérieur…
- Et ben tu feras des tractions avec la tringle des rideaux. Je veux plus te voir jusqu’au repas du soir.
- J’aime pas les tractions ! JE TE DETESTE !

La chambre du gamin était effectivement très étroite. Et basse de plafond, surtout, ce qui donnait un sentiment de claustrophobie relativement désagréable. Mais il s’y était habitué. Il entra en claquant la porte derrière lui, et se jeta sur son lit, seul meuble de la pièce. Et il se mit à pleurer.


- Papaaaaaaaa !
- Qu’est-ce que tu veux, Aaron ?
- Je peux t’emprunter ton AK47, dit ?
- J’ai déjà dit non une bonne centaine de million de fois. Va faire des pompes au lieu de m’embêter.
- C’est dégueulasse ! s’insurgea Aaron. Maman elle a le droit de le prendre, elle !
- Maman est adulte, et je t’interdis de me parler sur ce ton ! Si ça continue on va t’envoyer en pension correctionnelle ! menaça le père.


« Ah, papa. T’étais quand même un putain de gueulard… » songea Glenn. Il ferma les yeux, et d’autres souvenirs lui revinrent, encore moins agréables que les précédents.


A sept ans, il était devenu le coureur de jupon le plus renommé de sa classe de CE1.

- J’ai appris que votre fils avait encore soulevé la jupe de la maîtresse ! Un tel comportement est tout simplement inadmissible.
- Il a encore fait ça… Bordel, Aaron, tu fais vraiment chier ton monde ! Si tu continue à être aussi désobéissant, ça va mal aller ! rugit le père, furax.
- Mais Papa…
- QUOI ?
- La dernière fois, j’ai fait ça à Marine, elle m’a giflée… Alors je me suis dit qu’elle était trop jeune pour comprendre et que je devais aller voir des femmes plus vieilles et moins plates… bredouilla Aaron, penaud.
- TU TE FOUS DE MA GUEULE EN PLUS ! CETTE FOIS CA EN EST TROP !
- Dites-donc, c’est un sacré garnement que vous avez là ! remarqua une voix très aigue.

Une jeune fille se tenait dans l’encadrement de la porte. Ses cheveux longs lui arrivaient aux fesses, et ses petits yeux bleu fluo donnait l’impression qu’elle n’était pas tout à fait humaine. Elle devait à peine avoir 13 ans, et pourtant, elle avait l’assurance et la prestance d’une adulte.

- Je me présente, je m’appelle M-M. Je tiens un centre correctionnel, je peux peut-être faire quelque chose pour ce gamin… annonça-t-elle en désignant Aaron d’un coup de menton.
- Et ça consiste en quoi votre machin ? demanda le père, surpris d’être interrompu.
- Oh, on vous l’embarque gratuitement. On l’instruit, on lui fait faire du sport, et surtout, on lui apprend à obéir comme un enfant devrait obéir à son père. Quand on juge qu’il est prêt à sortir, on vous le rend.
- Et ça peut durer combien de temps ?
- Plusieurs années, mais… il y sera très bien. Je vous laisse mon numéro de téléphone, discutez en et rappelez moi.


- Mais ça ne peut plus durer, Vanessa ! s’époumona le père d’Aaron. Il n’en fait qu’à sa tête !
- Ce que tu dis, c’est que tu es un bel incapable qui n’arrive même pas à se faire obéir de son fils ! Et ça se dit militaire, en plus !
- Ecoute chérie, avec tout le respect que je te dois, on peut pas dire que tu te sortes les doigts de la moule pour venir m’aider !
- OH L’AUTRE ! Nan mais okay, on échange de boulot, tu vas voir ce que c’est d’être tueuse à gage pour le FBI ! hurla Vanessa, remontée.
- Ne monte pas sur tes grands chevaux ! Moi aussi je suis très pris par mon boulot !
- Mon cul oui ! Et pendant que t’engueule l’autre mioche pour des jupes, Fanny va trainer dehors et sniffer tout ce qui lui passe sous la narine ! Ah c’est du propre, bravo au père, quelle éducation ! railla la mère.
- T’as qu’à t’en occuper, de Fanny ! De toute manière elle est comme toi, elle traine dans les gangs et s’amuse à tailler ses ennemis en morceaux ! Et je m’en occuperais mieux si Aaron ne me causait pas autant de soucis !
- Okay, okay ! Si c’est comme ça que tu le prends, Hervé, okay ! Envoie-le en pension, puisque ça te fait si plaisir, espèce de connard !


- Vous avez fait le bon choix, Mr. Rituors. Je m’occuperai bien de votre fils, sourit Mista Meetic.
- Je l’espère. Bon ben, Aaron… On se revoit dans quelques années.
- Tu… m’abandonnes, papa, c’est ça ? HEIN, C’EST CA ! JE TE HAIS ! JE TE DETESTE !

C’est un gosse hurlant que Mista embarqua sur son bateau.



« Dire que c’est les derniers mots que je lui ai dit… Je ne risque pas de le revoir maintenant. Je me demande s’il me cherche… Ou s’il me croit mort. Peu importe de toute manière. Qu’est-ce qui importe, maintenant, d’ailleurs ? Je vais rester ici pendant cinquante ans. Je serai sûrement devenu fou dans une semaine ou deux, et à ce moment là, je pourrais dire adieu à moi-même. J’aurais quand même eut une belle vie… Ouais, en fait nan. J’ai passé mon enfance à faire des pompes, mon adolescence à faire des pompes, torturer des gars et les tuer, et ma vie d’adulte dans un autre monde à droguer et violer des meufs. C’est glorieux, dites-moi… »


- Je veux sauver Patricia ! Et je sais que vous le voulez aussi ! bredouilla Rentoraa, tremblant.
- Bien sûr que je veux la sauver, idiot ! Mais les ordres sont les ordres.
- Il a raison, approuva l’hologramme de Lance. Je vous laisse vous charger de ce gêneur, McFilleul, je compte sur vous pour détruire les Chapeliers.

Sur ces mots, l’hologramme se désactiva. McFilleul s’approcha de Rentoraa, et se planta juste devant lui.

- Ecoute gamin, si ça ne tenait qu’à moi, j’irai de ce pas sauver Patricia de ces enfoirés de Chapeliers.
- Vous avez intérêt à m’obéir, sinon je descends tout le monde.
- Tu oserais ? menaça McFilleul.
- J’ai tiré sur Mme Harper, je peux le faire avec les autres aussi !
- J’en doute… soupira le chef.

Une nouvelle détonation se fit entendre, et une gerbe de sang vint tinter le sol en métal de rouge. Un corps s’effondra, un trou en plein milieu du front. Des cris apeurés retentirent parmi les techniciens, qui se recroquevillèrent encore plus.

- Je suis peut-être novice, mais je sais viser, répliqua Rentoraa en reprenant contenance.
- Tu es un lâche. Pourquoi tuer un informaticien ? Ils ne sont même pas militaires.
- Libérez les Chapeliers ! ordonna Rentoraa, pas très sûr de lui.
- Je n’ai pas peur de ton revolver. Quant aux Chapeliers… On ne peut pas, ne m’oblige pas à utiliser la violence, gamin, souffla McFilleul.

Rentoraa visa un autre technicien. Il n’eut pas le temps de tirer. McFilleul, bien qu’un peu gras du bide, pouvait se vanter d’être tout particulièrement vif et efficace au corps à corps. Un coup de poing à l’intérieur du coude de Rentoraa lui fit lâcher son arme, qui vola plus loin. Puis un uppercut envoya valser le policier.

- Tu ne sais pas ce que tu fais, gamin. Tu aimes très probablement cette chère Patricia, mais elle va devoir mourir, et elle est prête mentalement à ça, expliqua McFilleul en toisant Rentoraa de toute sa hauteur.

Le jeune homme se releva difficilement, désarmé. Il saignait au niveau du menton. La peur le paralysait, mais sa rage et son amour pour elle lui disaient de lutter, et de vaincre.

- Elle ne mourra pas. Je le jure.

Il lâcha la bombe fumigène.


- Aloooors… C’est l’histoire d’une petite Ponyta. La petite Ponyta avait des parents très gentils, mais elle était un peu bête et maladroite, alors ses parents la grondaient très souvent, et la petite Ponyta était triste, toute triste. La petite Ponyta avait une amie, avec qui elle partageait tout. C’était une belle et forte Galopa. Mais un jour, la petite Ponyta fut séparée de son amie. Elle pleura longtemps, mais après elle décida de suivre la voie qu’avait emprunté la Galopa. Elle devint plus forte, plus adroite. Ses parents la grondaient un peu moins, elle était heureuse, mais son amie lui manquait. Un beau jour, elle partit à l’aventure. Elle alla dans beaucoup de villes, beaucoup beaucoup beaucoup. Mais elle n’arrivait pas à retrouver son amie Galopa. Un jour, elle tomba par hasard sur un magnifique Arcanin. Mais il était méchant, il voulait se battre. La petite Ponyta savait se battre, et elle réussit à gagner. Elle décida d’emprisonner l’Arcanin pour en faire son esclave. Mais en fait, l’Arcanin avait une odeur qui rendait fou. La petite Ponyta sombra dans la dépendance et viola plusieurs fois l’Arcanin. Mais c’était mal, ce qu’elle faisait. Deux nouveaux amis, une Skitty est un Teddiursa, le lui firent remarquer. Puis, finalement, ils se firent tous attraper par un gang de méchants Malosse. Fin de l’histoire.

Justine éclata de rire, fière d’elle. C’était drôle, très drôle. Elle adorait cette histoire. Une autre histoire, peut-être ?

- Aloooooors… C’est l’histoire d’un petit Malosse qui était amoureux d’une Gardevoir. Le Malosse n’était pas doué du tout, et ratait tout ce qu’il faisait. Mais un jour, la Gardevoir fut attrapée par des méchants gens. Le Malosse vait très peur pour son amie ! Alors il a décidé de la sauver ! Il est parti, et il a tué tout le monde ! Et puis il l’a sauvé, mais elle ne l’aimait pas, la méchante Gardevoir… Alors il s’est retrouvé tout seul, et tout ceux qu’il n’avait pas tué sont revenus venger leurs amis et l’ont tué, le pauvre. Fin de l’histoire…

Justine avait sombré, elle-aussi. C’était drôle, de raconter des histoires à soi-même. Tellement drôle. Alors pourquoi s’arrêter ? Puisque parler est une des seules choses faisable ici-bas ? A parler, autant dire des choses drôles et intéressantes !

- Alooooooooors… C’est l’histoire d’un Lippoutou…


La fumée se rependit dans toute la salle en quelques secondes. D’un bond, Rentoraa se saisit de son revolver et se mit en positon de tir, visant l’endroit où devait se trouver McFilleul. Il tira, trois fois. Trois « cling » se firent entendre. Il avait manqué sa cible.

La fumée se dissipa, et il put enfin voir où sa cible se trouvait : devant lui. Cette fois, il ne le rata pas. Les trois balles pénétrèrent profondément la cheville du militaire, et un craquement sinistre indiqua que l’os n’avait pas dû tenir le coup. McFilleul hurla et s’effondra au sol.

Rentoraa était méconnaissable. Une lueur de détermination brillait dans son regard, lueur qu’il n’avait jamais eu auparavant. Il visa la tête du chef.

- Je ne vais pas vous mentir… Je n’ai pas envie de vous tuer, mais la seule chose dont j’ai besoin, c’est votre empreinte digitale. Même si vous mourrez, cela ne m’empêchera pas d’ouvrir les cellules.
- Peut-être, mais ça ça vous en empêchera ! grommela McFilleul en lâchant une Pokéball, toujours à terre.

Un Simularbre en sortit. Rentoraa visa la tête du Pokémon, tira, mais la balle rebondit tranquillement sur la tête du Pokémon.

- Il est fait de pierre, bon courage pour en venir à bout avec vos balles… Marto-Poing ! ordonna McFilleul.

Rentoraa fit un bond de côté pour éviter l’attaque, qui perfora le mur. Le jeune homme savait qu’il ne pourrait pas le battre avec Luxray, aussi, il opta pour une autre technique. Il pointa son revolver en direction d’Holly, cette fois.

- Et maintenant, McFilleul ? Désirez vous qu’Holly Harper meure d’une balle dans le crâne ? Pensez à sa pauvre petite fille…
- … Le rôle de méchant ne te va pas du tout, gamin.
- PARCE QUE VOUS PENSEZ QUE J’AI ENVIE DE FAIRE TOUT CA ?! hurla-t-il.

De grosses larmes naquirent dans ses yeux et glissèrent sur ses joues.

- JE NE VEUX PAS ! JE NE VEUX PAS TUER TOUT LE MONDE ! cria le jeune homme, détruit. Je veux juste… Je veux juste la sauver elle… Je veux juste sauver Patricia… Vous pouvez comprendre ça, non, McFilleul… ? Vous voulez la sauver aussi… Je ne veux tuer personne…
- C’est trop tard, gamin. Tu viens d’abattre un technicien, tu m’as explosé la cheville et troué la cuisse d’Holly. Mais si tu t’arrêtes maintenant, tu auras une chance d’être pardonné. Je plaiderais en ta faveur. C’est promis. Alors arrête les conneries, tu n’arriveras pas à la sauver, de toute façon ! Tu ne peux pas vaincre mon Pokémon, et il reste ceux d’Holly et ceux de Rico… Abandonne !
- Je ne peux pas… Je ne peux pas…
- Gravité, murmura Rico à son Melodelfe.
- JE NE PEUX PAS !

Rentoraa tira. La balle se figea en plein vol… Et s’écrasa par terre. McFilleul poussa un soupir de soulagement.

- Tu n’y arriveras pas, héhé… Euh… Maintenant que Gravité est en place… Tu… Euh… Ne peux plus trop tirer, marmonna timidement Rico.
- Laisse tomber, rajouta Holly. Nous pouvons tous te tuer en moins de deux secondes… Nous sommes armés et entrainés. Et tu le sais, en plus.
- TAISEZ-VOUS ! hurla Rentoraa.

Il plongea, sortit son taser et l’activa à la base du coup d’Holly, incapable de réagir efficacement à cause de sa blessure. La décharge la fit sombrer dans l’inconscience. Entretemps, Rico avait sortit un Canon à Vibrations de son sac à dos. Une sorte de sèche-cheveux capable de transpercer du métal avec simplement des ondes. McFilleul, toujours allongé au sol, n’avait que des armes à balles, inefficaces à cause de l’attaque Gravité.

- Chef, je le descends ? questionna Rico, un peu gêné d’être aussi hésitant.
- Surtout pas ! beugla McFilleul. Et les informaticiens alors ! Si tu tires, les ondes vont en atteindre certains !
- Ah oui, pardon chef ! Melodelfe, protège-les avec A-
- Luxray ! envoya Rentoraa. Rayon Chargé !

Le rayon frappa Melodelfe de plein fouet. Il se releva sans trop de peine. Les informaticiens regardaient le combat, tétanisés, depuis le fond de la pièce tout en longueur. La salle de contrôle était grande, mais il n’y avait pas tant de place que ça. Les Brain Sphere étaient partout, et l’endroit où les deux hommes se battaient était un espace étroit juste à côté de tout le matériel électronique.

- Melodelfe, Métronome !
- RICO, IMBECILE, TU NE SAIS PAS CE QUI PEUT SE PASSER ! hurla McFilleul.
- Mais chef, c’est la seul attaque offensive que j’ai ! se justifia Rico.

Malheureusement, le hasard fit que c’est l’attaque Souvenir qui ressortit du Métronome. Mélodelfe s’effondra, K.O., mais Luxray vit ses stats d’attaque baissées. McFilleul en profita pour prendre le relais.

- Marto-Poing !

L’attaque surpuissante eut raison du Luxray, pas très bien entrainé. Il s’effondra, K.O. lui aussi.

- Ton Pokémon est fini, abandonne, souffla McFilleul.
- C’est vous qui êtes fini… bredouilla Rentoraa, en larmes.

Il tira. La première balle rebondit sur le gilet pare-balle du général… La deuxième lui transperça la tête.

Rico resta figé, abasourdi. Rentoraa en profita pour lui faire une clé de bras et posa son revolver sur la tempe du jeune homme.

- Gravité n’avait plus d’effet après le K.O. de ton Melodelfe… murmura Rentoraa. Je suis désolé pour ton chef, je ne voulais pas en arriver là, je te le jure…

Rico ne répondit rien, terrassé psychologiquement. Il en lâcha le Canon à Vibrations. Le Simularbre de McFilleul, dévasté, s’effondra aux côtés de son chef. De grosses larmes coulèrent sur ses joues de pierres. Holly semblait partie pour dormir quelques heures. Rentoraa haussa le ton.

- Que quelqu’un vienne me lancer le programme de déverrouillage des cellules !

Personne ne répondit.

- Dépêchez-vous, ou je le tue lui aussi, ajouta-t-il en désignant Rico du menton.

Une courageuse technicienne sortit de la foule et traversa la salle d’un pas décidé mais effrayé. Elle entra dans une Brain Sphere, et tapota quelque chose. Puis elle s’effondra dans une flaque de sang après une autre détonation venant de Rentoraa.

- De préférence quelqu’un qui ne tente pas de prévenir le système de sécurité, ça m’arrangerait.

Cette fois, c’est un homme qui y alla, et lança la procédure.

- J’ai besoin… De l’empreinte du Général McFilleul.
- Allez la chercher vous-même, répliqua Rentoraa, occupé à tenir Rico en respect.

L’homme déglutit, souleva le cadavre de McFilleul et le porta jusqu’à la Brain Sphere. Là, il apposa son doigt contre la paroi de la sphère.

- J’ai… aussi besoin de deux iris appartenant à des gens travaillant ici.
- Mettez le votre. J’arrive avec le deuxième.

Rico se laissa guider jusqu’à la Brain Sphere, et ouvrit l’œil sans tenter quoi que ce soit. La sphère scanna l’iris et le reconnut, ainsi que celui du technicien.

- Et maintenant, j’ai besoin du mot de passe.
- Qui le connait ? demanda Rentoraa, désarçonné.
- Une seule personne… Lance Wataru. Vous ne pourrez jamais ouvrir ces cellules.

C’est alors qu’un message s’afficha sur la paroi de la Brain Sphere. Un message qui disait :

« Le code est « g54rjdi9epsl54pekd845487jnh ». Merci de votre coopération, inconnu. Ne vous en faite pas, Patricia sera libérée. »

Rentoraa eut un demi-sourire.


- JE VEUX SORTIR !

Shuu était incontrôlable. Il tambourinait de partout, hurlait sans discontinu. Ses poings s’écrasaient sur la paroi en verre, mais n’avaient pas le moindre effet. Il transpirait. Son visage était rouge, des goutes de sueurs perlaient sur ses tempes. Ses cheveux bruns étaient complètement désordonnés. Son regard aurait fait pâlir un ours, tant il s’en dégageait une haine et une peur profonde. Il était devenu un animal blessé.

- LAISSEZ-MOI SORTIR ! JE SUIS INOCENT, JE NE VEUX PAS RESTER ICI ! hurla-t-il.

Personne ne lui répondait. Il avait peur, très peur. Il ne voulait pas mourir dans cet endroit, surtout après être devenu encore plus fou à lier qu’il ne l’était maintenant. Il ne voulait pas rester. Il avait peur des choses qui n’avaient pas de fin, comme le commun des mortels. Il enserra sa tête dans ses mains. Il avait l’impression qu’elle allait exploser. Ses yeux s’écarquillèrent encore plus quand il pensa à la mort qui l’attendait dans quelques dizaines d’années. Ne plus exister. Ne plus respirer. Ne plus penser. N’être plus rien, et ne même pas le savoir. Être… Justement. Ne plus être quelque chose. La mort. Il ne voulait pas. Surtout pas.

Il s’arracha des cheveux, hurla encore. Il tenta de se recroqueviller, mais la capsule était trop étroite. Il se cogna la tête au plafond, gémit, puis retomba, extenué. Enième hurlement.

Soudain, une voix retentit, émanant de nulle part. Une voix programmée, qui le sortit immédiatement de son état de choc :

« Procédure de libération en cours. Veuillez rester calme et en position allongée. »

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Mer 26 Sep 2012 - 14:08

Toujours aussi en retard... A ce rythme, je n'aurai jamais fini :tot: (En même temps, j'aurais pu le poster dimanche s'il n'y avait pas eu cette fameuse soirée kick ) Sinon, pas de longs discours, à part que tout s'accélère ! Donc c'est un chapitre avec encore plus d'action que les précédents, même si je ne pense pas être très doué pour ce genre de scènes.

Résumééééé ~

Spoiler:
 

Bonne lecture ! Silver Love




- Ne bougez pluuuuuuuus ! sourit Patricia.

Armée d’une Kalachnikov et d’un air candide, la jeune haut-gradée militaire menaçait les Chapeliers. Silver et Mey, auparavant enroulés dans un baiser qui semblait interminable, se séparèrent brusquement, à la fois gênés et effrayés. Mentaline et Lance, biens installés dans une Brain Sphere à quelques centaines de kilomètres de là, se tournèrent holographiquement vers la femme avec un air crispé. Nozomi et Creepy-chan restèrent neutres, Jasmine lâcha un petit soupir.

- Bon… Okay, vous vous êtes vraiment bien débrouillés ! Vous êtes cools, si on oublie que vous tuez les gens dans des mixeurs, vous voulez seulement libérer vos amis. Je peux le comprendre… Mais le problème c’est que je tiens à ma vie. Oui, je sais, je suis censée ne pas craindre la mort en temps que militaire, gnagna… Mais je m’engage pas pour crever, je m’engage parce que ça me plait. Je suis relativement jeune, j’ai pas envie d’y rester. Or, ils n’accèderont jamais à votre demande, ils vont juste tous nous tuer dans quelques minutes. Ma seule chance de survie est d’atteindre l’Abysse. J’ordonnerai votre capture, les poulets, et je survivrai ! Donc, Mentaline Weiss – ou Lance Wataru, peu importe – démarrez cet engin, ou je m’occupe de mettre fin à la vie de cette petite caille ! sourit-elle.

Elle désigna du menton une Mey pas rassurée. Mentaline soupira.

- Très bien, j’imagine que je n’ai pas le choix. Wataru, bouge, je reprends le contrôle…

Les calculs se succédèrent dans la tête de la jeune surdouée. C’était faisable. Mais il fallait être rapide. Et convaincante, surtout. Elle enclencha le démarrage de l’appareil, et lentement, la demi-sphère se mit à avancer vers l’énorme SSCZ, derrière lequel se trouvait l’Abysse.

Des larmes coulèrent sur les joues de Mentaline quand elle augmenta la vitesse et commença à contourner l’énorme sous-marin. Des sanglots s’échappèrent de l’hologramme qu’elle était.

- Mey… Je suis désolée… Tout est ma faute… Si seulement… Si seulement j’étais partie avec vous… Je me sens idiote… bredouilla-t-elle. Un instant… J’ai vraiment cru qu’on avait réussi… Je suis désolée, Mey ! gémit-elle.

« Mentaline qui pleure ? A un moment aussi crucial, avec nos vies en jeu ? C’est pas normal… » songea Mey, surprise. Néanmoins, bonne joueuse, elle tâcha de faire de son mieux. Reniflant un bon coup, elle s’approcha de l’hologramme de Mentaline et tendit la main, qui traversa celle holographique de Mentaline. Un demi-sourire éclaira son visage, alors que les larmes naissaient au coin de ses yeux.

- N’importe quoi, Mentaline… On ne serait jamais arrivé aussi loin sans ton aide… Même si on doit finir en prison, je ne t’en voudrai pas… T’es comme ma sœur… Malgré toutes nos disputes… Je t’aime beaucoup, Mentaline. Alors… sanglota Mey, ne pleure pas, s’il te plait !

Elle s’effondra, en larmes, aux côtés de Mentaline. Lance affichait un air peiné pas super convainquant, Mentaline se promit de l’engueuler quand tout ceci serait fini. Silver, qui ne comprenait rien à la situation, se précipita pour consoler Mey. Patricia restait imperturbable, la mitrailleuse toujours pointée vers la jeune fille. Mentaline continua sa tirade.

- Creepy-chan, Nozomi… Et aussi la femme que je ne connais pas… Désolée, vraiment, pour tout… Je me mets toujours en avant, mais au final je suis incapable de vous sauver…

Le sous marin continuait d’avancer inexorablement. Il venait de dépasser le SSCZ, et d’arriver face à une forteresse sous marine construite en pierre. En dessous, on y voyait une énorme ruche en verre. Encore plus profond, une roue plus grande qu’un village tournait sans cesse. Puis, tout s’obscurcissait, rendant impossible d’apercevoir les étages inférieurs. Dans le rocher, quasiment à la surface, des trous servaient à envoyer les sous-marins en mer. La forteresse de l’Abysse apparaissait opaque, sans doute à cause de la barrière psychique qui la protégeait.

- Et… au fait… sanglota Mentaline. Nozomi… Je voulais te dire… Que je suis encore désolée de t’avoir si horriblement traitée…
- Ne t’en fais pas, murmura Nozomi. Ch’est… déjà tout pardonné, Mentaline.
- Câlin collectif d’adieu ? proposa Mentaline avec un sourire troublé par les larmes.

Tout le monde se rassembla au centre dans une étreinte fraternelle humide de pleurs, sauf Jasmine qui resta un peu en retrait.

Mentaline eut un sourire de satisfaction intérieure. « Parfaits… Mes calculs étaient parfaits… Comme d’habitude… » Elle posa discrètement son doigt sur le bouton de la vitesse, et pensa : « Demi tour, vitesse maximale. »


Shuu, stupéfait, resta silencieux devant l’annonce mécanique de la cellule. Il allait être libéré. Pour quelle raison ? Il l’ignorait, mais il ne pouvait que s’en réjouir. Ce sentiment affreux de claustrophobie, de devoir être ailleurs, de détester ce lieu, allait enfin disparaître. Il allait pouvoir vivre. Vivre pour quoi, d’ailleurs ? Bonne question. Il n’avait plus aucun but. Même en admettant qu’il survive à toutes les tentatives de meurtres, qui pouvaient survenir de partout, que pourrait-il bien faire après ? La seule chose qu’il comptait faire, quand il était dans le Monde Réel, c’était le quitter au plus vite, disparaître de ce monde entier qui le détestait. Mais le Pokémonde n’était pas vraiment mieux. Les gens voulaient sa mort, le pourchassaient sans cesse. Etait-ce une vie ?

Shuu avait peur de l’avenir. Constamment. Quelqu’un pouvait à tout moment l’assassiner, une bombe pouvait survenir n’importe quand, un attentat, un crash d’avion, un accident de voiture, une balle perdue dans une fusillade, un effondrement d’immeuble, une plaque de verglas, un tueur fou, une overdose, une chute d’escalier. L’ennui. Le temps. Tout était mortel. Ne disait-on pas que la vie était la première cause de décès ? Shuu ne voulait pas mourir, jamais. C’était absurde, de mourir, impossible, inimaginable.

Il avait peur à l’intérieur de sa capsule. Il avait peur à l’extérieur. Où était-il en sécurité ? Nulle part. Sortir ne changerait rien. Mais il le voulait quand même, ne serait-ce que pour revoir la lumière. Et puis restait le problème de ses « amis ». Qu’allait-il se passer ? Qui l’avait libéré, déjà ? Allaient-ils se remettre en quête de l’innocence par la Ligue Pokémon ? Ce serait risqué. Il ne voulait pas mourir. Rester cacher avec eux, alors ? Trop risqué aussi. Ils se lasseraient et tenteraient de le tuer. La solution était de s’éloigner d’eux. Partir seul, loin d’ici. S’exiler sur une montagne, ou autre chose.

Non, ce n’était pas une bonne idée. Il devait tuer son Jumeau Spirituel d’abord. Sinon il finirait par se désintégrer, bêtement. Quel casse-tête.

- Veuillez récupérer vos affaires personnelles.

Une pile de vêtements pliés tomba d’une trappe au dessus de son ventre. Avec se trouvait son éternelle sacoche, sa MeeticMontre, ainsi que ses Pokéballs. Ses Pokémon… Il les avait oubliés, ceux-là. Ils pouvaient lui être utiles dans sa quête de la survie. Mais que devait-il faire, alors ? Partir, ou rester avec Cat et les autres ? Il n’allait pas se mentir, parmi toutes les personnes susceptibles de le tuer, elle et Glenn étaient ceux qu’il arrivait à supporter le mieux. Mais c’était dangereux… Tout autant que partir seul. Peut-être devrait-il rester avec eux… Juste le temps de tuer son Jumeau. Puis, il partirait.

Oui, c’était un bon plan.

- Attention, fissuration de la capsule en cours.

Un craquement sinistre retentit. La seconde d’après, la coque en béton épaisse de plusieurs mètres explosait. Shuu ne distinguait rien dans l’océan, et pour cause, il était à plusieurs kilomètres de profondeur. Mais voir à travers la vitre était soulageant, d’une certaine façon.

- Amorce de la descente, veuillez vomir dans le petit trou aménagé si besoin est.

Sans prévenir, la capsule se renversa en positon verticale. Shuu se retrouva la tête en bas, mais il ne se cogna pas grâce à un système magnétique. Puis, la descente commença, à une vitesse à peine croyable. Shuu ne le savait pas, mais à quelques dizaines de mètres de lui, Cat, Justine et Glenn, exactement dans la même position, suivait une trajectoire identique à la sienne. Justine en recracha presque ses boyaux, supportant mal les transports, Cat de même. Denzi, plus loin – et à bord d’une sphère plutôt que d’une capsule – descendait également, dans un état proche du coma.

Puis, les suppositoires s’enfoncèrent dans des tuyaux creusés au fond de l’océan, et les véritables montagnes russes commencèrent. Descente, remontée, droite, gauche, droite, droite, descente, gauche… Alors que Shuu avait le cœur au bord des lèvres, la voix marmonna un crissant :

- Nous sommes actuellement en direction du Canon à Gravité Contrôlée. Le trajet a une durée totale de vingt-cinq minutes. Merci de votre patience.


Patricia n’eut pas le temps de réagir. Sous l’effet du changement de direction violent, elle fut projetée contre la paroi…. Vite suivie par Mey, Silver, Creepy-chan, et surtout Nozomi, qui écrasèrent la pauvre militaire sous leur poids. Mentaline fit ralentir l’engin, et tout le monde se retrouva sur pieds excepté la jeune femme, évanouie. Mentaline afficha un sourire satisfait.

- Bon, ça c’est fait !
- Une fois de plus, les Chapeliers sont les meilleurs acteurs de la galaxie ! railla Mey, heureuse quand même.
- Heureusement que Wataru n’en est pas un, il ternirait notre honneur, soupira Mentaline.
- Weiss, j’ai déjà été sympa de te fournir les codes, de conduire l’engin et d’essayer de jouer le jeu !
- T’as failli tout faire foirer… Tu étais aussi expressif qu’un manche à balai !
- Je suis Lance Wataru, je ne suis pas censé avoir des émotions, répliqua le Chef du Gouvernement.

Un bip sonore coupa court à leur dispute. Mentaline jeta un coup d’œil à son écran.

- Quelqu’un s’est occupé de lancer la procédure de libération ! Mais il semble qu’il soit bloqué par un mot de passe… Wataruuuuuuuu ? susurra Mentaline en affichant un air complice.
- C’est bon, je te le donne…

Pendant que les deux trafiquaient codes et programmes pour venir à bout du système de sécurité, les Chapeliers à bord du sous marin s’assirent, fatigués par les évènements et profitant de leurs quelques instants de répit. Mey s’était blottie au creux de l’épaule de Silver. Ils ne se parlaient pas. L’instant n’était pas aux palabres, il faut dire. Mey ne savait plus où elle en était, tout s’enchainait si vite, elle était vannée. Même si la libération avait lieu, ils n’étaient pas tirés d’affaire pour autant. Ils étaient menacés de mort, le Gouvernement pouvait décider de faire feu à tout moment. Faire le point avec Silver sur la nature de leur relation pouvait attendre. Pour le moment, elle avait besoin de réconfort, et il était le meilleur qu’elle puisse trouver.

Silver ne pensait à rien, lui non plus. Il se concentrait juste sur la chaleur de Mey, qui suffisait à le relaxer. Un repos de courte durée, mais nécessaire. Creepy-chan fredonnait une chanson plutôt glauque, que Jasmine écoutait avec une oreille distraite, assise en tailleur. La championne ne pensait qu’à son Denzi. Elle allait le revoir. Elle allait revivre. C’était tout ce qui importait. Nozomi, au contraire, appréhendait. Revoir son frère, meurtrier de sa mère… Elle ne savait comment réagir. Elle le haïssait, mais que faire ? Péter un plomb et tenter de le tuer ? Bien sûr que non. Ce serait s’abaisser à son niveau, perdre son humanité. Nozomi se contenterait de l’ignorer… Comme elle s’était promis de le faire, toute sa vie.

Finalement, Mentaline poussa un petit cri de joie.

- C’est bon ! Ils sont libres !

Des sourires éclairèrent les visages. Ils étaient heureux, bien sûr. Certains plus que d’autres. Mais l’heure n’était pas aux cris de joie. Mentaline était en sécurité relative, elle. Eux étaient au bord de la mort à chaque instant.

- C’est génial, mais… Comment vont-ils être libérés ? On doit aller les chercher tout au fond ? questionna Creepy-chan.
- En fait, ils vont être libérés… par canon.
- Par canon ? s’étonna franchement Mey.
- Oui… Un énorme Canon à Gravité Contrôlée. En gros, un canon qui peut vous envoyer à un endroit très précis dans un temps très précis, sans tenir compte des lois de la gravité, du vent, des conditions météo ou autres. C’est purement « magique », bien sûr, il fonctionne avec des Pokémon qui l’alimentent en énergie psychique.
- Et… il est où, exactement, ce Canon ? demanda Jasmine.
- Sur l’une des dix îles bunkers qui encerclent l’Abysse, « l’Île à Poudre », lut Mentaline à voix haute. Une fois lancée, il est impossible de stopper le processus. Et il a une durée exacte de 36 minutes et 23 secondes. Ce qui vous dire qu’il ne nous reste que 33 minutes environ.
- C’est quoi le plan ? la pressa Mey.
- Je vous emmène jusqu’à l’île, et vous vous démerdez pour voler un hélicoptère. Une fois à l’intérieur, vous m’appelez, je prends le contrôle. Il est impossible de dévier les capsules de leur trajectoire – si on essaye de les attraper, elles sont automatiquement téléportées ailleurs – mais il est possible de les suivre grâce à l’hélico. Car l’endroit où elles vont atterrir n’est connu par aucun être vivant : un ordinateur, qui fonctionne indépendamment de tout réseau, sélectionne aléatoirement une destination par jour. C’est un avantage pour nous, les policiers ne pourront pas nous attendre à l’atterrissage. La seule chose que vous avez à faire, c’est monter dans un hélico, en fait.
- Mais c’est genre super gardé ! protesta Silver.
- On s’en fout, bordel ! lança Jasmine. Vite, Mentaline !
- Accrochez-vous bien…

Et le sous-marin partit comme une fusée.


- Bonjour…

Joachim entra dans la très futuriste Godmihouse de Rosalia d’un pas nonchalant, laissant le traditionnel système de soufflerie lui retirer veste et sac, comme le voulait la coutume shiste. La messe avait déjà commencé. Père Melvin, le Disputan, récitait les écrits sacrés dans un petit micro attaché à sa toge. Il ne remarqua la présence du nouvel arrivant uniquement quand celui-ci lui murmura quelques mots à l’oreille, après avoir traversé la salle devant le regard intrigué des fidèles.

- Excusez-moi… Je crois qu’il y a un type plutôt louche à l’entrée… Il est vraiment très bizarre, j’ai l’impression que c’est un kamikaze, son gilet à l’air bourré d’explosifs… Je sais, c’est un peu excessif comme conclusion, mais ça fait plusieurs heures qu’il est là et qu’il ne bouge pas…
- En êtes vous sûr, mon fils ? demanda Père Melvin avec une mine inquiète.
- Certain, mon père, ou presque… On n’est jamais sûr de rien, mais je pense que vous devriez aller vérifier de vos propres yeux… dit Joachim, anxieux.
- Vous avez raison.

Le père Melvin se leva devant les yeux interrogateurs des fidèles qui buvaient ses paroles. Il se racla la gorge.

- Mes fils, mes filles, veuillez attendre un peu, j’ai quelque chose à faire. Amen-le-café.
- Amen-le-café, murmura l’assemblée.

Le père sortit. Joachim resta planté là, devant les Shistes. Il leur décocha un petit sourire gêné, et s’éloigna vers l’arrière du bâtiment, normalement interdit aux fidèles. Là, dans le mur, un trou assez large pour laisser passer quelqu’un était traversé de puissants rayons électriques. Joachim s’agenouilla et examina le trou.

- La source d’électricité est d’origine pokémonesque… Voilà qui me facilite grandement la tâche. Farbeagle… murmura le jeune homme.

Un Queulorior à l’air joyeux sortit de la seule Pokéball de Joachim. Le dresseur afficha lui aussi une mine réjouie.

- Farbeagle… Inibitore ! (ndla : Entrave en italien)

Le Queulorior hocha la tête, et prit sa queue/pinceau à la main. D’un geste fluide et précis, il traça le mot dans les airs. Un crissement sinistre eut lieu, et les rayons électriques disparurent. Le Pokémon qui alimentait les rayons, où qu’il se trouve, avait du être touché par l’attaque Entrave. Joachim eut un petit sourire peiné. Il traversa, et se retrouva dans le magnifique chemin de verdure illusoire, créé par le Zorua du Père Kohei, et censé ouvrir les gens à la fourberie de la vie. Joachim, pas dupe, éleva la voix.

- Excusez-moi… Pourriez-vous désactiver cette illusion ?

Il avait dit ça d’un ton sincère et poli. Père Kohei sortit de derrière un bosquet. Ayant fait vœu de silence, il se contenta de se mettre au milieu du chemin et d’écarter les bras. Ce qui voulait dire, bien sûr, qu’il ne le laisserait pas passer. Joachim et son Pokémon regardèrent l’homme. Ses traits étaient tirés, jaunâtres. Il tremblait un peu, mais son regard était déterminé.

- Vous n’avez pas l’air d’être au meilleur de votre forme, monsieur… remarqua Joachim avec une mine peinée. Je vous demande donc de vous retirer. Je ne suis pas quelqu’un de méchant, vous savez. Je suis un gentil, à la base. Mais une femme m’a ordonné de tuer tous les gens qui se mettront en travers de ma route… Je ne peux malheureusement pas lui désobéir… Alors, s’il vous plaît, veuillez me laisser passer, expliqua Joachim, peiné.

Père Kohei ne bougea pas. Des perles de sueurs se formèrent sur sa tempe. Joachim lui lança un dernier regard implorant. Mais le religieux resta planté là. Infinity prit alors le dessus. Joachim poussa un gémissement de douleur. Son regard s’éteignit. Il s’approcha du Père à pas lents. Celui-ci prit son courage à deux mains, et s’élança, tentant de décocher un coup de poing au jeune homme. Joachim esquiva d’un petit pas de côté, et se plaça derrière lui.

Il lui attrapa la tête, et dans un craquement sinistre, lui tordit la colonne vertébrale. Les yeux de Joachim retrouvèrent la vie au moment où celle de Père Kohei s’échappait de son corps pour aller rejoindre le Godmishuu.

- Vraiment… désolé… murmura Joachim.

Le Queulorior regarda son dresseur, inquiet pour lui. Celui-ci lui répondit par un demi-sourire. L’illusion de la forêt enchanteresse se brisa, et Joachim et son Pokémon se mirent à marcher en direction de l’Abbaye.


- On approche ! annonça Mentaline après dix minutes de trajet. Ecoutez, je ne pourrai plus vous guider ou vous parler quand vous sortirez du sous-marin. Vous allez devoir vous débrouiller. Au cas où ça tournerait mal – et cette fois je ne joue pas la comédie - je voulais que vous sachiez que… Je vous aime beaucoup. Tous. Donc tâchez de revenir en un seul morceau. Et si par hasard vous vous en sortiez sans l’hélico – donc sans moi… Alors passez un coup de fil à Flora. Elle vous guidera.

Les Chapeliers, agrippés à des barres pour ne pas être éjectés, hochèrent la tête. Mentaline suivait une trajectoire en biais qui les rapprochait peu à peu de l’île et de la surface. Ils avaient déjà contourné l’Abysse, et étaient soulagés d’être toujours vivants. L’état d’alerte ne devait pas avoir été déclaré pour le moment, heureusement pour eux.

- Je vais tenter une entrée en force ! Impact dans 10 secondes ! annonça Mentaline.
- COMMENT CA IMPACT ?! hurla Mey.

Le sous-marin jaillit alors de l’eau comme un dauphin. Mey aperçut alors ce qu’ils allaient devoir affronter. C’était une île banale en fait, une île simplement composée d’un volcan et d’une base militaire en acier qui en faisait le tour. Un peu avant le sommet du volcan, une plateforme faisait office d’héliport.

- Le volcan, c’est le canon ! Vous allez entrer par la forteresse, puis partir vers le centre ! expliqua Mentaline, la carte sous lez yeux, alors que le sous-marin volait toujours dans les airs. De là, vous devrez monter tous les escaliers, puis vous vous barrez avec un hélico ! Bonne chance ! hurla-t-elle.

Mentaline pensa posa son doigt sur le cercle des missiles. « Assaut final », pensa-t-elle, et tous les missiles restant partirent en même temps. Une énorme explosion eut lieu, et les murs blindés de la forteresse qui faisaient le tour du volcan volèrent en éclats.

- IMPACT !

Le sous-marin percuta alors dans la forteresse à pleine vitesse. Les Chapeliers hurlèrent. Le fracas fut assourdissant, le crissement du métal insupportable, les dégâts conséquents. La vitre à sens unique du submersible implosa, et tout le monde fut projeté en avant, au milieu de la poussière et des gravats métalliques.

- Tout le monde va bien ? demanda Creepy-chan en s’extirpant difficilement de l’amas d’acier.

Un hurlement lui répondit. Elle tourna la tête. Mey était à moitié coincée sous un morceau de mur qui devait faire trois fois sa taille. Affolée, Creepy-chan s’approcha d’elle.

- Mey, ça va ?
- Ca à l’air d’aller ? rétorqua-t-elle, avant de gémir de douleur.

Creepy-chan tenta de retrouver la petite musique qui faisait d’elle une Echo. Mais elle avait beau chanter, ses ailes n’apparaissait pas.

- Qu’est-ce qui se passe ?! s’étonna-t-elle.
- Tu dois être trop fatiguée… marmonna Mey.
- Merde, comment je vais te sortir de là ! gémit Creepy-chan.
- Pouche-toi, ch’il te plaît, fit une voix puissante.

Nozomi sortit du nuage de poussière. Elle attrapa la plaque de métal, et dans un effort surhumain, la souleva suffisamment pour que Mey puisse en sortir. Heureusement, la jeune femme n’avait pas grande chose, juste très mal au bras, mais à première vue, rien de cassé. Elle remercia Nozomi.

- Où sont Silver et Jasmine ? demanda-t-elle en se relevant difficilement.

La poussière se dissipa enfin complètement, et ils purent voir où ils se trouvaient. C’était une grande pièce, où se trouvaient des dizaines d’énormes machines qui devaient être des ordinateurs autonomes. La moitié avait été détruite ou renversée par l’entrée fracassante du submersible, le reste attendait sagement qu’on vienne les utiliser. La salle était déserte, et il n’y avait qu’une seule porte, qui pointait justement vers le centre de l’île, là où ils devaient se rendre. Silver et Jasmine émergèrent du tas de gravats à ce moment là, couverts de bleus. Ils se rassemblèrent.

- Bon, pas de temps à perdre, on y va ! décida Jasmine.
- Mais il y a les otages qui sont sous les gravats… murmura Creepy-chan.
- On ne peut rien pour eux. Nous somme vivants, ils ont autant de chances de survie que nous. Allons-y.

Tous hochèrent la tête, Creepy-chan pas vraiment convaincue. Mais ce n’était pas le moment, leur survie passait en priorité. Ils s’approchèrent de la porte, ouverte. Mais au moment où ils la franchirent, une affreuse sirène leur vrilla les tympans. Ils étaient repérés.

- Bordel… C’est quoi cette salle ?!

C’était une immense salle cylindrique, dans laquelle on aurait presque pu faire rentrer la population de la Chine - en tassant un peu. Au centre s’élevait une colonne d’un verre extrêmement épais, qui montait jusqu’au plafond. Et sur les bords, un escalier qui montait en tournant, et qui amenait au sommet. A la libération.

C’était sans compter sur la petite centaine de militaires qui vaquaient à leurs occupations, et qui échangèrent les outils avec les armes quand ils virent les Chapeliers. Deux secondes plus tard, une centaine de fusils d’assauts étaient pointés sur eux. Un homme se détacha du groupe. Plutôt petit, bien arrangé et décoré d’une dizaine de médailles, il n’était pas particulièrement effrayant. Mais le fait qu’il pointe une énorme arme sur vous avait le mystérieux pouvoir de vous faire flipper un tout petit peu.

- Chapeliers ! Je n’ai pas envie de parler. Mon camarade, McFilleul, est mort par votre faute. Vous allez mourir. FEU !
- Hueco ! ordonna Silver. PSYKO !

Alors que les Chapeliers se jetaient au sol, Silver resta en place, sur de lui. Hueco, concentré, stoppait toutes les balles en plein vol. Stupéfaits, les militaires stoppèrent le feu. Les balles retombèrent. Jasmine se releva.

- Joli coup Silver, je me charge du reste… Steelix !

L’énorme serpent de fer fit son apparition. Jasmine, svelte, grimpa agilement sur sa tête.

- Vite, montez ! lança-t-elle.
- Ne restez pas comme des idiots, ils ne pourront pas tout arrêter ! beugla le chef. TIREZ !
- Hueco, stoppe tout ce que tu peux ! ordonna Silver en escaladant le Pokémon de Jasmine.

Les Chapeliers agrippés à Steelix, Jasmine ordonna :

- Poliroche !

Le serpent démarra au quart de tour, en direction des escaliers. Les balles ne les atteignaient pas, arrêtées par Hueco qui lévitait à leurs côtés, concentré. Il peinait à tout contrôler, et déjà, quelques balles frôlaient dangereusement les Chapeliers.

- Farfuret ! En renfort, Blizzard !
- Brouhabam, lança Nozomi, Mégaphone !

Les deux Pokémon apparurent. Leurs attaques repoussèrent violemment les salves de projectiles, qui touchèrent certains militaires. Steelix avait atteint les escaliers, dépourvus de rampes, et commença à monter. Les tirs fusaient toujours, Brouhabam, Hueco et Farfuret faisaient de leur mieux pour les tenir à distance. Jasmine sortit un objet ovale de sa poche, gros comme un œuf d’autruche. D’un geste assuré, elle le lança en bas, visant le milieu de la formation militaire.

L’œuf d’autruche était en réalité une grenade qu’elle avait récupéré dans le submersible, qui fit de très sérieux dégâts dans les rangs. Les tirs s’affaiblirent, beaucoup moins nombreux. Le chef, toujours en vie, était vert de rage.

- Activez la destruction des escaliers ! Ils ne doivent pas atteindre le sommet ! hurla-t-il.
- Oh con, c’est pas bon pour nous ça ! s’affola Creepy-chan.

L’explosion fut légère, mais tout l’escalier circulaire s’effondra en même temps, et les Chapeliers, juchés sur Steelix, amorcèrent leur chute mortelle vers le sol en acier, hurlant.

- Jasmine, rappelle Steelix ! STEEL, à toi ! hurla Mey.
- Tiens, Steel et Steelix ça se ressemble vachement… remarqua Silver.
- Je crois que ch’est pas vraiment le moment… soupira Nozomi.

Quelques millièmes de secondes avant l’impact, l’Airmure de Mey rattrapa tout le monde au vol. Il amorça alors sa montée vers le sommet, filant comme une fusée en longeant la colonne de verre centrale qui était en réalité le Canon à Gravité Contrôlée. Quelques secondes plus tard, ils jaillissaient au sommet du « volcan », esquivant quelques balles venant d’en bas, arrêtant toutes les autres avec leurs Pokémon.

Ils se posèrent enfin sur la plateforme où les attendaient sagement deux hélicoptères. Mais également une autre garnison de soldats, qui firent feu, quasiment à bout portant. L’hélicoptère le plus proche était à seulement une centaine de mètres. Mais les militaires bloquaient le chemin. Alors qu’ils allaient tenter de passer en force, la voix du colonel leur parvint d’en bas.

- DESTRUCTION DES HELICOS, ILS NE DOIVENT PAS S’ENFUIR !

L’explosion fut violente. Des militaires y laissèrent la vie, Mey et les autres se cachèrent derrière l’oiseau de fer cuirassé.

- Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? s’affola Mey.
- Le canon ! s’écria Silver.
- Quoi, le canon ? s’étonna Nozomi.
- J’ai chronométré le temps qu’il nous reste avec mon Pokématos… Les capsules de Cat, Shuu et les autres vont être tirées dans moins d’une minute ! Si on saute au bon moment…
- Tu te rends comptes qu’on va sûrement y laisser la vie ?! s’insurgea Mey. Si on saute trop tôt, on s’écrasera en bas !
- On va crever de toute façon… SAUTEZ, MAINTENANT ! hurla Silver.

Alors, comme un seul homme, les cinq meurtriers bondirent dans le cylindre, large comme une chambre de taille moyenne. La chute commença. Si les capsules n’étaient pas tirées dans les trois secondes qui suivraient, ils étaient morts.

3 secondes. La vitesse faisait peur.

2 secondes. Le sol se rapprochait. Vite, trop vite. Beaucoup trop vite, en fait.

1 seconde… Hé hé, suspense.


- Démarrage de la procédure de la mise à feu.

« C’est pas trop tôt… » songea Glenn, l’estomac retourné. Une demi-heure qu’ils subissaient les affreuses montagnes russes des fin fonds de l’océan, il était temps que ça cesse. La capsule se stabilisa, et pivota sur elle-même. Glenn se retrouva enfin debout normalement, et non la tête en bas. La capsule monta lentement… Et enfin, il vit la lumière du jour. Il était dans une espèce de grand cylindre en verre. Derrière la vitre, le monde. Un peu dévasté, en cendre et en sang, mais le monde quand même. Il se tourna alors, et remarqua qu’à ses côtés se trouvaient Cat, Shuu, et Justine, chacun emprisonnés dans leur capsule. Il leur adressa un éclatant sourire sincère.

Justine n’eut pas de réaction. Glenn ne pouvait pas l’attendre, mais elle fixait un point dans le vide, et ses lèvres remuaient, comme si elle racontait quelque chose. Cat, elle bougeait son corps au rythme d’une chanson qu’elle devait chanter elle-même. Quant à Shuu, il ressemblait à un cadavre : cheveux arrachés, teint affreusement blanc, yeux rouges. Et il y avait un quatrième homme, qui lui ne faisait rien ni ne disait rien.

Alors que Glenn se disait que ses amis avaient dû mal vivre l’expérience de la prison, le canon fit feu.



Killian sortit de la salle d’interrogatoire, vanné d’avoir du feindre les larmes, l’état de choc, et la tristesse. Il avait assuré, quand même. Melosa et Kanon étaient tranquillement installées dans leur appartement, à l’heure qu’il était, et la police était persuadée qu’elles étaient mortes. C’était décidemment parfait.

Les interrogateurs avaient été vraiment crédules, quand même. Il faut dire que tous ceux qui l’avaient interrogé étaient beaucoup moins gradés que lui. Pas facile d’interroger son boss et d’insister pour avoir la vérité et uniquement la vérité. Heureusement que le Gouvernement avait mis les Echos sur l’affaire, et non la police, sinon c’aurait été une autre paire de manches. Dimy et Mathi avaient également très bien joué leur rôle, et ils étaient rentrés chez eux.

Le jeune homme marcha un moment sans but précis, puis il décida d’aller voir quelle quantité de paperasse s’était accumulée sur son bureau pendant son absence. En effet, il était monté au grade de Colonel grâce au meurtre de Bleuts Prussalia, ce qui lui donnait des responsabilités encore plus importantes qu’avant.

- Et ben, monsieur récupère des gallons grâce à moi ! railla Bleuts, sous forme d’Esprit, dans sa tête. Pour la peine, t’iras brûler deux cierges sur ma tombe !
- Rêve toujours, blondie, répliqua Killian par la pensée.

Même si ça ne datait que d’hier, il s’était déjà habitué à la présence de la jeune femme dans son esprit. Certes, parfois elle déprimait à cause de Roku, mais c’était une fille forte, et son humour avait le don de détendre les atmosphères trop sérieuses, même s’il était un peu morbide et sarcastique.

- Mon humour est très bien ! s’insurgea l’Esprit.
- Oui, oui… J’ai pas dit le contraire… soupira mentalement Killian.
- Où tu vas en fait ?
- Voir si je peux ouvrir la porte de mon bureau sans qu’une montagne de papiers me tombe dessus et m’étouffe.
- Tu veux qu’on se partage un cercueil ? proposa Bleuts.
- Je te rappelle que t’es carbonisée. Donc pas de cercueil, juste une urne.
- Ah oui, c’est vrai.

Killian entra dans son bureau. Celui-ci était situé au dernier étage du QG des Echos, un immense gratte-ciel qui faisait face aux trois immeubles reliés de la Police. Heureusement, il n’y avait pas tant de papiers que ça. Killian se laissa tomber sur sa chaise de bureau, épuisé. Il regarda l’heure. Deux heures et quarts.

On toqua soudain à la porte.

- Entrez ! lança Killian.
- Ne rentrez pas, je me masturbe ! rajouta Bleuts.
- Ta gueule ! songea l’Echo.

Une secrétaire entra. Elle était ce qu’on appelait communément « une pure bombasse ». Une poitrine plus que généreuse, des yeux joueurs, une bouche en cœur, une posture élégante, des talons aguilles, un tailleur noir tout ce qu’il y avait de plus sexy.

- Killian ! Je suis contente que vous soyez rentré… Et je suis vraiment désolée pour votre amie, ajouta-t-elle, gênée.
- Ne vous en faites pas, Eve… soupira Killian. Ces… choses là… font parties de la vie, j’imagine.
- Oui… En fait, je ne suis pas seulement venue par courtoisie, j’ai des infos pour vous, indiqua-t-elle.
- Je vous écoute.

Bleuts siffla d’admiration. « Bordel, t’as du premier choix, niveau secrétaire personnelle ! » lança-t-elle. « Je ne l’ai pas choisie, on me l’a attribuée… » soupira Killian. « Avoue, tu la trouve sexy, hein ? » le taquina Bleuts. « Autant qu’un fer à repasser… »

- Et bien… Les Chapeliers… Se sont échappés.
- QUOI ? beugla Killian. Sérieusement ?!
- Oui… Ca s’est passé ce matin, vers neuf heures. Il y a eut un sacré grabuge. Une prise d’otage, un policier qui se rebelle pour sauver sa dulcinée… McFilleul y a laissé la vie, Holly Harper va passer quelques jours à l’hosto... Deux techniciens sont morts, également. Ajoutez à ça presque une centaine de tués au niveau de l’Île à Poudre… En fait, Un premier groupe de Chapeliers a attrapés les capsules au vol, contenant les Chapeliers qui étaient emprisonnés.
- Arceus… Et où ont-ils atterris ?
- Ils n’ont pas encore atterris, justement. On les a suivis par satellites psychiques, plus le temps passe et plus on sait avec précision où ils peuvent atterrir. J’imagine que tu sais que les capsules balancés par canon sont incroyablement ralenties dans l’air par la Gravité contrôlée… Donc du coup, ils n’atterriront que dans une demi-heure environ… Et normalement, ça sera dans les alentours d’Ebenelle. Le chef veut que tu y fasses un tour… Et que tu les extermines, acheva Eve.
- Hum, je vois… fit Killian, songeur. Et Valter ne peut pas y aller ? C’est pourtant lui le spécialiste du meurtre de masse…
- Il est introuvable depuis hier, signala Eve. Personne ne sait où il est.
- Bizarre… Bon, je vous laisse, Eve.

Il se téléporta sans plus de procès, et arriva devant le Lac Colère. Là, il s’assit sur le sol humide, en tailleur. Et il attendit.



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Dernière édition par Shuu le Sam 17 Nov 2012 - 18:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Dim 21 Oct 2012 - 17:57

Mes profondes excuses Broie du noir Broie du noir Broie du noir Un mois... C'est vraiment trop ! Mais avec mon Samedi réduit de moitié, et un certain manque d'inspiration... Bref. Le chapitre est là. Le résumé :


Spoiler:
 

Comme ça fait longtemps qu'il n'y a pas eu de chapitre, je donne en prime une petite description rapide des personnages présents dans ce chapitre. En effet, la majorité sont des personnages secondaires, facilement oubliables, et je ne veux perdre personne :(

Spoiler:
 

Voilà, j'espère que personne ne sera perdu face Et je ne sais pas du tout si la fin est claire, si je pouvais avoir vos avis dessus... J'ai peur de ne pas avoir été assez explicite...

Bonne lecture Yeux de Vivaldaim




- Je vous rappelle que la bombe NEO n’est toujours pas prête. Même en admettant que vous arriviez à récupérer le déclencheur demain soir, vous ne pourrez pas la faire exploser, objecta Ni.
- De toute manière, je ne compte pas la faire exploser de suite. Je te l’ai dit, sans les Reliques de Dieu, nous ne pouvons pas réussir, rétorqua Mista, contrariée.
- Il vous en manque combien ? demanda San.
- Deux, bientôt plus qu’une. Nana est en train de me récupérer la Perle de Folie... Passe-moi la théière.

Mista, Ni et San buvaient le thé. Sur un trône royal typé Louis XIV, drapé de rouge et brodé d’or, jambes croisées, la dirigeante de la M-Organisation contemplait sa tasse vide, à la fois décontractée et classe dans un top crème voluptueux et un pantalon en toile marron chocolat. En face, sur deux fauteuils plus modestes, Ni, toujours sur son 31, avalait cupcakes après cupcakes tandis que San, pourvu de son éternel sourire éclatant et de sa splendide chevelure blonde, faisait flotter la théière de porcelaine jusqu’à la tasse de la surnommée Lady World. Avec une parfaite maîtrise, le télépathe fit couler le liquide ambré.

- Merci bien. Je disais donc qu’il manquait encore le Joyau de Mort… La dernière des Reliques divines. Je connais son emplacement, bien sûr, mais pas exact. Et je voudrais vous mettre sur le coup, San, Ni.
- Si je puis me permettre, M-M, ce n’est pas très judicieux… marmonna San. D’une part, Ni et moi-même ne nous entendons pas vraiment… Mais plus important encore, si nous partons, il ne restera plus que Yon pour protéger le QG. Je ne doute pas de ses compétences, mais une seule personne, ce n’est pas énorme.

Mista éclata d’un grand rire tonitruant. San recula légèrement sur sa chaise, apeuré.

- Enfin, San ! Qui tenterait de prendre d’assaut le QG ? Mentaline et Lance Wataru seront bientôt morts et enterrés. Joachim vient de pénétrer l’Abbaye, la suite n’est qu’une question de temps. Shuu, Cat et leurs deux amis sont enfermés dans l’Abysse. Et Mey et ses acolytes vont laisser leur peau en essayant de les sauver… Bleuts est morte, elle aussi. Kanon, seule, ne vaut rien. Et en plus… Comment pourraiten-ils deviner ? Que Mista Meetic est la cause de tous leurs malheurs ? Que moi, M-M, la magnifique, planifie tout depuis leur tendre enfance ? Ils ne le savent pas ! Ils ne peuvent pas savoir, et ils mourront sans le savoir ! Ne pense-tu pas que c’est merveilleux, San ? Mourir sans savoir qui tire les ficelles ?

Mista s’était levé et avait presque collé son visage contre celui de San. Les yeux bleus de sa maîtresse transperçaient les siens. Penchée, ses longs cheveux trempaient dans les tasses de thés. Son haleine à la menthe caressa le visage du blond, qui frissonna. Elle se recula violemment et se rassit, comme si rien ne s’était passé. Ni était resté impassible, content de ne pas avoir été la cible des accès de folie de la dirigeante.

- Ils ne savent pas… Non… souffla M-M. Et puis, je peux me défendre seule. Inutile de contester mes ordres, sourit-elle.

C’est alors que l’un des multiples tableaux qui couvraient les murs de la Salle Royale du QG émit un petit crissement. Le visage de Lance Wataru remplaça celui d’un vieil homme ridé. Mista se leva d’un petit bond et vint se planter devant le tableau-écran. Ni et San se contentèrent de lever les yeux.

- Ichi ! s’exclama M-M. Tu as du nouveau, mon mignon ?
- Exact, marmonna Ichi, sous l’apparence du Chef du Gouvernement.
- Je t’écoute.
- J’ai… Une très mauvaise nouvelle.
- Laquelle ? se rembrunit M-M.
- Les Chapeliers… ont réussi à s’évader…
- QUOI ?! COMMENT ?! POURQUOI ?! hurla Mista.

La tasse vola. San la stoppa à quelques centimètres de sa tête avec une onde psychique.

- Ils ont tout détruit, ce fut un vrai carnage. Ils se sont échappés par les airs, propulsés par le canon libérateur à gravité contrôlée. Un fiasco total, les pertes sont énormes.
- OU VONT-ILS ATTERIR ?! beugla M-M.
- Je ne sais pas encore… Ils prévoient que ce sera dans les alentours d’Ebenelle, mais c’est encore très flou.
- Ils sont TOUS vivants ?
- Il semblerait que oui…

Mista garda un instant le silence. Puis elle éclata à nouveau de son rire dément.

- Mais c’est parfait… En fait, c’est même génial ! Grandiose ! Magique ! Tous les Chapeliers… réunis en un seul et même endroit… Ca va être un bain de sang ! Magnifique ! s’extasia Mista.
- Vous comptez vous y prendre comment, Lady World ? demanda Ichi, sous les traits de Lance.
- J’ai des centaines d’options… La meilleure serait de venir moi-même et de les ordonner de s’entretuer violemment… Mais ce serait trop risqué… Je vais plutôt m’en débarrasser avec un ultimatum… Une fausse information… Du chantage… Ou tout à la fois ! Je vais perfectionner mon plan… Je te rappelle dans quelques minutes, Ichi.

Mista appuya sur le bord du cadre, qui redevint normal. Elle se dirigea ensuite vers un portrait d’une magnifique jeune femme. Elle le toucha du doigt. Le visage de Nana apparut, décoiffée, le rouge à lèvres un peu en vrac. Il faisait sombre.

- Hum… Bonjour, Maîtresse… marmonna la jeune femme rousse.
- Bonjour Nana ! Tu as pris du bon temps j’espère ? sourit Mista.
- Celui-là, je vous le laisse volontiers… Je plains sa femme… soupira-t-elle.
- Je te rassure, c’est fini. Tu passes aux menaces, il me faut la Perle de Folie, et je n’ai pas envie d’attendre plusieurs jours.
- Mais, vous savez, la méthode douce marche tout aussi bien… Plus que deux jours, et il fera tout ce que je veux ! se défendit Nana.
- Ne discute pas, menace-le, récupère la Perle, et tout ira bien ! Ne me dis pas que tu as des états d’âme pour tes proies ? titilla M-M.
- Pas du tout, répliqua Nana. Je m’en occupe.
- J’aime mieux ça.


Stutch était allongée dans le sable. Un sable blanc, incroyablement fin et soyeux. Si confortable que l’on pourrait y passer sa vie. Autour d’elle, du sable. Rien que du sable. Des murs, aussi. Blancs.


Stutch marchait aux côtés de Joachim. Comme d’ordinaire, la secrétaire personnelle de Lance Wataru venait faire son rapport quotidien, et, comme d’ordinaire, Joachim l’accompagnait. Le siège du Gouvernement était un endroit relativement sombre. Les murs étaient rouge bordeaux, le sol en ébène noir, les meubles également. Les corridors étaient longs, feutrés, classes. Joachim frappa deux petits coups à la porte recouverte d’écailles de dragon bleutées qui se présenta devant eux.

Ils entrèrent. Lance Wataru, comme d’ordinaire, était assis sur son gargantuesque fauteuil en fourrure, résultat de sa rencontre avec un Ursaring enragé dans le Mont Argenté. Son bureau, en réalité l’un des ordinateurs les plus rapides de la région, était parfaitement rangé, comme d’ordinaire. Ce qui était beaucoup moins ordinaire, c’était la jeune femme qui y était assise, et l’androgyne assis dans un coin de la pièce.

- Qui êtes-vous ? souffla Joachim.

Stutch fut plaquée au sol par l’androgyne en une fraction de seconde. L’odeur du parquet ciré remonta dans ses narines sensibles, le choc lui fit tourner la tête. Joachim ne resta pas inactif, mais il n’eut pas le temps d’asséner le coup qui aurait été fatal à Yon.

- Ne bouge plus, marmonna le faible écho d’une voix grave.

La secrétaire vit le garde du corps se figer. La femme descendit du bureau et s’avança à pas lents. Elle n’était pas très grande, mais il semblait que rien ne pouvait l’arrêter. Elle planta son regard dans celui de Joachim. Un regard vide, blanc, alors qu’il était bleu deux secondes auparavant.

- Est-ce que cette personne est la dénommée Stutch ?

Joachim hocha alors la tête, d’une façon mécanique qui n’avait rien d’humain et qui contrastait avec la fluidité habituelle de ses mouvements. Stutch tenta bien de se débattre, mais elle était faible, et l’androgyne penché sur son visage lui faisait peur.

- C’est parfait. Tous les deux, vous venez avec nous.

Elle se tourna ensuite vers Lance et lui adressa un sourire.

- Bonne chance, Ichi.


Le noir profond des cheveux de la jeune femme brisait la monotonie du paysage. Mais ses yeux, morts, ne faisait que la renforcer. La suite de l’histoire n’était pas réjouissante. Mais elle ne ressentait rien. Elle ne réfléchissait même pas ; les souvenirs venaient, repartaient, comme si sa tête était agitée de courants marins qui échappaient totalement à son contrôle. Une tempête, son esprit était une tempête de neige qui voulait s’échapper de la boule en verre remplie de glycérine.


- Où est-il ?! Dis-moi où il est ! braillait M-M.
- A Sinnoh… Il est à Sinnoh… bredouilla Stutch.
- OU A SINNOH ?! REPOND MOI ! J’AI BESOIN DE CE JOYAU ! JE LE VEUX !

Chaque phrase était une douleur. L’étau se resserrait un peu plus. Son esprit était compressé par les paroles de cette horrible femme, elle ne pouvait pas se dégager. Simplement obéir, comme si elle était formatée pour la servilité.

- A Michina… Michina… Michina… Arrêtez, par pitié…
- OU ?! hurla M-M, hystérique.
- Je… Je… pleurait Stutch.
- DIS-MOI !

Soudain, M-M se figea. Ses yeux redevinrent bleus. Stutch était par terre, agitée de spasme. Elle n’était plus elle-même. Elle souffrait sans avoir mal. Elle avait peur, sans même savoir pourquoi. Tout n’était que confusion.

- Grrrr… Tu peux t’estimer heureuse d’avoir un Esprit faible… Si je continue, tu mourras. Ce serait dommage, sourit malicieusement la tortionnaire aux cheveux longs.


C’était confortable, le sable, en fait. Agréable, même.


Stutch, 16 ans au compteur, était allongée sur l’une des terrasses de Michina. Un ciel sans nuage se reflétait dans ses yeux verts. Songeuse, elle n’entendit pas les bruits de pas qui venaient vers elle. Aussi, elle étouffa un hurlement quand la tête de Joachim remplaça la voûte céleste dans son champ de vision.

- Hello Stutch ! sourit l’adolescent.
- Tu m’as fait peur ! se plaignit Stutch.
- T’avez qu’à être plus attentive, j’ai même fait exprès d’être bruyant en marchant ! se révolta Joachim.
- Oui bien sûr, parce que monsieur peut se faire aussi discret qu’un Chaglam ! railla Stutch.
- Et parler Hoennien, Seviien… rajouta Joachim.
- Vérifie tes chevilles, tu pourras plus sortir de tes Vans après… soupira la jeune fille.
- Bon, arrêtes de te la jouer hippie amoureuse de la nature… Max et Ever ont acheté des bières, on fait un tour sur la corniche ouest, tu viens ?
- Ouais, j’arrive… soupira Stutch.

Michina, autrefois ville très pittoresque, qui avait su conserver un cachet fou, des légendes nombreuses, et une population très conservatrice. Mais ça, c’était avant. La cité avait la particularité d’être toute en hauteur ; les habitations étaient construites à fleur de roche, les places n’étaient rien d’autres que des grandes terrasses et les escaliers étaient indénombrables tant il y en avait. Aussi, les vieux, devenant plus fainéants avec le temps, avaient fini par déserter la ville pour la plaine, laissant Michina aux mains d’une grande majorité de jeunes adultes. La transformation fut radicale. Destruction de la plupart des monuments historiques, ouvertures de boîtes de nuits, construction d’immeubles résidentiels. Une modernisation expresse à laquelle seule la tour de Michina, en pierre et posée au sommet de la ville, avait survécu.

Stutch et Joachim montèrent une volée de marches, et déboulèrent sur une place magnifique, dallée de faux marbre blanc, agrémentée d’une volée de bancs en fer, dessinés par un grand designer très en vogue. Un groupe de personne leur fit un signe de main. Ils y répondirent, et s’approchèrent d’eux. Stutch fit la bise à tout le monde. Les discussions allaient bon train.

- Dites, y’a quoi pour demain ? demanda une jeune fille à l’air cruche.
- Contrôle de maths… marmonna Stutch.
- Evidemment, pour toi c’est facile… soupira la fille.
- Stut’ c’trop une boulasse ! railla Joachim.
- Ta gueule, tu t’es déjà vu en cours d’Hoennien ? répliqua Stutch, piquée au vif.
- Ouais, j’ai la classe ! répondit-il.
- Pfff, t’es vraiment trop con…
- Eh ben, on dirait pas que vous êtes jumeaux ! se moqua un petit blond barbu, dénommé Max.
- On est FAUX jumeaux, d’abord, s’énerva Stutch.
- Même que c’est moi le plus vieux ! sourit Joachim.
- Crève, c’est l’histoire de dix minutes !
- Tu devrais savoir que dix n’est pas égal à zéro, boulasse ! répliqua Joachim avec un petit sourire satisfait.
- Et ma main dans ta gueule, c’est égal à zéro peut-être ?



Le sable, c’est beau. Le sable, c’est chaud. Le sable, c’est doux. Le sable, c’est mou.


- Maman, on sort !
- Okay, mais si vous êtes pas revenus à 5 heures du mat’, je vous interdis de sortie jusqu’à la fin de vos jours !

La mère de Stutch et Joachim était une jeune femme, la trentaine à peine. Cela pouvait sembler étrange vu les seize ans de ses jumeaux. Elle faisait juste partie de la catégorie « adolescente qui fait la conne et se fait engrosser par un salopard mais qui n’est pas assez cruelle pour avorter ». En plus, elle n’avait pas eu qu’un seul enfant, mais des jumeaux. En réalité, ça ne l’avait jamais gênée. Elle avait toujours était fière, au lycée, d’être une future mère célibataire. Et elle n’avait pas hésité une seule seconde à arrêter ses études pour eux. Elle était de celles qui naissent pour être mamans. A leur naissance, elle avait même claqué ses économies pour leur offrir un Pokémon à chacun. Un Queulorior pour Joachim, et un Rozbouton pour Stutch.

Le frère et la sœur sortirent de l’appartement, pressés d’arriver à la soirée à laquelle ils étaient conviés. Mais en passant par la Terrasse Nord, ils tombèrent sur un vieux monsieur étendu au sol qui gémissait des paroles incompréhensibles. Serviables, les deux adolescents relevèrent le vieil homme. Il continuait de brailler. Stutch ne saisissait rien, Joachim tendait l’oreille.

- C’est de l’ancien Sinnohien… Je crois qu’il nous dit de nous enfuir. Qu’une catastrophe inévitable va s’abattre sur Michina, et que nous allons tous mourir… N’importe quoi ! La pire chose qui puisse arriver à Michina, c’est que le stock d’alcool tombe à sec… marmonna Joachim en s’éloignant.

Mais Stutch ne pouvait détacher son regard de ce vieillard. C’était étrange. Il continuait de brailler ses mises en garde.

- Stut’, dépêche-toi ! On va arriver en retard, ce s’ra trop la loose !
- Pars devant, je te rejoins.

Joachim haussa les épaules et s’éloigna. Stutch reporta son attention sur l’homme, et tenta de l’apaiser en lui murmurant des paroles rassurantes. C’est alors que l’homme, dans un effort qui paraissait inhumain, parvint à articuler des mots en Pokémonien.

- Le… Joyau… De… Mort… Il va… Michina… Tous les mille ans… Tout le monde… Mourir…

Pour une raison inexplicable, ces mots glacèrent le sang de Stutch. Ce n’était pas différent de la traduction qu’avait donné Joachim, mais elle avait peur, maintenant. Une peur sourde, absurde et violente. Elle murmura un vague remerciement, et se mit à courir. Elle finit par rattraper Joachim.

- Jo ! On doit partir ! Maintenant ! bredouilla-t-elle, les larmes aux yeux.
- Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? s’étonna Joachim. Ne me dis pas que tu crois à ces sornettes ! Ce type est vieux, il va sans doute pas tarder à crever, il délire !
- Jo, je suis sérieuse ! plaida Stutch.
- N’importe quoi… Allez, viens, on y va… soupira Joachim.
- Jo !

Elle se planta devant lui, le regarda droit dans ses yeux marrons, déterminée.

- Même si on se supporte pas… Tu me fais confiance, non ?

Joachim garda le silence. Finalement, il poussa un profond soupir.

- C’est bien parce que c’est toi, Stut’. Mais on reste une demi-heure hors de la ville, et s’il se passe rien, j’ai l’autorisation de me foutre de ta gueule jusqu’à ta mort.
- Ca marche.
- Farbeagle ! appela Joachim. Teletraspor, en bas de la ville.

Le Pokémon Pinceau apparu, intrigué. Il s’exécuta tout de même, et effectua l’attaque Téléport. Les jumeaux se retrouvèrent assis dans l’herbe. Au dessus d’eux, sur la colline, brillaient les lumières de Michina.

- Trente minutes, marmonna Joachim. Après, on rentre.
- Hum.

Une petite brise souffla un air froid sur eux. Stutch frissonna. Elle s’était habillée pour une soirée, pas pour une excursion nocturne dans la plaine. Elle se lova dans le cou de Joachim, et eut un petit sourire.

- Tu m’en voudras pas trop, hein, si mon pressentiment était juste une forme de paranoïa ?
- Nan. Sauf si tu m’énerves, marmonna Joachim.
- Je serai sage, pour une fois.

Stutch sentit plus qu’elle ne vit le sourire se former sur le visage de son frère. Elle eut l’impression d’aller mieux, mais elle avait toujours cette espèce de peur illogique.

C’est alors que les lumières de Michina s’éteignirent. Toutes en même temps, sans prévenir.

- Une coupure de courant ? suggéra Joachim, pas rassuré, du coup.
- Regarde, souffla Stutch, terrorisée.

La terre tremblait. Une sphère d’énergie violette se forma alors au sommet de la Tour de Michina. Enorme, elle se mit à grandir à une vitesse folle, comme une onde d’énergie. Bientôt, elle englobait toute la ville, et continuait de grandir. Les yeux de Joachim s’agrandirent sous la terreur, alors que l’onde se rapprochait d’eux.

- COURS ! hurla-t-il.

Ce fut une course pour la vie. Ils coururent longtemps, sans jamais s’arrêter, portés par la peur, alimentés par l’adrénaline. Puis finalement, la sphère d’énergie se rétracta et disparut.

Michina n’existait plus. Tout n’était plus que sable. La colline, gigantesque, s’était transformée en dune, nue comme un ver. Les terres touchées par l’onde n’étaient plus qu’un affreux désert. Les habitations avaient disparu. Du sable, partout.

~~~

Stutch et Joachim étaient assis sur le rebord d’un coffre d’ambulance, emmitouflés dans des couvertures de survie argentées. Ils ne parlaient pas, collés l’un à l’autre, contemplant ce qu’il restait de leur ville natale. Rien. La police avait débarqué quelques heures après l’évènement, et trouvé les deux adolescents immobiles, figés dans une terreur qu’ils ne parvenaient pas à évacuer. Que s’était-il passé ? Personne ne le savait. Excepté Stutch. « Le Joyau de Mort… C’est le Joyau de Mort qui a tué tout le monde… »

Les deux ne pleurèrent pas. Ils auraient pu, pourtant. Leur mère était probablement morte – rien de vivant n’avait été retrouvé -, leurs amis également, et ils n’avaient plus d’endroit ou vivre. Et pourtant, ils étaient… heureux. Tétanisés, horrifiés, tristes, mais heureux.

Heureux parce qu’ils étaient en vie. C’était affreux à dire. Ils étaient passés à quelques centimètres de l’au-delà. Tout le monde était mort… mais eux, ils étaient vivants. Ils étaient les survivants d’une catastrophe.

C’est dans cet étrange état qu’ils firent la connaissance d’un homme aux cheveux roux, à l’époque âgé de la trentaine passée de quelques années. Voyageur, il était de passage aux alentours de Michina et avait décidé d’aller voir ce qu’il se passait.

- Vous êtes les seuls survivants ? avait-il demandé de but en blanc aux jumeaux.

Seul le silence lui répondit.

- Je m’appelle Lance Wataru. Vous pouvez voyager avec moi, si vous voulez.


C’était quand même froid, le sable.


Joachim passa la porte principale de l’Abbaye, immense construction plate dans un style très japonais avec murs en toile et entrées coulissantes. Il se retrouva face à un choix énorme de couloirs. Sans se départir de son air peiné, il sortit son Cube de sa poche – la fameuse tablette tactile compacte. Le Cube se déplia, et Joachim alla chercher une application que lui avait envoyée M-M, conçue grâce aux informations recueillies par le Général Valter. C’était un GPS conçu spécialement pour se repérer dans l’Abbaye. Mais il ne savait pas où aller, en réalité, alors il entra « Salle des Prières ». Approximativement, il devait être l’heure de ces fameuses prières. Même si Mentaline et Lance ne s’y trouvaient pas, il demanderait son chemin à quelqu’un.

- Tournez à droite, fit la voix du GPS.

Après quelques indications, il débarqua devant une porte plus grande que les autres. Son Queulorior était à ses côtés, regardant toujours son maître avec la même inquiétude. Joachim entra. La salle était très moderne, comme tous les lieux Shistes. Mais celle-là se composait simplement d’une immense plaque de métal triangulaire qui flottait à quelques centimètres au dessus du sol. Dessus, deux jeunes femmes chantaient d’une voix douce. Elles s’arrêtèrent quand Joachim s’avança de quelques pas, et se retournèrent.

- Bonjour, monsieur, pourrions-nous avoir le plaisir de connaître votre illustre identité ? demanda l’une des deux, noyée sous de longs cheveux roux.
- Je cherche Mentaline Weiss et Lance Wataru, répondit simplement Joachim.
- Lance Wataru ? A ma connaissance – et je peux vous dire qu’elle est étendue -, Lance Wataru réside au Gouvernement, et non dans cette humble Abbaye, répondit l’autre jeune femme.
- Vous êtes ? demanda Joachim.
- Sœur Shana… répondit la rousse.
- … et Sœur Chapy.
- Sœurs Chapy et Shana, sachez que j’ai mes sources, et que Lance Wataru est assurément ici. Visiblement, vous l’ignoriez, ce n’est pas un drame. Puis-je au moins rencontrer Mentaline Weiss ?
- Cela dépend. Vous allez leur porter atteinte, physiquement ou mentalement ?
- On peut dire ça comme ça, marmonna Joachim.
- Dans ce cas, nous nous voyons dans l’obligation, et ce sous la protection du tout puissant Godmishuu qui domine tous les êtres, de vous répondre que vous êtes un ennemi et que par conséquent, vous allez sortir de là au plus vite, répondit froidement Sœur Chapy.
- Je refuse, répondit Joachim.
- C’est ce que nous allons voir. Eoko !
- Eoko ! envoya également Sœur Shana.
- Chant Canon !

La fameuse technique des deux Sœurs se déclencha. Surpuissant, un cri déchira l’air, de plus en plus puissant. Joachim dut descendre sur ses jambes pour éviter de se faire sortir de la salle. Queulorior luttait comme il pouvait, prenant de gros dégâts.

- Farbeagle ! Leggimente ! (Lire-Esprit en italien, ndla)

Les Sœurs, derrière leurs Pokémon, se regardèrent, intriguées par l’ordre de Joachim. L’un des points forts de son style de combat était l’effet de surprise, étant donné que dans la majorité des cas, on ne pouvait pas comprendre ses attaques.

- Et maintenant, Ghigliottina ! lança Joachim.

Cette fois les Sœurs comprirent, mais trop tard. Quelorior disparu. Une fraction de seconde plus tard, il dessinait une guillotine dans le dos de l’Eoko de Sœur Shana. Il y eut un flash de lumière, et le pauvre Eoko tomba au sol, KO en un seul coup. L’attaque Chant Canon se stoppa.

- Que… bredouilla Sœur Shana, désemparée.

Joachim en profita pour s’élancer en direction de l’Eoko restant. Sœur Chapy paniqua, se demandant s’il comptait affronter un Pokémon à main nues.

- Notre puissance ne se résume pas qu’à ça ! Extrasenseur ! ordonna Sœur Chapy.

La plaque de métal lévitante se teinta d’une lueur violente. Puis, sans prévenir, elle se plia, créant un bouclier devant l’Eoko. Pas impressionné le moins du monde, Joachim s’arrêta devant le bouclier.

- Farbeagle ! Fintoattacco ! (Ruse en italien, ndla)

Le Pokémon traversa le métal comme si c’était du beurre, et décocha un coup de sa queue pinceau sur la tête de l’Eoko.

- Pugnodombra ! (Poing Ombre, ndla)

L’Eoko tomba sous la puissance de l’attaque super efficace. Les deux sœurs étaient relativement impressionnées par la polyvalence du Queulorior. Alors qu’elles allaient envoyer leurs Pokémon restants, Joachim bondit sur la plaque de métal et les attrapa toutes deux à la gorge. Son regard avait changé, comme quand il avait tué Père Kohei. Vide, complètement vide, il n’était plus qu’une machine à tuer.

- Dîtes-moi immédiatement où est Mentaline Weiss.


Nana raccrocha et poussa un juron. M-M était vraiment un monstre. Nana en était peut-être un, elle aussi, mais elle préférait ne pas avoir à faire chanter ses victimes. Il était beaucoup plus correct de les séduire, un peu violemment certes, et après de les avoir sous contrôle. Un homme amoureux était beaucoup plus fiable qu’un homme menacé.

La séduction, c’était toute la vie de Nana. Là où certains, comme San, avait développé des dons télépathiques ou comme Ni, des dons alchimiques, Nana s’était contenté de dons de séduction. Cela pouvait paraître médiocre en comparaison, mais cela faisait d’elle quelqu’un de redoutable, capable de mettre n’importe qui à ses pieds. Un peu à la manière de Mista et Infinity, avec une puissance immensément inférieure, bien sûr.

Mais, même si elle possédait ce pouvoir, elle avait horreur de s’en servir. Elle se savait capable de tout dominer. Elle n’en avait pas envie. Et si elle détestait séduire, elle détestait encore plus faire chanter les gens.

Elle se tourna quand même vers Pierre Rochard allongé sur un présentoir de fossile ancien, dénudé. Elle poussa un soupir, songeant qu’à son dégout pour la séduction s’ajoutait son dégout pour cet homme. Mais elle n’avait pas le choix. Elle se dirigea vers lui, mettant ses atouts en valeur.

- Tu as fini de téléphoner ? demanda-t-il d’une voix qui se voulait sexy, mais qui était affreusement ridicule.

« Et depuis quand il me tutoie, ce connard ? » pensa Nana, remontée.

- Oui, je suis toute à toi désormais, susurra Nana.

« CA, c’est être sexy. »

- Etrange, quand même… De faire ça dans un musée, non ? ricana un peu Pierre Rochard, rougissant.
- Oui… souffla Nana. Etrange. Mais tous les endroits sont bons.


- Abhilasha, je sais que c’est dur, mais nous avons besoin de ça.
- Maman, je ne veux plus le faire.
- Je t’y oblige. Retournes-y. Prend ton miroir et ta brosse.
- Maman…
- Rappelle-toi, c’est 50 roupies. N’oublie pas de les demander à la fin.
- Maman, ça fait mal, à chaque fois…
- Je sais ma fille. Mais tu dois être forte. Nous avons besoin de cet argent, tu comprends ? Et tu es la seule fille de la famille. Je le ferais bien à ta place, mais je travaille dans l’usine, je n’ai pas le temps.
- Maman…
- Bonne chance, à ce soir.
- Mais Maman, je me perds à chaque fois… Ils m’emmènent loin…
- Tous les endroits sont bons pour gagner de l’argent, Abhilasha. Tous.


Nana s’approcha de l’homme, dont la peau blanche contrastait avec celle, hâlée, de la jeune femme.

- Tu as quel âge, ma petite ?
- Huit ans, monsieur.
- Et c’est combien ?
- 50 roupies, monsieur.
- Approche.


- Pierre… Tu sais… Je suis une méchante personne. Et j’ai besoin de quelque chose qui t’appartiens.

Le conservateur du musée se figea dans les bras de la rousse.

- Donne-moi la Perle de Folie. Et ta femme ne sera jamais au courant de ce qui s’est passé entre nous.
- Je… bredouilla Pierre Rochard. Je ne peux pas te la donner !
- Elle va vous quitter, Pierre, menaça Nana en passant au vouvoiement. Vous allez vous retrouver seul. Je ne vous aime pas. Et personne d’autre ne vous aimera. Vous serez celui qui a trompé sa femme sans scrupules. Pauvre de vous.
- Je…
- Elle va récupérer la maison… Elle est à elle, j’imagine. Vous deviendrez sans-abri. Détruit, brisé, seul… C’est douloureux, vous savez, lui souffla Nana dans l’oreille.
- Très bien ! craqua Pierre. Je ferai… Tout ce que vous voudrez… Mais ne dites rien, par pitié !
- C’est promis.


- Et voilà, petite. N’oublie pas, pas un mot à personne.
- C’est promis monsieur.
- Bonne petite.



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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Dim 4 Nov 2012 - 22:47

Preeeesque pas en retard. Pervy Silver J'espère que vous lisez encore :tot:

Résuméééééé :

Spoiler:
 

J'ai mis en gras les choses nouvelles pour plus de clarté Héhé ^^ Je pense que je n'ai pas d'autre chose à dire, si ce n'est que si vous avez un doute pour les personnages, la majorité sont les même que pour le chapitre précédent, donc vous pouvez aller voir dans le rappel que j'ai fait ;)

Bonne lecture Silver Love




- Mey, ça va ? brailla Silver.
- On est à plus de sept kilomètres au dessus du sol, je suis noyée dans les nuages, je me gèle les miches, j’ai échappé de peu à la mort et mes pieds sont carbonisés, mais à part ça tout roule ! railla Mey.

Les cinq sauveteurs étaient chacun assis sur une capsule de verre. Dans ces capsules devaient se trouver Shuu, Cat, Glenn, Justine et Denzi, le frère de Nozomi, mais ils ne pouvaient pas vraiment en être sûrs ; en effet, les vitres étaient teintées, et ils ne parvenaient pas à deviner qui était dans quoi. Les cinq capsules en forme de suppositoire volaient, côtes à côtes, mais d’une manière assez spéciale. Rien ne sembler les faire avancer, rien ne sembler les empêcher de tomber. Pourtant, elles avançaient tout doucement, comme si elles se trouvaient sur un tapis roulant d’aéroport.

Le voyage n’était pas agréable pour autant. A une telle altitude, l’oxygène se faisait plus rare, et leur fatigue après la course-poursuite ne venait pas arranger les choses. L’air était carrément froid, et les nuages qu’ils traversaient les rendaient de plus en plus trempés. Et ce n’était que le début, ils étaient loin d’être arrivés. Mey, assise à califourchon sur sa capsule, soupira.

- Marre de cette vie…

Mais en réalité, elle souriait. Ils avaient réussi la première évasion de l’Abysse, échappé à des hordes de militaires armés, au plus puissant des submersibles, à l’ex très meurtrier de Silver et à une équipe de dresseurs décidés à leur faire la peau. Et ils étaient en un seul morceau, approximativement.

- Dites, vous pensez qu’il y aura des policiers à l’atterrissage ? demanda Silver, complètement agrippé à sa capsule.
- Ne parle pas de malheur, soupira Nozomi.
- Ca reste très probable… marmonna Jasmine, mais elle aussi souriait.
- On ne chait pas ou l’on va atterrir, ch’est cha ? Par echtenchion, eux non plus ne peuvent pas deviner.
- OYASHIRO-SAMA MENACERA LE HASARD, ET IL NOUS FERA ATTERIR EN LIEU SUR ! brailla Creepy-chan, en amazone.
- Et puis au pire on leur défonce la gueule… souffla Mey.
- Ouais, mais les seuls avec un niveau potable, c'est-à-dire moi, Jasmine et Nozomi, ont la majorité de leurs Pokémon K.O… rappela Silver.
- C’est gentil de me considérer comme inférieure, Silver, le réprimanda Mey en lui tirant la langue.

Nozomi soupira.

- On voit le changement, en temps normal elle l’aurait déjà dépecé… souffla Nozomi à l’oreille de Creepy-chan.
- MAIS TROP, RIEN NE VAUT UN DEPECAGE EN REGLE ! approuva Creepy-chan.

Ils traversèrent un autre nuage, ce qui provoqua les plaintes de Mey à propos de ses cheveux qui allaient tripler de volume.

- A votre avis… Ils vont bien ?

La question avait été posée par Jasmine, comme un murmure, mais tout le monde l’entendit distinctement. Les mines s’assombrirent, et la bonne humeur s’envola au dessus des nuages. Le silence s’installa.

- Honnêtement… souffla Mey. J’ai du mal à m’imaginer qu’ils puissent ressortir de ça en pleine forme… Ca fait quand même trois jours qu’ils y sont, et ils croyaient y rester pour le restant de leur vie… C’est pas super bon pour le moral…
- J’ai lu dans un bouquin qu’il n’y avait pas pire torture que l’Abysse… Allez savoir ce qu’ils ont pu leur faire, là-bas… marmonna Creepy-chan.
- La torture physique est interdite dans la Conchtitution Johtoienne, Creepy-chan, tenta de la rassurer Nozomi.
- Celle morale, en revanche… lâcha Silver.

Un nuage se mit en travers du chemin. Ils le traversèrent sans bruit, cette fois.

- Ca fait combien de temps que Denzi est à l’intérieur ? demanda Mey à Jasmine.

Nozomi se renfrogna à l’instant même où le nom de son meurtrier de frère fut évoqué.

- Deux ans, répondit Jasmine d’une voix neutre. J’ai conscience que je ne le reconnaitrai sûrement pas, quand il sera libéré… Mais peu m’importe. Je veux qu’il soit libre, le reste peut être réglé avec le temps. S’il est devenu muet, j’y passerai ma vie, mais je le ferai prononcer quelque chose. Parce que je l’aime.

Un nuage cacha la grimace méprisante de Nozomi. Elle comprenait que l’on puisse tomber amoureux de son frère. Après tout, il était beau, gentil et attentionné – quand il le voulait bien. Mais après ce qu’il avait fait… Après avoir tué sa propre mère… L’amour devait vraiment être aveugle pour souhaiter finir sa vie avec un type pareil. Et encore, c’était pas dit qu’il accepte de passer sa vie avec elle.

- Y’a quand même un problème… On a réussi à les libérer, et on en est tous sortis vivants. Mais ça veut pas dire qu’on va arrêter d’être poursuivis, ça risque même d’empirer. Est-ce qu’on sera vraiment en sécurité quelque part, un de ces jours ? demanda Mey, la mine sombre.

La question resta en suspens.

- Commenchons par déchider d’une dechtinachion.
- On ne sait pas où on va atterrir… rappela Silver.
- Mentaline a dit qu’on devait passer un coup de fil à Flora, et qu’elle nous dirait où aller…
- Qui est-ce ? demanda Jasmine.
- Une coordinatrice, indiqua Creepy-chan.
- On peut lui faire confiance ? demanda-t-elle, méfiante.
- Bien sûr, c’est la copine de ma meilleure amie d’enfance, déclara Silver.
- Pourquoi ne l’appelle-t-on pas maintenant ? fit remarquer Nozomi. Cha chera quand même plus pratique qu’une fois qu’on chera en train de courir pour échapper aux flics...
- … Meuf, tu mérites un prix Nobel, souffla Mey.

Elle sortit le téléphone que lui avait confié Mentaline, et composa le numéro de Flora. Une gentille voix féminine lui déclara que l’appel n’aboutissait pas.

- Ca capte pas, lâcha Mey.
- Normal, on est un peu à sept kilomètres d’altitude ! railla Silver.
- Et alors ? cracha Mey.
- T’as déjà vu des câbles téléphoniques dans les nuages ? se moqua Silver.
- Justement, celui-là marche par satellite, abruti ! répliqua amèrement Mey.

« Ca les a pas tant adoucis que ça, en fait… » songea Nozomi.

En fait, ils ne captaient pas non pas à cause de leur position, mais parce que Flora et Crystal se trouvaient sous terre, ce qui ne facilitait pas le passage des ondes. Mais ils ne pouvaient pas le savoir, bien sûr, et Mentaline avait oublié de le préciser dans sa précipitation – elle devait vraiment être stressée pour oublier quelque chose.

- Elle l’a peut-être éteint… fit remarquer Jasmine.
- Ou alors la carte SIM s’est barrée, ça m’est arrivé le mois dernier, marmonna Mey.
- C’est quoi ça ? demanda Silver, intrigué.
- Laissez tomber, marmonna Mey.

Et ils traversèrent un énième nuage.


Cela faisait maintenant une demi-heure que Mentaline avait coupé la communication avec les Chapeliers, donnant comme dernier ordre au submersible de défoncer la paroi de l’Île à Poudre. Depuis, aucune nouvelle, alors qu’ils étaient censés voler un hélico et recontacter Mentaline. Assis sur des chaises de la bibliothèque, à l’extérieur de la Brain Sphere, la jeune femme et Lance Wataru gardaient un silence tendu.

- Wataru, tu penses qu’ils s’en sont sortis ? demanda-t-elle, nerveuse.
- Je dois te sortir la version rassurante ou la version réaliste ? marmonna Lance.
- Tu commences à me connaître.
- Peu de chances qu’ils aient survécu, honnêtement.
- C’est bien ce que je me disais… soupira Mentaline, dévastée.
- Vois le bon côté… Les prisonniers libérés le sont bel et bien, eux, c’est une réussite, tempéra maladroitement Lance.
- Oui… Mais est-ce qu’ils vont réussir à entrer en contact avec nous… ?
- On verra bien…

Un affreux bruit de métal résonna dans la bibliothèque.

- C’était quoi ? demanda Lance.
- Ca venait de la pièce d’à côté, souffla Mentaline.
- Et c’est quoi la pièce d’à côté ?
- La Salle des Prières.

Le mur vola alors en éclat. Les bibliothèques, remplies de livres et protégées par des vitres, furent violemment projetées en avant. Mentaline effectua un bond en arrière instinctif qui lui sauva la vie. Deux secondes plus tard, une énorme étagère se fracassait à l’endroit où elle se trouvait auparavant. Le verre éclata, projetant d’énormes débris à travers la salle. Lance évita difficilement un morceau de mur. La poussière finit par se dissiper.

A travers le trou du mur, on apercevait la Salle des Prières. Au sol gisaient Sœurs Chapy et Shana, inertes. Devant le trou se trouvait un jeune homme que Mentaline ne pouvait pas connaître, mais qui en revanche devait rappeler quelque chose à Lance. Joachim se tenait là, à côté de son Queulorior qui venait de fracasser la paroi avec une quelconque attaque particulièrement violente, sûrement un Giga-Impact.

Lance en resta bouche-bée.

- Joachim ! Qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu défonces des murs ?
- Besoin irrésistible de te tuer, Lance, répondit Joachim dans un souffle.

Lance recula d’un pas. Joachim démarra au quart de tour et se mit à courir dans sa direction.

- Smooth ! brailla Mentaline. Psyko, arrête-le !

Le Mentali sortit de la Pokéball de la jeune fille. Il se vit entouré d’un halo rosâtre, et Joachim se stoppa en plein milieu de sa course. Il ne se laissa pas faire pour autant.

- Farbeagle, Pugnodombra ! (Poing Ombre, ndla)

L’attaque fut extrêmement rapide. Quelorior disparut et réapparut derrière le Mentali qu’il assomma d’un magistral coup de queue. Joachim fut immédiatement libéré de l’emprise du Pokémon, et il se tourna vers l’auteure de l’action. Mentaline, apeurée, recula jusqu’à coller son dos contre la vitre qui protégeait les livres.

- Mentaline Weiss, quelle surprise, susurra-t-il, l’air pas surpris du tout. On m’a ordonné de vous tuer dans les plus atroces souffrances.

Bien qu’il soit frêle et petit en taille, il restait imposant, surtout après la démonstration de l’efficacité de son Queulorior. Mentaline n’en menait pas large, mais son esprit marchait à toute vitesse. Aussi, elle garda suffisamment d’aplomb pour partir à la chasse aux informations.

- Me tuer ? Vous n’êtes pas le premier à devoir faire ça.
- Je serai le premier à réussir, marmonna Joachim d’une voix éteinte.
- Qui vous envoie ? questionna Mentaline. La police ? Les Echos ?
- Non, une dénommée M-M, répondit Joachim lentement.
- C’est elle qui vous y oblige ? Comment s’y prend-t-elle ?
- Sa voix. Je ne peux pas lui désobéir. Pour cette raison… Vous allez mourir. Je suis désolé.

Il bondit. Ses bras attrapèrent les poignets de Mentaline, qu’il plaqua contre la vitre. Immobilisée, la jeune fille ne tenta pas de se défaire. Désespérément, elle analysait ses options. Mentali était hors-combat. Ses mains ne pouvaient pas atteindre la Pokéball de Kawapink le Corayon. Les Sœurs étaient à terre. Ne restait que Lance, mais celui-ci ne bougeait pas, fixant la scène, pétrifié. Il ne lui était pas d’une grande aide. Mentaline tenta la seule ouverture qui s’offrait à elle : un coup de pied dans l’entrejambe. C’était sans compter sur les réflexes de son adversaire, qui para avec son genou. Il planta son regard dans le sien ; ses yeux étaient vides d’âme.

- Une mort avec souffrance, donc, c’est ce que je dois vous infliger. Vous préférez commencer par quoi ? La jambe ? Les doigts ? Le bras ?

Mentaline fit un rapide prenant en compte le seuil de douleur, la durée de guérison et l’utilité du membre.

- L’annulaire ? suggéra-t-elle sarcastiquement.
- T’as du cran.

Le mouvement de Joachim fut imperceptible tant il était précis et fluide. Le craquement sinistre fit frissonner Mentaline. La douleur arriva quelques secondes après. Elle retint un cri, les larmes lui montèrent aux yeux. Le visage de son agresseur resta impassible.

- Ensuite ?
- Wataru ! gémit Mentaline. Fais quelque chose, s’il te plait !

Le Chef du Gouvernement n’eut aucune réaction, horrifié.

- C’est pas une partie du corps, ça, marmonna Joachim.

Le coup de genou latéral qu’il lui asséna dans les côtes fit hurler Mentaline de douleur. Toujours tenu aux poignets, elle s’envola comme une aiguille d’horloge, puis revint à sa position initiale, larmoyante.

- Wataru, c’est quand tu veux, renifla-t-elle.

Elle réfléchissait toujours autant, mais c’était une impasse. Seul Wataru pouvait agir. Elle avait besoin de faire la petite fille fragile, en danger de mort, pleurant comme une madeleine. Et à vrai dire, elle n’avait pas à se forcer, puisque c’était précisément ce qu’elle était à ce moment là. Wataru daigna enfin lui répondre.

- Désolé Weiss. Je peux pas. Joachim… C’est comme si c’était mon fils, lâcha Lance.

Mentaline crut halluciner. Elle qui pensait que Lance avait juste peur de Joachim, et bien non, il le considérait comme son fils. Il allait la laisser mourir.

- Wataru bordel, il va me tuer ! s’emporta Mentaline.
- Ecoute… tempéra Lance. Tu tuerais tes enfants pour sauver une amie ?
- Il est fou, ton « fils » ! Il va me réduire en morceau !

Nouveau craquement. Nouveau hurlement. Le bras gauche.

- Il n’est pas lui même, souffla Wataru, hypnotisé par la violente scène. On l’y oblige.
- Il va te tuer aussi ! gémit Mentaline, qui perdait complètement ses moyens.
- Je préfère mourir de sa main que de celle d’un ennemi, répliqua Lance.
- Il ne s’agit pas de me sauver moi… Il s’agit de sauver le Pokémonde ! TUE-LE, PUTAIN ! hurla-t-elle.
- C’EST MON FILS ! rugit Wataru.
- C’EST FAUX, TU LE SAIS ! NOUS SOMMES LES SEULS A SAVOIR ! SI TU NE LE TUE PAS MAINTENANT, C’EST L’UNIVERS ENTIER QUI COURT A SA PERTE !

Le silence se fit. Lance baissa la tête, et son visage laissa apparaître un sourire peiné.

- Désolé Weiss. Mais pour une fois… Laisse-moi être égoïste.


- Bon, tu me le montres ton gros calibre ?

Blanche était allongée aux côtés de sa nouvelle recrue. Aussi couverte qu’à l’accoutumée, elle mangeait sensuellement une banane. Ses autres garçons lui faisaient de l’air avec des grands éventails sur lesquels étaient dessinés des fouets.

- Pas trop mal, mon minet. On va voir si elle est aussi gouteuse qu’appétissante.

Une sonnerie stridente mit fin à son fantasme. Elle poussa un cri d’enragée.

- Foutus dresseurs ! Laissez-moi apprécier mon gouter, merde ! brailla-t-elle.

Elle appuya sur un bouton, celui qui commandait la porte menant à la salle de combat. Celle-ci s’ouvrit sur une jeune femme, la quinzaine. Elle ouvrit des yeux grands comme des soucoupes en observant la portée de beaux mâles aux services de la Championne. Celle-ci se redressa en position assise, et pivota sur son royal fessier pour faire face à la nouvelle arrivante. Elle la détailla rapidement, de la tête aux pieds.

- Bonnet A, vierge, en couple mais non satisfaite. Un moche, sans aucun doute. Je te prêterai un de mes spécimens usés, si tu arrives à me battre.
- … Bonjour quand même, marmonna la jeune fille.
- Dépêche-toi de sortir un Pokémon, j’ai pas toute la matinée. Je commence à avoir faim, et le petit nouveau de ma garnison est déjà chaud comme un muffin qui sort du four, je ne veux pas le faire trop attendre. Tout le monde sait que les muffins sont bien meilleurs à température ambiante.
- Euh… Macronium, en avant ! lança la jeune fille, carrément gênée maintenant.
- Un bouffeur de gazon… J’ai toujours trouvé les végétariens excitants. Ecremeuh, en avant.

Le Pokémon fit son apparition et se plaça face au Macronium.

- A toi l’honneur, jeune fille pure et innocente.
- Macronium… Fouet Lianes !

Blanche éclata d’un grand rire.

- Guillaume, apporte-moi un fouet, justement… Ne t’en fais pas, Viktor, c’est la première fois alors je ne serai pas trop méchante.
- Dites, vous pouvez vous battre ? demanda la jeune fille, blasée.

L’Ecremeuh repoussa bêtement les lianes d’un coup de mamelles.

- A quoi bon, tu vas prendre une raclée, de toute manière. Séduction, Ecremeuh.

Le Pokémon fit un clin d’œil au Pokémon Plante, qui tomba amoureux de la vache.

- Viol consentant, marmonna Blanche.

L’Ecremeuh effectua un spectaculaire bond et broya le visage du Macronium sous une surpuissante attaque Plaquage. Le pauvre Pokémon était KO.

- C’est une défaite, ma chatte. Dommage pour toi, tu sors sans le badge, mais comme je suis de bonne humeur – le muffin était délicieux, je dois l’admettre – je te laisse emporter l’un de mes garçons, celui que tu veux.

La jeune fille recula d’un pas, un peu effrayée par la déferlante sexuelle de la Championne.

- Vous êtes complètement tarée !
- Peut-être, mais mon pare-choc représente 36 % de ma masse totale, répliqua Blanche.

L’adolescente se retourna et tenta d’ouvrir la porte de sortie, mais elle était fermée. Elle s’affola.

- Laissez-moi sortir !
- Ah, je ne te l’ai pas dit ? Je ferme les portes, il fait froid en ce moment, je ne voudrais pas attraper un rhume foufounal.
- Ouvrez ! brailla la fille.
- Désolée chérie.

Blanche appuya sur un bouton, et le sol s’ouvrit sous les pieds de la jeune dresseuse. Elle poussa un cri strident qui se perdit dans les profondeurs de la terre.

- Quelle cruelle mission… Mais M-M m’a ordonné de récupérer des soldats… Elle doit avoir besoin de chair à canon pour l’une de ses missions. C’est pas mon problème après tout, soupira Blanche. Bon, elle arrive cette fournée de muffins ?


Nana suivait Pierre Rochard dans un dédale de vitrines abritant fossiles, vestiges et autres vieilleries. Le pauvre homme n’en menait pas large. Quelques minutes avant, il était fier de s’être approprié une femme aussi bien proportionnée que Nana. Maintenant, elle le menaçait de tout révéler à sa femme s’il ne la conduisait pas jusqu’au plus grand trésor du musée, la Perle de Folie.

- Vous êtes certaine que vous voulez la Perle de Folie ? Je peux vous donner plein d’autres choses…
- Taisez-vous et avancez.

Pierre Rochard soupira. Il s’approcha d’un squelette de Kabutops grandeur nature. Il abaissa la griffe du Pokémon. On entendit alors un craquement, et une trappe en bois se révéla. Pierre l’ouvrit ; elle donnait sur un escalier en colimaçon qui s’enfonçait dans les ténèbres. L’homme s’y engouffra, Nana à sa suite. Le plafond semblait compresser l’atmosphère saturée par l’odeur tenace de moisi. Il faisait sombre, seule la lumière qui passait par les vitres du musée les éclairait encore. Pierre Rochard jeta un rapide coup d’œil à son Pokématos, rétro-éclairé.

- Presque neuf heures… Le musée ne va pas tarder à ouvrir ses portes. Si nous nous faisons prendre en bas, nous aurons tous les deux des problèmes, soupira-t-il.
- Raison de plus pour vous dépêcher, grinça Nana.

Ils accélèrent le pas, et finirent par se retrouver complètement dans le noir. Pierre sortit une lampe de poche et ils continuèrent la descente, l’air se rafraichissant peu à peu. Enfin, une porte en bois apparut, toute simple, avec une simple poignée en métal.

- On y est. Après vous, sourit Pierre Rochard.
- Vous me prenez pour une débutante ? marmonna Nana. Vous passez premier.

Pierre soupira et poussa une pierre du mur. On entendit un déclic. Après quoi, il posa sa main sur la poignée et entra.

- Il se serait passé quoi si j’avais ouvert sans que vous fassiez le coup de la brique ? demanda Nana, curieuse.
- Euh… Electrocution, je crois.

La salle dans laquelle ils se trouvaient était relativement impressionnante. Les murs étaient taillés à même la roche, et les seuls lumières étaient de vieilles lampes à piles qui s’étaient allumées à leur entrée dans la pièce. Au centre résidait une colonne en verre. A l’intérieur, une perle rose parfaitement ronde de la taille d’une bille flottait à mi-hauteur dans un liquide violet. Nana resta dans l’encadrement de la porte, méfiante. Pierre en revanche s’avança et posa sa main sur la colonne, comme pour la caresser.

- Vous savez ce que vous faites, j’espère… bredouilla Pierre. 200 ans que ce musée garde la Perle… C’est mon aïeul qui se l’ai vu confiée. Le Musée a été construit pour abriter la Perle. Depuis, elle n’a pas bougé de sa colonne de verre, je ne l’ai jamais sortie… Je ne peux pas prédire ce qui se passera si je vous ouvre la colonne… Si ça se trouve, tout s’effondra, et nous mourrons tous deux. Honnêtement, ça ne m’enchante pas…

Le poignard de Nana vint se poser sur la gorge de l’homme.

- Vous savez, je ne suis pas du genre à apprécier qu’on me contrarie.
- De toute manière, si vous touchez cette Perle, vous deviendrez folle. Et ça j’en suis sûr. Vous allez perdre la raison, et vous finirez par en mourir…

Nana éclata d’un grand rire. Un rire théâtral, puisqu’il n’y avait rien de drôle, mais la situation s’y prêtait bien.

- Mon cher, quiconque fait parti de l’Armada Zu ne peut se prétendre saint d’esprit. Ni personne d’autre, d’ailleurs. Le monde est fou. Retenez bien ça. Maintenant, ouvrez cette colonne, qu’on en finisse.

Pierre, tremblant comme une feuille, s’approcha de la colonne. Nana recula jusqu’à la porte, redoutant quand même un petit peu ce qui allait se passer. Il posa sa main au centre cette fois, et se concentra, comme s’il tentait de faire surgir un quelconque pouvoir enfoui dans ses gènes. Cela sembla marcher. La colonne explosa, déversant son liquide dans toute la pièce. Les éclats de verre transformèrent le pauvre Pierre Rochard en steak haché. Blessé au visage et à la jambe, il recula et tomba à la renverse. Dès l’instant où ses mains entrèrent en contact avec le sol, son hurlement déchira l’air.

Nana avait encore reculé, mais elle vit distinctement ce qui se passait. Le liquide violet qui s’était rependu n’était pas un simple liquide. C’était de l’acide, acide qui rongeait sauvagement la main du conservateur du musée. La Perle était tombée au sol. Remerciant le ciel d’avoir mis des chaussures compensées, Nana s’avança dans la flaque d’acide, arracha un morceau de son T-Shirt, s’en couvrit les mains, et attrapa la Perle. Elle sentit son pouvoir à travers le tissu, une puissance malsaine et chaotique. Alors qu’elle s’élançait vers la porte de sortie, celle-ci se referma nette. Au même moment, des trous dans le mur s’ouvrirent et se mirent à déverser le même liquide violet. Apeuré, Pierre tenta de se redresser mais il glissa et sa tête se retrouva sous l’un des jets. Les hurlements reprirent, encore plus puissants qu’avant.

- BORDEL ! hurla Nana, énervée par la tournure que prenait la situation.

Pierre ne hurlait plus, sans doute mort et pas beau à voir. Et les chaussures de Nana n’allaient pas tenir beaucoup plus longtemps.

- Rhinastoc, Roc Boulet ! envoya-t-elle.

Le Pokémon gémit quand ses pieds touchèrent l’acide. Heureusement qu’il n’était pas fait de calcaire, sinon il se serait mis à mousser. Il s’arma d’un puissant bloc de pierre et défonça la pauvre porte en bois. L’acide avait déjà atteint les pieds de Nana, qui s’était mise à hurler à son tour. Ses chaussures avaient été dissoutes, c’est donc pieds nus qu’elle se mit à courir après avoir rappelé son Pokémon. Elle entreprit de monter l’escalier, c’était sans compter sur ses pieds, attaqués par le liquide, sanguinolents. Elle tomba la tête la première et s’ouvrit le menton sur une marche en pierre.

L’acide continuait de monter, de plus en plus vite. Nana, faute de pouvoir compter sur ses pieds, continua d’avancer en se trainant avec les coudes, la perle entre ses dents - toujours couverte par son morceau de T-Shirt. Heureusement les marches n’étaient pas très hautes. Elle rampa ainsi trois minutes entières, voyant le liquide monter peu à peu, gagnant du terrain. Les trois minutes les plus longues de sa vie.

Finalement, elle atteignit la trappe. Dans un dernier effort, elle poussa le panneau en bois et se hissa à l’extérieur, avant de refermer la porte de l’enfer. Elle était dans le musée, devant un squelette de Kabutops, en sang, les pieds rongés – elle allait devoir passer en 36 –, le T-Shirt déchiré, une perle dans la bouche. Un couple de touriste la regarda comme si elle venait d’un autre monde. C’était le cas, mais ils ne pouvaient pas le savoir.

Yon apparut alors aux côtés de Valter, l’Echo qui avait rejoint les rangs de la M-Organisation. L’androgyne s’accroupit et décocha un sourire flippant à Nana.

- Tu veux un audioguide ?

Nana cracha la Perle au sol, récupérée par Yon.

- Va te faire foutre, marmonna Nana en retour.

Ils disparurent, laissant les deux touristes abasourdis.

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Dim 25 Nov 2012 - 23:18

Je crois que je vais arrêter de m'excuser du retard, à la longue, vous devez être blasés :tot:

Spoiler:
 

Voilà pour le résumé Héhé ^^ #2 Je tiens également à m'excuser d'une légère faute de nom dans un chapitre précédent, erreur qui a son importance : j'ai dis que Killian se téléportait au Lac Courage après avoir appris que les Chapeliers s'étaient évadés. En réalité, c'est au Lac Colère qu'il s'est rendu, qui se trouve quelques kilomètres d'Ebenelle.

Un rapide résumé des persos au cas où vous auriez un trou...

Spoiler:
 

Sur ce, je vous souhaite une excellente lecture <3




- Désolé Weiss. Mais pour une fois… Laisse-moi être égoïste.

Les paroles de Wataru, à peine murmurées, glacèrent le sang de Mentaline. C’était la fin. La main de Joachim, étonnement puissante pour un corps si frêle, se referma sur sa gorge. Elle voulut gémir de douleur, l’absence d’air l’en empêcha. Elle tenta de se débattre, peine perdue. La prise se resserra encore. Elle suffoquait.

- Fais de beaux rêves.

Sa vision se troubla. Elle allait s’évanouir, quand, brusquement, elle fut libérée et retomba violemment sur le parquet. Sa grande inspiration fut suivie d’un hurlement de douleur. Le choc avaient fait remonter ses côtes, déjà réduites en petits morceaux. Quand sa vue cessa son flou artistique, elle put distinguer la cause de sa subite et inattendue bouffée d’air. Sœur Chapy était debout. Un peu voûtée certes, mais debout quand même. Son visage, zébré de balafres sanguinolentes, reflétait une détermination déroutante. Sa tenue de none, déchirée de toute part, contrastait soudainement avec son expression. Elle n’était plus une none coordinatrice, elle s’était transformée en combattante. A ses côtés, un Maraiste. Derrière elle, Sœur Shana gisait, toujours inconsciente. Elle avait été touchée beaucoup plus sérieusement que sa consœur.

Joachim, quant à lui, avait atterrit à quelques mètres de Lance. Au niveau du ventre, une tâche marron venait témoigner d’une attaque Boue-Bombe. Il se releva lentement, tandis que son Quelorior se plaçait devant lui. Lance, ne souhaitant toujours pas intervenir, s’écarta. Sœur Chapy se déplaça lentement jusqu’à faire écran entre Mentaline et Joachim.

- Vous allez payer pour ce que vous avez fait. Quand vous reposerez en Enfer, le Godmishuu prendra la peine de faire le déplacement pour vous déféquer dans la bouche, grogna la jeune fille. Maraiste, Tir de Boue !

Avec une précision impressionnante, Maraiste se mit à mitrailler le Quelorior, à la manière d’un sniper. Les tirs fusèrent, rapides comme l’éclair.

- Farbeagle, Agilità ! (Hâte, ndla)

Le Pokémon, déjà vif au demeurant, devint trop rapide pour être suivi à l’œil nu. Il esquiva la rafale sans aucun problème. Sœur Chapy sauta sur l’occasion, tandis que Mentaline reprenait son souffle.

- Encore !

Le Maraiste eut un sourire encore plus idiot que le naturel, et acclama le Quelorior avec enthousiasme. Joachim marmonna un juron latin. Son Pokémon, soumis par l’attaque, ne cessait de tourner en rond de plus en plus vite, incapable de faire autre chose. Mentaline, pendant ce temps là, avait réussi à se redresser, adossée à la paroi en verre de la bibliothèque. Elle laissa tomber la Pokéball de son Corayon au sol.

- Kawapink, ordonna-t-elle la voix cassée, Boule Roc.
- Mentaline, souffla Sœur Chapy. Contente de voir que tu te portes bien.
- Merci de m’avoir sauvée, murmura Mentaline.
- Ce n’est rien, voyons. « Aide ton prochain, crache sur le précédent ». Un dicton bien connu. Maraiste, Ocroupi !

Une vague de boue se souleva, jaillissant de nulle part. Le Quelorior, bloqué dans son attaque Hâte, ne put esquiver les rochers combinés à la déferlante de boue. Il s’effondra aux pieds de son maître. Joachim serra les dents.

- Ecoutez mesdemoiselles, si vous pensez que vous avez le niveau pour battre Farbeagle, vous vous mettez le doigt dans l’œil, j’en ai bien peur, soupira-t-il en essuyant la boue qui ternissait son visage avec le revers de la main.

Pour appuyer ses dires, le Pokémon se releva.

- Maintenant que sa vitesse est multipliée par trois, je vous souhaite bien du plaisir.
- Buée Noire, marmonna simplement Sœur Chapy.

Une fumée noire très épaisse envahit la salle, et eut pour effet de supprimer toutes les augmentations de statistiques du Quelorior, qui retrouva sa vitesse normale. La brume finit par se dissiper, happée par le toit ouvert de la bibliothèque. Jaochim était surpris.

- J’admets vous avoir sous-estimée, Sœur Chapy. Je vous croyais impuissante sans votre partenaire.
- N’employez pas le verbe « croire » avec autant de familiarité, vulgaire païen. Souplesse, Maraiste.

Le Maraiste effectua une impressionnante série de rondades et décocha un fabuleux coup de queue à Quelorior.

- Boue-Bombe !
- Pugnodombra ! (Poing Ombre, ndla) répliqua Joachim.

La bombe explosa à vide quand un poing d’ombre vint la frapper. Le deuxième envoya bouler Maraiste sur le mur où était adossée Mentaline.

- Corayon, Bulles D’O sur Maraiste ! ordonna Mentaline.

La capacité Absorb Eau du Pokémon lui régénéra une partie de sa santé. Il se releva sans trop forcer.

- Vous êtes coriaces, mais j’en ai assez de jouer. Pardonnez-moi. Raffica Energipalla ! (Rafale d’Eco Sphères, ndla)

Se saisissant de son pinceau, le Quelorior traça la phrase dans les airs en quelques secondes. L’attaque commença alors ; d’abord une, puis deux, puis des dizaines d’Eco Sphere jaillirent du sigle. Les Pokémon de Mentaline et Chapy tentèrent d’esquiver, mais ils ne purent lutter, ayant une commune double faiblesse plante. Complètement hors-combat, ils s’effondrèrent. Lance poussa un soupir, presque blasé, tandis que Joachim s’avançait à pas lents vers les deux jeunes filles.

Elles étaient coincées. Dépourvues de Pokémon en forme, elles étaient aussi vulnérables que n’importe qui. Elles ne pouvaient pas non plus fuir, acculées dans un coin de la bibliothèque, la sortie complètement à l’opposée. Et Joachim qui se rapprochait toujours plus. Il avait rappelé son Pokémon. Mentaline se creusait à nouveau la cervelle, observant toutes les possibilités qui s’offraient à elle. Mais rien ne lui venait. Ce n’était vraiment pas son jour.

Paralysée, elle ne pouvait que se coller un peu plus contre la paroi de verre. Joachim se rapprochait. Sœur Chapy, dans un ultime élan de courage, s’interposa et tenta de la frapper au visage. Joachim l’esquiva, attrapa sa main, et l’envoya valser plus loin, lui brisant quelques os au passage. Mentaline sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle ne pouvait pas vaincre ce type. A moins d’avoir à sa disposition un revolver ou un bazooka, et encore. C’est alors qu’elle aperçu son reflet dans la vitre de la Brain Sphere. Et l’évidence lui sauta aux yeux. Elle pouvait s’en sortir.

Remontant dans sa mémoire, elle alla récupérer l’information qu’elle cherchait. Elle procéda ensuite à diverses mesures d’angles, de sinus ; Elle vérifia qu’elle ne tremblait pas, pris en compte la densité de l’air suite à la Buée Noir, calcula la trajectoire parfaite. Enfin, Joachim fut à la bonne place. « Je n’aurais qu’une seule chance. » Elle souleva son bras gauche cassé à l’aide de son bras droit, ce lui arracha un petit gémissement de douleur, et le pointa vers la tête de Joachim. Il afficha un air surpris.

- UNLOCK ! 4 ! brailla Mentaline.

Elle s’était rappelée de l’une des fonctions de la MeeticMontre : le rayon laser. La montre émit un bref signal sonore, et tira.

Mais Joachim l’esquiva en penchant la tête. Tout simplement. Mentaline afficha une tête horrifiée.

- Dommage… Tu es pleine de ressource, Mentaline Weiss. Tu sais…

Le rayon heurta la Brain Sphere, et fut ensuite dévié par un jeu de miroir constitué par les parois en verre très épais des vitres de protection des livres. Tout été calculé au millimètre près, y compris le rebond sur le verre du Pokématos de Lance. Mentaline se décala légèrement vers la gauche.

- … ça me déchire vraiment le cœur de te tuer.
- Le cœur, je ne sais pas, l’épaule en revanche… sourit Mentaline.

Il écarquilla les yeux, mais il était trop tard. Le rayon lui transperça l’épaule droite, y laissant un trou gros comme une balle de golf. Un flot de sang éclaboussa le visage de Mentaline. Joachim commença alors à tomber, déséquilibré par la douleur. La jeune femme en profita pour l’envoyer dans les pommes d’un médiocre mais efficace coup de genou dans la tempe. Il s’effondra dans une flaque écarlate.

- C’était digne d’un film d’action, marmonna Lance.
- Hum, grogna simplement Mentaline.

Il y eut un silence durant lequel Mentaline tentait de faire quelque pas avec ses côtes et son bras amochés.

- Merci de ne pas l’avoir tué.
- Je ne suis pas sûre qu’il survive, répliqua doucement Mentaline.

Ses jambes lâchèrent, mais Lance la rattrapa au vol et l’allongea doucement sur le sol. Il la regarda dans les yeux.

- Excuse-moi. Vraiment… Mais c’est mon fils, souffla Lance.
- Je ne suis pas en mesure de comprendre, marmonna Mentaline. Mon utérus est encore à la recherche d’un locataire.
- …
- Je n’ai pas tué cet homme parce qu’il est notre meilleure chance d’en apprendre plus sur notre ennemi. Et accessoirement parce qu’il y avait un émetteur de signal GPS accroché à son épaule droite.

Lance soupira. Bien sûr, elle ne voyait que le côté pratique. Un gémissement lui rappela la présence de Sœur Chapy et Shana dans la salle. Il alla voir la première, mal en point mais capable de marcher. Quant à la deuxième, elle était toujours évanouie. Il l’allongea aux côtés de Mentaline. Chapy et Lance, debout, se regardèrent.

- Comment on va les soigner ?
- Vous m’enlevez les mots de la bouche, monsieur le Chef du Gouvernement, présent en ces lieux pour une raison que seul le Godmishuu doit connaître. J’exige des informations.
- Plus tard, marmonna Mentaline. Wataru, Sœur Chapy, je vais vous indiquer comment nous soigner. Ensuite, on se tirera d’ici. Mais d’abord, allez m’attacher le fiston destroy, il a fait assez de dégâts pour aujourd’hui.


Killian était allongé sur les rives du Lac Colère. L’herbe y était verdoyante, le sol marécageux, mais ça ne le dérangeait pas. Cet endroit était l’un de ses préférés. C’était d’ailleurs étrange, aucun souvenir ne se rattachait à ce lieu. Peut-être était-ce pour ça qu’il l’aimait tant. Un endroit qui ne vous rappelle rien, à part la paix et le bruissement de l’eau. Killian n’aimait pas le passé. Le sien, en particulier.

Les rives du lac lui permettaient de se concentrer sur le présent, et en ce moment précis, cela s’imposait. Les Chapeliers allaient débarquer à Ebenelle dans peu de temps, et il n’avait toujours pas pris une décision quant à la manière de réagir. C’était un combat intérieur entre sa raison et ses sentiments. Même si Silver l’avait rejeté, il n’avait pas totalement fait une croix dessus. Il respectait son choix de ne pas l’aimer, ainsi que celui de prendre Mey à sa place. Bien sûr, il voulait toujours le protéger, et s’il ne faisait rien, les Echos mettraient fin à sa vie sans le moindre scrupule. Killian ne voulait pas voir Silver mort. Pour ça il devait sauver les Chapeliers, ce qui allait à l’encontre de tout son être. Il avait choisi de se donner corps et âme à son travail, et il le reniait pour une vulgaire histoire d’amour à sens unique. C’était injuste. Son travail lui avait donné une raison de vivre, une importance, des responsabilités, une éducation. Silver ne lui apportait que la tristesse. Le choisir lui était stupide.

- L’amour n’est pas quelque chose de stupide.
- Bleuts ? s’étonna mentalement Killian.
- Désolée de m’immiscer dans l’océan de guimauve que sont tes pensées. Mais tu sais, la guimauve c’est gras, c’est sucré, ça fait grossir. Mais c’est tellement bon.
- C’est plus compliqué que ça, soupira Killian. Tu trouves ça bon parce que tu y as goûté, toi.
- J’ai à peine posé mes lèvres dessus. On m’a volé ma guimauve, et la mort l’a mangée à ma place, marmonna sèchement Bleuts.
- Je devrais protéger une guimauve auquel je ne gouterai jamais ? Certes, je n’ai pas envie qu’il meure. Mais qu’est-ce que je recevrai en échange ? grogna Killian.
- Que dalle. Mais c’est comme les vielles femmes riches. Elles ont des tonnes de beaux bijoux. Comme ils valent chers et qu’ils sont beaux, elles les enferment et les gardent sans jamais les mettre, jusqu’à ce qu’elles meurent. Mais elles sont heureuses, ces vieilles femmes. Toi, tu pourrais être un homme passionné de guimauve. Heuereux.
- Pas très glorieux comme avenir. J’ai réussi à rester vierge de tout soupçon pour l’affaire avec Melosa et Kanon. Là, je n’ai aucun moyen de les sauver discrètement, d’autant plus qu’ils sont dix à voyager.
- Dix personnes ? s’étonna Bleuts.
- C’est ce que dis le rapport qu’Eve m’a envoyé par texto.
- La téléportation ? proposa Bleuts.
- Je suis le seul sur cette planète à pouvoir téléporter dix personnes en même temps. Ce serait complètement grillé.
- Et si… Tu cessais de jouer double jeu ? Tu disais toi-même que tu devais faire un choix. A en faire un, fais-en un véritable. Eux ou ton boulot.
- Je peux aussi le prendre uniquement lui… On pourrait s’isoler, loin de tout… marmonna Killian.
- Il t’aime pas, laisse tomber. Et il sera malheureux si tu laisses crever les autres.
- T’as raison.
- Ta décision est prise ? demanda Bleuts.
- Non. J’aviserai. Maintenant, laisse-moi s’il te plait. Il est temps que j’y aille.

Bleuts s’évanouit de son Esprit, compréhensive. Killian regardera son Pokématos et se leva. Trempé et boueux, il se déshabilla et enfila rapidement sa tenue de combat, un simple T-Shirt noir – résistant au feu – et un genre de jeans ample et souple pour le laisser libre de ses mouvements. Il n’enfila pas de chaussures.

Il sortit son Arcanin et son Seleroc. D’un petit claquement de doigt, ils se téléportèrent sur la place d’Ebenelle. Eve les y attendait – elle avait fait le trajet grâce à son Rapasdepic -, elle aussi dans sa tenue de combat, une combinaison moulante blanche.

- Ah, Killian, vous êtes finalement là. Vous tombez à pic, ils ne vont pas tarder à arriver. C’est bien ça, Mister Bobowood ? demanda-t-elle d’un air pincé.

Mister Bobowood était le scientifique attitré du QG des Echos. Bien sûr, il n’était pas le seul, mais les autres n’étaient pas suffisamment puissants pour survivre sur le terrain. Eve ne l’avait jamais apprécié, car ses étourderies fréquentes avaient causé l’échec de bon nombre de missions.

- J’ai vérifié tous mes calculs. La trajectoire se précise. Je peux l’affirmer, c’est bien sur la grande place qu’ils vont atterrir.
- C’est parfait, nous sommes au bon endroit, se réjouit Eve. J’espère que vous n’avez rien oublié, cette fois. Le Gouvernement nous a permis d’être les seuls à nous occuper de cette mission, nous ne devons pas le décevoir.
- Ne vous inquiétez pas ! Tout est au point !

La grande place d’Ebenelle n’était pas vraiment grande. D’ailleurs, rien n’était jamais très grand à Ebenelle. Même si la ville était plutôt étendue, les maisons étaient petites et disposées de ça de là selon un plan qui échappait à toute logique, a contrario de Doublonville et ses grattes ciels parfaitement organisés. La ville était actuellement déserte : la Police s’était vue confier la tâche de l’évacuation de la cité et ses alentours. Les policiers avaient pris en charge les habitants dans des tentes disposées un peu partout à l’extérieur de la ville. Quant aux militaires, ils formaient un blocus terrestre et aérien tout autour d’Ebenelle, ne laissant aucune issue.

Les Echos étaient chargés de la tâche la plus importante : appréhender les Chapeliers dès leur arrivée. Pour cette raison, ils s’étaient déployés tout autour de la grande place, prêts à agir. La difficulté de l’opération était de frapper au bon moment. En effet, les capsules étaient inviolables, indestructibles, et programmées pour résister ou s’échapper en cas d’agression.

- Je les vois ! brailla un Echo aérien, des ailes de Libégon dans le dos et un vrai Libégon à ses côtés.

Effectivement, dans le ciel d’un bleu taché de quelques nuages blancs, on distinguait cinq points, disposés en pentagone, qui grossissaient lentement.

- N’agissez surtout pas avant mon signal ! brailla Eve.
- Héhé, je l’avais bien dit qu’ils se dirigeaient vers ici ! se pavana Mister Bobowood.

Le scientifique, grand et brun, habillé simplement d’une blouse blanche, sautilla sur place, triomphant. Un discret regard assassin d’Eve le fit taire. Il sortit son Raichu et s’assit sur le sol, boudeur, contemplant l’arrivée des Chapeliers.

Mais soudain, les capsules changèrent radicalement de direction, et leur rapidité augmenta fortement.

- Mister Bobowood ! Comment vous expliquez ça ?! s’énerva Eve.
- Du calme, Eve… soupira Killian, rassuré par la tournure que prenaient les évènements.
- Je… je… bredouilla le scientifique. En théorie, ils auraient dû atterrir ici !
- Alors pourquoi est-ce qu’ils se dirigent vers le Lac Courage ?!
- Je ne sais pas… Ah si, mais c’est bien sûr ! s’écria-t-il. Les capsules évitent les attaques et ne sont pas arrêtées par les barrières physiques ou psychiques… Mais leur ouverture cause parfois quelques dégâts. Pour cette raison, si elles se rendent compte que du monde est en bas grâce à leurs capteurs, par peur de les blesser, elles changent de direction. J’avais... oublié.

Eve résista à l’envie de le frapper. Elle n’était pas quelqu’un de violent, tout du moins pas avec ses alliés, mais ce type l’énervait.

- Est-ce que le secteur qu’on a bouclé s’étend au-delà du Lac Courage ? demanda Killian, qui connaissait déjà la réponse.
- Non, on s’est arrêté un peu après les limites de la ville, mais on n’est pas allés jusqu’au Lac, répondit Eve.
- Dans ce cas, Mister Bobowood, envoyez un message aux militaires. Dites leur de ne pas intervenir au passage des capsules, et d’écarter leurs troupes aériennes, sinon elles vont encore changer de direction et ça n’en finira jamais, ordonna Killian.
- Bien reçu, je m’en charge, fit-il, penaud, en tapotant nerveusement sur son Cube.
- Eve, je vous laisse prendre le contrôle de l’unité aérienne, partez devant.
- Tout de suite. Unité Aérienne, avec moi !

Des ailes de Rapasdepic se déployèrent dans son dos. D’un bond, elle s’envola, suivie de la vingtaine d’Echos ailés qui composaient l’unité aérienne.

- Julien, vous vous occupez du reste, lança Killian à un homme accompagné d’un Sablaireau. On se retrouve dans dix minutes.
- Vous allez vous téléporter ? questionna l’homme.
- Il faudrait que je désactive la barrière psychique à sens unique anti-téléportation que les militaires ont érigé – bien pitoyablement il faut le dire -, ça me prendrait trop de temps. Je vais quand même prendre un peu d’avance, je compte sur vous.
- Bien reçu !

Killian entra en cohésion avec Arcanin. Ses pieds nus s’enflammèrent, et il enclencha Vitesse Extrême, filant comme une comète vers le lac qu’il venait de quitter.


(Underwater - Mika)

L’explosion fut conséquente. Mey, Nozomi, Creepy-chan, Silver et Jasmine poussèrent un cri strident et furent violemment projetés dans les fourrés sous la puissance du souffle. Quand la poussière se dissipa, Shuu ouvrit les yeux. Il vit la lumière du jour. Il eut l’impression qu’il aurait pu la toucher. Il n’y avait pas de vitre, pas d’obscurité. Juste l’extérieur, le ciel, le soleil. Il huma l’air. Des effluves marécageux lui parvinrent, mélangés à une odeur de fumée. Ce n’était pas agréable. C’était même désagréable. Mais c’était toujours mieux que l’absence totale d’odeur.

Le vent souffla, s’engouffra dans ses oreilles, caressa sa peau. Il avait froid, mais il se sentait vivant. L’humidité du sol qui s’enfonçait sous son poids, le frottement des herbes hautes, le bruit des Pokémon apeurés par l’explosion, le bruissement de l’eau, les toussotements de Glenn à ses côtés, la voix de Cat qui semblait chanter une chanson. Des choses normales, mais il se sentait vivant. Comme s’il renaissait, que les jours – les mois peut-être ? – passés dans cette capsule n’étaient qu’un affreux cauchemar.

Mais il n’était toujours pas bien. Il ne se sentait pas à sa place. Et la sensation était même accentuée maintenant qu’il était dehors. Comme si une force mystérieuse le poussait, du côté droit. Il devait lutter pour garder l’équilibre.

- Putain, c’est pas trop tôt, je commençais à étouffer…

La voix de Glenn était rocailleuse, comme réticente à se remettre en marche après une longue inutilisation. Celle de Cat, en revanche, faisait une belle démonstration de sa gamme d’octaves en fredonnant Hallelujah. Shuu se tourna vers eux. Glenn regardait Justine. Accroupie, elle faisait des dessins dans la boue en chuchotant quelque chose, sans jamais s’arrêter. Cat, elle, était allongé au sol. Et puis, Shuu l’aperçut. Un grand homme d’un blond presque roux, qui se tenait debout sur sa droite. Ses yeux ne reflétaient rien. Parfaitement immobile dans son caleçon, affublé d’une vieille barbe hirsute, l’état dans lequel il était aurait pu faire pleurer des pierres. Son visage reflétait quelque chose qui n’était même plus de la fatigue. Juste la lassitude la plus extrême, les abîmes de la conscience, une coquille vide, mais usée.

Shuu aurait presque pu le plaindre, et pourtant lui non plus n’était pas beau à voir. Mais non, Shuu resta de marbre. Parce que la force répulsive émanait de cet homme. Cette affreuse impression d’être en trop. Il réalisa soudain l’évidence de la situation. Cet homme blond n’était rien d’autre que son Jumeau Spirituel.

Alors il perdit le contrôle et se jeta sur lui.


Mey geignit. Elle avait mal. Le choc suite à l’explosion avait été rude, et bien que le sol soit mou, elle avait mal au coccyx. Avec un effort douloureux, elle se redressa en position assise et regarda autour d’elle. Elle se trouvait dans une espèce de forêt de pins très dense, et remarqua qu’au-delà des arbres se trouvait la rive sur laquelle ils avaient atterri, mais elle ne distinguait rien à cause de la fumée qui émanait de l’impact. Elle pivota sur elle-même et aperçut alors Jasmine, assise contre un arbre. Elle paraissait mal en point et se tenait les côtes.

- Jasmine ! Ca va ? s’inquiéta Mey en tentant de se lever.
- A peu près, oui… J’ai un peu raté mon atterrissage disons. Tu as eu le tapis de feuilles, j’ai écopé d’une branche d’arbre, marmonna-t-elle avec un demi-sourire.
- Merde… Attends j’arrive t’aider.

Mey parvint à se lever sur ses deux jambes. Chancelante, elle marcha jusqu’à l’arbre.

- Mentaline m’a dit un jour que la meilleure chose à faire en cas de fracture si on n’est pas qualifié, c’est de ne pas bouger. Mais j’imagine qu’avec Denzi de libre, tu ne souhaite pas rester plantée là.
- Je t’ai mal jugée, Mey. Tu es plus compréhensive que ce que je l’aurais cru, déclara Jasmine d’un ton neutre.

Mey eut un petit sourire et l’aida à se relever. La Championne tenta de contenir son gémissement de douleur, mais n’y parvint pas. Finalement, elle fut debout, soutenue par Mey, pas très sure d’elle quant à son équilibre.

- Où sont les trois autres ? questionna Jasmine.
- Aucune idée.
- OYASHIRO-SAMA SAIT TOUT, LUI !

Creepy-chan venait d’apparaître, sortant de derrière un buisson, contente de son entrée. Silver l’accompagnait, presque indemne à l’exception d’une vilaine balafre sur le bras. Il se précipita vers Mey.

- Ca va ? demanda-t-il, anxieux.
- Oui, souffla Mey, soulagée de le voir. Mais Jasmine est blessée aux côtes, je crois.

Creepy-chan acquiesça et sortit son Togetic. Le voyage sur la capsule lui avait permis de se reposer et ses pouvoirs d’Echos étaient de retour. Ses ailes se déployèrent et elle entreprit de soigner la jeune femme.

- Et Nozomi ? demanda Jasmine. Où est-elle ?

Un craquement suivi d’un petit cri leur répondit. Nozomi s’écrasa devant eux, accompagnée d’une branche. Elle avait atterri dans un arbre et le pauvre végétal avait dû finir par craquer sous le poids de la jeune fille.

- Nozomi ! s’exclama Mey, surprise. T’es entière ?

Un grognement s’échappa de la masse informe qu’était le corps de Nozomi. Elle roula sur elle-même et se redressa en s’époussetant.

- Ch’est bon, j’ai rien. Dépêchons-nous de retrouver les autres, les flics ne vont pas tarder !

Ils s’élancèrent et arrivèrent sur les rives du lac Colère. Le spectacle qui leur faisait face n’était pas vraiment celui auquel ils s’attendaient. Cat se roulait dans la boue en chantant, tandis qu’une jeune fille accroupie parlait sans discontinu. Shuu, retenu par les bras puissants d’un homme qu’ils ne connaissaient pas, hurlait des insultes. La folie habitait ses yeux. Sa haine semblait dirigée vers un blond, qui ne réagissait absolument pas. A en juger de son état et de son souvenir du jeu vidéo, Mey décréta qu’il devait s’agir de Denzi, l’homme dont Jasmine était amoureuse. Anxieuse, elle se tourna vers Nozomi. Celle-ci n’eut aucune réaction, mais sa haine pour son frère se lisait clairement dans ses yeux.

Le silence tomba.


Glenn avait été d’une rapidité d’action exemplaire. Voyant Shuu se jeter sur le blond, il avait préféré éviter le massacre et l’avait attrapé au vol.

- PUTAIN GLENN, LÂCHE-MOI ! hurlait-il.
- Calme-toi… soupira Glenn.
- CE TYPE EST MON JUMEAU ! JE DOIS LE TUER, TU M’ENTENDS, LE TUER !
- Tais-toi et respire un bon coup, marmonna Glenn qui commençait à en avoir marre.
- DONNE-MOI UN FLINGUE ! VITE !
- Ta gueule putain !

Glenn, doté d’une force extraordinaire, l’assomma d’une pichenette. Le jeune garçon tomba dans la boue, évanoui. « Ca devrait le tenir tranquille le temps qu’on se barre d’ici… » songea Glenn, inquiet. C’est alors qu’il aperçut les cinq personnes qui contemplaient la scène. Il ne put reconnaître que Mey Milkya, qu’il avait autrefois pour mission de neutraliser. Les autres, ils les avaient seulement observés parler lors du voyage en capsule. Une jeune fille particulièrement charmante se détacha du groupe et s’arrêta devant l’homme qui ne bougeait pas.

- Denzi, souffla-t-elle. Tu m’as manqué.

Elle ne reçut aucune réponse. Avec un sourire résigné, elle se blottit contre son torse. Le dénommé Denzi ne sembla même pas se rendre compte de sa présence, figé comme une statue. Glenn se demanda vaguement s’il était mort. Puis il vit Mey Milkya qui s’approchait de lui, trainant un jeune homme aux cheveux rouges par la main. L’air furax et les larmes aux yeux, elle se planta devant Glenn.

- Toi ! beugla-t-elle. Qu’est-ce que tu viens de faire à Shuu ?!
- Wow wow, du calme… Je l’ai juste assommé, c’était ça où il tuait le type blond bizarre, se justifia Glenn.
- T’avais pas besoin de l’assommer ! répliqua-t-elle.
- Mey, calme-toi, souffla Silver. Vous êtes qui vous ? demanda-t-il à l’adresse de Glenn. Le fameux « Glenn Sixty-Nine » ?
- « Sixty-Nine » ? C’est le nom ridicule que m’on donné les flics ? s’étonna Glenn. Sinon, oui, c’est moi. Et j’ai pas l’intention de vous faire du mal.
- Écoute-moi bien, si tu touches encore à un seul –

Mey s’arrêta quand elle se rendit compte de l’état dans lequel se trouvait Cat. Elle s’agenouilla auprès d’elle. Silver et Glenn restèrent en retrait, puis furent rejoints silencieusement par Creepy-chan et Nozomi.

- Cat… Est-ce que tu m’entends ? bredouilla Mey.
- ‘Cause you’re hot then you’re cold ! You’re yes then you’re no !

Elle chantait, tranquillement. Sur son visage se lisait seulement de l’amusement. Elle souriait comme si tout ce qu’elle avait vécu dans sa vie s’effaçait, et plus rien ne restait à part le présent. Elle voulait chanter, juste chanter, parce qu’elle pensait qu’elle mourrait si elle s’arrêtait. Couverte de bouillasse, elle se roulait sur le sol, s’engluait de saleté. Ses membres, incontrôlables, bougeaient en rythme, projetant de la boue un peu partout à mesure qu’elle tapait dans ses mains et se tortillait dans une pitoyable danse. Mey contemplait son amie, tétanisée.

- Cat… souffla-t-elle.

Mey éclata en sanglots. De grosses larmes coulèrent sur ses joues. Elle tomba à genoux. Silencieusement, Silver vint se blottir contre elle pour la réconforter, mais lui aussi se retenait de pleurer.

Glenn, secoué par l’état de Cat, était parti voir comment se portait Justine. Elle traçait toujours des dessins étranges dans le sol. En s’approchant, Glenn reconnut des fleurs, des papillons, des poneys. Il s’assit à côté d’elle. Elle ne le regarda pas, concentrée sur ses dessins et son histoire.

- La petite Ponyta était contente de sortir de cette caverne. Elle y avait affronté le grand dragon, mais finalement, un preux chevalier l’avait secourue. La petite Ponyta en était très heureuse ! Mais la petite Ponyta se souvenait que le preux chevalier avait été trèèèèèèèès méchant avec elle, avant…
- Justine ? tenta Glenn, convaincu qu’elle parlait de lui.
- Le preux chevalier était inquiet pour la petite Ponyta. Mais la petite Ponyta allait bien, très bien même ! Elle n’était pas fâchée du tout !
- Ca veut dire que tu me pardonnes ? souffla Glenn, que l’émotion gagnait.
- La petite Ponyta était reconnaissante à son preux chevalier d’être là. Elle n’avait pas encore pardonné le preux chevalier d’avoir méchamment mit des mûres dans le verre d’eau de la petite Ponyta, mais elle allait y réfléchir.

Glenn eut un pauvre sourire. Il posa sa tête sur l’épaule de la jeune femme.

- Quelle scène touchante… La folie mélangée à l’amour, la violence mélangée à la douceur, les remords mélangés aux espoirs…

Tout le monde tourna la tête vers l’homme qui venait d’apparaître, à l’exception de Cat, Denzi, Justine et Shuu, dans les vapes. Glenn écarquilla les yeux quand il reconnut son ancien coéquipier.

- San ! lâcha-t-il, ahuri.
- Go… Tu ne m’avais pas manqué tant que ça. Tu as trouvé une amoureuse autre que ta collection d’haltères ? railla le beau blond. Tu m’en vois ravi. De même, mes félicitations à notre chère Championne d’Oliville qui semble avoir retrouvé son amour perdu, bien que je craigne qu’il soit perdu à jamais, justement. Mais j’ai l’immense plaisir – mêlé de quelques regrets, je dois l’admettre – de vous annoncer que vous ne vous échapperez pas tous vivants.

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Dim 16 Déc 2012 - 22:56

Je vais pleurer, au moment de poster j'ai quitté l'onglet et tout s'est effacé :(

Bon, désolé pour le retard, une fois de plus. C'est le prof de maths qu'il faut blamer, on n'a pas idée de mettre deux DM en trois semaines, quasiment infaisables en plus. Bref. Ce chapitre marque la fin d'un arc... Par extension, le suivant en débutera un nouveau Bouirg bouirg

Résuméééééé !

Spoiler:
 

Persos ! (Oui, c'est un copié-collé.)

Spoiler:
 

Voilà, je sais pas si vous lisez encore mais je vous aime et je vous souhaite une bonne lecture Higher and higher.




San, dans toute sa blondeur, lévitait lentement au dessus du sol, en tailleur. Une théière en porcelaine flottait à ses côtés. Dans sa main, une tasse. Il avala une gorgée de thé, probablement d’une excellente qualité, songea Glenn. Mey et Silver reculèrent d’un pas, surpris par l’apparition de cet homme qui aurait pu être acteur. Creepy-chan fronça les sourcils, Nozomi posa une main sur une de ses Pokéballs. Jasmine se contenta d’un regard tranchant comme l’acier, et revint se blottir contre le corps immobile de Denzi. Cat ne s’arrêta même pas de chanter. Justine fit entrer un Braségali dans son histoire. Shuu était toujours évanoui dans la boue.

- J’ai reçu des ordres, susurra sensuellement San.
- Qui sont ? demanda amèrement Mey, réfugiée dans les bras protecteurs de Silver.
- Oh, juste jouer un peu. Vous aimer jouer ? demanda le subordonné de M-M. Moi j’adore, et je vais vous le-

Sa théière explosa. Surpris, San écarquilla les yeux. La seconde d’après, il vola, projeté violemment en arrière. Il s’écrasa dans la boue. Glenn laissa retomber son poing.

- J’aime pas quand tu veux simplement jouer, marmonna Glenn. Généralement, c’est peu agréable.

San cracha du sang. Il se releva tout de même. Ses beaux cheveux blonds étaient sales, sa belle chemise blanche avait virée au marron. D’un petit geste, il se remit à léviter.

- Tes nouveaux pouvoirs, donc ! T’as tué ton Jumeau, c’est ça ? M-M m’avait prévenu, je ne m’attendais quand même pas à ça ! dit-il avec un sourire éclatant – tâché de rouge, cependant.
- Crève !

Glenn frappa dans le vide. Le coup fusa, invisible. Un coup à distance, surpuissant. San ne se laissa pas avoir cette fois, et se téléporta d’un claquement de doigt. Les arbres derrière lui furent réduits en bouillie.

- C’est un don sacrément intéressant… Pouvoir frapper à distance, avec une force comme la tienne, c’est très utile ! Mais rappelle-toi ton numéro, Go. Tu es le cinquième. Je suis troisième. Tu sais ce que ça signifie ?
- Que tu es plus puissant. Je sais, pas la peine de me le rappeler !

Glenn frappa le sol du pied, effectuant un bond spectaculaire et éclaboussant tout le monde de boue. Il balança une salve de coups en direction de San. Il ne prit pas la peine de les esquiver, pensant pouvoir les arrêter avec ses pouvoirs psychiques. Il leva la main. La seconde d’après, la main en question gisait, collée au reste de son bras. Poignet brisé. Les coups suivants le clouèrent au sol avec des craquements sinistres. Glenn retomba aux côtés des Chapeliers, et poussa un soupir.

- Vraiment désolé San. Dire qu’on était potes, avant…
- Je te considère toujours comme tel, marmonna San dans l’oreille du militaire.

Le pauvre blond était salement amoché. Son bras droit pendait misérablement. Le marron de la boue se mélangeait au rouge du sang. Son beau visage avait été épargné. Flottant, il s’était téléporté derrière Glenn. Celui-ci tenta de le frapper, mais San esquiva d’un leste bon aérien. Mey et les autres observaient la confrontation, ne jugeant pas utile d’intervenir vu la puissance de Glenn. Et ils étaient tous trop fatigués pour agir efficacement.

- Tu es toujours aussi agressif… soupira San en réarrangeant sa chemise. Je viens te demander de jouer, et au lieu de me proposer un Trivial Pursuit ou une belote, tu tentes d’abîmer mon visage. Je t’ai fais quoi ?
- Tu veux les tuer. Et en plus, t’as insinué que j’étais incapable d’aimer autre chose que mes haltères, salopard, grinça Glenn.
- Allons bon. C’est une raison pour me briser la moitié des os ? Je suis ton vieil ami quand même… Tu te rappelles de la bataille de foies en cours de torture ? fit San avec un petit sourire.
- T’avais triché, comme d’habitude. C’est interdit de faire léviter les cadavres pour se protéger.
- Bref, maintenant que je t’ai immobilisé, je vais pouvoir commencer à m’amuser pour de vrai.

Glenn tenta de bouger, en vain. Une force l’en empêchait, comme un filet psychique qui clouait ses membres le long de son corps. Il ouvrit la bouche, mais un claquement de doigts la lui ferma hermétiquement.

- Tu vas contempler ça en silence.

Silver, Mey, Creepy-chan, Nozomi et Jasmine s’étaient également figés. Pour le coup, cela se présentait mal. Nozomi fut la première à prendre conscience de la gravité de la situation. Elle lança une Pokéball en l’air, Pokéball qui ne toucha même pas le sol. Elle explosa en plein vol. Nozomi en resta muette.

- Chcobolide… souffla-t-elle.
- Je ne suis pas un simple pion, lui sourit gentiment San. Je me considère comme un cavalier. Mobile, puissant, surprenant. Capable de gagner en trois tours. Ou même un seul.

Son bras gauche balaya l’air. Tous eurent l’impression d’être enserrés par de puissants tentacules, contre lesquelles ils ne pouvaient rien faire puisqu’elles étaient imaginaires. Mey poussa un cri d’effroi, tandis que Jasmine n’en avait rien à cirer, absorbée par son amour.

- Bon, commençons le jeu. Je n’ai pas beaucoup de temps, malheureusement. J’ai dressé quelques barrières, ce qui devrait nous laisser tranquille un petit moment, mais ça ne durera pas.

D’un geste, Mey s’envola, portée par les pouvoirs de San. Il la fit léviter jusqu’à lui, et caressa doucement sa joue. Elle voulut crier, elle ne put pas.

- Mey ! cria Silver, désespérément figé.
- Voilà le deal ; j’ai besoin d’un mort, mais juste tuer quelqu’un, ce n’est vraiment pas drôle. Autant mettre un peu de pression, sourit San.

Il claqua des doigts. Mey afficha une horrible grimace de douleur.

- Ca va la compresser, touuuuuuut doucement. Oui, je sais, c’est assez cliché comme menace, mais les bonnes vieilles méthodes sont les plus efficaces… Elle va mourir lentement. D’abord, ses yeux vont sauter, puis ses côtés se briseront… Et vous savez ce que c’est, le seul moyen de la sauver ? Vous sacrifier ! Alors ? Qui donnera sa vie pour sauver la petite Mey ? demanda San avec un magnifique sourire.

Le silence tomba. On entendait seulement le bruit du vent dans les feuilles, en sourdine. San, volatile, dansait entre les Chapeliers, immobilisés.

- J’attends toujours… Il ne lui reste que quelques minutes… Personne pour la sauver ? Vraiment ? chuchota-t-il dans l’oreille de Creepy-chan, tétanisée. Personne ne veut mourir, bien sûr. Ah, les humains, tellement égoïstes… Même pas ce cher Silver Soul ? N’êtes vous pas ensemble ?

Silver garda le silence. Des larmes coulaient sur ses joues tandis que Mey poussait des cris déchirants. Il voulait dire « Moi ! ». Se désigner pour la sauver. Mais ses lèvres refusaient d’obéir. Ses lèvres refusaient de sauver celle qu’il aimait. Ce n’était pas sa faute, à Silver. C’était la faute de ces lèvres, ces fichus lèvres qui avaient si tendrement embrassé la personne qui était en train de souffrir.

- Ah, l’amour… C’est dur, le sacrifice, n’est-ce pas Silver ? susurra San. « Je donnerais ma vie pour toi ! » « Je t’aime plus que ma propre vie ! » « Je ne laisserai personne te faire du mal ! » Des paroles en l’air, ni plus ni moins. Les humains ne sont qu’une seule et même race de trouillards. Trop attachée à sa propre survie. Les humains ne sont que des animaux. Oui, je suis un humain aussi… Mais je n’ai plus personne pour qui me sacrifier, de toute manière. Hachi est morte. Et bientôt ce serra le tour de Mey. Tu sais Silver, c’est dur de vivre avec le poids de la mort de quelqu’un…
- Tais-toi putain ! brailla Silver.

Son cri ne couvrit même pas les hurlements de Mey, qui devenaient de plus en plus aigus. Des craquements se mêlaient au bruit du vent.

- Elle a mal, la pauvre… Combien de temps avant que les yeux ne s’envolent ? Avant la boîte crânienne broyée ?
- TA GUEULE ! hurla Silver.
- Je me porte volontaire.

Creepy-chan avait à peine chuchoté sa phrase, mais tout le monde l’entendit distinctement. San, surpris, flotta au dessus de Silver et se planta devant la jeune fille.

- Tu es ? demanda-t-il gentiment.
- Creepy-chan.
- Drôle de prénom.
- Je sais.
- Alors, pourquoi veux-tu mourir ? Tu n’es pas amoureuse d’elle, au moins ? s’étonna San.
- Non.
- Alors pourquoi ? C’est idiot de sacrifier sa vie pour rien… Silver aurait fini par craquer, tu sais. Tu n’aurais pas eu à mourir. En plus, ça me fait mal au cœur de tuer une jeune fille…
- Libère Mey, ordonna Creepy-chan.
- D’accord.

Mey retomba au sol, enfin libre. Ses hurlements ne s’arrêtèrent pas pour autant. Elle n’était pas en forme.

- Je ne comprends toujours pas, insista San.
- J’en ai simplement marre que les gens meurent, les uns après les autres. C’est un cauchemar. Ce n’est pas la réalité. C’est tout simplement impossible, tant de cruauté et de souffrance. Je suis en train de rêver. Ou pas. Je m’en fiche, je ne veux pas en supporter plus. Et à mourir, autant que ce soit pour sauver une amie.
- Tu as un esprit admirable. Tu es une Echo, c’est ça ? Je la sens, ton énergie psychique. Tu es puissante. Mais avec moi, tout le monde est égal. Un simple geste, et ta nuque forme un angle improbable. Ou ton corps se sépare en deux. Ou tu meurs dans la souffrance. Je peux briser tous les os un par un. Doucement. Ca fait presque une chanson, c’est très agréable. Je pourrais presque enregistrer un album. Tu es prête à mourir ? Je vais être gentil. Je vais saluer ton courage ! Une mort rapide. T’arracher la tête. C’est sans douleur. Et j’ai entendu dire que c’est ce que tu avais fait à Yuo, un de nos subordonnés… C’est plutôt ironique, tu ne trouve pas ?
- Si, marmonna Creepy-chan. OOOOOOOYASHIRO-SAMA rigolera beaucoup, fit-elle avec un sourire peiné.
- Je compte jusqu’à trois ?
- Histoire de rester dans les clichés ? rajouta Creepy-chan.
- En quelques sortes.

Alors que San allait commencer à compter, il fut obligé de se téléporter pour éviter une boule de feu sortant de nulle part. Creepy-chan et les autres, surpris, cherchèrent du regard l’initiateur de l’attaque. Silver comprit avant les autres.

- Inutile de me chercher, je suis ici, marmonna Killian.

Le coup qu’il décocha dans la nuque de San fut surpuissant. Le blond fut plaqué au sol, violemment. Killian en profita pour lui enfoncer la tête dans la boue d’un coup de pied enflammé. Puis, d’un geste de la main, il libéra Glenn et les autres Chapeliers de l’immobilisation à laquelle ils étaient soumis. Mais le répit fut de courte durée ; Killian s’envola, projeté par une onde psychique émanant de San, qui se releva et vint lui faire face dans les airs.

- Killian Heart… L’homme que je déteste le plus dans ce putain de monde… Tu vas mourir. J’attends ce moment depuis des semaines, je ne vais pas pouvoir me retenir. Tu as tué Hachi. Tu ne mérites que la mort, cracha San.

Killian l’ignora copieusement, et tapota quelque chose sur son Pokématos.

- Allo, Eve ? Oui, c’est moi, Killian. Dites à toutes les unités de se retirer. Ils se sont enfuis par Téléport. Je vais tenter de les retrouver, on se voit dans quelques jours. Bonne chance pour la paperasse.
- BORDEL, TU VAS CREVER ! hurla San.

Il envoya une vague psychique, que Killian contra.

- Je n’ai pas le temps de faire mumuse avec toi aujourd’hui. Passe le bonjour à ta maîtresse.

Alors, il claqua des doigts. Shuu, Cat, Mey, Justine, Glenn, Silver, Jasmine, Denzi, Creepy-chan, Nozomi et lui-même disparurent.

San se retrouva seul.


- Je me demande ce que fait Killian… Cet abruti est capable d’oublier son texte. Si ça se trouve, il est déjà en direction de l’Abysse, démasqué, marmonna Melosa.
- J’en doute, il le connaissait par cœur, son texte, répondit Kanon en sirotant une énième tasse de café.

Elle jeta un coup d’œil à sa MeeticMontre, qui affichait cinq heures. La télé déblatérait son flot d’information ininterrompu. L’annonce de la mort de Kanon Simiophia et Melosa Grey, actuelle Championne d’Unys, avait déjà dû faire le tour du monde. Pour la première, c’était un véritable soulagement pour la population ; la folle furieuse qui n’avait pas hésité à tuer tout le monde aux abords de l’hôpital de Miriarbres avait enfin eu ce qu’elle méritait. Pour la deuxième, c’était une figure adulée de tous qui s’éteignait, donnant sa vie pour le bien de l’Union Pokémonienne. Bien qu’à Unys le Champion de la ligue ne dirigeait pas le pays – c’était le rôle du Roi -, Melosa avait toujours était une des personnes les plus influente de la nation, faisant régulièrement la couverture de divers magazines et connue pour son esprit rebelle et sa puissance.

Melosa ne faisait plus attention à la télévision depuis qu’elle avait vu l’information. Songeuse, elle s’était assise derrière la baie vitrée qui donnait sur la rue. Les passants se pressaient. La nuit tombait doucement. Bien qu’on soit en Novembre, des chutes de neige étaient prévues, et la température ne venait pas démentir les prévisions. Un jeune couple se tenait par la main. Ils avaient froid et se serraient l’un contre l’autre. Melosa les observa longtemps, envieuse. Maintenant qu’elle était censée être morte, vivre une idylle avec un beau garçon s’avérait un peu plus compliqué. « Non, je ne dois pas penser à ça. J’ai décidé d’être une super-héroïne. Déjà, hier, on a réussi à arrêter James Kojiro. C’est un criminel en moins. Et ce n’est que le début, les autres suivront. » songea Melosa. Néanmoins, elle ne put qu’être carrément jalouse quand un autre couple passa, accompagné de leur enfant de quelques années, emmitouflé dans sa doudoune, ses gants et son bonnet avec des oreilles de Skitty.

Kanon s’approcha d’elle et s’assit à ses côtés.

- Songeuse ? demanda Kanon.
- Non, pas vraiment, mentit Melosa.
- Triste d’être seule ? devina Kanon en voyant ce que regardait Melosa.
- … Un peu.
- Mieux vaut être seule, lâcha Kanon.

Surprise, Melosa tenta de regarder Kanon mais elle avait tourné la tête.

- Pourquoi tu dis ça ? On n’est jamais mieux servi que par soi-même, mais l’amour, ça a du bon.
- C’est ce que je croyais aussi, souffla Kanon d’une voix brisée.

Le silence se fit. Melosa, désarçonnée par la réaction de Kanon, n’osa rien dire jusqu’à ce qu’elle entende des sanglots étouffés.

- Tu pleures ?! s’étonna Melosa.

Kanon ne lui répondit pas. Ses pensées dérivèrent violemment vers son expérience amoureuse. Sa seule véritable expérience. Caleb.


(Sail - Awolnation)


Kanon et un jeune homme roux étaient attablés à un café. N’importe qui aurait été jaloux en les voyant. D’eux se dégageait une alchimie incontestable. Des papillons, un doux parfum et une musique romantique n’auraient même pas paru étranges. Ils resplendissaient, jeunes, beaux, insouciants.

- On s’aimera toujours, hein ? demanda Kanon avec une moue gênée.
- C’est pas le genre de truc qu’on se dit quand on a cinq ans ? se moqua le roux.
- Tais-toi Caleb ! Réponds-moi juste.
- Oui, je te promets que je t’aimerais toujours ! jura Caleb en exagérant.
- Même quand on sera vieux ? insista très sérieusement Kanon.
- Ca dépend, tu comptes porter des couches ?

Elle le frappa gentiment, et ils se mirent à rire. Ils commandèrent un autre Orangina, qu’ils sirotèrent à deux, en silence, yeux dans les yeux.

- Tu me le promets vraiment ? souffla Kanon.
- Laisse-moi réfléchir… marmonna Caleb avec un sourire.
- Dépêche-toi de dire oui ou je crache dans la bouteille ! menaça gentiment Kanon.
- Serait-ce des menaces ?
- Tu veux tester, pour voir ?
- Okay, okay, j’abandonne ! Je le jure, vraiment, sourit-il.


- C’est stupide bien sûr. Ca ne sera pas positif. C’est impossible. Calme-toi Kanon, respire ma vieille.

Kanon était seule chez elle. Cela faisait maintenant six mois qu’elle était presque tout le temps seule dans sa maison. Ses parents n’y vivaient plus. Ils avaient eu leur unique fille à l’âge de 45 ans. Maintenant que Kanon allait sur ses 17 ans, ils n’étaient plus tout jeunes, et leur santé fragile les avaient conduits à être placés en maison de retraite pour une surveillance plus efficace. Kanon se fichait un peu du fait qu’ils ne soient plus là. Elle n’allait même pas les voir. Ils appartenaient au passé, ils étaient vieux, ils étaient inutiles. Kanon devait penser au futur, et son futur, c’était Caleb. Et peut-être autre chose. Elle allait le savoir bientôt.

- Putain, c’est quand même pas pratique…

Coincée dans les toilettes, elle parvint finalement à faire ce qu’elle voulait. Son rythme cardiaque s’emballa, sa respiration se fit haletante. Elle allait savoir. Après quelques secondes, un petit signe apparut sur l’appareil.


- Caleb…
- Oui mon hermine ?
- Je déteste quand tu m’appelle comme ça… soupira Kanon en se blottissant contre lui.
- Ah bon ? Pourtant c’est mignon je trouve…

Il embrassa son front.

- Il faut que je t’avoue un truc.
- Avoue toujours, sourit Caleb.

Elle tira la couverture par-dessus leur tête. Il faisait chaud. Elle s’en fichait. Ils s’aimaient comme des enfants, elle allait lui confier un secret. Comme une enfant. Doucement, elle colla ses lèvres contre son oreille.

- Je suis enceinte. Depuis deux mois.


- CALEB PUTAIN ! TU M’AVAIS PROMIS ! hurla Kanon, en pleurs.

Il ne se retourna pas, et sortit du jardin en sautant le portail. Il pleurait lui aussi, mais il ne voulait pas vivre ça. Ils n’avaient que dix-sept ans, il ne voulait pas d’un enfant, pas maintenant, pas encore.

- Caleb ! gémit une dernière fois Kanon.

Elle s’effondra sur le palier, en pleurs. Elle y resta toute la nuit, et se décida à rentrer à l’intérieur le lendemain matin. Elle songea à se trancher les veines. Oui, pourquoi pas ? Non, en fait non. Ca devait être douloureux. Et puis ça voulait dire mourir. Kanon ne voulait pas mourir. Pas déjà. Elle n’était pas vieille, comme ses parents. Elle n’était pas malade non plus. Elle avait encore un futur. Mais elle n’arrivait pas à se l’imaginer. Son futur s’était envolé.

Elle resta trois jours affalée sur son canapé, à se goinfrer de tout le sucre qu’elle trouvait, faute d’avoir asséché son stock d’alcool. Elle était une épave humaine.

Puis vint le quatrième jour. Quand elle traversa la salle pour aller voir s’il ne restait pas un peu de chocolat, elle croisa son reflet dans le miroir du salon. Son regard s’arrêta sur son ventre. Elle pense à ce qui devait y séjourner, pas encore formé, mais déjà doté d’une conscience, se lamentant de l’état de sa mère. Sa « mère ». Cette pensée sonna étrange dans l’esprit de Kanon, mais agit comme une onde de choc. Elle n’avait pas le droit de faire ça à ce petit être. Elle n’avait même pas réfléchi à un nom.

Elle opta pour Seth. Elle voulait un garçon. Et si c’était une fille, elle aviserait. Être mère célibataire à même pas dix-sept ans l’effrayait. Mais de toute manière, elle n’avait rien d’autre. Rien d’autre que ce fœtus.

- Je ne dois pas me morfondre. Pour lui. Pour Seth.

Elle entreprit de sortir pour prendre l’air. Une douche, salvatrice, lui fit un bien fou. Elle se fit belle, coiffa ses longs cheveux noirs, se maquilla et enfila une belle robe. Malgré tout, elle n’arrivait pas à sourire. Elle se dirigea vers la porte, mais le téléphone sonna. Pas son portable, le fixe de la maison. Cela arrivait si rarement qu’elle mit un moment à comprendre d’où provenait la sonnerie. Elle décrocha.

- Bonjour, vous êtes Kanon Simiophia ?
- C’est moi, souffla Kanon.
- Ici la maison de retraite des Myrtilles… Vos parents son décédés la nuit dernière… Votre père à fait une crise cardiaque. Votre mère l’a suivi avec sa ceinture. Elle s’est suicidée.

Kanon se figea et lâcha le téléphone, qui se brisa sur le sol. Le monde tourna. Sa vision se troubla. Tout semblait flou. Tout sauf la boîte de médicaments, qui l’appelait. Cette fameuse boîte. Elle s’en souvenait, de son père qui lui disait, alors qu’elle avait 14 ans : « Ne touches pas à ces trucs Kanon… C’est pour mon cœur et c’est très mauvais, n’en prends jamais ! » et elle de lui répondre « Je suis plus une gosse, je sais tout ça, tu me saoules ! »

Elle attrapa un verre d’eau, tremblante, et s’approcha de la boîte.

- A la tienne, papa.


- Kanon ! Comment tu te sens ?

Une tête rousse.
Sa tête rousse. La lumière l’éblouissait, tout était flou.

- Caleb… C’est toi ?
- Oui. Calme-toi, ça va aller. Repose-toi.
- Je suis où ?
- A l’hosto. Je t’ai trouvé chez toi.

Kanon put enfin se souvenir de ce qu’il s’était passé. La mort de ses parents, sa tentative de suicide, Seth, sa rupture avec Caleb… Pourquoi était-il venu ?

- Qu’est-ce que tu faisais chez moi ? demanda Kanon d’une voix rauque.
- Je regrette pour tout ce que j’ai dit Kanon. Je t’aime, je veux rester avec toi. Mais… Pour l’enfant…

De grosses larmes se formèrent au coin de ses yeux verts, qui tombèrent sur les joues de Kanon. Les larmes lui montèrent également quand elle devina ce qui s’était passé.

- L’enfant… Est mort. Il n’a pas supporté le choc. Il te l’ont retiré pendant ton sommeil, asséna-t-il difficilement, détruit.

Kanon accusa le coup. La tristesse, la colère, tout se mêla.

- Je suis désolé Kanon… sanglota Caleb. Tout est ma faute… Je regrette… Je t’aime, Kanon…
- SORS ! hurla Kanon.

Le cri déchira l’air, transperçant le jeune homme comme une nuée de poignards. Kanon se releva dans son lit. Elle pleurait. De haine ? De douleur ?

- DEGAGE D’ICI ! JE VEUX PLUS TE VOIR !
- Kanon… Je t’aime… pleurait carrément Caleb.
- DEGAGE BORDEL OU J’APPELLE LES FLICS ! TOUT EST TA FAUTE ! JE TE DETESTE !

Il trébucha et tomba à terre, terrassé par la puissance des mots de Kanon. Ces simples mots qui le détruisaient. Il sanglota le nom de Kanon une dernière fois, mais un dernier hurlement le jeta dehors.

Kanon se retrouva seule. Après quelques séances de psychiatrie, elle fut autorisée à rentrer chez elle. Et depuis, elle est seule. Seule avec les Sims. A créer la vie. Rendre les gens heureux, leur donner un foyer, des rêves, des enfants. Toutes ces choses qu’elle aurait pu faire, mais qui lui sont passées à côté.


Kanon essuya ses larmes du revers de sa manche et décocha un petit sourire à Melosa.

- T’inquiète, ça va. J’ai été stupide, il ya quelques années. Si un jour tu trouves l’amour, ne rates pas ta chance. Sinon, tu t’en mordras les doigts.

Onze personnes apparurent alors dans le minuscule appartement.

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Mer 2 Jan 2013 - 22:30

Mouhahaha. Je suis là avec quelques jours du retard, fêtes obligent. Et puis, j'ai passé du temps à refaire COMPLETEMENT - ou presque - les descriptions des personnages. Je me suis rendu compte qu'il y en avait vraiment trop. Du coup... Je les ai fait en petit format. De cette manière, au début de chaque chapitre, je mettrais en spoil la description de tous les personnages présents dans le chapitre Pervy Silver

J'avais dit qu'un nouvel "arc" débutait, je n'ai pas menti, pour une fois Nmh C'est bien un nouvel arc qui commence (Le dernier ? Peut-être... Ou peut-être pas.) et il faudra m'excuser pour le manque d'action du chapitre, vraiment :( mais vous verrez bien par vous même

Le résumé aussi va changer de forme... La chronologie n'est plus aussi importante qu'avant, ce sera donc un résumé plus basique, comme les anciens. Un rapide rappel de la situation.

Spoiler:
 

Et maintenant, rappel sur les personnages du chapitre... En couleur et avec des images, s'il vous plait ! (En plus y'a tellement de persos dans ce chapitre que vous allez presque tous les voir à cinq ou six exceptions près :D)


Je le mets en gras, en couleur et au milieu comme ça personne ne le rate, uhuhu.


Spoiler:
 

FIOU. Je précise que même si Ni a l'air jeune sur l'image, il a la vingtaine passée Trève de palabres inutiles... Voici le chapitre. Bonne lecture à tous Silver Love



Yon apparut silencieusement. Il n’y avait plus personne. Les Echos, après avoir cherchés en vain une trace des Chapeliers et de Killian, avaient levé le camp. Le silence siégeait en maître absolu sur les abords du Lac Colère.

- San ? appela Yon.

Un grognement lui répondit. San désactiva sa barrière d’invisibilité, révélant son corps, mal en point, adossé à un arbre. Yon eut un petit sourire vicieux en voyant l’état dans lequel était son supérieur.

- Alors ? Une cuisante défaite ? railla l’androgyne en s’approchant.
- Si j’étais toi je la mettrais en veilleuse, je suis toujours capable de tuer, cracha froidement le blond.
- Tu vas devoir mettre ta colère en sourdine…

Yon lui tendit la main, narquois. San la fixa, haineux. Finalement, n’ayant pas le choix car trop faible pour se téléporter sur une telle distance, il l’attrapa.

- Tu vois quand tu veux ! se moqua Yon.

Ils disparurent, et après une course distordue dans l’espace, ils se retrouvèrent dans la Salle des Songes. C’était l’une des plus belles salles du QG, à l’humble avis de San ; il y faisait toujours sombre, et seules des petites lueurs oranges en suspension venaient éclairer la pièce. Les seuls meubles étaient d’immenses lits à baldaquin, drapés de soie blanche, et quelques énormes poufs très moelleux dans des tons agréables. Mista était assise dans l’un d’eux, à l’aise. Ni était silencieusement étendu sur l’un des lits. Mortimer était assis sagement par terre, tandis que Blanche baillait à s’en décrocher la mâchoire, avachie sur un pouf. Valter était debout, aussi immobile et discipliné qu’une statue. Nana, Stutch, Joachim et N Harmonia étaient absents.

- Ah ! Vous voilà ! s’exclama Mista. Prenez place, prenez place.

Yon se jeta sur un pouf, heureux comme un enfant, tandis que San s’asseyait tranquillement, tentant de cacher son état.

- Alors, mon petit San… Est-ce un échec que tu viens m’annoncer ? Ou en a tu tués quelques uns et capturé Go, comme je te l’avais demandé ?
- Vous le savez déjà, marmonna San.
- Je veux l’entendre de ta bouche, susurra Mista en se levant et en caressant la joue parfaite du numéro 3.
- J’ai échoué. Ils se sont enfuis, lâcha-t-il.
- Tu sais où, j’imagine ? demanda M-M en s’asseyant sur ses genoux.
- Non, Killian Heart a réussi à ne laisser aucune trace de téléportation.
- Voilà qui est bien dommage ! lança-t-elle en se levant. Tu es blessé ? Aurais-tu sous-estimé Go ?
- Il semblerait.
- Malheureusement… Le soin est l’atout qu’il manque à notre organisation. Valter a beau être un Echo, il est spécialisé dans la destruction… Et Blanche est une bonne infirmière, mais seulement pour les Pokémon. Nana, qui s’est faite ronger les orteils à l’acide, est en Salle de Repos. La différence, c’est qu’elle n’a pas échoué, elle.

San baissa la tête, humilié. Yon se délectait de la situation. Quant à Blanche, elle faisait du pied à Valter, qui la foudroyait du regard.

- Tu es une de nos cartes maîtresses, San. Tu ne peux plus te permettre d’échouer. Si cela devait se reproduire, je serais contrainte de détruire ton Esprit, et je ne voudrais pas en arriver là. Donc contente toi de te rétablir vite fait, j’aurai besoin de toi dans l’assaut d’après demain.
- Je serai prêt, acquiesça San.
- Booooooooon, maintenant que ça c’est fait…. Que la réunion tactique commence ! s’exclama Mista, euphorique. Ni ?

Le gentleman se leva. Agitant ses doigts comme un chef d’orchestre, il fit disparaître poufs et lits. Les lueurs s’amplifièrent jusqu’à ce qu’on se croit en plein jour. Puis, il fit jaillir une maquette d’un sublime château, haute d’environ deux mètres. Puis les arbres, minuscule à côté, apparurent, suivis de la route, du relief, des environs, du village à côté. Un véritable monde miniature s’anima sous les yeux ébahis de Valter, Mortimer et Blanche. Les autres avaient relativement l’habitude des prouesses de Ni, mais en restaient toujours aussi impressionnés. Mista papillonnait, aux anges. Elle s’adossa contre le château.

- Voici notre cible ! Le magnifique et célèbre Château Royal d’Unys ! Après-demain, vers deux heures du matin, nous y enverrons Zorua, métamorphosé en N. Ce sera en réalité un kamikaze, une bombe qui aura pour but de tuer Ghetis, le père de N, qui est le Dresseur le plus puissant du château. Une fois qu’il sera mort, nous pourrons lancer l’assaut sans risque. L’objectif ? Aucun survivant. Pour vous aider un peu, j’ai demandé à Mortimer et Blanche de récolter quelques dizaines de dresseurs qui serviront de chair à canon. Tout l’Armada Zu sera réquisitionnée, à l’exception bien sûr d’Ichi qui doit continuer à jouer le rôle de Lance Wataru au Gouvernement. Une fois que tout le monde sera mort, San érigera une barrière autour du château. Je me chargerai du reste. Des questions ?
- J’ai le droit d’emporter mon harem ? demanda Blanche. Histoire de pas mourir de faim pendant l’assaut ?
- Toi, tu me plais ! s’exclama Mista, des étoiles dans les yeux.
- Désolée mais vous n’êtes pas mon type, il vous manque une paire de couilles… soupira Blanche.
- Chut… Ne pousse pas trop ta chance non plus. Non, tu n’as pas le droit d’emmener ton harem.

Blanche fit une moue dépitée, réduite au silence par Infinity.

- Vous avez dû remarquer qu’il y a des absents… Nous n’avons plus de nouvelles de Joachim. Son émetteur a visiblement était brisé à l’Abbaye Shiste de Rosalia, ce qui confirme nos hypothèses : Lance Wataru et Mentaline Weiss doivent s’y trouver. D’après Infinity, ils ne l’ont pas tué. Cela promet d’être comique… Que vont-ils en faire maintenant ? J’ai hâte, tellement hâte ! s’extasia Mista avant de reprendre contenance. N est absent pour des raisons évidentes : on parle quand même de détruire sa maison et tuer toute sa cour. Quant à Stutch, elle n’est pas au meilleur de sa forme et dors dans la Salle du Désert… Bref. C’est tout ce que j’avais à dire. Vous pouvez disposer.
- Mais quelle est la finalité de tout ça ? Qu’allez-vous faire après le massacre ? demanda Valter d’une voix glaciale.
- C’est une surpriiiiise ! Et moins tu en sauras, mieux ça sera, fit-elle avec un clin d’œil.

Tout le monde quitta la pièce, silencieusement.

- Ah ! Yon ! Attends deux secondes.

L’androgyne se tourna et se lécha les babines, très vite, comme si cela avait été un tic. M-M eut un petit sourire moqueur.

- Non, désolé, tu ne tueras personne aujourd’hui. Je te l’interdis, ajouta-t-elle par précaution en se servant de ses pouvoirs. Je veux que tu récupères ces deux personnes… le plus discrètement possible. Fais vite, la deuxième ne devrait pas tarder à gagner un allé-simple pour le niveau dix de l’Abysse…

Elle lui tendit un bout de papier. Yon le parcourut rapidement du regard, s’inclina, et disparut.


Kanon cligna des yeux. Trois fois. Non, elle ne rêvait pas, une dizaine de personne venait de débarquer, comme ça, sans prévenir. Elle reconnut Shuu, Mey et Cat, à terre. Alors elle prit peur. Peur que ces gens aient fait du mal à ses amis. Puis elle vit Killian et Silver, ce qui l’apaisa. Elle ne fut complètement rassérénée qu’au moment où Mey lui fit un pauvre sourire.

- Hey, Kanon, murmura-t-elle.
- MEY ! brailla Kanon en se précipitant vers elle. Tu m’as manquée…

Mey étouffa un gémissement quand Kanon tenta de la relever. Elle s’évanouit, vannée. Silver se précipita et écarta prestement la brune.

- Fais gaffe Kanon, elle est blessée…
- Par ta faute, marmonna Jasmine.

Cette phrase fit l’effet d’un violent coup de poing à Silver. Il tomba à la renverse, soufflé par ce qu’il avait laissé faire sans réagir. Sa propre lâcheté, toute relative, le submergea. Il recula et s’échoua contre le mur, choqué et silencieux.

- MONSIEUR L’ECHO BIZAAAARRE ! POUVEZ-VOUS, SI OYASHIRO-SAMA LE PERMET, POSER MEY SUR CETTE TAAAAAABLE ? beugla Crepy-chan, surprenant tout le monde.

Killian acquiesça et s’exécuta. Les ailes d’anges de Creepy-chan se déployèrent, et elle commença tranquillement à réparer tous ses os cassés, sous le regard plutôt impressionné de Killian.

- Je peux m’en charger, tu sais, signala-t-il. Tu dois être fatiguée…

Elle refusa l’offre d’un signe de la main. Melosa s’approcha de Killian et se planta devant lui.

- T’aurais pu donner de tes nouvelles, salopard !
- Désolé Melosa, j’étais un peu occupé, souffla-t-il avec un sourire.
- Quand bien même !

Jasmine avait réussi à faire asseoir Denzi par la force sur le canapé, et s’était blottie contre son épaule. Il ne semblait même pas capable de bouger par lui-même. Nozomi s’était assise silencieusement, vite imitée par Glenn qui caressait doucement les cheveux de Justine, tentant de calmer son flot continu de parole. Shuu, toujours évanoui, était étendu sur le parquet, personne n’ayant jugé utile de le déplacer vers un endroit plus confortable. Cela étonna Kanon qui l’attrapa et le posa sur un fauteuil. Puis, elle-même s’assit sur une chaise.

- Bon… Je suis super contente de vous revoir, même si je connais la plupart d’entre vous… Va falloir tout me raconter en détail, je suis un peu perdue là, avoua-t-elle.

C’est Nozomi qui se chargea du récit. Elle n’omit rien de toute l’histoire, commençant par la rencontre avec Jasmine, le combat Gold vs Silver, l’escapade dans le Wailord. Puis les différentes batailles sur l’île, la mort de Gold. Elle termina par le vol du submersible, le massacre de Jasmine, le chantage fait aux militaires, l’aide de Mentaline, et finalement la course pour atteindre le canon, et la comité d’accueil qui les attendaient à Ebenelle. L’ultimatum de San, le refus de Silver de mourir pour sauver Mey, le courage de Creepy-chan qui décida de mourir pour son amie, le sauvetage express de Killian. Et l’arrivée ici. Kanon, Melosa et Glenn en restèrent scotchés.

- Putain… Et après tout ça, vous êtes tous vivants ? Bordel, z’êtes nés sous une bonne étoile ! lança Melosa.
- C’est sûr… Et vous êtes qui, exactement ? demanda Kanon à Creepy-chan, Nozomi et Glenn.
- On est des amis à eux, signala Creepy-chan en se désignant ainsi que Nozomi. Des coordinatrices rivales, en quelque sorte.
- Et moi, c’est Glenn. Un mec qui fait anciennement parti de l’organisation qui veut vous tuer, marmonna-t-il.

Stupéfaction de l’assemblée.

- C’est pour ça que le fou furieux te connaissait, réalisa Jasmine.
- Ouais. C’était le numéro 3, San. J’étais le numéro 5, Go. Ma mission de base était de recruter des gens pour ma patronne… J’ai choisi Justine Hitalia, souffla-t-il en la désignant du menton.
- La petite Ponyta pénétra dans la caverne. Elle avait peur, la petite Ponyta ! chuchotait Justine.
- Elle m’a battu et m’a fait prisonnier. Puis on a rencontré Shuu et Cat, et ensuite on s’est fait choppés.
- Donc t’es de notre côté ou pas ? demanda Kanon, méfiante.
- Bah ouais, j’imagine. Shuu et Cat auraient pu le confirmer s’ils n’étaient pas dans cet état…
- C’est l’Abysse qui leur a fait ça ? demanda Creepy-chan. Il s’y passe quoi à l’intérieur, exactement ?
- Ils te foutent dans un suppositoire en verre dans lequel tu peux pas bouger et te nourrissent à distance pour que tu n’ais jamais faim ou soif et que tu n’ais plus aucun contact humain. Du coup, tu deviens fou. Shuu a été bien touché, mais pas autant que Justine et Cat… lâcha Glenn, amer.

Cat chantait I Gotta Feeling. Ils la regardèrent avec une certaine compassion. La pauvre n’avait pas mérité ça. Quant à Justine, ce n’était pas beaucoup mieux.

- Bon, c’est bien beau tout ça, mais on fait quoi maintenant ? demanda Melosa. Je veux pas dire, mais ça va être dur de vivre à treize dans un appart comme ça ! Et surtout ça va être dur de passer inaperçu. Kanon et moi sommes considérées comme mortes par la police, on ne veut pas s’exposer outre mesure. Notre but est de capturer les criminels qui sévissent à Miriarbres !
- Elle a raison, souffla Kanon. Vous devez continuer la quête des badges… Vous devez être innocentés !
- Ils ne le seront jamais, répliqua Jasmine. Et moi non plus, vu que le gouvernement me considère certainement comme une Chapelière, désormais. Nos crimes sont beaucoup trop graves. Même si vous gagniez la Ligue, ce serait parfaitement inutile.
- Alors que faire ? souffla Mey, se réveillant difficilement. Notre seul espoir n’a plus lieu d’être… Et même si on est tous réunis… Où doit-on aller pour être en sureté ? chuchota-t-elle, les larmes aux yeux.
- Il faut appeler Flora ! se souvint Nozomi. Ch’est che que Mentaline a dit. Il faut lui faire confianche.
- Elle ne capte pas. On a déjà essayé dans le ciel, lui rappela Jasmine.
- On a qu’à appeler Mentaline, tout simplement, marmonna Creepy-chan.

Elle sortit le portable de la poche de Mey, et composa le numéro que cette dernière lui dicta.

- Allo, Mentaline ? demanda Creepy-chan.



Mentaline s’étira et vérifia ses bandages. Lance et Sœur Chapy avait fait du bon boulot. Sœur Shana, un peu sonnée, s’éveillait lentement.

- Bon, tout le monde va mieux. Il est temps de partir.

Le soleil se couchait, réduisant lentement la lumière qui inondait la bibliothèque depuis le toit ouvrant. Joachim, l’épaule trouée, ne s’était toujours pas réveillé.

- Voilà le plan. Joachim ici présent a tenté de nous tuer, visiblement contrôlé par une force mystique de source inconnue. Il semblerait cependant qu’il soit envoyé par la M-Organisation, dirigée par la M-M alias Mista Meetic qu’a rencontré Wataru. Ce qui signifie qu’on est en danger et qu’on doit se tirer au plus vite.
- Mais diantre, qu’est-ce que Lance Wataru vient faire ici ? demanda Sœur Shana.
- Je vais tout vous raconter en route, la rassura Mentaline. Nous n’avons pas le temps de le faire ici, faites-moi juste confiance. Nous sommes en danger, et vous aussi, Sœur Chapy, Sœur Shana. Vous devez me suivre.
- Très bien… soupira Sœur Chapy après un petit silence. Mais où allons nous ?
- Aux Ruines Alpha. Des amies nous y attendent, elles ont découvert un lieu où nous serons en sécurité. Wataru, tu peux nous y emmener à dos de Dracolosse ? demanda Mentaline.
- Ca dépend. Je peux emmener Joachim ? siffla Lance.
- Oui, de toute manière, j’ai bien l’intention de l’étudier pour voir d’où provient son comportement étrange. Mais interdiction formelle de le détacher, ou j’arrache tes cheveux un par un.

Lance hocha la tête, silencieux. Mentaline se dirigea difficilement vers la Brain Sphere, handicapée par ses os mal en point. Elle attrapa le casque et les gants à l’intérieur, en sortit, et posa sa main sur la sphère. « Format portable », pensa-t-elle en croisant les doigts pour que cette fonction existe. Son souhait fut exaucé : la sphère se réduit jusqu’à devenir une épaisse boule en verre de la taille d’un cartable. Mentaline la confia à Lance.

- Allons-y.

Ils ne furent pas longs à se préparer. Deux Dracolosse suffirent à embarquer les cinq fugitifs. Alors qu’ils volaient en direction des Ruines, le téléphone de Mentaline sonna.


- « Mey ! Vous vous en êtes sortis ? » s’exclama Mentaline, soulagée, à l’autre bout du fil.
- C’est pas Mey, c’est Creepy-chan ! signala celle-ci. Mais oui, on s’en est tous sortis… Même si tout le monde n’est pas forcément en bon état. Bref, on a tenté de joindre Flora, mais apparemment elles ne captent pas de là où elles sont.
- « Putain oui, j’avais oublié ce détail ! se maudit Mentaline. Vous êtes où là ? »
- A Miriarbres ! Killian Heart nous a sauvés. On s’est fait attaquer par un certain San… Il nous a téléporté dans un appartement. Et à l’intérieur, y’avait Melosa Grey, la Championne d’Unys, et une amie à toi, Kanon Simiophia.
- « Kanon ! Elle va bien ? »
- Niquel chrome, sourit Creepy-chan. Mais en attendant, on est treize dans un appart’ minuscule, donc si on pouvait te rejoindre dans un endroit sûr et aviser sur place, ça serait cool.
- « Ouais ben justement ! Vous avez des moyens de vous déplacer ? Rapidement, genre des Pokémon vols ? »

Creepy-chan se tourna vers Killian qui lui décocha un sourire et leva le pouce en signe d’approbation.

- On peut se téléporter.
- « A treize ? » s’étonna Mentaline.
- Ouais, on a Killian Heart avec nous, signala Creepy-chan.
- « Dans ce cas, attendez mon appel. Je serai aux Ruines Alpha dans une dizaine de minutes. Dès que je vous appelle, rejoignez-moi vite. On sera momentanément exposés, puis on sera en sûreté. »
- Okay, bien reçu. A tout à l’heure !
- « Ouais, à plus ! »

Creepy-chan raccrocha et se tourna vers les autres, qui avaient écouté – elle avait mis le mode haut-parleurs.

- Bon… Y’a plus qu’à attendre.


- Dépêchez-vous ! Il doit sûrement rester des survivants ! Remuez les décombres !

L’Île à Poudre. Quelques heures après « l’incident Chapeliers ». Quand les renforts avaient débarqué, il était déjà trop tard, bien sûr. Les Chapeliers avaient disparus par les cieux. Ils auraient pu les suivre et les abattre en plein vol, mais les capsules étant capables de leur échapper sans problème, il aurait été bien inutile de tenter l’opération. Ils avaient préféré se concentrer sur les blessés – nombreux, ô combien nombreux. Beaucoup avaient péri, mais la majorité se retrouvait entre la vie et la mort, une balle plantée dans l’épaule, la jambe ou le bras. Il n’y avait plus d’espoir pour certains ; d’autres s’accrochaient désespérément à la vie. Une horde d’Echo soigneurs et une légion d’infirmiers avaient été envoyées sur place, et ils ne furent pas de trop.

Mais l’équipe des sauveteurs avaient privilégié la salle principale au détriment de la salle des machines, où avait eu lieu la collision entre l’Île elle-même et le submersible dérobé par les Chapeliers. Quand ils débarquèrent finalement sur les lieux, il faisait déjà nuit et ils pouvaient voir, à travers le trou dans le mur, la lune qui se reflétait sur l’eau miroitante. Ils n’avaient pas beaucoup d’espoir concernant la survie des passagers du submersible, et ils avaient raison.

Le massacre au mixeur engendré par Jasmine s’était déjà occupé de la majeure partie de l’équipage. Quant à ceux qui restaient, ils furent retrouvés le crâne brisé où la colonne vertébrale mortellement tassée par le choc violent. Tous étaient morts, à l’exception de Patricia Carillon. La femme pour laquelle un homme n’avait pas hésité à tuer des gens, à trahir son pays, à sombrer dans la folie.

Elle n’était pas en forme. En fait, il lui manquait carrément une main, abandonnée lorsqu’elle fut broyée par une tourelle mitrailleuse. Ils la retrouvèrent, gisant dans une marre de sang. Les Echos ne purent lui rendre sa main, mais ils lui rendirent la vie. Elle se réveilla peu après, toute abasourdie, dans les tentes dressées pour l’occasion dans l’Île à Poudre.

- Où suis-je ? fut sa première réaction.
- Vous êtes en sécurité, ne vous en fait pas, la rassura une infirmière. Nous vous avons soigné. Mais votre main…

Patricia regarda son moignon. Elle étouffa un haut-le-cœur, et évita la crise cardiaque quand une voix d’homme, grave et froide comme la roche, vint lui chuchoter des mots doux à l’oreille.

- Quel bien triste sort… Une tireuse d’élite, telle que vous… Plus qu’une seule main… Et la vie de tous les jours… Quel malheur !
- Q-Qui êtes vous ?! s’insurgea-t-elle, bégayante, en faisant face à l’homme.
- Je m’appelle Yon ! Ravi de faire votre connaissance, future associée.
- Mais vous vous croyez où bordel ?! Mon coco, va falloir que tu calmes ta bouillotte parce que je vais te la faire bouffer par le cul ! s’emporta Patricia, parfaitement réveillée à présent.

L’infirmière, apeurée par cette apparition soudaine, tenta de sortir de la tente mais s’effondra, ensuquée. Patricia recula à son tour vers la sortie, tremblante de fièvre et de peur.

- Hop hop hop… Ca crache de belles paroles à la gueule mais ça tente de se barrer quand même ? Il faut savoir, chère Patricia… ricana Yon.
- Dégagez !
- A votre guise.

Il disparut. La pression retomba. Patricia reprit difficilement son souffle, choquée par ce qui venait de se passer.

- Ah ah, je déconnais.

Il l’attrapa par le bras, et ils disparurent.


« Nous déplorons l’évasion des quatre Chapeliers ainsi que d’un meurtrier du nom de Denzi Devil ; l’incident s’est produit dans la matinée et reste sans précédent dans l’histoire Johtoienne. C’était la première fois que des prisonniers s’échappaient de l’Abysse. Les dégâts ont été conséquents, le bilan humain est affreux. Une centaine de victimes sont à déplorer sur l’Île à Poudre. Des rumeurs laissent entendre que Patricia Carillon, qui avait été prise en otage et a permis la libération des Chapeliers, a disparu peu après qu’on l’ait découverte parmi les décombres. Le mystère reste entier et la nation en deuil. Le Chef du Gouvernement a annoncé qu’une minute de silence serait observée dans les écoles, demain, à onze heures. Je laisse l’antenne à Maurice Toka et son émission « Cuisiner quand on est allergique à la casserole ». Bonne soirée sur Jothevent ! »

Kentin éteignit la télé d’un geste lassé. Les Chapeliers n’en rataient pas une… Melosa et Kanon qui se faisaient passer pour mortes, et maintenant une évasion de l’Abysse couplée d’une impressionnante quantité de victimes innocentes. Dire qu’il était leur complice… Il n’avait pas envie, lui, de se retrouver mêlé à de pareilles affaires. Cela faisait de lui un « ennemi de la nation ». Mais, d’une part, il n’avait pas le choix, et d’autre part, il valait mieux être un ennemi que rien du tout. Kentin se sentait inutile. Il était juste un musicien, un minable musicien habitant de Doublonville.

Il marchait sans but précis sur l’artère principale. C’était ça, la problématique de sa vie. Il n’était qu’une fourmi au milieu d’une masse de gens, une fourmi exclue, dépourvue d’objectif. C’est alors qu’une affiche attira son attention. Plus précisément, c’est alors qu’une paire de fesse sur une affiche attira son attention.

Il s’agissait de Blanche, la Championne de Doublonville. Photographiée dans une petite tenue, comme à son habitude, elle souriait avec un air provocateur. La pose était calculée pour qu’on puisse profiter à la fois de ses seins, de son arrière-train, de ses jambes mystiques et de son magnifique visage. Dans sa main droite, un muffin siégeait, roi. En dessous, une inscription disait « Muffins Shipinaj ? Même Blanche n’y résiste pas ! »

Kentin eut soudain l’illumination. Il devait défier la Championne ! Qui sait, peut-être tombera-t-elle amoureuse de lui ? Et puis, s’il gagnait le badge, il deviendrait quelqu’un d’important ! C’était une idée stupide, bien sûr. Mais n’importe quel homme deviendrait stupide devant une telle affiche.

Problème ? Kentin était nouveau à Doublonville, et s’y repérait aussi bien qu’un Wailord dans une boîte à chaussure. Il décida de demander son chemin, et tapota l’épaule d’une femme qui commandait une glace en compagnie d’un blond.

- Excusez-moi, l’arène de Dou-

Il se figea quand la femme se retourna et dévoila le visage de la seule personne qu’il détestait en ce monde.

- VOUS !
- TOI !

Mathi – car c’était elle – fit face à Kentin. Leurs yeux lançaient des éclairs de rage. Dimy, gêné comme à son habitude, se cacha derrière sa glace au chocolat.

- Ma parole, t’as flashé sur moi pour me suivre partout, comme ça ? s’emporta Mathi.
- Ta gueule, j’ai pas fait exprès !
- Bien sûr ! Y’a peut-être quelques milliers de personnes qui marchent sur cette avenue, et faut que ce soit COMME PAR HASARD moi que tu viennes voir !
- Puisque je te dis que c’est par hasard ! Et si le destin pouvait m’éviter de te rencontrer, je le remercierais !
- Ouais ben en attendant t’es toujours planté là ! Dégage ! brailla Mathi.
- Non ! … Je suis perdu, de toute manière.
- Oh, peucheure ! se moqua Mathi.
- Flavie, pistache ou fraise ? marmonna Dimy.
- Il a toujours pas retenu ton nom ? s’étonna Kentin.
- Faut croire que non… Pistache. Tu voulais aller où en fait ? s’enquit Mathi, curieuse.
- … A l’arène.
- Blanche n’aime pas se faire enquiller le soir, elle dit qu’elle préfère y voir clair. Et quand je lui réponds qu’elle peut tout simplement allumer les lumières, elle me dit qu’elle peut pas allumer et se faire allumer en même temps, soupira Mathi en haussant les épaules.
- Tu la connais ? s’étonna Dimy.
- Ouais, une amie d’enfance, marmonna Mathi.

Kentin fut soudainement beaucoup plus agréable avec Mathi.

- Tu… penses que tu pourrais me la présenter ? tenta-t-il.
- Ouais, si tu veux. T’es pas trop moche, elle te crachera pas dessus…

Quelques minutes plus tard, Dimy avait fini sa glace et ils étaient arrivés à l’arène. Le trajet avait été étonnamment silencieux. Ils entrèrent dans l’arène.

- Oh, de la viande fraiche ! s’exclama Blanche en se relevant.

C’est alors qu’elle aperçut à qui elle avait à faire. Deux blondinets et… Mathilda. Blanche se figea, tétanisée. Ce n’était pas son genre d’avoir peur, ou de s’inquiéter. Seulement, elle venait de rentrer de la réunion de la M-Organisation… Et elle savait désormais le sort qui était réservé aux dresseurs qu’elle remettait à M-M. Et comme elle ne pouvait pas désobéir à cause d’Infinity… Ces trois là allaient subir le même sort. Mourir bêtement dans une tentative d’assaut du château de N Harmonia. Et parmi eux, une des seules personnes pour laquelle Blanche faisait preuve d’un tant soit peu de normalité.

- Hey Blanche ! lança Mathi avec un sourire narquois.
- Mathi… souffla Blanche.
- Comment ça va ?
- Mal… Ecoute, je suis désolée pour ce qui va se passer. Je suis pas responsable. On me contrôle comme un vulgaire poireau. Donc, je t’en supplie, quand tu seras en bas… Trouve un moyen. Mais ne regarde pas ses yeux.
- Qu’est-ce que tu racontes ? demanda Mathi. Wouhou, le sexe et la décadence appellent Blanche ! T’es sûre que ça va ?

Une trappe s’ouvrit sous les pieds des trois dresseurs, et ils disparurent, happés par le sol.

- Bonne chance…


Il ne fallut que quelques secondes à Yon pour récupérer Rentoraa. Le pauvre avait été retrouvé, en larmes, au centre de la Salle de Contrôle de l’Abysse. Détruit par ce qu’il avait fait, par les gens qu’il avait tué, par sa propre vie qu’il avait jeté par la fenêtre ; ils ne purent en tirer le moindre mot. Il fut décidé qu’un séjour de dix ans au niveau 10 de l’Abysse était de mise pour le pauvre policier. A l’annonce de sa peine, il n’avait pas bronché. Il le savait, il y était préparé. Il n’avait plus rien à faire de Patricia. Si elle était finalement morte, il n’en aurait eu que faire. Il allait devenir fou, connaître l’enfer, puis en sortir, et en mourir. Il avait peur, il n’était plus rien qu’un cochon qui se dirigeait à l’abattoir, plus rien d’autre qu’un révolutionnaire qui s’approchait de la guillotine. Devant la peur de l’infini, les hommes sont tous égaux, et il n’était pas une exception.

Quand il fut conduit devant la capsule, il éclata de plus belle en sanglots. La seconde d’après, sous les yeux ébahis de geôliers armés et cuirassés, il avait disparu. Cette histoire ne fut jamais contée ailleurs qu’ici. La capsule fut refermée, vide. On fit croire qu’elle abritait le meurtrier, mais il n’en était rien. On pensait à un coup d’un quelconque démon, et il y avait eu assez de mauvaises nouvelles dans la journée pour qu’une autre soit nécessaire. Alors on fit semblant.

- Et voilà le deuxième, sourit Yon devant M-M.
- Merci bien. Tu peux disposer.

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Dim 13 Jan 2013 - 23:12

Yeah, pile deux semaines, je m'améliore ! En même temps je veux vite boucler ces chapitres de mise en place pour entrer au coeur de l'action Héhé ^^ #2 Celui-ci est plutôt orienté shippy et déplacements. Je vous laisse le découvrir ! Mais avant, résumé...

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Personnages

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Bonne lecture ~




Ghetis était assis négligemment sur son bureau. La quarantaine passée depuis quelques temps, les cheveux aussi verts que N, impeccablement rasé ; il avait des yeux qui reflétaient une profonde intelligence, sans que l’on sache pourquoi. Des yeux d’un bleus à la limite du vert, des yeux dans lesquels s’étaient autrefois perdue la mère du jeune Roi d’Unys. Ces yeux, en plus d’avoir séduit plus d’une femme, avaient séduit tout un peuple. Ces yeux qui respiraient la confiance, on voulait les croire, les aduler, les choyer.

Ghetis était une personnalité que tout le monde aimait, à Unys. Autrefois, il était Roi, lui aussi. Mais lorsque le premier fils de l’actuel Roi atteint les seize ans, il est couronné, et le père doit lui céder sa place. C’est ce que Ghetis avait fait, non sans regrets, le jour du seizième anniversaire de N. Enfin, N. Sur les papiers, le pauvre s’appelait Natural Harmonius Gropius Harmonia. La faute à la tradition. En réalité, ses proches l’appelaient Nawell. Et le Nawell en question… Avait disparu. Depuis plusieurs heures. Depuis ce matin, en fait.

Les rayons du soleil, à travers l’immense vitrail couleur sable, saupoudraient d’une douce lumière les appartements de Ghetis ; la nuit n’allait pas tarder à tomber, et toujours aucune trace de lui. Nawell ne quittait jamais le Palais. Quelque fois il se présentait au balcon, où il était acclamé par une foule aussi respectueuse qu’enthousiaste. Il levait la main, et le monde s’abaissait devant lui. Pourtant, N Harmonia ne contrôlait rien. Le seul qui dirigeait, c’était lui, Ghetis. Habilement, il gardait Nawell dans un état d’insouciance qui le coupait complètement du monde qui l’entourait. Comme un enfant qui grandit dans la nature, il ne connait rien des hommes. La seule compagnie qu’il eut, et qu’il a toujours, fut celle de ses Pokémon et de ses nourrices.

Mais maintenant ? Si quelqu’un l’avait enlevé ? Car ça ne pouvait être que ça. Nawell n’aurait jamais mis le nez dehors volontairement. La peur de l’inconnu l’en aurait empêché, et les gardes l’auraient forcément vu sortir. L’action s’était passée très vite, tôt le matin, entre l’heure ou il avait déjeuné et l’heure où il était censé s’habiller. On avait remué le palais entier, mais il restait introuvable. L’Unité Spéciale des Harmonia, la USH, était déjà sur le coup. Cent hommes, tous d’excellents dresseurs entraînés à défendre la famille royale en toute circonstance. La moitié était à l’heure actuelle partie aux quatre coins du Pokémonde, tandis qu’un quart ratissait les informations fournies par les caméras d’Unys, les médias, épluchaient les photos prises dans la journée et postées sur des dizaines de réseaux sociaux. Et malgré tout cela… Rien.

Ghetis soupira, pensif. Il était vêtu sobrement, comme à son habitude. Juste une cape blanche si aérienne qu’elle se soulevait au moindre murmure, mais brodant avec des fils d’or de magnifiques dessins évoquant la réalité et l’idéal. En dessous, un simple T-Shirt et un pantalon, blancs également, pour éviter de dévoiler sa peau pâle. Il était pieds nus. Ghetis incarnait la grâce mêlée à la solidité. Il était, en somme, tout le contraire de son fils.

On toqua à la porte. C’était Auric, l’un des Six Sages. Il tomba aux pieds de son seigneur, éperdu d’adoration. Ghetis lui intima de se relever.

- Quelles sont les nouvelles ? demanda calmement Ghetis.
- Il est toujours introuvable, mon seigneur.
- Voilà qui est embêtant… soupira le père du Roi. Mettez plus d’hommes sur l’affaire. Le retrouver passe avant tout.
- Je transmettrai le message.
- Bien.
- Mais… commença Auric.
- Oui ?
- Je ne comprends pas pourquoi vous tenez tant à lui… se permit Auric.
- Auric, votre absence de réflexion me sidère. N représente ce que le peuple a de plus cher. Il est inutile, mais c’est un symbole. Sa stupidité et son innocence surpassent, dans le regard des gens, toute l’intelligence et la grandeur d’esprit dont n’importe qui pourrait faire preuve. Il surpasse le monde entier par son rang, son sang et son immense pouvoir. J’espère que vous comprenez au moins ça.

Le Sage se prosterna à nouveau, se rependant en excuses pour son audace. Ghetis le regarda, sans émotion, et lui répéta calmement de se relever.

- S’il venait à disparaître pour de bon, la situation serait catastrophique, j’en ai bien peur, soupira Ghetis.
- Vous sous-entendez par là votre projet d’envahir Johto ? demanda Auric.
- Bien entendu.
- Êtes-vous vraiment certain que cela soit nécessaire ? La guerre dans un monde de paix ? murmura Auric, se maudissant déjà de faire face à son maître.
- La guerre est toujours nécessaire, Auric. Toujours. Il suffit de regarder l’Histoire. La Guerre Memoria, meurtrière, à été un vrai massacre. Mais au final, le monde n’en est-il pas ressorti plus puissant ? La nation ne s’est-elle pas relevée, ne s’est-elle pas enflammée, n’a telle pas progressé ? N’as-tu donc pas appris quelle faste période s’est ensuivie ? L’efficacité, la progression, tout est basé sur la guerre. La recherche n’a-t-elle donc pas, pendant la guerre, plus progressé que jamais ? N’a-t-elle donc pas permis des avancées majeures qui ont changé la face du monde ? La paix est une bonne chose, mais seulement à court terme. Les gens deviennent mous. L’économie stagne, régresse. La population a besoin d’un véritable coup de fouet. « Les sillons de la terre se creusent avec des larmes », ce dicton ne te rappelle-t-il donc rien ? Ouvre les yeux, Auric. La guerre est une bonne chose. Pour le pays. Pour le monde. Pour nous.

Auric resta un moment silencieux. Au fond de lui, il ne souhaitait que la paix. Mais les mots de cet homme, son regard, avaient une magie persuasive à laquelle il peinait à résister.

- Vous avez raison… Mais pourquoi ne pas attaquer Hoenn, dans ce cas ? En attaquant Johto, nous allons nous mettre Kanto et Sinnoh à dos. D’autant plus que beaucoup de nos importations proviennent de là-bas… Vous pensez réellement que nous avons une chance de gagner ?
- Nous avons beaucoup d’atouts, mon cher Auric. Seulement, à cause du Rituel de Passation de Clé d’Esprit, nous n’avons ces atouts qu’en la présence de N. Quant à la question de Johto, la réponse est simple : Lance Wataru mérite de mourir. Et ne me demandez pas de me justifier.
- Je n’en avais aucunement l’intention, mon seigneur, s’inclina Auric.
- Laissez-moi.
- Fort bien.


- Wow, y’a des gardes de partout, marmonna Mentaline.
- Va falloir faire avec, Weiss, répondit Lance.
- Essaye de te poser sur le toit d’une de ces ruines.

Mentaline et Lance, Joachim toujours évanoui dans ses bras, étaient perchés sur un Dracolosse. A côté d’eux, sur un autre dragon, se trouvaient les deux bonnes sœurs, silencieuses. Ils survolaient les Ruines Alpha. Il faisait presque nuit, et l’on pouvait apercevoir en bas des rayons lumineux qui devaient être des lampes torches - l’endroit était bien gardé, apparemment. Lance Wataru chuchota un ordre. Aussitôt, les Dracolosse descendirent en piqué. Mentaline faillit crier, mais se contrôla. Une demi-seconde plus tard, ils se posaient, en douceur, sur le toit d’une ruine. Mentaline descendit de son Dracolosse, un peu secouée, et les sœurs et Lance firent de même. Wataru rappela les deux dragons avant qu’un garde ne les aperçoive. Ils s’accroupirent pour être moins visibles.

- Bon, les Ruines sont grandes. Flora et Crystal ne peuvent pas capter mes appels puisqu’elles sont sous terre. Nous devons donc trouver un portail de téléportation, d’après ce qu’elles m’ont dit dans leur message. Mais j’ai pas eu le temps de chercher ce que c’était… Quelqu’un sait ? chuchota Mentaline.
- Bah c’est un objet qui te téléporte jusqu’à un autre, à l’infini, répondit Wataru. Mais même au Gouvernement on n en a que quatre, parce que ça vaut une véritable fortune… Seule Morgane de Safrania est capable de les fabriquer.
- En même temps, ce sont deux talentueuses dresseuses avec des capacités de contrôle hors du commun, rappela Sœur Shana. Il n’est pas impossible qu’elles aient réussi à en créer un, même imparfait.
- S’il est imparfait, on doit pouvoir le détecter… marmonna Lance. Tu veux pas demander au général Heart de venir avant les autres ?
- Killian ? s’étonna Mentaline.

Elle s’exécuta néanmoins et appela Creepy-chan. Killian apparut peu après. Il salua poliment les deux Sœurs, décocha un sourire à Mentaline et serra la main de Lance Wataru.

- Vous vous connaissez ? s’étonna Mentaline.
- En tant que Chef du Gouvernement, il est mon supérieur… Mais bon sang, qu’est-ce que vous faites là ? demanda Killian.
- C’est une longue histoire, Heart. Contentez-vous d’exécuter les ordres.
- Bien entendu. Quels sont-ils ? demanda Killian.
- Vous devez repérer un portail de téléportation, répondit Wataru.
- Par principe, ils sont impossibles à repérer, objecta Killian.
- Essayez tout de même.

Killian acquiesça. Il sortit son Seleroc, et ferma les yeux quelques minutes. Finalement, il les rouvrit.

- Alors… J’ai des mauvaises nouvelles et une bonne nouvelle. Y’a des caméras psychiques de partout, et elles ne sont normalement pas utilisées pour surveiller un lieu public. Donc quelqu’un les a créées volontairement. Par précaution, je les ai désactivées. Et la deuxième mauvaise nouvelle, c’est qu’il y a une barrière scanner autour des Ruines, donc la personne qui l’a installée sait que nous sommes ici. On doit rester sur nos gardes.
- Putain, sûrement la M-Organisation, pour pas changer… soupira Mentaline. La bonne nouvelle ?
- Y’a deux autres flux magiques. L’un est un sceau, puissant mais facilement détectable. Le deuxième est beaucoup plus faible, mais je peux affirmer que c’est celui d’un portail, protégé par une barrière à code.
- Tu peux la forcer ? demanda Mentaline.
- Honnêtement, c’est du bon boulot. Il me faudrait plusieurs heures, avoua Killian. Si c’est ton amie qui l’a créée, elle est très douée.
- Et le sceau ?
- Je peux essayer. Je ne promets rien…
- Allons-y dans ce cas, souffla Mentaline.

Furtifs, ils descendirent des ruines et se planquèrent à l’intérieur. Killian portait Joachim grâce à ses pouvoirs psychiques, accélérant un peu leurs déplacements. Quand la voie fut libre, ils se réfugièrent dans un bosquet. Un garde fut alerté par le bruit, mais Killian les dissimula sous une barrière invisible. Ils continuèrent d’avancer jusqu’à pénétrer dans une des ruines, apparemment semblable aux autres. Killian sécurisa rapidement la zone en traçant quelques cercles dans les airs.

- C’est ça qui est scellé, indiqua-t-il en montrant le puzzle d’Ho-Oh.
- C’est celui que j’ai résolu, dit Mentaline. Dès qu’elles ont déplacé la dernière pièce, la communication s’est coupée, mais il y a eu un grand bruit après. Je pense que le sol s’est effondré. Si on regarde de plus près, il est légèrement fissuré. Tu peux briser le sceau ?
- Je pourrais. Mais là encore, ça serait long. Il me serait beaucoup plus rapide de creuser un trou à même la roche.
- Bon ben fais ça, alors ! lança Sœur Chapy, un peu stressée.
- Heureusement que je suis en tenue, marmonna-t-il.

Son Arcanin apparut à ses côtés. Les pieds de l’Echo s’enflammèrent, accompagnés de ses mains. La température augmenta d’une dizaine de degrés.

- Reculez.

Il décocha un coup de talon au sol, qui devait quand même être sacrément dur et épais. La roche fondit, décrivant un cercle parfait dans lequel on pouvait faire passer un être humain. Mentaline s’approcha du trou, encore fumant. C’était profond, et aucune lumière n’en provenait.

- On saute ? demanda Sœur Chapy.
- Attends, Mentaline, file-moi ton portable.

Elle tendit à Killian le téléphone satellite qu’elle avait trafiqué pour que personne ne puisse intercepter les conversations. Mey et Flora en avaient des identiques. Killian marmonna un genre d’incantation et lui rendit.

- T’as fait quoi ? demanda-t-elle.
- Je l’ai relié à cet endroit. Psychiquement. Comme ça, même dessous, on captera.

Sans plus attendre, il sauta à l’intérieur du trou, illuminant les parois avec son corps enflammé. Il atterrit lestement en bas, et leur fit signe de le suivre. Il les rattrapa un à un, mais laissa se débrouiller Lance, ne voulant pas heurter sa dignité. Quand ils furent tous en bas, ils restèrent silencieux. D’un geste, Killian reboucha le trou. Comme lumière, il ne restait plus que lui.

C’est alors qu’ils arrivèrent, par milliers. Les Zarbi. En moins de temps qu’il ne fallut pour le dire, leurs pouvoirs psychiques les avaient déjà immobilisés tous les six. Killian, en résonance avec Arcanin, n’avait plus aucune puissance psychique et ne put même pas se défendre.

- VOUS ETRE PRISONNIERS NOUS. NOUS CONDUIRE VOUS A AMIS DE NOUS.


- Je t’aime.

Flora était blottie dans les bras de Crystal. Les longs cheveux bleus de sa conjointe tombaient en cascade sur les joues encore rouges de la coordinatrice. Dans un murmure, Crystal lui répondit à l’identique. Leurs deux corps entremêlés compensaient la froideur de la pièce et la rudesse du lit en marbre. Elles voulaient juste oublier la peur qui les avait envahies plus tôt dans l’après-midi. Oublier cet homme affreux qui n’inspirait que la peur. Alors elles s’étaient abandonnées l’une à l’autre dans une maison de Zarbitopia. Pendant quelques minutes, il n’y avait eut qu’elles. Toutes les deux, comme une seule et même personne, comme deux fragments d’un cœur incapable de battre sans les deux parties réunies.

Flora se leva doucement, couvée du regard par Crystal, allongée. Elle resta là, debout, tournant le dos à son âme sœur aux cheveux bleus. Puis, des larmes commencèrent à couler lentement. Glissant sur joues et pommettes, elles finirent leur course sur le sol taillé dans le marbre froid. Crystal mit plusieurs secondes à s’en apercevoir. Quand ce fut le cas, elle se leva et vint coller son corps encore brûlant à celui de Flora. Avec le petit doigt, elle essuya doucement une larme naissante et embrassa le cou de son amante, avant de se blottir dans le creux de son épaule. Elle entoura sa taille de ses bras fins, et elles restèrent là, sans un bruit.

- J’ai peur, souffla finalement Flora.
- Je sais, murmura Crystal. Moi aussi j’ai peur. Mais je serai toujours là pour toi.
- C’est de ça que j’ai le plus peur. Que justement, un jour, tu ne sois plus là.
- Tu ne peux pas défier la mort, lâcha Crystal.
- Si seulement je le pouvais... Je ne veux jamais être seule, Crystal. Je ne veux pas que tu meures. Pas sans moi. Et après ce qui s’est passé tout à l’heure…
- C’est notre faute. On a choisi d’aider Mentaline, on peut s’en prendre qu’à nous même.
- Je me fiche que ce soit notre faute ou pas. Crystal, je veux juste qu’on soit ensemble.
- Parce qu’on n’est pas ensemble, là, maintenant ?
- Pour combien de temps ? demanda Flora dans un souffle.
- Tu es trop pessimiste.
- Non… J’ai un mauvais pressentiment. Et arrête de tenter de me réconforter, je sais que tu ressens la même chose.
- Il faut bien quelqu’un pour éviter de nous transformer en couple de dépressives, soupira Crystal.
- Tu n’as pas ce sentiment… Que tout sera fini dans quelques jours ? Que ton existence touche à sa fin ? demanda Flora, presque inaudible.

Les larmes se remirent à couler. Les larmes de Crystal cette fois, qui glissèrent doucement sur les formes de Flora.

- Tais-toi putain… gémit Crystal dans un sanglot.

Flora se tourna et serra sa petite amie dans ses bras frêles. Comme des sœurs, elles se réconfortaient mutuellement. Flora se laisser aller également, et leurs corps nus furent bientôt mouillés de larmes qui coulaient comme de douces caresses à l’arrière goût amer. Les pleurs continuèrent ainsi un long moment, puis finalement Flora brisa le silence.

- Pense à notre rencontre. A notre premier baiser, souffla Flora.
- A la glace que t’avais faite tomber sur mon pull, rajouta Crystal avec un sourire triste.
- En plus tu venais de l’acheter, marmonna Flora avec un petit rire.
- A 75%, c’était pas une grosse perte…
- Quand même, c’était un Giovanna ! rappela Flora.
- C’était l’ancienne collection, je l’avais pris par défaut parce que celui de la nouvelle était trop cher… soupira Crystal.
- C’est vrai qu’il était moche, ce pull, mais j’avais pas osé te le dire…
- Roh, ta gueule… soupira Crystal.

Elles gardèrent le silence, les yeux dans les yeux, puis éclatèrent de rire.

- On est quand même vachement superficielles, on se remonte le moral en discutant mode… soupira Crystal, souriante.
- Ca c’est ta faute, toi et ta passion foireuse pour le stylisme !
- Sale gouine va !

Flora la frappa gentiment, puis l’embrassa.

- On devrait peut-être se rhabiller, non ? proposa Flora.
- Pourquoi ? demanda Crystal. C’est cool d’avoir tes atouts toujours sous les yeux, au moins je suis sûre que personne ne te les volera !
- Je commence à avoir froid, répliqua Flora. Et non, je suis trop crevée pour qu’on se réchauffe manuellement.

Crystal soupira et se rhabilla, suivie par Flora. C’est alors qu’un bourdonnement se fit entendre, lointain mais perceptible. Crystal s’arrêta de bouger et tendit l’oreille.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle.
- Je crois que c’est les Zarbi qui s’agitent… Je me demande pourquoi…

Elles s’approchèrent de la fenêtre – un trou dans le marbre, en fait - pour se rendre compte qu’elles n’y voyaient rien. Les micro-trous par milliers, qui en journée laissaient passer la lumière, n’éclairaient plus rien maintenant que la nuit était presque tombée.

- Il y a de la lumière dans le tunnel par lequel on est arrivé ! s’exclama Crystal.
- C’est peut-être Mey et les autres ? proposa Flora.
- Peu importe, faut aller voir !
- Braségali !

Elles s’accrochèrent à son bras, et passant par la fenêtre d’un bond vertigineux, il traversa la distance qui les séparait de l’entrée du tunnel. Les Zarbis en sortirent, énorme masse noire et blanche lévitant en décrivant un cercle. Au centre de ce cyclone vivant, Flora et Crystal aperçurent Mentaline, les Sœurs et Killian. Elles clignèrent plusieurs fois des yeux pour voir si le Chef du Gouvernement n’était pas juste une hallucination.

- NOUS AVOIR INTRUS CAPTURER, écrivirent les Zarbi.
- Non non non ! s’exclama Crystal. Ce sont nos amis ! Ce sont aussi vos amis ! Ils sont gentils, ils veulent juste être en sureté !
- AMIS EUX ? s’étonnèrent les Zarbi.
- Oui ! Relâchez-les, s’il vous plaît !

Les Zarbi obtempérèrent. Killian et les autres s’écrasèrent sur le marbre. Crystal et Flora accoururent.

- Mentaline ! Sœur Chapy ! Sœur Shana ! Killian ! Vous allez bien ? s’inquiéta Flora.
- Monsieur le Chef du Gouvernement, ne bougez pas où je vous immobilise de force, menaça Crystal en sortant son Feuforêve.
- T’inquiète, il est avec nous ! signala Mentaline.
- Ca va alors, dit Crystal en marmonnant une excuse dans sa barbe. Et lui c’est qui ? demanda-t-elle en désignant le corps inanimé de Joachim.
- Un cobaye, répondit simplement Mentaline en essuyant le regard noir de Wataru.

Tous se remirent debout, un peu endoloris.

- Wow… souffla Killian quand les Zarbi dégagèrent la vue. Cet endroit… est magnifique.
- … Killian, on y voit rien, il fait tout noir, marmonna Mentaline.
- Je résonne avec Arcanin, rappela-t-il. Et les chiens voient plutôt bien dans le noir.

Il tendit la main, et une énorme boule de feu, semblable à un minuscule soleil, vint éclairer la ville en se suspendant au plafond comme un lustre. Mentaline resta bouche bée devant la qualité de l’édifice par rapport à l’époque de laquelle il devait dater. Lance s’étonna qu’un souterrain de cette ampleur n’ait jamais été découvert, tandis que les Sœurs étaient juste émerveillées par tant de beauté.

- Crystal, Flora, vous êtes géniales. Cet endroit est tout bonnement parfait, souffla Mentaline.
- N’est-ce pas ? sourit Crystal.
- Mais pourquoi vous nous avez pas appelées ? Quelle idée de passer par l’entrée alors qu’on a risqué notre vie pour poser un portail de téléportation !
- On a essayé de vous appeler… Mais on ne capte pas, sous terre, les filles.
- C’est… pas faux. On le savait en plus… J’avais oublié, soupira Flora.
- Peu importe, l’important c’est que vous soyez là ! sourit Crystal.
- Il n’y a pas encore tout le monde, ce n’est que la première vague… précisa Mentaline.

Flora s’étonna franchement, Crystal de même.

- C’est une longue histoire, répéta Mentaline pour la énième fois dans la journée.
- On aimerait bien la connaître, quand même, on t’a fait confiance alors on mérite la vérité, intervint Sœur Chapy.
- Le problème c’est que c’est vraiment très long… Je préfère n’avoir à le faire qu’une seule fois, quand tout le monde sera là.
- Très bien. Quand arrivent les autres ? demanda Crystal.
- Killian ? demanda Mentaline.
- Le code de la barrière du portail de téléportation ? demanda Killian.
- Flora ? demanda Crystal.
- « Not enough time to live », répondit celle-ci.
- C’est noté. Où est le portail ?
- Au pied de la grande tour du centre, indiqua Flora.

Killian ne perdit pas de temps et utilisa Vitesse Extrême, disparaissant du champ de vision des autres. Mentaline, Lance, les Sœurs, Flora et Crystal entreprirent le même trajet, mais choisirent la marche. Ils avaient assez couru pour aujourd’hui.


Plus tard, tout le monde débarqua dans les Ruines Alpha. Un par un, ils mirent les pieds dans la mare qui renfermait la barrière, et récitèrent le code dans leurs têtes avant de disparaître vers Zarbitopia. Certains durent porter les blessés dans leurs bras, incapables d’emprunter seuls le portail. Finalement, le dernier Chapelier disparut.

Yon sortit d’une des Ruines en face et fixa la mare. Il ne pouvait pas y rentrer, bien sûr, puisqu’il ne connaissait pas le code. Mais il prit soin de noter l’endroit, et le nom des personnes qu’il avait vu rentrer. Puis, à son tour, il disparut en direction du QG de la M-Organisation.


- PUTAIN, BLANCHE, SALOPE, LAISSE NOUS SORTIR D’ICI ! hurlait Mathi.
- Tu devrais te calmer, je ne suis pas sûr que ça serve à quelque chose, siffla Kentin.
- Ta gueule toi, c’est pas en restant là les bras croisés que ça va changer quelque chose !
- La seule chose qui change c’est que les autres gens nous regardent bizarrement, signala Dimy.
- J’approuve le blondinet, acquiesça Kentin.
- T’es blond aussi…

Mais Dimy avait raison, ils se faisaient remarquer. Non, ils n’étaient pas seuls. Ils étaient dans une immense salle, toute blanche. Une salle qui, pour dire vrai, sentait la mort. Visiblement, la plupart des gens qui se trouvaient ici s’y trouvaient depuis longtemps. Et le pire c’est qu’ils étaient nombreux, pas loin d’une centaine, à vue de nez. Et tous les regardaient.

Quand ils étaient tombés dans le trou de l’arène de Doublonville, ils avaient tout d’abord atterri sur une surface molle, probablement du coton ; un énorme coussin de coton, en fait. Le plafond s’était refermé sur eux, et ils s’étaient retrouvés enfermés dans cette grande salle déjà habitée par beaucoup d’autres personnes qui avaient dû vivre la même chose.

Kentin se décida à demander ce qu’il se passait ici à une jolie jeune femme qui les fixait depuis le début.

- Je ne sais pas. Personne ne sait, de toute manière. Certains pensent qu’on va se faire tuer en masse. D’autres disent que quelqu’un nous enferme pour étudier le comportement humain dans une situation de confinement avec d’autres individus. Et il y a ceux, optimistes, qui pensent que nous sommes la réserve de rechange quand Blanche en a assez de son harem. Personnellement, je n’y crois pas, il y a trop de types moches dans cette salle, marmonna-t-elle.
- Je dois me sentir viser ? demanda Kentin avec un petit sourire charmeur.
- Pas spécialement, tant que vous restez à une saine distance de mon corps, répliqua la jeune femme.
- Reçu. Votre nom ?
- Vanessa Gisel, répondit-elle.
- Si je peux me permettre, c’est pas le moment de faire ton dragueur, Kentin. Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, stupide chose, nous sommes enfermés ici. Ne serait-il pas intéressant de tenter de sortir ? rappela Mathi, peu amène.
- C’est impossible, répliqua Vanessa. Tout le monde ici a déjà essayé, en vain.
- Tout le monde, ce n’est pas moi, jeune fille, cracha Mathi. Roserade, Lance-Soleil.

Le Pokémon sortit de sa Pokéball et commença à charger son attaque. Quand il lança le rayon, il était d’une puissance purement monstrueuse, mais il n’érafla même pas la surface blanche et lisse qui constituait le plafond.

- Je vous l’avais bien dit, soupira Vanessa.
- Oui bon ça va hein, marmonna Mathi.

Elle insista encore un peu avec son Noctali et son Nostenfer, en vain. Les autres dresseurs la regardaient, impressionnés. Même Kentin dû admettre que malgré l’inefficacité de ses attaques, elle était une excellente dresseuse. Finalement, elle jeta l’éponge.

- On est nourris, au moins ? demanda-t-elle.
- De temps en temps, des sandwichs tombent du plafond, expliqua Vanessa. Et toutes les heures à peu près, des fontaines d’eau apparemment potable sortent du sol.
- Comment c’est possible ? s’étonna Kentin.
- C’est une bonne question, et là encore, personne ne sera capable de vous répondre.

C’est alors que, sans prévenir, leurs pieds se virent encastrés dans la même matière que le sol. Tous en même temps, ils furent immobilisés. Des cris fusèrent, apeurés par ce qu’il se passait. Des pleurs leurs parvinrent également.

Et soudain, elle apparut. Sortant du plafond, debout sur un piédestal qui descendait lentement vers le sol, lévitant. Ses longs cheveux noirs lui donnaient un air mystérieux appuyé par ses yeux bleus électriques. Mathi se souvint alors de l’avertissement de Blanche. Ne pas la regarder dans les yeux. Elle détourna la tête, alors que le silence tombait dans la salle.

La femme qui venait d’arriver atterrit en douceur. Aussitôt, elle claqua des doigts, et tous les gens furent déplacés, en colonnes et en lignes bien nettes, comme une véritable armée – ils ne le savaient pas encore, mais c’était ce qu’ils n’allaient pas tarder à devenir.

- Bonjouuuuuuur à tous, mes agneaux chéris ! Je me présente, je suis M-M ! Je vais vous demander de rester bien sages et d’attendre votre tour ! Ne vous inquiétez pas, personne ne sera blessé !

Elle avait une voix chantante et cristalline, qui pourtant vous glaçait le sang. Kentin frissonna, apeuré. Elle commença par le premier de la première colonne, un jeune garçon d’à peine douze ans. Tout le monde put voir distinctement ce qui se passa. Les yeux de la femme passèrent du bleu au blanc. Et d’une voix grave caverneuse, elle lui dit :

- A partir de maintenant, tu obéiras à chacun de mes ordres. Tu es mon esclave pour la vie, et tu ne pourras jamais te soustraire à mon autorité.

Les gens recommencèrent à crier quand le jeune garçon fut libéré de son bloc blanc et se prosterna devant la jeune femme. Le sang de Mathi ne fit qu’un tour. Elle ne devait pas être transformée en zombie. Mais comment se soustraire au regard de cette femme en étant ainsi immobilisée ? Elle pouvait fermer les yeux, mais peut-être que la femme n’apprécierait pas et la tuerait sans plus de procès.

Le temps passait, les serviteurs se multipliaient, et la tension des « libres » restants montaient. Dimy se tortillait, des larmes d’impuissance commençaient à naître dans ses yeux. Kentin devenait carrément hystérique, se mordant les lèvres jusqu’au sang pour s’empêcher de crier. Mathi tentait de rester calme, alors que M-M s’approchait de plus en plus. Elle vit alors que son Noctali était toujours hors de sa Pokéball. Elle eut l’illumination, et chuchota un ordre à son Pokémon. Quand la femme eut finit avec la personne juste avant elle, Mathi fit un mouvement imperceptible de la tête à son Pokémon. M-M lui fit face et fixa ses yeux.

- A partir de maintenant, tu obéiras à chacun de mes ordres. Tu es mon esclave pour la vie, et tu ne pourras jamais te soustraire à mon autorité.

Mathi se prosterna alors, complètement soumise à M-M. Enfin, ça c’était ce qu’elle voulait lui faire croire…

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Shuu
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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Dim 10 Fév 2013 - 22:49

Quel honteux retard, je m'en vais me pendre ! face La vérité c'est que j'ai été pas mal malade, et surtout que j'ai complètement bloqué sur la toute première scène. Résultat, retard monstrueux, j'en suis désolé :( Pour compenser le chapitre est plus long que d'habitude. C'est un gros récapitulatif en fait, et j'avoue ne pas être fier de moi parce que j'ai l'impression d'en faire tout le temps. Mais j'ai besoin de ces trucs pour faire avancer l'histoire... Normalement c'est le dernier du genre. :mh:

Résumé ! (Oui, je sais, il est court mais j'ai pas la foi à cette heure ci.)

Spoiler:
 

Personnages !

Spoiler:
 

Voilàààààà ~ Bonne lecture à tous !




Shuu se réveilla et tenta d’ouvrir ses yeux, en vain. La douleur, concentrée à l’arrière de sa tête, était accompagnée d’affreuses courbatures. La surface sur laquelle il était allongé, probablement un genre de pierre, était inconfortable au possible. De plus, il se sentait sale. En fait, il était couvert de boue séchée. Après quelques secondes, les souvenirs lui revinrent. L’Abysse, la libération. Le blond, son Jumeau Spirituel, qu’il devait tuer à tout prix pour ne pas mourir. Cette pensée s’apparenta à une onde de choc. Il ouvrit les yeux.

Il faisait presque noir. Une faible lueur laissait deviner une silhouette, grande et imposante, assise à ses cotés. Shuu essaya de se redresser, mais la silhouette se tourna vivement et le plaqua contre le lit d’une seule main.

- Glenn ? tenta d’articuler la voix rauque du jeune garçon.
- Reste tranquille, marmonna celui-ci. Je n’ai pas envie de t’assommer une fois de plus.
- Pourquoi ? demanda Shuu qui se remettait doucement de son réveil. Je sais me contrôler. Et de toute manière, peu importe ce que je tente, je n’ai aucune chance de gagner face à toi.

Glenn garda le silence et retira sa main. Il regarda la boue qu’il s’était mis sur les doigts.

- T’as besoin d’une douche, remarqua-t-il.
- On est où ? demanda Shuu.
- A Zarbitopia, indiqua Glenn. Une ville sous terre. Notre quartier général, quoi.
- Le quartier général de quoi ? insista Shuu, perdu.
- J’en sais rien moi ! s’énerva Glenn. C’est Mentaline Weiss qui m’a dit ça !
- Mentaline est ici ? s’étonna Shuu.
- Ouais. Y’a Mey Milkya, Kanon Simiophia et Silver Soul, aussi.

Shuu resta pensif quelques instants. Bien sûr, il aurait dû y penser. Comment serait-il dehors, si les autres n’étaient pas intervenus ?

- Ca en fait du monde… Comment vont les autres de l’Abysse ?

La mine de Glenn s’assombrit. Il tourna la tête.

- Cat n’arrête plus de chanter. Je crois qu’elle a perdu la raison. Et Justine… c’est quasiment la même chose. Elle raconte des histoires, tout le temps… Elle ne me reconnait même plus.

Shuu se redressa et s’assit à côté du militaire.

- La folie n’est pas irréversible, souffla Shuu.
- Dans ta bouche, ça sonne faux, répondit Glenn.

Shuu se figea.

- Je ne suis pas fou, murmura-t-il d’une voix blanche.
- Si tu le dis. Tu comptes toujours assassiner le blond ? le provoqua sèchement Glenn.
- C’est mon jumeau. C’est pas comme si j’avais le choix, marmonna-t-il.
- Bien sûr que t’as le choix, répliqua Glenn.
- Parce que toi, si on te demande de choisir entre ta propre vie et celle d’un parfait inconnu, tu choisirais de mourir ? lança Shuu.
- … Je ne sais pas quoi te répondre.
- Ne dis rien, alors. Je déteste quand on me donne des leçons. Les humains ne sont pas différents les uns des autres. Les sacrifices, c’est de la connerie. Si on choisit de mourir à la place de quelqu’un, c’est qu’on n’a pas le courage d’affronter la vie. C’est choisir la facilité. C’est comme le suicide. C’est lâche.
- Et si tu aimes cette personne plus que ta propre vie ? tenta Glenn.
- C’est impossible d’aimer quelqu’un plus que soi-même. Ca va à l’encontre de ton instinct de survie.
- Donc tu vas essayer de le tuer ? demanda Glenn.
- Dès que j’en aurai l’occasion, oui.
- Je t’en empêcherai, souffla le militaire.
- Par principe ?
- Pour préserver ma conscience.
- Comme si tu n’avais jamais tué quelqu’un… Laisse-moi rire ! Tu n’as pas hésité, à la Tour Radio. Ils sont tombés comme des mouches, marmonna Shuu, railleur.
- Notre vie était en danger.
- Parce que la mienne ne l’est pas, là maintenant tout de suite ?
- Laisse tomber, tu ne comprends pas.

Glenn se leva et se dirigea vers l’escalier.

- Où tu vas ? demanda Shuu.
- Mentaline Weiss m’a demandé de te surveiller jusqu’à ce que ce soit l’heure du meeting. C’est dans pas longtemps, donc si on ne veut pas être en retard, il faut y aller.
- Quel meeting ?
- Madame a décidé qu’elle savait tout et qu’elle allait tout nous dire. Donc on doit aller écouter son cours marginal, comme tout le monde. Enfile un truc, ça caille dehors.



- Tu vas déprimer encore longtemps ? demanda Mey.

Allongée sur le lit, elle regardait Silver, assis contre le mur. Le teint encore plus pâle que d’habitude, ses yeux fixaient un point dans l’inconnu. Sale au possible, couvert de sang, quiconque l’aurait rencontré dans la rue l’aurait fuit comme la peste. Ses yeux firent la mise au point sur sa petite amie. Elle n’était pas vraiment dans son assiette non plus, mais les soins prodigués par Creepy-chan et Killian l’avaient prodigieusement remise d’aplomb alors que la moitié de ses os devaient être auparavant en miette.

- Va falloir que t’arrêtes d’avoir ce regard là. Tu fais encore plus peur que Creepy-chan dans ses mauvais jours.

Silver garda le silence. Mey se leva et lui colla une baffe dans la gueule.

- Réveille-toi ! C’est pas la fin du monde ! lança-t-elle, remontée.
- Je t’ai laissé souffrir. Je t’aurais même laissé mourir si Creepy-chan n’était pas intervenue, murmura Silver d’une voix éteinte.
- Et alors ? demanda Mey.

Silver leva les yeux vers elle, un peu surpris.

- J’aurais fait la même chose, sombre abruti. Nous ne sommes pas des martyrs, encore moins des super-héros pleins de bonne volonté et de valeurs. Je n’irais pas sauver l’innocente biche au péril de ma vie. Je la laisserais crever comme une merde. Je suis humaine, Silver. Et jusqu’à preuve du contraire, c’est aussi ton cas. Alors arrête de te morfondre, sois content que je sois en vie, sois content d’être toi-même en vie et que tout le monde soit entier. T’es encore plus insupportable en dépressif qu’en travelo.
- Tu ne m’en veux pas ? s’étonna Silver.
- Ce serait hypocrite de ma part… Et j’ai été assez hypocrite dans ma vie pour continuer à l’être, marmonna Mey avec un petit sourire.

Ils s’embrassèrent doucement.

- Tes lèvres ont un goût de rouille, fit remarquer Mey.
- C’est un peu le principe du sang…
- On est un couple bizarre quand même. Deux meurtriers, dont une meuf d’un autre monde et un ex-travelo roux. La planète veut notre peau, et on est pas foutus de mourir l’un pour l’autre.
- Hum. Et on patiente pour une réunion concernant l’avenir d’un groupe de fugitifs…
- Il est quelle heure ? demanda Mey.



- Huit heures ! La réunion va commencer, merci d’être tous venus ! lança Mentaline avec un enthousiasme répété.

Le cadre était irréaliste. Troisième étage de la tour centrale de Zarbitopia, dans une salle visiblement taillée pour accueillir des meetings. Le marbre rouge agressait un peu la rétine, brillant de mille feux sous l’effet de la dizaine de mini-soleils qui flottaient gentiment à travers la pièce, créés par les pouvoirs de Killian. Les bancs sortaient du sol, sculptés à même le marbre comme le reste de la ville. Organisés en quatre rangés, tout le monde était là. Sûrement les dix-sept personnes les plus recherchées du Pokémonde.

D’abord, Mey et Silver, au premier rang, serrés l’un contre l’autre. Ils semblaient relativement détendus, heureux d’être ensemble et d’avoir mis les choses au clair. A côté d’eux, Nozomi, Creepy-chan et les deux Sœurs gardaient le silence, impatientes d’entendre les révélations de leur amie. Au deuxième rang, Jasmine avait réussi à faire asseoir le meurtrier blond à ses côtés, et elle lui caressait gentiment la joue tout en jetant des coups d’œil méfiant à Shuu, placé derrière elle. Celui-ci se voulait rassurant et restait adossé contre le banc, surveillé par Glenn qui avait tenu à prendre Justine à côté de lui. Cat, un peu plus loin, avait été mise en sourdine grâce à une barrière sonore de Killian. Celui-ci se trouvait d’ailleurs assis au dernier rang, coincé entre Melosa et Kanon. Crystal et Flora, serrées l’une contre l’autre, étaient au fond également.

Mentaline, elle, se trouvait sur une espèce d’estrade aux côtés de Lance Wataru. Elle avait tout installé. La Brain Sphere avait été mise en mode externe. Passant de la sphère au plat, elle s’était changée en tableau intelligent. Un peu stressée, Mentaline se tordait nerveusement les mains. Elle ne connaissait pas toute l’assemblée personnellement, ce qui ne l’aidait pas. Mais elle n’était pas Mentaline Weiss pour rien.

- Commençons par le commencement. Sachez que je me suis rapidement entretenue avec tout le monde pour récolter les dernières précisions et donner une vision globale de ce qui se passe depuis le début. Vous ne savez peut-être pas le moins du monde ce que vous fichez là, et c’est pour ça que j’ai tenu à faire cette réunion. Ce qui va suivre est long et compliqué, donc arrêtez moi si… vous ne saisissez pas quelque chose.

Les coordinatrices au premier rang lui firent un sourire.

- L’histoire commence dans un autre monde. Un certain Shuu Jaggerjack, ici présent, décida de changer le destin de pleins de gens.

Shuu se leva et fit une ironique courbette.

- Il a un beau jour eut envie de s’envoler pour le Pokémonde. Et il a décidé de ne pas y aller seul. Il a choisi cinq personnes via le biais d’un site appelé Meetic, fit-elle en faisant apparaître le logo sur la Brain Sphere. Ces cinq personnes étaient Kanon Simiophia, Mey Milkya, Bleuts Prussalia, Cat Pandora et moi-même. Nous avons été accueillis par une amie de Shuu, Mista, puis envoyés dans le Pokémonde où nous avons rencontré Silver Soul, une fille, à l’époque.

Silver grogna de mécontentement. Mentaline le gratifia d’un sourire faussement amusé – l’heure n’était pas à la rigolade.

- C’est là que les choses pas nettes ont commencé à se produire. L’apparition d’un certain Jû. J’ai tenté d’en faire un portrait 3D, de mémoire.

La Brain Sphere afficha l’image d’un grand roux. Diverses informations apparaissaient à côté, comme sa taille, les paroles exactes qu’il avait prononcées, le type de pistolet qu’il portait, ainsi qu’un grand 10 à côté de sa tête.

- Cet homme nous a attaqués sans raison, simplement pour récupérer notre ADN. Le mystère était complet, mais après quelques recherches, il était facile de prouver qu’il venait de notre monde, que nous appellerons dans cette réunion le Monde Réel. Son revolver ne peut être trouvé que dans notre monde. Puis les aventures se sont succédées. Et finalement nous nous sommes séparés. Sans le savoir, ainsi répartis en trois groupes, nous avons tous rencontré un ou plusieurs membres d’une plus grande organisation. Une organisation qui n’est pas destinée à faire le bien, et qui est responsable de tous les malheurs qu’il a pu vous arriver jusqu’à présent – une grande partie tout du moins. La M-Organisation.

L’assemblée garda le silence, suspendue aux lèvres de la jeune fille.

- Elle est visiblement composée de dix personnes ainsi que d’un chef. Les dix personnes sont toutes extrêmement dangereuses. Jû est l’une d’elle. On suppose qu’il est mort, mais il peut tout aussi bien être toujours vivant. Il était le numéro 10, comme l’indique son nom « Jû », qui signifie « 10 » en japonais – en vieux sinnohien pour vous.

Mey haussa les sourcils, surprise.

- Nous avons rencontré le numéro 9 peu après. Il s’agissait de Kyû. Là encore, seuls Shuu, Cat, Silver, Mey, Kanon, Bleuts et moi-même, appelons ça le Groupe Originel, l’avons vu.

Elle en montra un portrait qu’elle avait fait elle-même, une fois encore avec toutes les informations.

- Déjà, Kyû était un être spécial. Il était empathe, une forme d’empathie avancée puisqu’il pouvait connaître précisément les émotions et les pensées globales d’une personne à se portée. Le pauvre était cependant malheureux d’appartenir à la M-Organisation. J’en ai déduit que ce n’était pas une organisation que l’on rejoignait par conviction. Je me trompe, Glenn ?

Celui-ci, un peu gêné d’être ainsi désigné, hocha simplement la tête.

- C’est bien ce que je pensais. On remarque donc que ce Kyû avait des pouvoirs surnaturels. Il est décédé car il ne pouvait pas rester dans le Pokémonde plus de trois jours, son ADN étant déjà possédée par quelqu’un du Pokémonde – c’était pour cette raison que la M-Organisation souhaitait notre ADN, pour pouvoir rester plus longtemps dans le Pokémonde.
- Vous avez un temps déterminé avant de mourir ? demanda Killian.
- En quelques sortes, mais il est long. Nous pouvons le rendre infini en tuant la personne qui possède la même ADN et qui réside actuellement dans le Pokémonde. On appelle cette personne notre Jumeau Spirituel. C’est ce qu’a fait, par exemple, Kanon, ou encore Glenn. Ils ont gagné le droit de rester autant de temps qu’ils veulent. La M-Organisation a réussi à récupérer notre ADN, par le biais de Bleuts. Ainsi, ses membres possèdent un temps égal au notre, à savoir un peu plus d’un an, indiqua Mentaline. Passons maintenant au numéro 8 : Hachi.

Une photo de la jeune fille aux yeux vairons apparut, prise par Shuu avec sa MeeticMontre. Une représentation 3D hypothétique l’accompagnait. Killian plissa les yeux, tandis que Glenn repensait avec nostalgie aux moments qu’il avait passés avec elle et San.

- Cette jeune fille est la meurtrière d’Albert, le Champion de Mauville.
- Donc ce n’est pas vous… marmonna Jasmine.
- Non. Elle l’a avouée elle-même devant Melosa et Killian. C’est en partie pour ça qu’ils sont ici. C’est par ailleurs Killian ici présent qui a mis fin à la vie de cette jeune fille.
- Je n’ai fait que mon travail, souffla sèchement Killian.
- Je ne dis pas le contraire, répliqua Mentaline. Je suis au contraire très contente que tu l’es fait. Ce serait fâcheux si elle était toujours en vie. Elle était spécialiste des pièges, et possédait visiblement une ingéniosité hors du commun qui a failli coûter la vie à Shuu. C’est une adversaire en moins.

Killian hocha la tête, sous l’œil réprobateur de Melosa.

- Tu n’aurais pas dû la tuer, marmonna Melosa froidement.
- On en a déjà discuté, tais-toi et écoute, souffla Killian.
- La numéro 7, Nana, n’a été que rapidement aperçue par Mey et les autres sauveteurs des Chapeliers de l’Abysse. On la sait rousse et de corpulence très féminine, avec des traits rudes. Elle doit posséder des pouvoirs mais ils nous sont inconnus, et Glenn est incapable de nous en dire plus pour une raison que nous verrons plus tard. Elle est bien vivante à l’heure actuelle et reste un dangereux adversaire qu’il ne faut pas sous-estimer. Elle avait des subordonnés qui se sont battus contre les sauveteurs et se sont tous fait tuer. Ils restent cependant la preuve que la M-Organisation est plus grande que dix personnes même si les subordonnés sont relativement faibles.
- C’est pas toi qui t’es battue contre un Gold enragé… marmonna Mey.
- Gold est d’ailleurs un merveilleux indice. Il a agit contre son gré en tentant de tuer Mey et Silver. Il était comme possédé, d’après un rapport de Creepy-chan. Nous y reviendrons. Passons ensuite au numéro 6, prénommé Roku.

Dans la tête de Killian, l’Esprit de Bleuts se recroquevilla.

- Bleuts Prussalia est tombée par hasard sur cet agent de la M-Organisation. Il a tenté de la tuer et de la torturer, mais fut arrêté par Kanon. Par la suite, Bleuts et Roku sont tombés amoureux. San, numéro 3 dont je ne vais pas tarder à parler, a inventé un jeu pervers qui a abouti au meurtre involontaire de Roku par Bleuts. La pauvre s’est rendue compte de son acte et s’est décomposée jusqu’à ne devenir qu’un Esprit. Elle « habite » désormais dans la tête de Killian.
- Bleuts est à l’intérieur de Killian ? s’étonna Mey. Sérieux ? C’est scientifiquement possible ça ?
- J’étais aussi surprise que toi, indiqua Mentaline. Mais c’est la vérité. Roku, donc, était un schizophrène dangereux. Moins dangereux cependant que le numéro 5. Numéro 5 qui est présent avec nous, merci d’accueillir Glenn, anciennement Go, numéro 5 de la M-Organisation, lança la jeune fille.

Glenn lança un regard noir à Mentaline tandis que tout le monde se tournait vers lui.

- Il est capable de déployer une force inhumaine et de frapper les choses à distance. Cependant… il est de notre côté, ajouta Mentaline. Il est un atout majeur alors je vous prierai de le traiter normalement.
- Pourquoi ne nous dit-il pas tout, alors ?! demanda Jasmine.
- Parce qu’il ne peut pas, répliqua Mentaline un peu sèchement. Patiente. Je disais donc, il est le numéro 5. Vous remarquerez que plus on se rapproche de 1, plus la puissance augmente. Vient logiquement le numéro 4, Yon. Beaucoup ici l’ont déjà rencontré, et voici sa photo.

La photo prise par Yasuko au laboratoire du prof Orme apparut. Il s’agissait de Yon en compagnie de Midona. Mey resta figée, bouche entrouverte.

- PUTAIN MAIS QU’EST-CE QUE MA SŒUR FOUT ICI ? hurla-t-elle à la surprise de l’assemblée, redoutant la réponse.

Mentaline garda le silence et fit un petit signe de tête à Lance. Celui-ci tendit la main à Mey, et elle le suivit dehors, les larmes aux yeux.

- Je disais donc que Yon était quelqu’un de très dangereux, reprit Mentaline après s’être raclée la gorge. Il utilise une forme d’hyper vitesse un peu compliquée à expliquer – des schémas sont disponibles si ça intéresse quelqu’un – mais en gros il est impossible de lutter contre lui avec notre pauvre vitesse humaine, c’est pourquoi si vous le croisez, ne le provoquez pas et tentez de l’immobiliser avec des Pokémon psychiques. Grâce à lui la M-Organisation possède un moyen de déplacement quasi-instantané, aussi si vous comptez un jour leur échapper, ne comptez pas sur la distance pour vous protéger.

Mey et Lance revinrent dans la salle, et le silence se fit. Mey ressemblait à un cadavre tant elle était pâle et tant ses yeux étaient écarquillés par l’horreur. Elle s’échoua sur le banc, loin de tout le monde, et resta là, immobile et amorphe. Silver tenta de se rapprocher d’elle, mais elle lui lança un regard si meurtrier qu’il en resta figé et s’éloigna sans demander d’explication. Mentaline, peinée, continua néanmoins son exposé.

- San, numéro 3, est le responsable de la mort de Roku et du chagrin de Bleuts. Il était le petit ami d’Hachi. Il possède des pouvoirs psychiques dont l’étendue nous est encore partiellement inconnue. D’après Killian ses pouvoirs seraient globalement égaux aux siens, ce qui représente un danger extrêmement conséquent. Il maîtrise la téléportation et le contrôle des os humains. Il est un spécialiste des jeux cruels ; c’est lui qui a failli tuer Mey et Creepy-chan après la libération des Chapeliers.
- J’aimerais bien savoir comment ça c’est passé, cette libération, intervint Sœur Chapy.
- Creepy-chan ? Tu expliqueras mieux que moi.

Creepy-chan se leva, et dût faire de gros efforts pour ne pas raconter son histoire en hurlant des insanités glauques. Elle raconta tout depuis le départ de l’arène, sans rien omettre. Mentaline elle-même resta très intéressée par ses paroles. Creepy-chan était visiblement très douée pour raconter des histoires passionnantes. Quand elle eut fini sur la torture de Mey et l’intervention salvatrice de Killian, elle se rassit tranquillement et Nozomi lui adressa un pauvre sourire.

- Merci Creepy-chan… Des questions ?
- Comment Gold est-il mort ? demanda Shuu.
- C’est précisément le point le plus délicat du récit, qui n’est basé que sur des hypothèses… soupira Mentaline.
- Comment Jasmine a réussi à tuer des gens avec ses Pokémon ? demanda Flora.
- Je le fais indirectement… Je leur ordonne une attaque non mortelle sur un autre Pokémon ou sur une partie de l’environnement, et par réaction en chaîne, cela provoquera la mort, expliqua Jasmine d’un ton neutre.
- C’est illégal, marmonna Killian.
- Tu as juste la possibilité de faire légalement ce que je fais illégalement, répliqua Jasmine. Nous sommes pareils sur ce point là. Et je me devais de le faire pour Denzi.
- Je suis sûr qu’il t’en est très reconnaissant… railla Killian en faisant allusion au mutisme du jeune homme.
- S’il vous plaît, ne vous entretuez pas, coupa Mentaline. Si vous commencez comme ça, on est dans la merde pour la suite. Je passe aux numéros 2 et 1. Là, je laisse la parole à Lance Wataru – oui, c’est le vrai.
- Donc… Je me présente, Lance Wataru, Chef du Gouvernement de Johto. Sur le papier du moins, parce que l’on vient de me dérober la place, expliqua-t-il. L’homme qui dirige actuellement Johto n’est pas moi. C’est, d’après les suppositions de Mentaline, le numéro 1 de la M-Organisation. Je l’ai rencontré en même temps que j’ai rencontré Yon et Ni, ainsi qu’une troisième personne dont Mentaline vous parlera en détail. Ils m’ont attaqué alors que la sœur de Mey, Midona, se faisait passer pour la Chef de l’Organisation. Ichi, le numéro 1, a tué mon Dracolosse. Il est extrêmement puissant et est capable de modifier son corps. Nous n’en savons pas beaucoup plus, sinon qu’il peut faire grossir sa main et atteindre une puissance suffisante pour broyer le crâne de mon dragon – qui n’était pas d’un mauvais niveau, je pense que vous en avez conscience. Mentaline suppose qu’en vue de cette démonstration de force, il est capable de se transformer en à peu prêt n’importe quoi. On suppose qu’il a prit ma place au Gouvernement et que la M-Organisation a désormais tous les pouvoirs à Johto.

Il marqua une pause, laissant le temps aux autres de digérer l’information.

- Quant au dénommé Ni, il est capable de modifier les atomes, une forme d’alchimie. Il peut changer un élément en un autre, y compris en or, ce qui serait la source de la richesse apparente de l’organisation. Voilà, ils m’ont donc pris ma place et forcé à fuir. Je me suis réfugié à l’Abbaye et j’y ai trouvé Mentaline. Nous avons décidé de coopérer, et heureusement que Flora et Crystal étaient parvenues à trouver un QG car nous avons dû nous enfuir une nouvelle fois quand Joachim, mon subordonné, possédé lui aussi, nous a attaqué. Mentaline l’a neutralisé et attaché, il est dans les vapes dans la salle d’à côté, termina Lance.
- Qu’est devenue la sœur de Mey ? souffla Silver.
- … Elle est morte, avoua Lance.

Silver comprit alors pourquoi Mey était dans cet état. Par respect, il ne dit rien, partant du principe qu’elle avait besoin de temps pour se remettre d’une telle horreur. Il se promit cependant d’essayer d’aller lui en parler le lendemain.

- Est-ce qu’on va finalement en savoir plus sur cette histoire de contrôle ? s’impatienta Melosa.
- J’ai fini de présenter les dix membres, j’allais donc y venir. Le cerveau. Le chef. Il ne s’agit pas de l’un des dix numéros, il s’agit de quelqu’un d’au-dessus d’eux. Vous avez sûrement déjà entendu le nom de « M-M ». C’est comme ça qu’ils l’appellent, puisqu’ils ne connaissent pas son vrai nom. C’est une femme, une femme que Wataru a rencontré. Et que nous, Chapeliers originels, Shuu, Mey, Kanon, Bleuts, Cat et moi-même, avons rencontré également.

Mey sembla sortir quelques instants de sa torpeur, intéressée par ce qui allait suivre. Elle tendit l’oreille. Shuu avait déjà deviné à l’instant où elle avait parlé du groupe originel. Cela ne pouvait être qu’elle, mais il se refusait d’y croire, de réaliser qu’en voulant vaincre l’autorité de ses parents et du monde qui le détestait, il s’était lui-même fait utiliser comme un vulgaire pantin. Kanon, qui s’était tue depuis le début de la réunion, attendait la réponse à toutes ses interrogations. Bleuts, à l’intérieur de Killian, s’était mise aux aguets. Elle voulait savoir qui était responsable, qui devait payer pour ces immondices inqualifiables. Cat entonna « We are the champions », sans que personne ne puisse l’entendre, coincée dans sa barrière anti-ondes sonores. Mentaline laissa durer un peu plus le silence, puis lâcha finalement les deux mots fatidiques.

- Mista Meetic.

Shuu laissa tomber sa tête entre ses mains, dévasté, furax, mais tenant à sa dignité. Mey écarquilla les yeux en repensant à cette femme enjouée qui semblait aussi innocente qu’un chevreuil. Kanon garda une expression neutre, très surprise intérieurement. La colère qui se déversa à l’intérieur de Killian le surprit lui-même. Il intima à Bleuts de se calmer, mais elle lui répondit d’aller se faire foutre.

- Cette femme était un mystère jusqu’à ce que tout à l’heure, cheminant sur l’un des Dracolosse de Lance, je me rende compte de l’évidence. Elle était un problème parce qu’elle était à la tête d’une organisation gigantesque aux pouvoirs immenses, alors qu’elle-même n’avait rien d’extraordinaire. Elle n’est pas puissante, elle n’est pas particulièrement attirante et elle ne semblait posséder aucune capacité particulière ou richesse considérable, puisque dans ce cas là Ni n’aurait aucune raison de la rejoindre, étant capable de créer de l’or à volonté. Et c’est là que j’ai fait le lien avec Gold, avec Joachim, puis en arrivant ici, avec Glenn. Mista Meetic a le pouvoir de soumettre les gens à sa volonté. Par un moyen qui nous est inconnu pour le moment, elle peut s’accaparer tout contrôle sur un être humain. Cela expliquerait pourquoi Glenn ne peut ouvrir la bouche quand on tente de lui soutirer certains renseignements, ou pourquoi Gold a attaqué Mey contre sa volonté, ou encore pourquoi Joachim a tenté de tuer Wataru, avec lequel il était auparavant très proche. La mort subite de Gold reste cependant un mystère. Peut-être est-ce un effet à retardement du contrôle de l’esprit, ou peut-être sa mort n’a rien à voir avec le contrôle. Quoi qu’il en soit, ce pouvoir est extrêmement puissant puisqu’il annihile toute volonté de se soulever contre elle en cas de besoin. L’opération est peut-être extrêmement complexe et longue, mais il subsiste l’éventualité qu’elle puisse contrôler uniquement avec ses yeux ou même la pensée, ce qui fait d’elle la supérieure de tout humain.
- Et on est censés tenter de lutter contre ça ?! s’étonna Crystal. On ne pourrait pas juste… rester ici, à l’abri du danger ?
- C’est vrai que c’est tentant. Mais je vais maintenant vous rapporter ses plans, entendus par Wataru. Cette femme est folle. Ce qu’elle veut, c’est le pouvoir suprême. Elle ne veut pas seulement devenir Déesse du Pokémonde, elle veut devenir la déesse qui contrôle tous les mondes existants. Avoir tout pouvoir sur chaque chose existante, chaque pensée, chaque action, chaque destin.
- Elle est complètement barrée, en fait, résuma Kanon.
- D’après elle, ce n’est pas qu’un rêve. Elle semble penser sincèrement que c’est possible. Elle dit que cela s’appelle devenir la maîtresse de l’Omniscient, l’Omniscient désignant tous les mondes existants. Elle a apparemment mis au point une bombe – qu’elle appelle Bombe NEO - qui serait censé détruire tous les habitants naturels de ce monde, et ce sur un rayon qui couvrirait tout Johto.
- Quoi ? s’étonna Flora. Et comment une telle bombe pourrait exister, c’est insensé !
- Non, ça ne l’est pas, répondit Mentaline. Vu le niveau de technologie qu’a atteint votre monde, une bombe qui détruirait toute chose organique n’est absolument pas inimaginable. Dans notre monde, certains pays ont suffisamment de puissance pour raser la planète une dizaine de fois. Et c’est sûrement le cas du votre également, seulement ce n’est pas rendu public. Je me trompe, Wataru ?
- A moitié. C’est vrai que notre puissance militaire est très avancée, mais par accord tacite nous nous sommes refusés à développer de telles armes. Nous préférons rester à la traditionnelle armée humaine, aidée par les machines comme les submersibles, par exemple. C’est bon pour l’économie et le marché du travail, et en plus les bombes coûtent extrêmement cher à développer. Mais bien sûr, si on voulait les construire, ce serait un jeu d’enfant, ajouta Lance dans sa barbe de trois jours.
- Bref, elle possède cette bombe dont le fonctionnement exact est inconnu. On sait seulement qu’elle a besoin d’être refroidie jusqu’au zéro absolu pour exploser. C’est là que c’est aberrant. Une bombe qui explose en refroidissant, c’est contraire à tous les principes physiques, et atteindre le zéro absolu, n’en parlons pas. C’est normalement impossible, mais nous sommes dans le Pokémonde et il existe un Pokémon capable d’atteindre cette température. Il s’agit de Kyurem. Je pense qu’elle ne l’a pas encore en sa possession, sinon elle aurait déjà agi. Elle compte donc faire péter sa bombe NEO et ainsi alerter Dieu pour qu’il descende sur terre.
- Elle en a d’autre des religieusetés comme ça ? Il lui manque une case à cette garce ! s’emporta Silver.
- Même en temps que personne proche du saint et tout puissant Godmishuu, une telle chose ma parait totalement absurde, souffla Sœur Chapy. Le Godmishuu s’inquiète de l’avenir du monde, mais s’il souhaite préserver les humains, il empêchera cette Mista d’agir. S’il la laisse faire, il ne risque pas de descendre sur terre, puisque cette explosion sera le fruit de ses souhaits. Elle est donc stupide.
- Je pense qu’elle a une vision plus scientifique de Dieu, intervint Creepy-chan. Qu’elle considère qu’il est matériel et par conséquent, qu’il n’est pas infaillible. A ce moment là, ça pourrait presque tenir comme hypothèse.
- Presque, soupira Mentaline. Presque, car elle compte le battre et l’obliger à exaucer son vœu : devenir la maîtresse de l’Omniscient. Cela induit qu’elle batte Dieu, ce qui est quand même peu probable. En revanche, faire exploser Johto est tout à fait possible, il faut donc l’en empêcher, conclut Mentaline.
- On va se battre contre elle ? lança Kanon.
- Qui va le faire sinon ? Nous sommes les seuls à savoir. Et la majorité des personnes présentes ici sont parmi les plus puissantes de tout le Pokémonde. Tenter une rébellion n’est pas dénué de sens. Si nous ne faisons rien, c’est un pays entier qui sera complètement rasé, déclama Melosa.
- Je suis d’accord avec elle, pour une fois, marmonna Killian.

Tout le monde hocha la tête, et même Jasmine n’y trouva rien à redire.

- Nous sommes d’accord, sourit Mentaline, satisfaite.
- Une idée de nom pour notre organisation ? demanda Shuu.
- T’aime trouver des noms aux choses, toi, railla Glenn.
- T’étais bien content quand je t’ai trouvé un prénom moins moche que celui que t’avais donné Mista, répliqua Shuu.
- Moi je trouve que Chapeliers, c’est déjà vraiment cool ! lança Kanon.
- C’est quand même péjoratif… marmonna Shuu.
- Et alors ? Nous ne sommes pas des super-héros, juste des gens normaux qui veulent sauver le monde ! lança Silver en repensant aux paroles de Mey.
- Une objection ? demanda Mentaline, à laquelle seul le silence répondit. Adjugé vendu. Bienvenue à Zarbitopia, QG des Chapeliers. Mais avant de vous laisser dormir, j’aimerais vous parler de la suite. On ne sait pas quand la M-Organisation va agir, mais j’ai une petite idée sur l’endroit.

Lance la regarda, n’étant pas au courant de cette partie du discours.

- Je pense que Mista va chercher à s’emparer de Kyurem pour faire exploser la bombe, ce qui me parait logique. Nous savons également que N Harmonia, souverain d’Unys, souhaitait déclarer la guerre à Johto. Kyurem est un Pokémon d’Unys, et il est très probable qu’il s’y trouve. Et les endroits les plus plausibles sont ceux contrôlés par la famille royale. Car quoi de plus logique que de récupérer des Pokémon surpuissants quand une guerre se prépare ? J’ai donc fait quelques recherches sur le site de la famille Harmonia, et après une petite demi-heure de piratage, j’ai découvert que N Harmonia avait disparu soudainement, sans laisser de trace et ce dans un intervalle temporel extrêmement réduit. J’ai donc fait le lien avec l’extrême vitesse de Yon… Et voici mon hypothèse. Ils ont capturé N Harmonia et lui ont soutiré l’emplacement de Kyurem. Ils lanceront donc, sans doute, une attaque dans peu de temps. Les lieux les plus probables, à mes yeux, sont le Château des Harmonia, la Banque Royale, et le Siège de l’Armée Dynastique. Je propose une mise en surveillance de ces trois lieux, qui ne sont pas très éloignés géographiquement. En cas d’incident, nous serons prévenus et nous pourrons nous rassembler pour agir.
- Ca me semble être un plan raisonnable, observa Melosa.
- Oui, cha me parait logique, ajouta Nozomi.
- C’est un peu hasardeux quand même, objecta Killian. D’une part, cette surveillance doit-être absolument secrète, or nous sommes tous recherchés – certains sont même censés être morts, je pense à Melosa et Kanon – et ces endroits sont parmi les plus gardés du Pokémonde. D’autant plus que la dynastie des Harmonia est un peu folle mais est loin d’être dénuée d’intelligence. Or cacher une chose si importante dans des lieux aussi évidents n’est pas forcément une très bonne idée.
- Mais si ce sont les lieux les mieux gardés, ça se tient, soutint Lance.
- De toute façon je vois pas ce qu’on peut faire d’autre, intervint Crystal. Je propose d’ajouter au plan quelqu’un qui soit constamment en train d’éplucher le fil d’infos de la Brain Sphere. Si des personnes aussi puissantes entrent en action, ce ne sera pas dans la douceur et je pense que nous en serons très vite au courant.

Killian resta pensif quelques instants, observés par tous. Finalement, il haussa les épaules.

- Faite comme vous voulez, vous avez mon soutien. Je n’ai rien de mieux à proposer et vous semblez intelligente, je me mets à votre service, déclara-t-il.
- Je pense qu’on peut prendre le risque de tous se reposer ce soir. Nous sommes tous au bout du rouleau, prenons une pause. Le plan entrera en action demain matin, donc soyez prêts. Sur ce, bonne nuit !


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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Ven 1 Mar 2013 - 21:02

Bravant ma crise de nerf due à la disparition de mes documents, voilà le chapitre Pervy Silver Pas grand chose à dire dessus, en fait, je vous laisse le découvrir

Résumé :
Spoiler:
 

Et personnages !
Spoiler:
 
Bonne lecture Higher and higher.




- Dépêchez-vous, bordel ! rugit Melosa.

Elle, Jasmine, Denzi, Justine, Glenn et Silver se trouvaient sur les toits de Janusia, capitale économique d’Unys, dans laquelle se trouvait la fameuse Banque Royale. Perchés sur les immeubles, la petite troupe avançait difficilement ; d’une part à cause du vent violent qui manquait de les faire tomber de haut à chaque seconde, d’autre part à cause de Denzi et Justine, amorphes, qu’il fallait trainer physiquement. Pour Justine, portée par Glenn et sa force surhumaine, ce n’était pas vraiment un problème. En revanche, Jasmine tirait son petit ami par le bras, et même si celui-ci daignait parfois faire quelques pas, il n’aurait même pas gagné un marathon face à des arbres.

- Pourquoi c’est à moi qu’on a refilé cette équipe de bras cassés ? se plaignit la championne d’Unys avec un soupir.

Jasmine lui envoya des ondes meurtrières.

- Je suis forte, dit-elle. Et si vous me voulez avec vous, il va falloir également supporter Denzi.

Melosa soupira. Silver, silencieux, avançait sans rien dire. Il n’avait toujours pas parlé à Mey après qu’elle ait apprit la mort de sa sœur. Il avait bien essayé, ce matin, mais quand il était arrivé devant la maison de marbre, son courage s’était évanoui. Que pouvait-il lui dire après une telle nouvelle ? Ce genre de chose était inconsolable, peu importe comment il abordait la chose. Impuissant, il déprimait.

Distrait par ses noires pensées, il trébucha et s’étala de tout son long. Glenn arriva derrière sans le voir – il portait Justine – et écrasa le pauvre Silver de ses 90 kilos de muscle.

- Oups, désolé le rouquin, marmonna-t-il en le relevant comme s’il n’était qu’une vulgaire plume.

Glenn d’ailleurs, n’en menait pas large non plus. Justine n’avait pas arrêté de raconter des histoires depuis qu’ils étaient partis ce matin, à l’aube. Le voyage à dos de Pokémon avait duré quatre longues heures, quatre longues heures durant lesquelles Glenn n’avait eu de cesse de tenter de lui parler, de la faire réagir, qu’elle quitte enfin cet état de torpeur prolongé. Mentaline, en l’examinant avant de partir, avait été claire. « Elle n’a pas perdu la raison. Elle n’est pas restée assez longtemps à l’Abysse pour ça. Justine est simplement entrée dans une stratégie de déni de la réalité, parce qu’elle ne voulait pas admettre qu’elle allait rester emprisonnée pour plusieurs années. Il suffit qu’elle se retrouve dans une situation qui réveillera ce qu’elle était avant. »

Elle lui avait ensuite conseillé de prendre Justine avec lui, arguant que c’était le meilleur moyen de la faire redevenir elle-même. Elle avait aussi ajouté que Melosa serait également d’une grande aide puisqu’elle la connaissait bien avant Glenn. Jaloux de la championne, le numéro cinq de la M-Organisation avait acquiescé, amer. Et depuis ce matin, ses efforts restaient sans succès.

- Courage, on y est presque ! lançant Melosa, les cheveux au vent.

Jasmine se démenait. Même si elle faisait sa princesse, elle ne voulait pas ralentir le groupe, suffisamment intelligente pour comprendre que l’avenir du monde en dépendait. Or, Denzi, même s’il ressemblait à un fil de fer après deux ans passés à ne rien faire de ses muscles, restait quand même un homme adulte, et n’était pas des plus simples à tirer. Sa façon de marcher était d’ailleurs très étrange ; il n’avait aucune conscience du monde qui l’entourait, mais son corps avait gardé en mémoire les réflexes de survie basique. Aussi, quand Jasmine tirait un coup sec, au lieu de s’étaler au sol, son corps lui faisait faire quelques pas pour éviter la chute, et c’est ainsi qu’ils avançaient péniblement. Glenn, constatant que la jeune femme était presque à bout de force, lui proposa son aide.

- Je peux le porter aussi, si tu veux…
- C’est gentil, mais ça ira pour moi, sourit Jasmine.

Glenn hocha la tête, compréhensif. Lui non plus, même s’il avait été faible, n’aurait pas aimé qu’on lui propose de l’aide pour porter Justine.

- PATROUILLE ! beugla soudain Melosa.

Pris de court, les autres Chapeliers cherchèrent de quoi elle parlait. Ils ne comprirent qu’en levant la tête, apercevant ainsi les mêmes « avions » qu’à l’Abysse : ces espèces de demi-sphères remplies de policiers qui volaient magnétiquement. Melosa s’était ruée vers la petite cabane en béton qui permettait l’accès aux étages inférieurs de l’immeuble. Tous l’imitèrent du plus vite qu’ils purent alors que la patrouille se rapprochait dangereusement. Quand ils arrivèrent devant la porte, un cadenas gros comme une balle de tennis sembla les condamner à mort.

- Et merde ! jura Melosa, stressée.

Glenn ne fit pas autant de chichis et défonça la porte en métal d’un léger coup de poing. Ils se précipitèrent à l’intérieur, terrés dans l’escalier de l’immeuble comme des Taupiqueurs dans leurs galeries. Ils attendirent ainsi une dizaine de minutes, à l’affut, prêts à dégainer leurs Pokémon si un policier se pointait.

- Ils sont partis ? chuchota Glenn.
- Il faisait tout noir dans la grotte du méchant Carmache, mais les vaillants Pokémon ne craignaient pas la colère de l’ennemi ! s’emporta Justine, s’agitant dans les bras de Glenn, atterré.
- Je pense que oui, souffla Melosa, triste également.

Ils sortirent et constatèrent avec soulagement que l’avion s’était éloigné.

- C’est un drôle de pays, Unys, fit remarquer Jasmine. A Johto, il n’y a jamais de patrouille aérienne.
- Détrompe-toi, depuis l’incident Chapelier à Doublonville, je mets ma main au feu que la sécurité a été complètement repensée, et qu’ils sont passés aux avions. Au moins, l’intérêt d’Unys, c’est que vous êtes beaucoup moins connus. Unys n’étant relié à aucune autre région, les habitants n’ont quasiment rien à faire des criminels étrangers. Ils pensent qu’ils n’ont rien à craindre, ces imbéciles.
- A mon avis, ils nous connaissent, marmonna Glenn. On est quand même responsable de ta mort, Melosa, et ils t’aimaient beaucoup.
- Pas faux. De toute façon, on est juste en mission de surveillance, il n’est aucunement question de se mêler à la foule.

Ils marchèrent encore une petite heure, sautant d’immeuble en immeuble, ce qui rappela à Glenn l’épisode de Doublonville – et ils avaient failli y rester. Le point positif, c’était que cela pouvait éventuellement rappeler des souvenirs à Justine. Il s’accrocha à cet espoir.

- Nous y voilà, souffla Melosa, extenuée.
- Wow, lâcha Silver, pourtant silencieux depuis le début.

La Banque Royale n’était pas royale pour rien. Située en plein centre-ville, en face d’une magnifique fontaine représentant un Trioxhydre plaqué de feuille d’or, un immense bâtiment dominait toute la place. D’un style ancien mais classe, il était constitué d’une série de colonnes asymétriques dont aucune n’était perpendiculaire au sol. En pierre blanche, décoré de bas-reliefs représentant des scènes historiques du royaume d’Unys – comme le sacre de Giselle Harmonia, fondatrice de la dynastie royale actuelle -, l’édifice resplendissait de mille feux. La porte, d’aspect boisé, semblait incrustée de pierres précieuses et un tapis rouge de velours y conduisait. Les gardes même étaient resplendissants ; habillés d’une magnifique tenue noire chromée futuriste qui contrastait sans vulgarité avec le décor antique, ils avaient tous l’air de top modèles bien élevés. Ils faisaient même des courbettes lorsque quelqu’un pénétrait dans la banque. Ils ne semblaient pas porter d’armes, ce qui étonna Glenn.

- Leur combinaison se suffit à elle-même, expliqua Melosa, calée sur le sujet. Ils ont des mitrailleuses dans les avant-bras, des narcotiques foudroyants dans les doigts, un taser dans la paume de la main et un Canon à Vibration sous le pied droit. Bref, ne vous y fiez pas, même s’il n’y en a que six, ils sont très dangereux. Ils appartiennent à l’USH, Unité Spéciale des Harmonia, cent hommes d’exceptions. Ce sont les mêmes qui gardent le Château des Harmonia et qui, d’après Mentaline, s’occupent actuellement de retrouver N.
- C’est du lourd, ces bestioles, marmonna Glenn. Et maintenant ?
- On attend, je suppose, soupira Jasmine, crevée.
- On risque pas de se faire repérer en restant là ? demanda Glenn. On est un peu à découvert…
- L’intérêt de l’USH, c’est qu’elle est incroyablement fidèle aux ordres. Ceux-là doivent éliminer toute menace qui attaquerait la Banque Royale. Or, nous n’attaquons en aucune sorte, donc il n’y a pas de problème. Le problème ce sont les patrouilles aériennes. Elles ne nous rateront pas.
- Restons sur nos gardes, dans ce cas.


- Nous y voilà, annonça Lance.

Assis à califourchon sur un Dracolosse, Kanon siégeait derrière lui, peu rassurée à cette altitude. Un autre dragon les suivait et portait Sœur Chapy et Sœur Shana, silencieuse depuis le début du voyage. Creepy-chan, accompagnée de son Togekiss, avait fait le trajet grâce à ses pouvoirs d’Echo qui lui faisaient pousser des ailes.

En dessous d’eux, le Château des Harmonia. Ils ne le voyaient pas bien, car ils étaient à très haute altitude, mais il pouvait déjà deviner que l’édifice était monstrueusement gigantesque. Kanon songea à ces magnifiques palais moscovites, dont l’architecture était très ressemblante. De hautes tours, des toits bombés et colorés dans des tons dorés et ocres, la royauté étalait ici toute sa richesse et son extravagance. Les fenêtres étaient immenses et décorées de vitraux complexes, tandis que des marches qui s’emblaient interminables permettaient d’accéder à la porte principale du palais. Autour de ces escaliers, une immense cour était aménagée pour accueillir le plus de monde possible lors des cérémonies importantes. Le palais était organisé en demi-ellipse. Il n’y avait aucune habitation aux alentours ; le château était complètement isolé. La seule exception était une grande route, traversant une immense forêt, qui y menait et qui ne devait servir que pour les grandes occasions.

- Descendons un peu, dit Lance.

Creepy-chan hocha la tête et elle suivit les deux dragons de Lance dans leur lente descente.

- Monsieur Wataru ? demanda Sœur Shana.
- Oui ?
- On est où exactement ?
- Tout à fait au nord de Janusia, indiqua le Chef du Gouvernement. Ce qui fait qu’on n’est pas très loin des deux autres groupes. Celui de Melosa se trouve au cœur de Janusia, et celui de Killian Heart est encore plus au nord, dans les montagnes. Ils doivent déjà s’y trouver depuis longtemps d’ailleurs, ça va beaucoup plus vite avec Téléport.

Ils arrêtèrent de descendre à une altitude raisonnable, de laquelle ils parvinrent à détailler un peu plus le château.

- C’est étrange, il n’y a quasiment pas de gardes… fit remarquer Kanon.
- Ils sont partis chercher N Harmonia, sans doute, fit amèrement Lance Wataru.
- Vous n’avez pas l’air de beaucoup l’aimer, fit remarquer Sœur Chapy.
- Il veut déclarer la guerre à Johto, il serait plus étonnant que je le porte dans mon cœur, soupira Wataru, sarcastique.
- A-t-il une raison de le faire ? Je sais que ce n’est pas vraiment le sujet de notre venue ici, mais cela m’intrigue beaucoup. Nous, dévoués aux Godmishuu, ne sommes généralement que peu intéressés par la politique, mais une haine dénuée de raison n’est que peu probable, et je me permets de penser que des raisons plus profondes animent ses actes, exposa Sœur Chapy.
- … En vérité, ce n’est pas N Harmonia qui est à l’origine de tout ça. Certes, il est Roi d’Unys et a tout pouvoir de décision, mais personne n’est dupe ; c’est son père, Ghetis Harmonia, ancien roi, qui tire les ficelles. J’imagine que vous en avez déjà entendu parler. Un homme qualifié d’admirable par la majorité de la population… Foutaises… siffla Lance.
- C’est lui qui projette une guerre contre Johto ? s’étonna Kanon.
- Ouais. On s’est toujours détestés. Pendant les sommets de l’Union Pokémon, c’était toujours un bain de sang entre nous deux. Je pense que ça a fortement influencé ses envies de guerre. Et puis son fils est un vrai légume dénué de toute volonté. Il a pas l’air débile, mais il en a tellement rien à foutre du monde extérieur qu’il ne sert à rien. Un cas clinique, ce gamin, ça doit énerver encore plus Ghetis.
- Vous pensez que cela suffirait pour projeter une guerre ? s’étonna Sœur Shana.
- Les plus grandes guerres avaient toutes des mobiles stupides… Regardez la guerre Memoria par exemple. Une simple histoire de coucherie qui a fini par tourner en bain de sang mécanisé.
- SANG ? cria Creepy-chan, un peu endormie par ces cours de politique.
- Tu veux te reposer un peu ? Je pense que la M-Organisation ne mettra pas plus d’une semaine à agir, mais tu ne va pas pouvoir voler à l’infini… Et il faut que tu t’économises au cas où nous devrions passer à l’action.
- OH OH OH ! MERCI BIEEEEEN… MAIS ! IL N’Y A PLUS DE PLACE SUR CES MAJESTUEUSES CREATURES QUE SONT TES DRAGONS ! objecta la jeune Echo.
- C’est pas un problème ça, j’en ai d’autres…

Un Altaria vint rejoindre les deux Dracolosse, qui accueillirent leur partenaire avec un sourire. Creepy-chan se posa délicatement sur le Pokémon nuage et souffla un bon coup, fatiguée par cette longue escapade aérienne. Ils passèrent en vol stationnaire.

Le silence tomba, brisé peu après par Kanon.

- On se fait chier, en fait.


Killian, Shuu, Flora, Crystal et Nozomi apparurent en plein milieu d’une forêt de sapins. Il faisait excessivement froid, et une fine couche de neige recouvrait le sol. Shuu sentit ses tympans vibrer doucement, et en déduit qu’ils se trouvaient en altitude. Killian, d’un geste, leur intima de s’accroupir.

- Je ne peux pas m’approcher plus, chuchota-t-il. Je suis venu dans cette forêt il y a quelques années, en mission d’espionnage pour Johto. C’était un ordre du Général Valter, mon supérieur à l’époque. Cependant, alors que j’approchais du but, j’ai dû rentrer quand Lance Wataru a eu vent de l’initiative de Valter, car il s’avérait qu’il la désapprouvait complètement. Du coup, je ne peux pas me téléporter plus près qu’ici, expliqua-t-il.
- On est encore loin ? demanda Crystal.
- Je ne pense pas. La barrière qui protège le Siège de l’Armée Dynastique est proche. De toute façon, on ne la dépassera pas, on se ferait repérer immédiatement.
- Avanchons, dans che cas, souffla Nozomi, mal à l’aise en position accroupie.
- On rampe ? demanda Shuu.
- Vu la portée de certaines armes actuelles… Il vaut mieux ramper, oui.

Flora soupira en même temps que Crystal. Tous se mirent à avancer lentement, zigzaguant entre les sapins.

- On aurait pas pu passer par les airs ? marmonna Crystal.
- Et ainsi se mettre à portée de tir des quelques milliers de soldats qu’il doit y avoir là-dedans ? Quelle bonne idée ! railla Shuu.

Crystal le foudroya du regard, il leva les bras en signe de pardon. Flora jeta un coup d’œil à l’adolescent et le détailla tout en avançant.

- C’est quoi cette épée à ta ceinture ? demanda Flora, haletante. Ton goûter ?
- Non, c’est une vraie épée, marmonna Shuu. Elle n’en a pas l’air, mais elle peut apparemment trancher n’importe quoi.
- Vraiment ? s’étonna Killian en la lui empruntant.

Toujours rampant, il coupa une pierre en deux et la rendit à Shuu, fier de son arme.

- Intéressant… fit Killian, songeur.
- Heureusement qu’elle a l’air d’être en chocolat, sinon ils ne me l’auraient pas rendue à la sortie de l’Abysse, soupira le garçon.
- Dites… souffla Nozomi. Vous pourriez ralentir un petit peu ?

La pauvre, gênée par sa morphologie très corpulente, était loin derrière, roulant plus qu’elle ne rampait. Pris de pitié, Killian la fit léviter à quelques millimètres au dessus du sol et l’amena jusqu’à eux. Elle le remercia d’un sourire gêné, que Killian lui rendit en mille fois plus éblouissant. Mais celui-ci s’évanouit quand il se rendit compte de quelque chose.

- Stop, chuchota-t-il. La barrière est à quelques mètres devant nous.
- On ne voit toujours rien avec ces foutus sapins ! se plaignit Crystal. Comment on est censé surveiller l’activité du Siège de l’Armée Dynastique si on peut même pas l’apercevoir ?!
- Tu ne peux pas ouvrir une faille dans la barrière ? demanda Nozomi à Killian.
- Pas celle là, non. Elle est trop complexe et le maillage psychique est beaucoup trop serré. Je pourrais la détruire complètement, mais là pour le coup, on aurait même pas le temps de se téléporter qu’on serait déjà morts, soupira-t-il.
- Alors on fait quoi ? demanda Shuu.
- On contourne, répondit Killian, contrarié.

Une demi-heure plus tard de rampage dans les sapins, longeant la sphérique barrière psychique, le pied d’une montagne apparemment très haute se profila.

- On a bien fait de ramper, souffla Flora. Si c’est encastré dans la montagne, ils doivent avoir une belle vue dégagée de la vallée…
- On chait vraiment rien chur le bâtiment ? demanda Nozomi.
- Même Mentaline a rien pu dénicher… soupira Shuu. Visiblement, c’est l’un des secrets les mieux gardés d’Unys. Si Killian n’avait pas déjà eu l’occasion de faire quelques recherches, on serait toujours en train de ratisser Unys pour dénicher le Siège…
- On grimpe ? proposa Crystal.
- Mauvaise idée, on se ferait repérer, encore une fois, soupira Killian.
- Si seulement on pouvait foncer dans le tas… marmonna Crystal.
- Justement, le but de la mission c’est d’attendre que la M-Organisation « fonce dans le tas », sourit Flora. Pas nous.
- Ah, j’ai une idée, marmonna Killian.

La Pokéball d’Arcanin s’ouvrit sur le magnifique Pokémon. Lisant dans les pensées de son maître, il se laissa tomber sur le ventre pour ne pas attirer l’attention, puis ferma les yeux. La main de Killian s’enflamma, et il fit fondre la roche suffisamment pour laisser passer un humain rampant. Il avança ainsi, et une fois complètement sous la montagne, il agrandit l’espace pour qu’ils puissent y tenir debout à plusieurs. Tous entrèrent à l’intérieur, soulagés de pouvoir quitter cette désagréable position.

- Je voudrais pas faire le rabat-joie, intervint Shuu en époussetant la neige qui avait trempé ses vêtements, mais on voit toujours pas ce foutu Siège de l’Armée Dynastique…
- En fait on y voit carrément rien dans cette caverne, renchérit Crsytal.
- Question de temps, répliqua Killian.

Un claquement de doigt plus tard, un mini soleil les éclairait. Il joignit ensuite ses doigts de sorte à créer un pistolet, comme les gamins de six ans, et tira en direction de la roche. Le résultat fut un trou aussi gros qu’un œil. Killian s’approcha de son œuvre.

- C’est niquel, on a une vue parfaite dessus ! sourit-il.

En effet, la forteresse était clairement visible par le trou. Encastrée dans la montagne, elle se composait d’une immense porte blindée principale et d’une petite dizaine d’ouvertures pour laisser passer les avions qui devaient se trouver à l’intérieur – ce qui induisait que l’intérieur en question était proprement gigantesque. Devant cet imposant ouvrage, des centaines de soldats s’entrainaient et patrouillaient, armés jusqu’aux dents. Il n’y avait aucun signe visible d’agitation inhabituelle, et Killian en conclut que la M-Organisation, si c’était là que se trouvait Kyurem, n’était pas encore passée à l’action.

- Je propose qu’on se relaye pour observer dans le trou. Une vingtaine de minutes chacun.
- Les journées vont être longues… soupira Shuu.
- Les nuits aussi… renchérit Crystal. Tu veux pas nous emménager une petite chambre deux places ? sourit-elle en faisant un clin d’œil à Flora, rougissante.
- Je suis pas une machine à forer… Faut pas mal de chaleur pour faire fondre de la roche… C’est déjà bien qu’on soit toujours entiers et qu’on ait réussi à trouver un abri.
- Je vais envoyer un texto à Mentaline, signala Shuu.

Killian, attentif et fidèle à son poste, continuait de fixer la forteresse à travers le trou. C’est alors que l’image de la forteresse se transforma en Canon à Vibrations, tenu par un soldat, pointé vers l’ouverture.

- Oh putain de merde.

La caverne fraichement créée vola en éclats. Flora poussa un cri strident, Nozomi se jeta à terre, par réflexe, vite suivie par Crystal. Killian, rapide, dévia les ondes dévastatrices en sortant son Séléroc, évitant ainsi la mort à ses compagnons d’armes. Quand la poussière se dissipa, il s’avéra qu’ils étaient complètement à découvert face à une dizaine de soldats de garde prêts à en découdre. Shuu brandit son épée en chocolat, qui paraissait bien ridicule face aux armes improbables des militaires. Crystal et Nozomi se relevèrent. Killian décocha un sourire aux soldats, usant de sa classe habituelle pour les replis stratégiques.

- Désolé les petiots, mais on vous laisse !

Il claqua des doigts… mais rien ne se passa.

- Oups, j’avais oublié qu’ils avaient des émetteurs anti-téléport, à Unys.
- ABRUTI ! éructa Crystal.
- Réjouis-toi, on va pouvoir « foncer dans le tas »…


Mentaline entra dans la pièce qu’elle avait baptisée « Salle d’expérimentation », une pièce parmi tant d’autres dans l’immense tour de marbre rouge qui surplombait Zarbitopia. Il faisait jour, et les petits trous vers la surface éclairaient la ville souterraine d’une douce lumière. La salle était vide, à l’exception d’un gros cube noir posé au centre de la pièce. Mentaline s’avança, un calepin à la main pour se donner un certain style. Bien sûr, il lui était complètement inutile – elle n’oubliait jamais rien. Elle espéra qu’il s’était réveillé.

S’approchant doucement, elle essaya de prendre une voix différente de celle de d’habitude, ajoutant un accent, un claquement de langue ponctuant chaque phrase et une légère tendance à zozoter.

- Bonjour Joachim, fit-elle en s’adressant à la boite. Vous êtes réveillé ?
- Je crois bien que oui, lui répondit la boite.

Mentaline esquissa un sourire, et nota « Réaction normale ».

- Je me présente, Valérie Pontief. Alliée des Chapeliers. On m’a demandé de venir voir votre état. Votre blessure a-t-elle arrêté de saigner ?
- J’aimerais bien le savoir. Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, je ne vois rien du tout, et je ne peux pas bouger.

Mentaline remercia intérieurement Killian pour ses prouesses d’Echo. Avant de partir pour le Siège de l’Armée Dynastique, il avait pris le temps de concevoir une barrière complètement opaque pour que Mentaline puisse tester ce qu’elle voulait.

- Effectivement, pardonnez ma maladresse. Vous avez mal ? reprit-elle.
- Un peu, répondit immédiatement Joachim, ligoté à l’intérieur de la barrière opaque.
- Vous pouvez être franc. Vu la blessure que vous aviez quand je vous ai examiné, endormi, c’est impossible que la douleur n’en soit qu’à ce stade…
- Je ne comprends pas pourquoi vous me demandez ça, la coupa Joachim. Votre amie a essayé de me tuer. Pourquoi me soigner ?
- Parce que vous êtes intéressant, Joachim. Vous êtes sous contrôle, n’est-ce pas ? demanda Mentaline.
- Comment le savez-vous ? se braqua Joachim, impuissant dans sa boite.
- Vous n’auriez pas attaqué Lance Wataru. Qui vous contrôle ?
- Une femme, souffla Joachim.
- Mais encore ?
- Quelque chose m’empêche de vous en dire plus.
- Essayez quand même, insista Mentaline. Que se passe-t-il quand vous essayez ?
- J’ai mal.
- Mal comment ? Une comparaison ?
- Une décharge électrique. L’impression que ce que je fais est mal, et que je ne devrais pas le faire.
- Je vois.
- Vous êtes en tain de m’analyser, c’est ça ? Je ne suis pas un abruti, vous savez. Mais Lance… Lance est de votre côté. Je vais donc… coopérer, haleta-t-il, mal à l’aise.
- Votre corps vous intime le contraire ? demanda Mentaline.
- En quelques sortes. Cela arrive quand je tente de désobéir aux ordres… Ou de compromettre le bon déroulement d’une action qu’on m’oblige à faire. Ca fait mal, et mon corps ne répond plus.
- Intéressant… Comment la femme qui vous contrôle s’y est-elle prise ?
- Je ne sais pas. Elle me parle, j’obéis.
- Je vois.

Il y eut un grand silence, durant lequel on pouvait presque entendre Mentaline sourire tant elle était heureuse. Elle reprit sa voix normale.

- Je vous ai menti. Je suis Mentaline Weiss, ravie de vous rencontrer à nouveau, Joachim.

Après quelques secondes, le cube noir se mit à trembler, signe que Joachim se débattait violemment. Un grognement s’éleva.

- Joachim, vous m’entendez ? fit Mentaline en reprenant sa voix zozotante. C’est moi, Valérie Pontief, répondez !

Le cube continua de s’agiter, indifférent à ses paroles. Mentaline sourit de plus belle.

- Merci de votre coopération, à la prochaine !

Elle sortit de la salle, fière d’elle comme à son habitude, mais pas rassurée pour autant. La suite des évènements s’annonçait complexe.

- Donc… C’est bien Mista qui possède ce pouvoir, puisqu’il s’agit d’une femme… La parole semble suffire pour donner des ordres, mais elle peut tout aussi bien avoir implanté quelque chose dans son cerveau et effacé « l’opération » de sa mémoire. Ce qui contrôle le cerveau peut tout aussi bien être dissocié ou complètement lié au cerveau. S’il est dissocié, il est suffisamment intelligent pour avoir compris que Mentaline et Valérie ne sont qu’une seule personne. S’il est lié au cerveau, ça veut dire qu’il est implanté assez profondément pour lire dans les pensées de Joachim, ce qui est inquiétant pour la suite. D’autre part, quand j’avais pris le rôle de cette imaginaire « Valérie », il n’était pas agressif, donc la chose ne le contrôle pas en permanence, seulement quand il est dans une situation où ses ordres s’appliquent, ici « Tuer Mentaline Weiss ». Il serait intéressant de mesurer le temps qu’il met pour redevenir normal si cette situation n’est pas restimulée… Je reviendrai dans dix minutes…
- Tu parles toute seule, maintenant ? grogna Mey.
- Mey ! s’étonna Mentaline.

Elle était assise dans le couloir. Des cernes creusaient ses joues délicates. Elle n’avait apparemment pas pleuré, son mascara était intact et la mémoire de Mentaline lui rappelait que Mey n’en possédait pas de waterproof. Cependant, son expression en disait long sur ce qu’elle était en train de traverser.

- Ca fait du bien de te voir ouvrir la bouche, souffla Mentaline.
- Ca fait du bien de parler, même si c’est pour te dire que tu parles seule, répondit Mey, neutre.
- Inutile de te demander si ça va.
- Tu connais déjà la réponse.
- Bien sûr. Mais si je peux me permettre… Ne te morfonds pas trop longtemps. Ca pourrait te couter la vie, par les temps qui courent.
- Tu parles comme une vieille chef de guerre qui en a vu d’autres, fit remarquer Mey.
- C’est un peu ce que je suis en ce moment… Je réfléchis tellement que j’ai l’impression que mon cerveau fume… soupira Mentaline.
- Et moi j’ai tellement perdu goût à la vie que je me demande si c’est bien la peine de se relever de ça. Je suis bien, assise par terre. C’est tellement plus confortable que d’être debout.
- C’est tellement plus égoïste, aussi, souffla Mentaline.

Les deux jeunes femmes se regardèrent.

- Tu veux déclarer la guerre ? Je te préviens, je suis pas en forme, ce serait une bien lâche victoire, soupira Mey.
- Je parle sérieusement. Tu fais souffrir tout le monde. Personne ne peux t’aider. Quand quelqu’un meurt, c’est un fait avéré, il n’est pas possible de retourner en arrière. Être triste, ça t’apporte quoi ? Pas grand-chose. Tu te détruis toi-même, et de toute manière, ça ne la fera pas revenir.
- … Le pire c’est que je sais tout ça. Mais c’est aussi le principe de la tristesse. Si on pouvait la contrôler, tout le monde vivrait heureux, grogna Mey.
- Le monde ne va pas faire long feu si tu restes dans cet état là. Pas que tu sois un élément indispensable pour les Chapeliers – tu es faible, comparée à la moyenne – mais tu plombes le morale des troupes.
- Toujours aussi calculatrice, hein ? ricana Mey, amère.
- On se refait pas… Mais penses-y. Bon, je te laisse, je vais voir comment se porte Cat… La pauvre est toute seule depuis hier.

Mentaline s’éloigna, mais la voix de Mey l’arrêta.

- Merci.


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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Dim 24 Mar 2013 - 23:19

*l'homme qui finit toujours ses chapitres à l'arrache*

Pas beaucoup de temps, donc tout ce dont vous avez besoin de savoir en résumé c'est que Shuu, Killian, Crystal, Flora et Nozomi ont tenté d'observer le Siège de l'Armée Dynastique mais se sont fait repérer et leur cachette a explosé.

Persos :
Spoiler:
 

Voilà, enjoy Silver Love Silver Love Silver Love




Crystal et Flora échangèrent un regard, pas rassurées. En compagnie de Killian, Shuu, et Nozomi, elles se trouvaient face à une belle petite dizaine de militaires, prêts à les réduire en bouillie avec leurs armes de destruction massive. Les cinq Chapeliers étaient par ailleurs complètement acculés contre ce qui restait de leur caverne improvisée. Les gardes pointèrent leurs Canons à Vibration vers eux. Killian, plus rapide, dressa un bouclier entre eux et leurs ennemis.

- Bon… Si on les butte, les émetteurs anti-téléports devraient se désactiver, indiqua Killian.
- Qu’est-ce qu’on attend alors ? demanda Crystal. Feuforêve !
- Givrali ! lança Flora à sa suite.
- Brouhabam, souffla Nozomi.
- Attaque- commença Crystal.
- Oui, chef, la coupa un de leurs adversaires, parlant visiblement avec son oreillette. Nos capteurs thermiques les ont repérés. Deux correspondent au signalement donné des Chapeliers de Johto, deux autres me sont inconnues. Killian Heart est également présent, et semble être avec eux. Quelles sont les mesures à prendre ?

Le silence se fit, feutré comme la neige qui les entourait. Le militaire en liaison avec son chef était un grand homme, aussi baraqué que ses neuf semblables. Tous portaient une armure blanche, très proche du corps, et étaient armés jusqu’aux dents. Les ardeurs de Crystal se refroidirent, réalisant que même si elle était sûrement capable de tous les mettre hors service, vu la puissance de leurs Canons, la moindre erreur serait fatale. Heureusement, elle était bien accompagnée.

- Vous êtes sûr que c’est nécessaire ? Nous devrions suffire à les arrêter… marmonna le leader de la troupe, un peu vexé. Très bien. Oui, désolé, je n’avais pas vu les choses sous cet angle. Oui. Ce sera fait.

Il raccrocha en appuyant sur son oreille. C’est alors que tout devint rouge, littéralement. La montagne, les gardes en face d’eux, le ciel, les nuages, les Chapeliers, tout. Comme s’ils étaient éclairés par un immense spot rouge. Killian sembla se décomposer.

- Le Rideau Pourpre… souffla-t-il. Cela voudrait dire que Valter est ici ?
- Qu’est-ce qui se passe Killian ? Pourquoi tout est rouge ?! paniqua Flora.
- C’est une barrière à visée destructrice. Elle a la particularité de tuer les gens à très grande échelle. En fait, elle englobe toute une zone, la rendant complètement rouge. L’intérieur de la zone est inoffensif, mais traverser le bord de la barrière libère un fulgurant virus mortel. C’est extrêmement cruel et trompeur. Habituellement, quand elle est utilisée, les gens essayent d’échapper à la Zone Pourpre, pensant qu’elle est empoisonnée ou dangereuse. Soulagés, ils parviennent à en sortir, mais meurent très exactement dix minutes après dans des souffrances atroces, un genre d’acide qui rongent les organes de l’intérieur. Bref, restez dans le rouge. Sinon, vous mourrez, expliqua-t-il rapidement.
- … Ca ne change rien au plan, haleta Shuu, inquiet. On les bute et on se téléporte.
- Elle est imperméable aux Téléports, soupira Killian. Le seul moyen de la détruire c’est d’exploser l’Echo qui la contrôle. Et sur cette planète, à ma connaissance, seul le Général Valter est capable de la créer. Et en théorie, il est au service de Johto, ce qui signifie que c’est un infiltré pour le compte d’Unys. Quel salopard, j’ai jamais pu le saquer, grinça Killian.
- C’est fini votre bla bla ? s’impatienta le chef de la patrouille.
- Bref, nous devons trouver Valter et lui faire sa fête, continua Killian, ignorant complètement le garde.
- Okay, moi cha me va, marmonna Nozomi.

La barrière de Killian vola en éclats. Surpris, celui-ci se tourna vers le chef de patrouille, furax.

- C’est pas bon ça, Unys a fait des progrès en matière d’armement… remarqua Killian.
- Oh que oui, sourit vicieusement le chef d’escorte.

Il tira à nouveau, suivi par ses compères. Les vibrations, surpuissantes et incroyablement destructrices, fonçaient vers eux. Même Killian pâlit devant l’attaque combinée. Nozomi garda son calme, elle.

- Tu t’en occupes, Brouhabam ? fit-elle avec un sourire jusqu’à ses grasse oreilles.

Le Pokémon acquiesça et ouvrit son énorme bouche. D’une grande aspiration, toutes les ondes destructrices convergèrent vers son gigantesque orifice, et il les avala sans plus de procès. Surpris, les Chapeliers et les gardes regardèrent le Pokémon. Nozomi haussa les épaules.

- Dechtructriche ou pas, une onde rechte une onde. Donc Anti-Bruit l’annule, expliqua-t-elle bêtement.
- Malin, dit Shuu en hochant la tête.

La seconde d’après, il s’élançait vers le garde le plus proche, armé de son épée en chocolat, le regard haineux. Le garde ricana devant le petit garçon et sortit un revolver. Il tira.

- Psycho, souffla Crystal.

La balle s’arrêta en plein vol et retomba au sol. Le garde était interloqué.

- Ils bluffent ! indiqua le chef en prenant la mitraillette qu’il avait dans le dos. Une telle précision avec Psycho est impossible !
- Que tu crois, ricana Crystal.
- Oublier son adversaire n’est pas très professionnel, marmonna Shuu, planté devant le garde.
- Et tu veux me faire quoi avec ton joujou, gamin ? railla le garde.

Shuu le coupa en deux sans plus de procès. Flora eut un haut le cœur, Crystal détourna la tête, un peu secouée. Shuu s’ébroua, recouvert de sang.

- Ma chemise… gémit-il.
- On n’est peut-être pas obliger de les tuer… intervint Flora, bredouillante.
- Oh tu sais, souffla Killian, là je pense qu’on a pas vraiment le choix.

Les tirs de mitraillette fusèrent, trop nombreux. Crystal en arrêta la majorité, le reste fut stoppé par une barrière de Killian.

- Marre de jouer avec eux, grogna Killian.

Il s’enflamma, et claqua des doigts. Les neuf gardes restant eurent à peine le temps d’écarquiller les yeux. Ils furent carbonisés, tellement vite qu’il n’y eut même pas de flamme. Ils tombèrent simplement en cendres, et une odeur de viande et de plastique brûlé emplit l’air.

- … Au moins, c’est radical, avoua Flora, toute retournée.
- On a pas le temps de se reposer sur nos lauriers, marmonna Killian. Je fatigue pas mal, soupira-t-il.
- Pas étonnant, dit Shuu en tentant d’essuyer le sang qui recouvrait son visage.
- Dépêchons, souffla Nozomi. Les renforts vont pas tarder.

Ils étaient sur un petit chemin de ronde, ce qui les surprit. En réalité, le Siège de l’Armée Dynastique était situé dans une vallée, alors qu’eux se trouvaient un peu plus haut. Ils étaient carrément loin, ce qui expliquait que personne ne soit encore parvenu jusqu’à eux. Sans plus attendre, ils se mirent à courir sur le chemin surélevé, observant de loin l’agitation. Avertis par le rouge ambiant, tous les militaires qui s’entrainaient auparavant étaient rentrés à l’intérieur, comptant sûrement sur les galeries internes pour atteindre les Chapeliers. Sortant soudainement d’une porte en métal au loin, deux militaires les visèrent.

- Blizzard, Givrali.

La puissance de l’attaque stupéfia Shuu, qui n’avait jamais eu l’occasion de voir Flora et Crystal à l’œuvre. Le vent frigorifique partit à une vitesse à peine croyable. Il fut si puissant que les militaires furent projetés une centaines de mètres plus loin, congelés. Cinq autres déboulèrent par la même porte mais glissèrent sur le sol gelé et allèrent d’écraser cinquante mètres plus bas. Avançant prudemment sur la glace, ils arrivèrent finalement devant la porte en métal. Celle-ci donnait sur un long couloir taillé à même la roche ; cette partie du Siège ne devait pas être utilisée très souvent.

Ils entrèrent, sur leurs gardes. Le corridor était très étroit et bas de plafond, et un sentiment de claustrophobie s’empara d’eux. L’endroit sentait le renfermé, et il y faisait plutôt chaud. Même ici, où la lumière du soleil ne perçait pas, tout était rouge, à cause du Rideau Pourpre qui semblait fonctionner en intérieur. Soudain, une vitre tomba derrière eux, vite suivie d’une deuxième, juste devant eux.

- Oh merde, jura Killian.
- C’est du verre à sens-unique ! s’exclama Crystal, paniquée.
- Ils nous ont eu… soupira Shuu.
- La vraie quechtion ch’est : Comment vont-ils nous achever ? fit remarquer Nozomi.
- Pas faux, renchérit Killian.
- Nous noyer ? proposa Shuu.
- Non, ce ne serait pas suffisamment divertissant.

Ils se tournèrent vers la provenance de la voix. C’était un jeune homme, particulièrement sexy, habillé dans une combinaison noire. Châtain, il présentait un sourire Colgate qui faisait fortement penser à celui de Killian – ainsi qu’à celui de San, par extension. Il n’était pas armé, mais les Chapeliers restaient en mauvaise posture. Compressés à la queue-leu-leu les uns contre les autres, un tir suffirait à les abattre tous à la fois.

- Daniel Rawson, se présenta-t-il. J’appartiens à l’USH, et tenter d’infiltrer le Siège de l’Armée Dynastique est un crime puni de mort, à Unys.
- Il est dangereux, souffla Killian.

Un coup de feu retentit soudainement. Brouhabam s’écroula, touché à la jambe. Nozomi mit un moment à réaliser, puis poussa un cri déchirant. Elle tenta de s’approcher de lui, mais les autres et leurs Pokemon étaient devant, et le chemin était trop étroit. Désespérée, elle poussait tout le monde, voulant se frayer un passage. Shuu fut à moitié assommé par un de ses coups de poing involontaire. Finalement, elle parvint jusqu’à son Brouhabam, et s’agenouilla à ses côtés. Le pauvre Pokémon agonisait.

- Ne t’en fais pas Nozomi, je vais le soigner, la rassura Killian.
- Je te le déconseille, le coupa le dénommé Daniel. Si tu fais ça, j’exploserai sa Pokéball avant que tu es eu le temps de sortir quoi que ce soit.
- Et qui te dis que je pourrais pas arrêter ton tir ? répliqua Killian.
- Tu veux tenter pour voir ? Prêt à mettre ton Pokémon en jeu ? La mise est inégale. Au pire, je perds une balle. Toi, tu perds l’un de tes trois Pokémon, un de tes amis, une part de ta vie. N’est-ce pas un peu prétentieux de ta part ? demanda Daniel.
- Si je me faisais battre par un membre de l’USH, il serait temps pour moi de quitter le métier.
- Tu es avec les Chapeliers, je pense que ton métier n’a plus de raison d’être. Tu n’es rien d’autre qu’un criminel, le terme de Général ne te définit plus d’aucune sorte. Si tu meurs, tu seras traité comme n’importe quelle vermine, peu importe ce que tu as fait par le passé. Tu n’es plus rien, Killian Heart. Plus rien qu’un nom qui sonnait merveilleux à l’époque, mais qui est désormais pire qu’une insulte.
- T’es un vrai moulin à parole, pour un USH, siffla Killian.
- Sois content, je te laisse l’occasion de te reposer. Tu m’as l’air fatigué.
- Vraiment ?

Les murs qui enserraient les Chapeliers volèrent en éclat, soufflés par une onde de choc émanant de Killian. L’explosion se répondit tout autour, leur laissant beaucoup plus d’espace, mais finit par se heurter à une vitre à sens unique. Celle-ci les encerclait. Ils étaient coincés dans une bulle, sans échappatoire, ni au dessus, ni en dessous, ni sur les côtés. Daniel sourit.

- Alors ? Ton merveilleux plan de fuite ?
- Ce n’était pas un plan de fuite, imbécile. Je me mettais juste à l’aise. Reculez, souffla-t-il aux autres Chapeliers.

Ceux-ci ne se le firent pas dire deux fois, et s’écartèrent. Crystal et Flora restèrent cependant à l’affut, prêtes à intervenir, tandis que Shuu aidait Nozomi à bander la jambe de Brouhabam.

- Si tu veux tant jouer que ça… soupira Daniel.

Les tirs fusèrent alors. Les balles semblaient venir de nulle part – en réalité, elles provenaient des avant-bras du jeune homme, qui bougeaient à une vitesse impressionnante. Sûrement le fruit d’entrainements intensifs. Killian faisait de son mieux ; Daniel ne s’était pas trompé, il commençait à fatiguer. Il stoppa néanmoins toutes les balles, une par une, avec une précision redoutable. Daniel marqua une pause, voyant son adversaire haleter.

- Alors ? On a du mal à suivre le rythme ? demanda-t-il à l’Echo.
- Ta gueule. C’est pas encore fini.


Dix heures. Voilà maintenant une demi-heure que Shuu lui avait envoyé un simple « Nous avons trouvé une cachette. » et le fait qu’il ne réponde pas à son « Rien à signaler ? » l’inquiétait. Elle était peut-être un peu paranoïaque, mais par les temps qui courraient, il était plutôt logique de l’être.

- Cat, est-ce que tu m’entends ?
- If you wanna be my lover ~

Mentaline soupira. Rien à faire, Cat ne daignait pas prononcer le moindre mot pourvu de sens. Pire, elle ne réagissait pas à la présence de Mentaline. Même les tests de réflexes ne donnaient rien. Elle n’avait aucune conscience du monde.

- Bon, je vais tenter autre chose.

Rapide, elle scotcha la bouche de Cat, l’empêchant de chanter. C’était radical, beaucoup trop radical, mais il fallait essayer. Au début, il ne se passa rien. Puis, les yeux de Cat s’écarquillèrent de terreur. Elle se figea, arrêtant de danser. Elle commença ensuite à trembler. Très fort. Elle tentait de crier, d’ouvrir la bouche. Elle tomba du lit de marbre sur lequel elle se trouvait, et se mit à se battre avec le vide, agitée de spasmes, suffocante. Elle grognait, appelait au secours sans prononcer un mot. Mentaline, paniquée, se dit qu’elle allait mourir si elle restait dans cet état.

- Calme-toi ! Reviens à toi ! tenta-t-elle, en vain.

Elle s’approcha pour lui enlever le scotch, mais Cat, se débattant au sol, la frappa. Mentaline retomba en arrière, choquée. Elle effectua un deuxième assaut, tenta de s’approcher en subissant les coups de Cat, déchainée, qui hurlait sourdement, à l’agonie. Un peu comme si elle était dans une piscine et que quelqu’un recouvrait la surface de ladite piscine avec une plaque de verre, l’empêchant de reprendre de l’air. Elle se noyait, se noyait dans le silence.

- Mentaline, putain, reprends-toi ! s’exclama la jeune fille à elle-même. Mentali, go ! Psycho, immobilise-la !

Le Pokémon sortit de sa Pokéball et obéit. Mentaline profita de l’immobilité de la jeune fille pour lui enlever le scotch. Cat prit une grande bouffée d’air. Mentaline en profita pour lui décoller une énorme baffe. Elle prit la tête de Cat entre ses mains, la fixa dans les yeux.

- Bonjour Cat. C’est Mentaline. Tu me reçois ?
- …You’re the one that I want…

Mentaline soupira, découragée. Néanmoins, quand Mentali libéra Cat de son immobilité, elle ne se remit pas à danser et se contenta de chanter. Presque à voix basse, qui plus est.

« J’ai peut-être un peu amélioré la chose, finalement… » songea Mentaline. C’est alors qu’elle reçut un texto de Shuu.

Shuu, 10:17 : Nous sommes en danger.


- Tu viens de faire quoi ? demanda Crystal.
- J’ai dit à Mentaline qu’on était en danger, répondit Shuu. Si on arrive à sortir de cette foutue bulle, elle nous sera utile pour trouver Valter.
- Pour le coup, c’est mal parti…

Killian était à bout. Il ne savait même pas pourquoi il se battait, au final. Il ne pouvait de toute façon pas atteindre son adversaire, c’était un combat perdu d’avance. Feuforêve l’épaulait vaillamment, stoppant les balles qui échappaient aux pouvoirs psychiques de Killian. Sur le côté, les quatre autres Chapeliers ne voyaient pas de moyen de s’en sortir.

- On pourrait creuser ? proposa Crystal.
- S’ils ont pensé au plafond, ils ont pensé au sol… soupira Shuu.
- Et ton épée, elle pourrait pas trancher le verre ? réalisa soudain Flora.
- Mais oui ! s’exclama Nozomi.
- Pas si fort ! la coupa Shuu. Mais c’est vrai que ça devrait marcher. Il nous restera cependant à nous battre contre Daniel…
- Mieux que rien ! Vas-y !

Shuu s’approcha et se positionna aux côtés de Killian, qui le regarda, surpris.

- Qu’est-ce que tu fous là ?!
- Il est un peu suicidaire, ricana Daniel.

Les balles fusèrent, stoppées par un Feuforêve proche du K.O. Shuu continuait d’avancer vers Daniel. Quand il fut suffisamment prêt, il ouvrit un rectangle dans le verre à sens-unique sous les yeux stupéfaits de l’USH.

- Comment ?!
- Killian, maintenant !

Shuu se jeta sur le côté, et la boule de feu partit, vive comme l’éclair. Daniel se la reçut de plein fouet et fut projeté en arrière, fumant.

- … On l’a eu ? demanda Nozomi.

Daniel se releva, un casque intégral sur la tête, presque indemne.

- Ma combinaison résiste au feu, vous allez devoir trouver mieux.

Shuu échangea un regard avec Killian, qui acquiesça. Le jeune garçon lâcha son épée et leva les mains en l’air.

- Je m’avoue vaincu ! fit-il avec un sourire.

L’épée en chocolat, guidée par les pouvoirs psychiques de Killian et Feuforêve combinés, alla se planter violemment dans la poitrine de Daniel. Ce dernier ouvrit la bouche de stupeur, et s’effondra, terrassé.

Mentaline, 10:24 : En quoi je peux vous aider ?

Tout le monde poussa un soupir de soulagement. Ils étaient sales, et le rouge, omniprésent à cause du Rideau Pourpre, leur faisait mal à la tête. Ils comprenaient ce que devait ressentir les gens qui ne connaissaient pas les effets de la barrière. Si Killian n’avait pas été là, eux-aussi se seraient enfuis à toute vitesse vers le monde coloré. Ils se seraient crus en enfer.

Killian sortit son Leuphorie et usa de ses dernières forces pour soigner Brouhabam, que Nozomi rangea dans sa Pokéball.

- Je suis inutile, maintenant, soupira Killian. Il ne me reste pas la moindre once d’énergie, je suis à sec.
- On va s’occuper du sale boulot, dans ce cas, sourit Crystal.

Skrillex – Rock N Roll

Shuu, 10:27 : On est emprisonnés dans une barrière appelée Rideau Pourpre. Est-ce que tu peux localiser son centre ?

Ils se remirent en route, suivant l’unique chemin qui s’offrait à eux. Finalement, ils arrivèrent à une intersection, où la roche se transformait en beaux couloirs d’acier chromé.

Mentaline, 10:30 : Tourne à gauche.

- A gauche, indiqua Shuu.
- Comment tu sais ?
- Mentaline est sur le coup ! sourit le garçon.

Au détour d’un couloir, ils tombèrent sur une dizaine de militaires, armés cette fois d’étranges choses qui ressemblaient à des extincteurs.

- Le voyage se termine ici, fit une voix derrière eux.
- Oui bonjour, vous avez commandé une phrase clichée ? railla Shuu.

Shuu, 10:34 : On est coincés. Une idée d’issue ?

Des deux côtés, aucune échappatoire. Dix militaires de chaque, tous armés de leur truc bizarre. Ils les pointèrent vers eux.

- BAISSEZ-VOUS ! hurla Killian, réalisant ce qui se préparait.

Des lance-flammes. Le décor, déjà monochromatique, se retrouva complètement enflammé. Pour le coup, c’était l’Enfer à proprement parler. Les deux jets de flammes se rencontrèrent au dessus de leurs têtes.

- Braségali, Pied Brulant ! ordonna Flora en lâchant sa Pokéball, plaquée à terre.

Le Pokémon profita du boost de puissance procuré par les flammes pour s’élancer et désarmer les militaires d’un coup de pied circulaire.

Mentaline, 10:37 : Tu peux essayer de creuser ?

Shuu hocha la tête.

- Flora, Crystal, Nozomi ! Visez le bas !
- Bien reçu, petiot ! ricana Crystal, toujours à terre.
- Laissez, je m’en occupe, fit Flora en se relevant. SPICY ICE !

Givrali congela le sol d’un Blizzard surpuissant, que Braségali explosa d’un Pied Bruleur. Ils sautèrent dans le trou, très étroit. Leurs poursuivants, handicapés par leurs armures, ne parvinrent pas à passer à l’intérieur.

- On continue !

Shuu, 10:42 : Encore loin ?

Une explosion retentit derrière eux. Les militaires avaient utilisé leurs Canons à Vibration pour agrandir le trou et les tenaient en joue.

- Ne vous arrêtez pas, je m’en occupe ! cria Nozomi. Chcobolides, formation cherrée, mode chtrike !

Les quatre Scobolide de Nozomi se déployèrent. La jeune femme eut un pincement au cœur en pensant à celui qui était mort durant la bataille contre San. Les quatre s’élancèrent, toutes épines dehors. Les militaires n’eurent pas le temps de tirer, ils trébuchèrent et s’étalèrent de tout leur long. Nozomi rappela ses Pokémon.

- Je les fini, indiqua Shuu. Greens !

Le Doudouvet sortit de sa Pokéball, un peu surpris de revoir le monde extérieur après avoir été enfermé si longtemps. Il se rappela qu’il détestait Shuu et lui colla un coup de feuille dans la gueule.

- Ca m’avait pas manqué, ça… Para-Spore.

Profitant de sa vitesse, le Pokémon paralysa les militaires qui se retrouvèrent impuissants, immobilisés face contre terre.

- Il y en a d’autres en face !

Mentaline, 10:45 : Vous êtes pas très loin !

Cette fois c’est une division entière qui ouvrit le feu. Quelques balles les frôlèrent.

- Symbios ! envoya Crystal. Gravité !

L’attraction terrestre fut considérablement renforcée, et ils durent lutter pour rester debout. Néanmoins, les balles ne les atteignaient plus, s’écrasant au sol avant d’arriver au but.

- Choc Psy, échelle 10 ! sourit Crystal.
- RECULEZ ! hurla Flora.

Ils ne se le firent pas dire deux fois et firent un bon en arrière. Crystal s’était créée une incroyable renommée grâce à la puissance de cette attaque précise. En temps normal, l’attaque détache des morceaux de l’environnement et les fait s’écraser sur l’adversaire. Mais Crystal était allée beaucoup plus loin que ça et en avait fait une arme redoutable capable de modifier complètement les alentours.

Le sol fut comme agité de soubresauts. Des pointes sortirent puis rentrèrent. Le couloir se déforma de plus en plus, devenant une espèce d’orgie de particules. C’est là qu’une pointe transperça l’armure d’un des militaires qui continuaient d’avancer timidement. Puis ce fut un véritable massacre. Le couloir se rétrécissait, s’agrandissait, des murs sortaient de nulle part, des pointes se créaient sans prévenir, des lames tranchaient tout sur leur passage. Après une minute de la redoutable offensive, le couloir n’était qu’un amoncellement de membres déchiquetés.

Crystal afficha une mine dégoutée par ce qu’elle venait de faire, mais se reprit vite et indiqua aux autres, impressionnés par tant de puissance, que la voix était libre.

- C’est par où maintenant ? demanda Killian, silencieux depuis qu’il était à court d’énergie.

Mentaline, 10:50 : Défoncez la porte blindée qui devrait être en face de vous, et vous y êtes !

- Faut péter la porte, indiqua Shuu après un coup d’œil au téléphone que lui avait passé Mentaline.

Il s’approcha d’une énorme porte blindée, plus grande que le couloir elle-même. Protégée par un code, à une vingtaine de chiffre, elle semblait inviolable. C’était sans compter sur la merveilleuse épée de Shuu.

- Cette arme est vraiment abusée… soupira Crystal.
- Mais bien utile, faut l’admettre.

Il découpa la porte, aidée par Feuforêve, qui déplaçait les morceaux. Après presque trois mètres à creuser, ils débarquèrent dans une grande salle au plafond arrondi. La pièce était vide, à l’exception d’un jeune homme assis sur une chaise en bois. A côté de lui, un Ténéfix jouait avec un Rubik’s Cube. Il tourna la tête vers eux. Il avait des longs cheveux noirs et des yeux rendus rouges par le Rideau pourpre – ou pas ? - particulièrement flippants. Mais le plus étrange dans tout ça, c’est qu’il était complètement nu. Genre, complètement.

Il se leva et fit quelques pas vers eux, la mine triste. Crystal afficha une mine dégoutée.

- Tu m’étonnes que je sois lesbienne, comment on peut trouver un truc pareil attirant ?
- Oh, tu sais… firent Shuu et Killian, synchrones.

Il se planta devant eux après quelques secondes de marche.

- Vous n’êtes pas Valter, lui fit remarquer Killian. Qui êtes-vous ? Comment connaissez-vous cette technique ?
- Je m’appelle Hyppolite. Hyppolite Valter, fils du Général Valter, murmura-t-il d’une voix dénuée de toute joie de vivre. Préparez-vous, je vais vous faire regretter d’être en vie.

Shuu, 10:58 : Aujourd’hui, après avoir coupé un homme en deux et m’être battu contre un homme en combinaison moulante noire, un nudiste aux yeux rouges m’a menacé de mort en faisant l’hélicoptère avec sa bite. VDM.

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Ven 26 Avr 2013 - 21:12

Je suis en train de pleurer parce que j'avais fait un super résumé très long et que je l'ai effacé en quittant l'onglet.

Bref. Navré pour le retard, mais ça a été un enchaînement assez tendu entre le voyage en Allemagne suivi d'une semaine d'exams et d'oraux ainsi que de quelques jours de stage d'anglais pendant les vacances. Donc je m'en excuse platement :( Le chapitre va révéler pas mal de choses à propos de la suite même s'il n'y a pas beaucoup d'action.

Résuméééé
Spoiler:
 

Pour les personnages, j'en ai mis trois à part parce qu'ils faut absolument que vous y jetiez un coup d'oeil. Ces persos sont vieux de dix chapitres, donc il y a vraiment peu de chances que vous vous souveniez de tout, donc voilà ! :D

Persooooooos ! (Vieux - A LIRE)
Spoiler:
 

Persooooos ! (Moins vieux mais pas forcément habituels, je vous les conseille également !)
Spoiler:
 

Voilà, je vous souhaite à tous une bonne lecture, et encore désolé pour cet affreux retard :(




Mista Meetic marchait d’un pas svelte et rapide dans un long couloir blanc. Ses longs cheveux noirs flottaient derrière sa taille fine. Elle était habillée d’une doudoune fourrée qui rappelait du bébé Obalie, de mise à une telle profondeur sous terre où il faisait relativement froid. Infinity, l’énorme araignée de perles luisantes, la suivait, marchant au plafond. Ses yeux – les deux seules perles rouges – fixaient la jeune femme.

- Tu m’as l’air bien heureuse…
- Oh, c’est parce que je le suis ! Les bonnes surprises s’enchainent, les pions ne font que devenir de plus en plus comiques. Ils luttent, se complexifient, épaississent leur personnalité. Mais au final, ils ne sont que des marionnettes. Libres d’agir à leur guise tant que je ne décide pas du contraire, vulgaires machines à tuer quand je suis de bonne humeur. Peut-on rêver mieux ?
- Hum… Oui. Etendre cette domination à absolument tous les atomes d’absolument tous les mondes existants, répondit Infinity, pensif.
- Ce n’est pas faux… Mais regarde, n’est-ce pas déjà merveilleux ?

Théâtralement, elle ouvrit ses mains et étendit ses bras. Des dizaines de formes vaporeuses, semblables à de la fumée, se matérialisèrent. Ils l’entouraient, brillant d’une lumière identique à celle qu’émettait Infinity. Mista fit un petit tour sur elle-même, heureuse comme une enfant, enivrée par sa puissance.

- Regarde donc ! Je peux tous leur donner des ordres ! Les rendre heureux, tristes, les faire se battre ou s’entretuer. Un simple geste, ou même une phrase, peut détruire tout ce qu’ils sont. Et tout ce pouvoir est déjà mien ! éructa-t-elle.

Infinity se garda bien de rappeler que ce pouvoir était initialement le sien. Il ne voulait pas gâcher cet intense moment de mégalomanie, qu’il adorait regarder. Un par un, elle effleura tous ces Esprits flottants, savourant la toute puissance qu’elle avait sur eux. Soudain, des bruits de pas raisonnèrent dans le couloir immaculé. En hâte, elle fit tout disparaitre d’un claquement de doigts. Elle lança ensuite un regard entendu à Infinity, qui s’évanouit à son tour. Hautaine, elle continua de marcher, indifférente à celui ou celle qui tentait de la rattraper. Finalement, un grand homme apparut devant elle.

- Valter ! s’exclama Mista, surprise. Tu m’as fait peur.
- Ce n’était pas mon intention, dit-il, tranchant comme la glace.

Il n’avait pas l’habitude d’être ainsi tutoyé, et s’en trouvait visiblement agacé. Voyant le regard assassin de M-M, il rattrapa son ton sec par un petit sourire qui ne fit que le rendre encore plus effrayant qu’il ne l’était déjà. Nerveusement, il recoiffa doucement ses longs cheveux violets.

- Un problème ? demanda Mista Meetic.
- Une constatation, plutôt. Les Chapeliers ont commencé à agir.
- Vraiment ?! s’écria Mista, des étoiles dans les yeux. Comment ? Quand ? Je veux savoir !
- Ce matin. Pour une raison inconnue, ils se sont fait surprendre en train de farfouiller dans la zone du Siège de l’Armée Dynastique, à Unys, exposa Valter.
- A Unys ? Se pourrait-il qu’ils soient plus intelligents que prévu ? s’étonna la chef de la M-Organisation, pensive. Cela pourrait devenir intéressant… Qu’est-ce qu’une victoire épique s’il n’y a pas d’opposant, je te le demande !
- Vous avez tout à fait raison… Mon fils, Hyppolite, s’est chargé de les confiner dans le lieu.
- Oh, ton fils. J’espère que tu ne l’as pas mis dans la confidence pour l’attaque de demain.
- Sauf votre respect, il m’aurait été difficile de le faire puisque vous me l’avez interdit. Je lui ai simplement dit de me prévenir en cas de mouvement suspect.
- Et de qui s’agit-il ? Ils n’y sont pas tous allés quand même !
- Shuu Jaggerjack, Killian Heart, Nozomi Devil…
- Oh, elle a bel et bien rejoint leurs rangs… marmonna Mista.
- Flora Mirajane, et enfin Crystal Legend.
- … Je vois… souffla Mista après un instant de surprise. Elles ont donc survécu à l’attaque de Mortimer, voilà qui est plutôt étonnant. Les choses se compliquent, du coup. Shuu n’est pas très fort, mais les quatre autres sont à eux-seuls des ennemis redoutables. Ton gosse, il vaut quoi en combat ?
- Il est le dirigeant du Siège, donc je pense qu’on a vu pire, railla Valter, vexé.

Mista resta pensive quelques secondes. Elle devait inventer le scénario le plus délectable. Celui qui les ferait souffrir, tous. Mais ils ne devaient pas mourir. Le fait qu’ils soient parvenus à la conclusion « Unys » était pour le moins impressionnante, et laissait entendre qu’ils agiraient lors de l’attaque du Palais des Harmonia. Autant les préserver jusque là, pour les achever lors de l’assaut. Pas tous, bien sûr ; ce serait bête qu’il ne reste plus personne pour le grand final. Elle finit par prendre sa décision.

- Dis-lui de ne tuer personne. Qu’ils repartent en vie. Mais… L’idéal serait qu’il cause une blessure mortelle soit à Flora Mirajane soit à Crystal Legend, conclut Mista en s’éloignant, non sans fouetter le visage de Valter avec ses cheveux, qui vira au rouge, furax.

Il renonça à dire quoi que ce soit, faible comparé à sa toute puissance sur lui. Sans plus de procès, il partit dans l’autre sens. Mista, elle, continuait son chemin vers sa destination initiale. Elle finit par atteindre une grande porte, qu’elle ouvrit d’une simple pression. La taille de la salle dans laquelle elle entra était proprement hallucinante. Cependant, elle était majoritairement occupée par un demi-avion. Comme un Airbus, mais coupé horizontalement. En fait, ce n’était pas exactement comme un Airbus : c’était deux à trois fois plus gros. Mista s’avança, pas impressionnée pour deux sous par la taille du demi-appareil.

- Niiiiiiiiiiiii ? appela-t-elle.

Une tête surmontée de cheveux noirs impeccablement coiffés apparut, jaillissant du haut de l’avion. Reconnaissant sa maîtresse, il descendit d’un svelte bond d’une dizaine de mètres, contrôlé par une corde de métal qu’il fit apparaître.

- Bonjour M-M, marmonna-t-il.
- Comment se porte mon petit bijou ? demanda Mista, impatiente comme une gamine de cinq ans.
- Il serait prêt à temps, ne vous en faites pas.

Pendant qu’il parlait, l’avion se construisait seul, lentement, particule après particule. Mista s’en aperçut.

- C’est bien lent, dis moi… Où est passée ta vitesse habituelle ?
- C’est un alliage complexe, répondit Ni. Je dois créer des tas de particules différentes avant de pouvoir placer une simple molécule.
- Je te fais confiance. Tu es certain qu’il pourra transporter tout ce dont j’ai besoin ? s’inquiéta Mista.
- Sans aucun problème.
- Et les bombes, elles sont où ?
- Là-bas, marmonna Ni en pointant le fond de la pièce.

Mista ne lui répondit pas, se contentant de foncer vers le fond de la salle, incapable de contenir son excitation. Elle arriva finalement devant deux bombes au design travaillé. La première, haute d’à peine un mètre, se présentait sous la forme d’une boule de bowling. La deuxième, qui elle avoisinait les dix mètres de haut, était constitué d’une sphère rougeâtre entourée d’une spirale formant une pointe vers le bas.

- La petite, c’est pour la porte. Explosion de contact, de puissance moyenne, annihilation totale garantie dans un rayon de cinq mètres, dégâts éventuels et projection des débris jusqu’à vingt mètres. Waterproof, imperméable à toute signature psychique autre que celle de San.
- Excellent, approuva Mista d’un signe de tête. Et la deuxième ?
- De type radioactif, explosion sphérique. Trois kilomètres de rayon d’action seulement, mais détruit également les galeries souterraines éventuelles.
- Portée des radiations ?
- 100 kilomètres.
- Parfait, acquiesça la future maîtresse du monde. Tout se passe bien du côté de ma très chère armée ?
- Le processus d’endurcissement est une totale réussite, exposa Ni.
- Pourcentage de survie ?
- 87 %, souffla le numéro 2 de l’Armada Zu.
- Merveilleux ! Tu fais vraiment un travail exceptionnel, mon cher Ni.
- Et encore, laissez-moi vous montrer le centre d’entrainement de votre armée.

Ni claqua des doigts, faisant apparaître une porte dérobée. Mista passa la porte, et se retrouva dans un long couloir entouré de vitres, qui rappelait à juste titre les élevages intensifs de bétail américains. Sauf qu’à l’intérieur, il s’agissait d’humains. Le système, complètement automatisé, consistait à faire apparaitre des instructions diverses sur un tableau blanc suspendu au mur. Ces instructions devaient être remplies dans le temps imparti, sans quoi divers procédés de torture se déclenchaient. Ainsi, sous la contrainte, tous faisaient des pompes, apprenaient à tirer, à tuer. Ils apprenaient à craindre la mort, la douleur, tout en la supportant suffisamment bien pour être efficaces.

Mista s’avança, suivie de Ni. Une petite fille se battait à main nue avec le garçon de la cellule d’à côté. Celui qui gagnait se voyait épargné, le perdant se voyait torturé. La fillette, redoutable, s’appliquait à viser les parties intimes du garçon, tandis que celui-ci, plus musclé, la frappait inlassablement. Mista souriait sadiquement. Cet endroit était quelque part semblable à Sekai no Zu, le centre de formation de l’Armada Zu. Mais celui-là était tellement plus efficace et cruel que ça frisait le ridicule. En seulement une journée, ils avaient quasiment tous fait sauter ce cadenas qui empêchait les humains de perdre pied. Ils étaient devenus des bêtes féroces. Elle passa peu après devant un adolescent, occupé à tirer au revolver sur toutes les cibles qui apparaissait autour de lui.

- Le système est conçu pour détecter le point fort de chaque dresseur. Puis, il le pousse à son maximum avec des exercices spécifiques. Bien sûr, dans tous les cas, ils reçoivent une éducation au combat.
- Extraordinaire. Tu es extraordinaire, souffla Mista.
- Avançons.


Kentin haletait. D’un coup de pied, il envoya valser un vase en porcelaine qui venait d’apparaître. Il faisait peine à voir. Vêtu d’un short en lambeaux et d’un débardeur passé de mode, ce qui choquait le plus étaient les nombreuses entailles sur ses jambes maigres. En nage, ses cheveux habituellement superbement entretenus tombaient pitoyablement sur son visage crispé, collés par la sueur. Le tableau blanc affichait « Détruire 100 vases avec les pieds. » Il en était au 47ème, et il souffrait déjà le martyr. Mais il allait bien. En tous les cas, mieux que les autres. Il ne devenait pas fou, lui. Il se contentait d’obéir du mieux qu’il pouvait.

Il avait été capturé en même temps que Mathi et Dimy, puis transféré ici. Il se souvenait encore de ces affreuses longues minutes dans la grande salle blanche, où une jeune femme – qui s’avérait être Mista – avait soumis à son pouvoir tous les dresseurs, les uns après les autres. Juste avant lui, il avait vu Mathi se faire envoyer un flash de lumière dans la figure avec l’attaque Flash de Noctali. Elle s’était agenouillée devant Mista, mais Kentin avait deviné qu’elle était parvenue à échapper à son pouvoir. Alors il avait fait de même, et avait demandé à son Statitik, caché dans ses cheveux blonds comme la paille, de faire de même.

Ca avait marché. Certes, il se retrouvait à se battre contre des mannequins et à s’épuiser comme jamais, mais il avait toute sa tête. Brisant son 48ème vase, il jeta un coup d’œil à la cellule d’à côté. Dimy s’y trouvait. Lui n’avait pas eu la chance de recevoir un flash dans la gueule au moment où les yeux de Mista avaient rencontré les siens. Il tirait à la mitraillette, une lueur de folie dans le regard, se tenant comme une marionnette. Kentin soupira, impuissant. Il tourna la tête de l’autre côté pour tomber sur le doigt d’honneur que Mathi lui adressa, auquel il répondit par un mouvement de bras peu poli.

C’était la seule manière de communiquer, les cellules étant insonorisées. Et ces petits échanges d’insultes leur permettaient à tous les deux de ne pas perdre pied dans cet enfer. Quand l’un deux venait à échouer et se faisait torturer par diverses machines non mortelles, l’autre se foutait de sa gueule et riait à gorge déployée. Se comporter comme des garces était un moyen comme un autre de conserver un semblant de normalité.

C’est alors que Mista passa et s’arrêta devant la cellule de Mathi. Kentin se figea, pris d’un accès de colère pour cette femme qui réduisait les gens à du bétail qu’on endurcit. Mais il se ravisa ; sa seule chance de survie, dans cette histoire, c’était de faire croire qu’il était sous-contrôle. Mathi fit de même. Elle resta impassible, se déchainant sur son mannequin de frappe, s’appliquant même à laisser couler un filet de bave sur sa joue pour imiter les contrôlés. La femme démoniaque resta là un moment, puis s’éloigna.

Des larmes d’impuissance se mirent à couler sur les joues du jeune homme, semblables à celles qui s’étaient déversées les premières heures de cet entrainement intensif. Sa petite vie tranquille lui manquait, la ville lui manquait, sa guitare lui manquait. Son minuscule Statitik lui envoya une petite décharge pour lui dire de ne pas se laisser abattre. Il avala alors sa salive et explosa son 54ème vase.


- C’est notre spécimen le plus fort, Mathi Punkette. Elle était très renommée avant sa capture, expliqua Ni.
- Blanche a fait du bon boulot ! s’enthousiasma Mista.
- Cependant, elle ne sera pas très efficace tant que vous n’aurez pas débridé les Pokémon.
- Je vais m’en occuper. Amène moi jusqu’à eux.

Ils marchèrent jusqu’au fond de la scène. Là, il n’était plus question de cellule, mais d’une immense étendue entourée de verre renforcé. A l’intérieur, une véritable orgie d’attaques. En effet, tous les Pokémon de tous les dresseurs capturés se trouvaient à l’intérieur et se battaient inlassablement.

- Des excitants et des spores médicinales sont diffusés en permanence. Ils se battent constamment, sont soignés constamment. On observe une augmentation du niveau global de 62% depuis le lancement du système, due au faible niveau initial des Pokémon, mais cette augmentation sera cruciale dans la bataille. Il ne manque plus qu’à les débrider, et ils deviendront de véritables armes.
- Hors de ma vue, Ni. Laisse moi seule.

Mista, les yeux révulsés, fixait le jeune homme, blasé. Il s’éloigna d’un pas lent avec un soupir.

- Je me doutais que je n’en saurai pas plus sur votre pouvoir…
- En effet, tu peux toujours courir.

Elle attendit qu’il soit sorti pour faire apparaître Infinity. La gigantesque araignée traversa la paroi vitrée et se retrouva à l’intérieur. Tous les Pokémon arrêtèrent de se battre d’un même mouvement. Sans que quiconque leur ordonne quoi que ce soit, ils s’assirent sagement. Infinity explosa alors en plusieurs centaines de minuscules larves qui traversèrent les Pokémon, les uns après les autres. Puis, les perles recomposèrent l’énorme araignée, qui disparut. Mista hocha la tête, satisfaite. Désormais, ces Pokémon n’était plus de simples Pokémon. Le gène qui les empêchait de tuer des humains venait d’être désactivé par ses pouvoirs. Ils étaient devenus des armes.

Son plan était parfait. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle récupère Kyurem.


Il pleuvait sur Rosalia. Les gouttes, fines mais persistantes, glissaient sur les costumes noirs et se mêlaient aux larmes silencieuses. La terre boueuse du cimetière, elle, se chargeait de salir les chaussures vernies achetées pour l’occasion. Les croque-morts avançaient, portant un imposant cercueil de chêne. Le symbole de l’armée de Johto, deux roses rouges disposées en croix, était gravé à même le bois.

Holly Harper, informaticienne militaire de profession, ne pleurait pas. McFilleul n’aurait pas apprécié. Car c’était bien lui qui se faisait enterrer ; ce brillant militaire, tyrannique, effrayant, mais terriblement compétant. Tué par un simple Policier qui avait perdu la tête. Holly serra les poings. Son impuissance au moment de sa mort la tuait. Si seulement elle ne s’était pas évanouie, elle aurait peut-être pu agir. Mais le pire dans l’histoire, c’est qu’elle ne l’avait pas vu mourir. Cela l’empêchait de se faire une raison. Elle continuait d’espérer qu’il allait débarquer au boulot avec son café super fort et hurler des ordres à qui voulait – ou non – l’entendre.

- Georges Everett McFilleul fut un homme brave comme la nation en a vu peu. Sa bravoure causa sa perte. Il mourut pour protéger le pays lors de l’incident Chapelier, durant lequel Rentoraa Fireman perdit la tête et commit de multiples meurtres. Georges restera à jamais dans le cœur de ses proches, mais également dans celui de l’armée toute entière.

L’endroit débordait de monde. La plupart était les militaires qui s’étaient retrouvés, à un moment où à un autre, sous ses ordres. Beaucoup pleuraient ; McFilleul savait tisser des liens très forts malgré sa cruauté implacable envers ses subordonnés. Holly, dans sa robe bleu marine – elle avait refusé le noir – croisa le regard de Rico. Le pauvre faisait des efforts, mais ne parvenait pas à se contrôler. Des spasmes l’agitaient, signe de sa lutte contre ses larmes. Finalement, il s’effondra, à genoux dans la boue, et se laissa aller. Elle le plaignait. Le jeune homme avait une responsabilité encore plus directe dans la mort de McFilleul ; il avait hésité, et s’en voulait certainement à un point inimaginable. Plus qu’elle encore, sans doute.

Le cercueil fut déposé dans un grand trou rectangulaire. Les Pokémon de McFilleul, défaits, regardèrent la scène en silence. Holly restait neutre. Contrôler ses expressions faciales était une de ses plus grandes qualités. Mais en elle, elle bouillait de rage. Les Chapeliers. Elle les haïssait de tout son être, de toute son âme, et cette haine se mêlait à son impuissance. Tout était de leur faute. Le kidnapping de Patricia, Rentoraa qui devient fou, et même la disparition inexpliquée de Patricia après qu’on l’ait extirpée des débris. Et personne n’arrivait à les trouver. Ils étaient aussi insaisissable qu’une sardine quand on les mains pleines d’huile. L’incompétence des forces de l’ordre aditionnée à leurs talents d’évasion.

C’est alors que son Pokématos sonna. Tous les yeux se tournèrent vers elle. Puis ils virent son regard de tueuse et se ravisèrent.

- Excusez-moi, lâcha-t-elle froidement.

Elle attrapa Rico par le col et le traina dans la boue jusqu’à la sortie du cimetière. Le pauvre Seviien pleurait toutes les larmes de son corps, mais elle ne se laissa pas attendrir. Une fois sortie, elle le déposa contre un mur et répondit à l’appel visio.

- Holly ? fit une voix.
- Ouais. Que me vaut cet appel, Eve ? Tu regrettes ton chef ? souffla Holly, d’humeur railleuse.
- On n’est pas encore sûr que Killian se soit allié aux Chapeliers, répliqua Eve de son air pincé si caractéristique. On sait juste que quand on est arrivés sur les lieux, ils avaient disparu.
- Killian Heart est le seul à pouvoir téléporter autant de personnes… soupira Holly.
- Ils ont pu le forcer… tenta Eve.
- Tu n’y crois pas toi-même.
- Tu as sûrement raison. Bref. Je t’appelle parce que j’ai une info très intéressante.

Rico, qui jusque là était resté silencieusement avachi contre mur, releva légèrement la tête.

- Tu pourrais être renvoyée si tes supérieurs apprenaient que tu partage des infos avec une militaire, fit remarquer Holly.
- Il y a des choses plus importantes que le boulot. Je veux découvrir ce qui est vraiment arrivé à Killian. Et j’ai besoin de toi.
- Bon, accouche ! s’impatienta Holly.
- Des disparitions en série. Voilà ce qui se produit depuis quelques jours. Tous ceux qui entrent dans l’arène de Mortimer ou de Blanche n’en ressortent pas. Certains dresseurs y sont allés pour tenter de découvrir ce qui se tramait à l’intérieur, et eux non plus ne sont pas réapparus depuis, exposa Eve la bombasse.
- Des disparitions en série ? Vraiment ? C’est vrai que c’est grave, mais il suffit d’envoyer quelques Echos sur le coup…
- C’est là le plus étrange. Lance Wataru en personne a formellement interdit que quiconque mène l’enquête sur ces disparitions. D’ailleurs, on n’a jamais retrouvé les personnes venues témoigner de ces disparitions.
- Et tu penses à… ? demanda Holly, complètement désarçonnée.
- A un coup des Chapeliers. Wataru sait sûrement ce qui est arrivé à ces dresseurs, et ne veut pas créer un autre mouvement de panique. Je sais pas si t’es au courant, mais sa côte de popularité n’a jamais été aussi basse. Les départs vers les autres régions se font de plus en plus nombreux. Les gens ne se sentent plus en sureté dans leur propre pays. Même ce qu’ils pensaient être le plus imprenable, l’Abysse, a été forcé. C’est la panique… Et je pense qu’il veut étouffer l’affaire. Il a probablement réduit les témoins au silence, et nous empêche d’agir. La situation est grave, conclut Eve.
- Effectivement, ça me parait logique… Et on ne peut pas laisser une affaire de cette ampleur irrésolue, surtout si ça peut nous conduire à une nouvelle piste sur les Chapeliers. Laisse-moi deviner, tu veux que je fasse un petit tour par l’arène de Mortimer ?
- J’étais sûre que tu serais d’accord ! sourit l’Echo.

Rico se redressa pitoyablement, prenant appui sur le muret. Les yeux rouges d’avoir pleuré, le visage strié de larmes, la mine la plus déchirante qu’Holly ait vue de sa vie. Il s’essuya péniblement le visage avec la manche de son costard noir tâché de boue.

- Je… peux venir ? S’il te plait ? tenta-t-il, timide.
- Ouais. Mais je vais y aller sans plus attendre, ça te dérange pas de rater la fin de l’enterrement ? s’inquiéta Holly.
- Si la fin est aussi joyeuse que le début, je m’en passerai… marmonna-t-il, déconfit.
- Je nous ai récupéré un allié de plus, signala Holly à Eve.
- Bien reçu. Avancez-vous et cherchez un moyen d’entrer sans passer par la porte principale. Je vous rejoins dans un quart d’heure.
- Tu viens comment ? demanda Holly.
- Par les airs, sourit Eve au bout du fil tout en se synchronisant avec son Rapasdepic.
- A tout à l’heure ! sourit Holly.

Elles raccrochèrent. Holly se tourna vers Rico, occupé à regarder l’attroupement au fond du cimetière. L’informaticienne militaire soupira.

- On doit y aller, signala-t-elle en lui attrapant la main.

La peau halée du jeune homme rosit légèrement à ce contact.

- Je tiens quand même à te rappeler que je pourrais être ta mère, railla-t-elle.

Il rougit encore plus violemment, balbutia quelques excuses, puis dégagea sa main. Après un dernier regard en arrière, il s’éloigna du cimetière d’un pas qui se voulait décidé. Il avait tiré un trait sur le passé, il devait avancer et rattraper son incompétence en enquêtant sur ceux qui avaient causé le décès de son supérieur.

- Rico ? tenta Holly, restée en arrière.
- Oui ? fit timidement Rico en tournant la tête.
- L’arène est de l’autre côté.
- Oh.


- Tu viens me relayer ?

Glenn marqua une pause, fixant Melosa. Celle-ci l’avait entendu venir. Perchée sur le rebord de l’immeuble, elle laissait ses jambes pendre dans le vide, les coudes sur ses genoux, pensive. La voix de Justine, adossée contre le rebord, face à Glenn, constituait un agréable bruit de fond. Le militaire s’avança à contre vent.

- Pas spécialement, répliqua-t-il, criant pour couvrir le bruit des rafales. Juste te tenir compagnie.

Melosa se retourna, neutre, et lui fit une place sur la rambarde. Glenn s’y assit après avoir jeté un coup d’œil à Justine, qui déversait sans cesse son flot d’histoires.

- Inquiet pour elle ? devina Melosa.
- Comment ne pas l’être… marmonna Glenn.
- Je ne le suis pas, soupira la championne. Même si c’est une brave idiote trop impulsive, même pas foutue de mettre le pied droit devant le pied gauche, elle est forte. Elle a plutôt intérêt d’ailleurs, sinon elle risque de crever dans la foutue bataille qui se prépare.
- Mentaline a dit qu’elle avait besoin de quelque chose qui la ramène à son passé. Pour qu’elle arrête d’être mentalement coincée dans l’Abysse, dit Glenn.
- Je sais. J’étais là quand elle l’a dit. Et laisse moi te dire que tes efforts resteront vains, souffla froidement Melosa.

Glenn se figea. Il sentit une colère sourde monter en lui. Cette colère incontrôlable, qui lui valait tant d’ennuis.

- Qu’est-ce que tu en sais ? marmonna-t-il, tentant de se contenir.
- Tu ne fais pas parti de son passé. Tu as abusé d’elle. Elle a autant envie de t’oublier que d’oublier l’Abysse, asséna sèchement Melosa sans même le regarder.
- C’est faux. J’ai abusé d’elle, j’ai volé plusieurs semaines de sa vie, je lui ai fait plus de mal que n’importe qui… Et alors ?! Je l’aime… Je veux juste l’aider !
- Tu ne peux rien faire. Mets-toi ça dans la tête.

Le coup de poing fusa, chargé d’une rage silencieuse. Le Zoroark de Melosa, jaillissant de l’ombre, le stoppa immédiatement. Melosa secoua la tête, lassée. Glenn serra les dents.

- Se battre n’arrangera rien… Et pourtant Arceus sait si j’ai envie de te remettre à ta place… souffla Melosa.
- Ne m’énerve pas, ça pourrait mal finir. Je vais essayer quelque chose. N’interfère pas, siffla Glenn.
- A ta guise, fit Melosa en haussant les épaules, alors que Zoroark s’éclipsait.

Le militaire lui jeta un regard mauvais, auquel elle ne répliqua pas, blasée. Glenn sauta du rebord, et s’approcha de Justine, adossée à la rambarde. Elle faisait peine à voir, étendue là comme une poupée de chiffon.

- …alors le petit garçon sauta sur le Lainergie volant, partant pour un magnifique voyage dans le futur.

Glenn planta ses yeux marron dans ceux, verts et surmontés de lunettes, de Justine. Elle ne sembla pas s’en préoccuper, préférant faire la mise au point sur les nuages, bougeant à vue d’œil par ce temps venteux. Le jeune homme prit une grande inspiration. Melosa observait silencieusement, sachant déjà ce qui allait se passer.

Glenn se rapprocha doucement, puis posa délicatement ses lèvres sur celles de Justine. Elle arrêta de parler, incapable d’émettre le moindre son. Il commença à l’embrasser, d’abord avec une infinie tendresse. Elle ne réagissait pas, inerte, livrant sa bouche aux assauts répétés de Glenn. Il passa la main derrière sa tête, glissa doucement ses doigts dans ses cheveux noirs, lisses comme de l’onyx. Toute l’âme du militaire s’échappait de ce baiser ; il l’aimait, il voulait son retour. Le baiser s’éternisait. Glenn était désormais complètement allongé sur le corps fragile de la jeune femme. Ses mains se firent baladeuses, et la tension monta encore d’un cran.

- Rappelle-toi, souffla-t-il. De notre rencontre.

Il se souvenait encore de cette chose maladroitement avachie sur un banc, qu’il avait pour mission de recruter. Son assurance quand elle l’avait défié. Sa fierté quand elle l’avait vaincu avec une facilité déconcertante. Sa naïveté qui l’avait poussée à le laisser en liberté. Ses rougissements quand Melosa leur avait rendu visite. Ses « Je t’aime » quand il avait fini par verser quelques substances dans ses verres de jus de fruit. La chaleur de sa peau quand ils avaient fait l’amour. Tout cela se réveillait à son contact. Il ne tentait pas seulement de soigner Justine, il se soignait lui-même, retrouvant la tendresse des humains qui lui avait tant manquée à quelques centaines de mètres de profondeur. La solitude, le sentiment d’avoir gâché sa vie, le désespoir, tout s’évaporait au contact de ces lèvres tièdes, de cette langue immobile.

Finalement, le baiser prit fin. Il s’éloigna délicatement, la laissant respirer. Il se sentait bien, incroyablement bien. Comme s’il venait de purger toutes ses douleurs en un seul contact. Alors, il la regarda. Elle ouvrit la bouche. Et il se mit à pleurer quand les mots traversèrent ses lèvres délicates.

« Alooooooors… C’est l’histoire d’une petite Ponyta qui vivait seule dans un magnifique palais… »


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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Lun 20 Mai 2013 - 22:57

Chapitre posté, ça relève du miracle avec le week-end que j'ai passé :D Un chapitre assez contrasté au niveau atmosphère, j'ai eu vraiment du mal à écrire certaines scènes en particulier (notamment le combat contre le nudiste). Je vous laisse cependant profiter du résultat  Héhé ^^ #2

Résumé !
Spoiler:
 

Et persos !
Spoiler:
 

Bonne lecture ~  Silver Love




- Pousse putain !
- C’est pas ma faute, t’es super lourde ! geignit Rico.
- On peut pas toutes s’en sortir indemne après un accouchement ! répliqua Holly.

L’immortelle technique de la courte échelle. Ils avaient décidé de contourner l’arène et de tenter une entrée par le toit. En effet, l’arène de Rosalia avait la particularité d’être particulièrement plate et basse de plafond – pour accentuer le sentiment de claustrophobie, avait un jour répondu Mortimer dans une interview. C’était une espèce de vieille bâtisse délabrée qu’une légère brume sombre traversait de part en part. Jour et nuit, il s’échappait du bâtiment une petite mélodie, comme celle qui se trouvait dans les boîtes à musique des petites filles. Mais celle-ci sonnait faux et était particulièrement désagréable à écouter.

Autant dire que Rico était complètement terrorisé, et son efficacité à envoyer Holly sur le toit s’en trouvait grandement réduite. Elle poussait des petits cris agacés, suspendue aux tuiles, faisant des efforts surhumains pour hisser l’intégralité de son corps.

- Au secours Rico, mes seins coincent !

Le Seviien rougit et la lâcha, gêné. Elle atterrit dans la boue et s’y allongea complètement, vannée.

- J’abandonne.
- Si vite ? s’étonna Rico.
- Ca te va bien de dire ça…

Vexé, le jeune homme sauta, s’agrippa aux tuiles, et parvint à se hisser sur le toit. Holly, dans la boue, lui adressa un copieux doigt d’honneur, auquel il répondit en lui tendant la main. Finalement, ils furent tous les  deux sur le toit de tuiles. La tâche était plus ardue qu’il n’y paraissait. Les tuiles, déjà glissantes d’ordinaire, l’étaient encore plus à cause de la pluie.

- C’est bien d’être montés sur le toit, mais on va où maintenant ? Y’a pas l’air d’y avoir une quelconque cheminée… souffla Rico, trempé.
- Vu comment cette baraque est abimée, on finira par trouver un endroit où les tuiles se sont écroulées et on rentrera par là.

La toiture choisit ce moment précis pour s’écrouler sous le poids de la militaire, et elle passa à travers les tuiles dans un fracas assourdissant d’ardoise et de bois brisé.

- Tout va bien ? s’inquiéta Rico tandis que la poussière retombait.
- Niquel, j’ai juste atterris dans la cuvette des chiottes, c’est une belle journée qui commence ! railla Holly en s’extirpant du trou et des débris.

Rico la rejoignit prudemment, et jeta un coup d’œil aux alentours. Il semblait qu’aucune lumière ne soit allumée dans l’arène. Ca devait faire parti des petites blagues de Mortimer.

- Heureusement qu’on a atterris dans un endroit fermé, fit remarquer Rico. La lumière du soleil nous aurait trahis…
- Je confirme, vous êtes chanceux, fit une voix au dessus d’eux.

Ils se figèrent, pensant être repérés. Mais ce n’était qu’Eve, une paire d’aile dans le dos, qui venait d’arriver. Elle se posa doucement à leurs côtés et se désynchronisa de son Rapasdepic. Elle avait troqué son habituelle combinaison moulante blanche pour un ensemble beige plus sobre, mais elle était toujours aussi sexy. Rico se sentit défaillir, seul dans l’obscurité avec deux aussi belles femmes – on se serait cru dans un porno cougar.

- Vous pensez que Mortimer est à l’intérieur ? demanda Holly.
- C’est très probable, nous devons être sur nos gardes, prévint Eve. Si l’arène est plongée dans le noir, on a une chance de s’approcher de lui sans danger.
- T’es un peu optimiste, objecta timidement Rico. S’il se permet de vivre dans le noir, c’est que ça ne doit pas être très handicapant pour lui...
- Pas faux, l’aida Holly.
- Hum, tu proposes quoi alors ? demanda Eve, perplexe.
- Bonne question…




Lance Wataru, Chef du Gouvernement de Johto, était assis sur son énorme chaise en Ursaring. Un silence presque sacré emplissait la majestueuse pièce en bois sombre. On frappa trois petits coups à la porte. Lance eut un petit rictus agacé, se leva, et ouvrit la porte sur une jeune femme dans un costume noir. Elle le salua d’une ravissante courbette.

- J’espère que je ne vous dérange pas, s’excusa-t-elle.
- Jamais, fit Lance avec un sourire qui sonnait affreusement faux.
- J’imagine que vous avez déjà eu l’information ? devina-t-elle.
- L’attaque des Chapeliers au Siège de l’Armée Dynastique ? Bien sûr, nos espions m’en ont déjà informé.
- Vous pensez que ça va filtrer ?
- Aucune chance. On parle d’Unys, alias le pays de la censure, ma chère Pamela. Et d’ailleurs, je vois mal comment le moindre journaliste aurait pu prédire un incident là-bas.
- Oui, c’est vrai. Mais les Chapeliers… Ils bougent vite… fit remarquer la jeune femme.
- Les Chapeliers sont des dresseurs puissants, c’est indéniable, en particulier ceux qui les ont rejoins récemment. Notamment Killian Heart… Ses capacités de Téléport dépassent largement la moyenne, c’est un atout de choix qu’ils ont récupéré. Il n’est absolument pas étonnant qu’ils puissent se déplacer aussi vite. La question qui se pose, c’est « Pourquoi ? »…
- Oui… Vous voulez que j’envoie quelqu’un sur le terrain ?
- Ce n’est pas nécessaire. J’ai déjà dit que les Chapeliers ne devaient plus créer de polémique, et envoyer des agents sur les lieux aurait des conséquences très fâcheuses. Unys pourrait sans problème le voir comme une déclaration de guerre. Ils n’attendent que ça…
- Quand bien même, je trouve peu stratégique d’interdire les enquêtes sur ces mystérieuses disparitions dans les arènes… marmonna Pamela.
- Le peuple a besoin de souffler, trop de pression va finir par les désolidariser complètement de l’État, et avec le conflit qui se prépare, ce n’est vraiment pas le moment d’en rajouter.
- Hum.
- Pamela, ne vous en faites pas, je sais ce que je fais.
- Je vous fais absolument confiance, M. Wataru. Mais permettez-moi de ne pas avoir en vous une confiance aveugle, je pense que cela vaut mieux pour Johto.
- Soit, soupira Lance. Je vais y réfléchir.
- Merci. Vous avez l’air fatigué en ce moment… Laissez-moi deviner, c’est l’absence de Stutch et Joachim qui vous pèse ? fit Pamela avec un pauvre sourire.
- On ne peut rien vous cacher… marmonna Lance avec un demi-sourire.
- Ne vous inquiétez pas, cette maladie ne les retiendra pas plus d’une semaine. Ils seront bientôt de retour.
- Je l’espère Pamela, je l’espère…
- Bonne journée.
- A vous aussi.

Elle sortit.

- Quelle gourdasse, soupira Lance. Pas foutue de se rendre compte que je suis un imposteur, et ça se dit chef des armées…
- Faut dire que t’es plutôt un bon acteur, dans ton genre.

Une jeune femme était nonchalamment assise sur son magnifique bureau, toutes courbes en avant. Ses longs cheveux roux tombaient en cascade jusqu’à son opulente poitrine, et un petit sourire charmeur ornait son visage aux traits rudes, presque bestiaux. Un revolver à la main, elle jouait avec le canon en le faisant s’emmêler dans ses boucles.

- Nana ? s’étonna Lance. Yon t’as déposée ?
- Il m’en devait une, fit la jeune femme.
- Que me vaut ton… agréable visite ?
- Avant tout, change-toi. Lance Wataru est plutôt pas mal, mais tu sais bien que c’est pas du tout mon style.

Lance sourit. Ses cheveux changèrent de couleur et se mirent à boucler doucement. Il prit quelques centimètres, tandis que son visage changeait doucement. Son nez se rapetissa, ses yeux prirent une délicate couleur océan, tandis que ses sourcils s’affinaient. Sa peau fonça légèrement et sa silhouette se rétracta, perdant des épaules mais gagnant en finesse. Finalement, un tout autre homme se tenait en face de la jeune femme. Il sourit à nouveau, cette fois avec des dents et un visage sans le moindre défaut.

- Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? demanda-t-il d’un ton envoutant.
- Tout ce que tu veux, répondit Nana du même ton.

Il se mordit doucement la lèvre inférieure et plaqua la jeune femme sur son bureau, la dominant de toute sa hauteur. Nana savourait.

- J’ai besoin de quelque chose… susurra-t-elle tout en l’embrassant.
- Tout ce que tu veux, s’amusa Ichi tout en la dévorant.
- Protège-moi, lâcha Nana, haletante.

Leurs vêtements volèrent à travers la pièce. Elle garda le revolver.

- De quoi ? ricana Ichi.
- De tout. J’ai un mauvais pressentiment à propos de cette attaque… Toi et les autres, vous êtes forts, bien plus forts que moi. Vous pouvez vous battre et tuer sans aucun problème. Mon pouvoir est beaucoup plus long à agir… Qui plus est, la séduction ne marche que sur les hommes. Et beaucoup de Chapeliers sont des femmes…
- Oui… Comme tu le dis si bien, la séduction ne marche que sur les… hommes, fit Ichi en se figeant.

Son visage était déformé par un rictus de rage. Nana recula, apeurée. Elle se souvint alors de ce qui l’avait empêché de trainer avec lui, et se figea.

- Les hommes. Tu pense que j’en suis un, Nana ? demanda-t-il, animé par une colère sourde, injustifiée, presque désespérée.
- O-Oui… Il n’y a pas de raison… tenta-t-elle tout en sachant que c’était vain.
- Regarde-moi.

Nana s’y força. Le visage d’Ichi se mit à changer à une incroyable vitesse. Il fut jeune, vieux, femme, enfant, singe, phacochère, insecte, sardine, girafe, et même face de la lune, en moins d’une minute. La jeune femme tenta de s’enfuir, mais une main mi-velue mi-écailleuse la cloua contre le bureau. Sa bouche prit une taille démesurée, ses yeux sortirent de ses orbites et allèrent se balader autour de sa tête, reliés par des fils de chair. Un troisième lui poussa même au niveau du nombril, tandis que des branchies apparaissaient et disparaissaient sans cesse à la base de son cou. Nana pleurait silencieusement, terrorisée par cette chair devenue folle, braquant inutilement l’arme vers la chose.

- Redis-le, souffla Ichi d’une voix de femme, éraillée. Redis que je suis un homme.

Nana ne put que garder le silence, pétrifiée par cette abomination. Elle hésita à tirer, puis se rendit compte que ce serait signer son arrêt de mort.

- Je ne suis rien, d’accord. Rien. Et il est impossible de demander un service à quelque chose qui n’existe pas, on a juste l’air stupide. Maintenant, rentre avant que je ne te tue. Tu n’aurais pas du venir.

Nana hocha la tête et disparut, récupérée par un Yon mort de rire. Ichi resta là, seul, ni humain, ni animal, ni poisson, ni rien. Il se roula en boule, et pensa à Mista Meetic. Il parvint à se calmer, et pu retrouver contenance. Il redevint Lance Wataru et se remit au travail. Pour elle, et uniquement pour elle. Parce qu’il le voulait, et non pas parce qu’elle le lui avait ordonné avec ses pouvoirs de contrôle. Après tout, que peut-on ordonner à quelque chose qui n’existe pas ?




- On y va à trois, chuchota Holly, collée à la porte des toilettes.
- Un… souffla Eve.
- Deux, bredouilla Rico, accompagné de son Melodelfe.
- TROIS ! lança Holly en ouvrant la porte en grand fracas.

Il se retrouvèrent plongés dans le noir total, mais ça faisait partie du plan.

- Melodefe… Flash !

La lumière se fit alors, révélant une immense arène jonchée de vieux meubles couverts de toiles d’araignée. Mortimer était assis tout au fond de l’arène, un peu ébloui par la lumière qui émanait du Melodelfe. Il n’avait pas changé, toujours une sorte de charmant gothique aux yeux violets, pâle comme la mort et planant quelque part au dessus des nuages.

- Oh. De la lumière, fit-il. Je ne pense pas être mort, pourtant. Que c’est étrange.
- Mortimer ! Nous sommes venus pour obtenir des explications au sujet des multiples disparitions qui ont eu lieu ces derniers temps, annonça Eve en avançant, confiante, son badge d’Echo à la main.
- Oh. C’est intéressant. Dommage, parce que je ne peux rien vous dire.
- Croyez-moi, vous allez parler ! Nous ne sommes pas n’importe qui, et ce n’est pas avec vos Pokémon que vous pourrez nous battre ! menaça Eve.
- Tu n’es pas n’importe qui, mais moi je ne suis pas tout à fait capable de me battre, signala Rico.
- Tu es militaire ! s’insurgea Eve.
- Un militaire sans arme, c’est comme un gigolo sans pénis… glissa Rico, ravi de pouvoir la placer.
- Holly ! Aide-moi ! Dis-moi que tu sais quand même te battre ! Prouve que les militaires ne sont pas tous inutiles ! désespéra Eve.
- N’oublie pas le « informaticienne » devant le militaire, et tu as ta réponse quant à mon habileté au combat, marmonna Holly, pas fière.

Eve crut halluciner devant l’inutilité de ses partenaires.

- Vous avez fini de parler ? demanda Mortimer.
- Je crois, oui, soupira Eve, désespérée.
- Ah, c’est bien.

Il appuya alors sur un petit bouton et le sol s’ouvrit sous leurs pieds.




- Cachez-ça, par Mew ! brailla Crystal en se couvrant les yeux.
- Même-moi je suis d’accord ! renchérit Shuu.
- La nudité n’a jamais tué personne, répliqua mollement l’homme, assis sur sa chaise.

Tout semblait mou chez Hyppolite Valter. Son prénom était mou, sa voix était molle, sa posture était molle, sa peau même semblait molle. Tout était mou. Vraiment tout. Il se rassit mollement sur sa chaise, dont la dureté contrastait avec la mollesse du personnage. Shuu, Crystal, Flora, Killian et Nozomi l’observaient, seul au milieu de la grande pièce en dôme, vide.

- Je vous défie, lança-t-il, blasé. Je suis un Echo, à la base, vous savez. Mais je vais faire une exception pour vous, ce sera plus drôle. Ténéfix, en position.
- On a pas le temps pour un combat, répliqua Shuu. Nous sommes cinq, vous êtes seul. Désactivez le Rideau Pourpre et il ne vous arrivera rien.

Il brandit son épée en chocolat pour appuyer ses dires. L’homme en face d’eux eut un petit sourire méprisant, pas effrayé pour deux sous. Il se contenta  de plonger dans le sol. Littéralement. Comme un fantôme, ou même un hologramme, il s’enfonça dans la dalle de béton, ne laissant dépasser que sa tête lassée. Les Chapeliers en restèrent stupéfaits, tandis que le petit Ténéfix et son Rubik’s Cube se moquait doucement d’eux.

- Le rôle de méchant ne vous va pas, fit remarquer la tête d’Hyppolite, au niveau des pieds de Shuu.

Celui-ci répliqua en tranchant le sol d’un large coup d’épée, mais même l’arme étonnante traversa sa tête sans lui laisser la moindre égratignure. Crystal rappela discrètement son Symbios.

- Sage décision, mademoiselle, marmonna Valter Junior.
- Pichto-Point, souffla Nozomi en envoyant son Métalosse.

Le Pokémon, filant comme une fusée, décocha une magistrale droite au Ténéfix, resté en arrière. Le spectre des ténèbres, surpris, en lâcha son Rubik’s Cube et alla voler un peu plus loin.

- Ah, vous vous décidez enfin à vous battre, soupira Hyppolite.

Il lévita en arrière, se plaçant derrière son Ténéfix qui se relevait déjà, indemne malgré l’attaque. Le Doudouvet de Shuu était déjà dehors, de même pour le Braségali et le Givrali de Flora. Killian, inutile car à court d’énergie, préféra rester en arrière. Crystal semblait bien embêtée.

- Putain, une immunité Psy comme adversaire quand on est une dresseuse psychique, c’est rude, geignit la jeune fille.
- Laisse Crys’, je m’en occupe, sourit Flora. Givrali, Braségali, formation Chariot de feu !

Le poulet monta sur le dos du Givrali, et s’assit comme s’il s’agissait d’un cheval. Shuu se sentit l’âme charitable et décida de lui donne un coup de main.

- Greens, Vent Arrière !
- Givrali, Vive-Attaque. Braségali, Pied Bruleur !

LePokémon leva les deux pieds et s’enflamma complètement, tandis que le Givrali filait avec une rapidité impressionante. L’attaque de Type Normal traversa complètement le spectre, mais le Pied Brûleur porta, violemment aidé par son énorme vitesse. Mais contre toute attente, le Ténéfix contra le tout d’un simple coup de griffe, rembarrant totalement le Braségali.

- Beaucoup de bruit pour bien peu de chose, marmonna Hyppolite. Balle Ombre.

Le Spectre sans faiblesse disparu et réapparut sur le dos du Givrali. Flora tenta d’ordonner un Blizzard de sauvetage, mais le Ténéfix bombarda le Pokémon Glace de Balle Ombres à répétition, à bout portant qui plus est. Puis, le petit Pokémon attrapa sa jambe et le lança dans les bras de Flora qui tomba durement au sol.

- Flora ! brailla Crystal.
- Je vais bien, la rassura-t-elle. Mais Givrali…
- Faites attention, ce n’est pas un dresseur contre lequel vous avez l’habitude de vous battre, intervint Killian, adossé au mur pour récupérer. C’est un Echo. Les Pokémon sont la source de notre puissance. Mais l’échange n’est pas à sens unique. Aussi, ce Ténéfix voit sa force normale additionnée avec celle d’un humain, ce qui augmente énormément sa puissance de frappe.
- T’aurais peut-être pu nous prévenir avant, marmonna Crystal en aidant Flora à se relever.
- Pichto-Poing.

Le Métalosse fusa à nouveau, mais cette fois le Ténéfix le bloqua à bout de bras, tandis qu’Hyppolite flottait doucement dans la pièce, non-soumis à la gravité comme tout demi-fantôme qui se respecte.

- Poing Meteor, enchaîna Nozomi.

Cette fois, le coup porta. Le Ténéfix fut littéralement emporté et le colosse de métal l’écrasa sur le mur d’en face. Crystal trépignait, se sentant impuissante face à l’impitoyable Table des Types. Hyppolite eut un sourire blasé alors que son Pokémon se relevait sans mal sous le regard surpris de Nozomi.

- CE TRUC ME GAVE, éructa Crystal. Tant pis pour mes attaques Psy… Delcatty !
- Poing-Eclair, ordonna Nozomi qui commençait également à en avoir marre.

Cette fois, le Ténéfix esquiva l’attaque et transperça le Métalosse d’une Griffe Ombre bien placée. Le robot recula, touché. Nozomi bouillonnait. Flora commençait également à saturer devant l’apparente invincibilité de ce minuscule truc. Pourtant, il était tout à fait crucial de l’abattre ; il était probablement à l’origine du Rideau Pourpre, et le mettre K.O. était très certainement le seul moyen de sortir du Siège Dynastique. Shuu se sentait particulièrement inutile. Pas spécialement en danger, ses Pokémon étaient cependant une dizaine de fois trop faibles pour rivaliser avec Hyppolyte.

- Flora, je te l’envoie ! Delcatty, Feinte !

Le Pokémon chat disparut dans l’ombre quelques instants, avant de réapparaître subtilement derrière Ténéfix. Un coup de patte l’assomma légèrement, suffisamment pour laisser à Flora le temps d’agir.

- Boutefeu !

Se projetant depuis une paroi, le poulet se transforma en boule de feu vivante. L’impact avec le minuscule Spectre fut d’une violence inouïe. Le mur d’en face se creusa sous la puissance de l’attaque et le Ténéfix retomba au sol, fumant. Il se releva cependant. Nozomi serra les poings alors que Crystal lâchait un charmant juron. Killian fronça les sourcils.

- Brouhabam, Magirêve, Avaltout, Chcobolides, marmonna Nozomi.

Elle lança toutes les Pokéballs, se retrouvant avec une véritable petite armée. Hyppolite haussa légèrement les sourcils.

- Crychtal… Je me demandais vaguement chi ton Delcatty avait Clairvoyanche, souffla Nozomi, machiavélique.
- Nozomi, tu es un génie.
- Merchi.
- Delcatty, Clairvoyance !

Le Pokémon cligna de l’œil, et Ténéfix sembla devenir plus matériel qu’il ne l’était auparavant. Hyppolite, qui n’avait rien vu venir, s’écrasa par terre, revenant subitement à sa triste humanité. Killian eut un sourire narquois, tandis que Shuu faisait une petite danse de la joie avec Crystal.

- Chcobolides, Roulade puis Abri !

Le génie de Nozomi porta alors bien son nom. Les quatre Pokémon poison se mirent à tourner à une vitesse folle autour du pauvre Ténéfix, redevenu un simple Pokémon sensible aux attaques normales et combat. Les Scobolides érigèrent alors une attaqua Abri, et la rotation changea l’attaque en une énorme bulle inviolable, plus puissante encore que les barrières d’un Killian admiratif.

- Magirêve, Pchycho. Et terminez moi cha en beauté, je commenche à en avoir marre.

Le Spectre fit s’envoler le Brouhabam, l’Avaltout et le Métalosse au dessus de la boule, avant de les rejoindre. Une ouverture se créa dans la bulle incassable, et quatre Ultralasers, sans doute parmi les plus puissants jamais tirés, fusèrent à l’intérieur de la sphère qui se referma. Les lasers ricochèrent alors sur toute la surface de la protection dans un fracas infernal, traversant de par en par le minuscule spectre. L’attaque finit par cesser, laissant là une malheureuse chose, complètement hors service. Hyppolite semblait bien embêté, nu comme un Aspicot, parfaitement tranchable, brûlable, transperçable ou même écrasable. Flora et Crystal hochèrent la tête, impressionnées par la performance de Nozomi. Killian restait pensif et silencieux, tandis que Shuu s’avançait, l’épée à la main, menaçant. Hyppolite reculait, pas rassuré vu la façon dont l’arme s’était enfoncée dans le sol.

- Ne vous laissez pas avoir, marmonna Killian. Le Rideau Rouge est toujours là, bien que Ténéfix soit hors-service. D’autant plus que ce genre de Pokémon n’est absolument pas taillé pour ériger une telle barrière…

Hyppolite ricana. Même son ricanement semblait complètement mou et blasé.

- Pas mal, Killian Heart. Le rival de mon père, n’est-ce pas ? Dire que vous êtes plus jeune que moi… soupira-t-il.

Une espèce de demi-lune apparut alors au dessus de sa tête. Shuu se mit en garde, pas rassuré. Hyppolite tendit alors le doigt vers Crystal. Elle recula, mais il était déjà trop tard. Une griffe d’ombre jaillit de son doigt, et atteignit sa cible. L’atmosphère changea alors du tout au tout. Auparavant, un Ténéfix un peu trop résistant leur donnait du fil à retordre, mais leur ennemi était gérable, voire ridicule. Mais maintenant, tout avait changé.

Crystal hurla et tomba à genoux. Une affreuse douleur se répandit dans sa tête. Comme un écho fulgurant, incessant, qui la faisait hurler de plus belle. La jeune fille avait peur. Elle ne savait pas ce qui se passait, ni comment ça s’était passé. Elle savait juste qu’elle avait mal. Et qu’il y avait du sang. Du sang qui coulait à flot, qui imbibait ses mains appuyées contre sa tête, s’imprégnant de l’odeur de rouille. Sa tête était parcourue d’images épileptiques, des séries de couleurs sans rapport, sur un fond continu de douleur. Et elle criait.

Flora en resta choquée, immobile, incapable de prononcer le moindre mot devant la souffrance de sa compagne. Finalement elle se ressaisit et se jeta à ses côtés.

- Crystal ! Crystal !

Elle la secouait, complètement hystérique. Leur pressentiment. Elle s’en rappela, de cette horrible sensation qui leur disait que c’était dangereux, qu’elles ne parviendraient pas à mourir ensemble. Qu’elles allaient être séparées avant la toute fin. Flora se mit alors à pleurer, hurlant à Crystal de la regarder, de lui dire que tout allait bien et que ça allait bien se passer. Killian, Nozomi et Shuu s’étaient silencieusement rapprochés, choqués devant la détresse des deux jeunes filles.

Crystal daigna enfin regarder Flora. Le monde aurait très bien pu s’arrêter de tourner. Crystal voyait Flora. Mais… pas en entier. Une partie de son doux visage l’obligeait à tourner la tête pour qu’elle puisse l’apercevoir. Tétanisée par l’expression d’horreur de Flora, submergée par la douleur, elle porta alors une main tremblante contre son œil gauche.

Elle chercha bien, mais non. Il n’y avait plus d’œil gauche.

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Ven 28 Juin 2013 - 23:50

Vous avez le droit de me tuer, je le mérite ! J'ai eu une totale absence d'inspiration pour le Crystal/Flora, j'ai vraiment eu du mal à écrire cette foutue scène, et je suis toujours pas satisfait mais j'en ai marre de la refaire. Voilà, pas grand chose d'autre à dire sinon que je bénis ceux qui lisent encore et toujours malgré mes périodes de creux de plus en plus fréquentes :( Je vous aime :(

Résumé !

Spoiler:
 

Persos !
Spoiler:
 

Voilà, bonne lecture Silver Love 



Les cris de Crystal déchiraient l’air. L’atmosphère était rouge, poisseuse, lourde. Nozomi, qui assistait en retrait à l’horrible scène, se sentait mal rien qu’à regarder. Le sang coulait lentement, tel une grosse larme rougeâtre ne provenant que d’un seul œil. L’autre, celui qui n’était pas un hypnotisant trou béant, pleurait vraiment, et le sel se mêlait à la rouille au niveau du menton de la jeune fille. Son unique œil semblait vouloir dire quelque chose à la pauvre Flora, en état de choc, qui restait immobile, incapable de faire quoique ce soit d’autre que d’écouter les hurlements qui empêchaient sa compagne de parler.

Derrière les deux jeunes femmes, Nozomi aperçut Killian du coin de l’œil. Silencieusement, il puisait dans ses dernières forces, effectuant une série de mouvements complexe dans l’air pour stopper le saignement grâce aux pouvoirs de son Leuphorie. Mais l’épuisement le terrassait, et Nozomi voyait qu’il luttait difficilement.

- Flora… parvint finalement à articuler Crystal, entre deux hurlements. Ne t’occupe pas de moi… Ce mec est dangereux, je passe après !

Ces dernières paroles firent l’effet d’une onde de choc à Flora. Une colère sourde s’empara d’elle.

- Non. Non. TU NE PASSES APRES PERSONNE, C’EST BIEN CLAIR ?!
- Flora… Ne sois pas égoïste… gémit Crystal.

Elle avait arrêté d’hurler. Elle s’affaiblissait grandement, ayant perdu beaucoup de sang. Ses forces la quittaient, comme si on avait percé un gigantesque trou par lequel elles s’échappaient en masse. Ce qui n’était même pas, tout compte fait, une métaphore.

- EGOÏSTE ? LAQUELLE DE NOUS DEUX EST EGOÏSTE, LA ?! s’insurgea Flora, que Nozomi n’avait jamais vu dans un pareil état. TU VIENS DE PERDRE UN ŒIL ET TU ME DEMANDES DE NE PAS ME PREOCCUPER DE TOI ? COMME SI C’ÉTAIT POSSIBLE ! VIS PUTAIN ! JE SUIS RIEN SANS TOI !
- Flora… souffla Crystal.

Son unique œil se ferma doucement, et Flora la regarda sombrer. Elle sentait son pouls battre contre sa main, mais celui-ci ralentissait dangereusement. La coordinatrice d’Hoenn se mit à hurler de plus belle, tandis que Crystal perdait connaissance. Killian, en retrait, accéléra ses mouvements. Il devait stabiliser la jeune fille autrement elle y resterait. D’autant que le saignement n’était qu’une partie du mal qui la menaçait.

Flora perdait pied. Elle secouait l’amour de sa vie comme si les secousses allaient la sauver, comme si ses cris allaient stopper le saignement, comme si ses larmes pouvaient apaiser la douleur. Mais nous ne sommes pas dans un merveilleux conte de fée. Et de fait, sans le savoir, Flora aggravait l’état de la jeune femme. Nozomi allait s’avancer pour lui dire de se calmer, mais Shuu, qui était resté passif jusque là, prit l’initiative avant elle. Il s’approcha de Flora et posa une main qui se voulait rassurante sur son épaule. Mais Flora se dégagea et se leva brutalement, stoppant ses cris.

Elle colla alors une gifle phénoménale au jeune garçon, qui résonna dans l’immense dôme. Hippolyte Valter observait silencieusement  la scène, terriblement désintéressé, mais trop fainéant pour les interrompre et leur rappeler doucement qu’il était toujours là et qu’il pouvait les tuer à tout moment.

- NE ME TOUCHE PAS ! cracha Flora. Je ne te connais pas. Tu ne me connais pas non plus. Tu ne sais pas ce que je ressens. Non, je ne me calmerai pas alors que la seule personne qui compte à mes yeux, la seule personne qui me maintient en vie, la seule personne avec qui je serais heureuse de mourir, se meurt sous mes yeux ! Alors je te remercie, mais ta compassion j’en ai rien à faire ! s’égosilla la jeune fille.

Shuu gardait le silence, fixant ses pieds couverts du sang des divers inconnus qui avaient barré leur route, tenant fermement son épée en chocolat. Il releva alors la tête, et Nozomi croisa son regard.

Elle se figea. C’était son regard, à ce moment là. C’était un regard qu’elle n’oublierait jamais. Un regard si inhumain, qui contrastait si délicieusement avec son sourire si chaleureux. Un regard qui avait précédé la catastrophe. Ce simple regard lui fit revivre la scène, en boucle. Son frère, si beau, si angélique, brandissant son pistolet silencieux et tuant sa propre mère sans le moindre état d’âme. Oui, à ce moment là, Shuu avait exactement le même regard que Denzi Devil.

Nozomi aurait pu hurler. Ou rester silencieuse devant le drame qui allait suivre. Car elle savait ce qui allait se passer : Shuu allait lever son épée, puis l’abattre tranquillement sur Flora. Il allait la trancher en deux, sans le moindre état d’âme, parce qu’elle avait eu le malheur de représenter une menace pour le jeune homme. Mais cette fois, Nozomi ne resta pas une simple spectatrice. Pour qu’un autre drame ne vienne pas s’ajouter à la liste de ses souvenirs.

Vive comme l’éclair, elle s’interposa entre les deux. Sa main droite attrapa violemment le poignet du jeune homme, tandis que son autre main agrippait sa chemise tâchée de sang. Mettant à profit ses talents de judoka, elle le projeta alors avec une puissance inouïe contre le sol en béton sans qu’il ait eu la moindre occasion de riposter. Son épée s’échappa de sa main et atterrit aux pieds de Killian, qui resta stupéfait par l’action de Nozomi. Shuu ne se releva pas, complètement sonné. Flora regarda Nozomi, tout aussi hébétée que Killian.

- P-Pourquoi ? souffla-t-elle.
- Crois-moi, cha vaut mieux. Maintenant calme-toi, je t’en chupplie. Tu lui fais du mal. Je comprends que tu t’inquiètes, mais fais le chans aggraver chon état.

Flora ne répondit pas. Cette fois, elle se gifla toute seule comme une grande. Les larmes se remirent à couler, mais elle parvint à garder le contrôle. Doucement, elle s’assit à côté de Crystal, prenant de grandes inspirations pour se calmer. Elle pensa à son sourire, ses cheveux, ses beaux yeux, ses formes. Elle pouvait lire en elle comme dans un livre, elle connaissait par cœur chaque parcelle de son corps. Pour elle, elle devait lutter. Rester forte. Crystal était toujours celle qui prenait soin d’elle. Toujours là quand elle avait besoin de quelque chose, toujours la première à lui remonter le moral, à lui rappeler que la vie est belle quand on a quelqu’un avec qui parler, avec qui s’aimer. Cette fois-ci, c’était Flora qui devait être forte, puisque Crystal ne pouvait pas l’être.

Mais quand elle reprit son pouls, tout s’écroula à nouveau. Le puzzle se brisa, et les souvenirs si doux furent rapidement remplacés par la conversation qu’elles avaient eu, à propos de mourir ensemble. Son cœur battait lentement, beaucoup trop lentement. Elle se jeta sur Crystal, à califourchon, hurlant comme une dégénérée. Elle voulait se calmer, penser à autre chose, inspirer, expirer, mais la peur était trop grande, si bien qu’elle possédait tout son corps. Puis elle se mit à la frapper, doucement d’abord, puis de manière complètement hystérique. Elle perdait totalement le contrôle. Elle était prête à tout pour que la jeune femme ouvre les yeux. Enfin, l’œil.

- REVEILLE TOI ! REVEILLE TOI ! NE ME LAISSE PAS ! TU N’AS PAS LE DROIT, TU M’AS PRO-

Flora tomba alors à son tour, hypnotisée par le Magirêve de Nozomi.

Le calme s’installa dans la grande pièce. Il ne restait plus que Nozomi, Killian, et Hyppolite. Ce dernier se tournait les pouces. Killian, quant à lui, avait fini par s’effondrer. Mais même au sol, alors que sa vue se troublait, il continuait à psalmodier ses attaques de soin. La pression l’étouffait ; il avait peur de perdre ce combat. Lutter, il savait le faire. Mais soigner était une autre paire de manche. Il n’avait jamais était brillant en soins. Et même si son Leuphorie se suffisait à lui-même, sans ordres de la part de son dresseur, il n’arriverait à rien. Tout reposait donc sur ses épaules. Il avait l’habitude, pourtant ? Combien de fois la vie de gens avait reposé sur ses épaules ? Il ne les comptait même plus. Mais cette fois, c’était différent. Parce qu’il n’était pas sûr de gagner.

Hyppolite remarqua alors qu’il n’avait plus rien à faire ici. Il avait mis une des deux jeunes femmes dans un état critique, et les autres étaient en vie, comme le lui avait ordonné son frère. Mais Hyppolite ne voulait pas partir. Sa vie était tellement morne… La seule chose qui l’amusait un tant soit peu, c’était la mort. Un des plaisirs qu’il tenait de son père. Laisser ainsi ces proies qui sortaient de l’ordinaire, c’était trop lui en demander. Tant pis pour les conséquences.

- Vous ne seriez pas en train d’oublier quelqu’un ? marmonna-t-il, n’ayant pas bougé du centre de la pièce circulaire.

Nozomi se retourna, juste à temps pour ordonner une attaque Abri à l’un de ses Scobolides. La griffe d’ombre heurta le mur et se rétracta jusqu’à son maître, toujours pourvu ce cette espèce de demi-lune au dessus de la tête.

- J’ai été suffisamment clément pour vous laisser pleurer, mais sachez que je n’ai pas l’intention de rester sans rien faire jusqu’à la fin.
- Killian ! appela Nozomi, en bloquant une autre attaque à distance.

Ce dernier, avachi au sol, leva légèrement la tête pour lui faire signe qu’il l’écoutait.

- Killian, vu qu’il n’y a plus de choldats, donc plus d’émetteurs d’ondes anti-téléportation, qu’est-che qui nous empêche de nous barrer d’ichi ?
- Le Rideau Pourpre, murmura Killian.
- Tu aurais la forche de touch nous téléporter dans un lieu chûr pas trop loin d’ici ? continua-t-elle.
- Pas si je continue à soigner Crystal…
- Et tu peux te permettre de t’arrêter ?
- En fait la plaie de la cavité de l’œil n’est pas très grave… Ce qui n’était pas prévu, c’était le poison qui accompagnait la Griffe Ombre. Ce n’est pas quelque chose de très difficile à extraire et ce n’est pas très puissant, mais elle pourrait facilement perdre le contrôle d’un membre si je le laisse se propager dans le cerveau… expliqua Killian.
- Combien de minutes pour qu’il n’y ait aucun richque ? le pressa Nozomi.
- Une dizaine tout au plus.
- Arrête-toi, dans che cas. Prépare-toi à touch nous téléporter.
- Et pour le nudiste sanguinaire ?
- Cha, je m’en occupe.




- Vous êtes désespérants, soupira Eve à voix basse.
- On y peut rien ! souffla Holly.
- Je gliiiiiiiisse, brailla doucement Rico.

Mortimer venait d’activer l’ouverture de la trappe, et l’équipe de choc s’était engouffrée dans un trou apparemment très profond. Mais c’était sans compter sur Eve et ses pouvoirs d’Echo, qui se faisant pousser des ailes, était parvenue à récupérer ses deux acolytes au vol. Ils étaient donc désespérément accrochés aux bras d’Eve, qui faisait de son mieux pour les faire remonter. Mais alors qu’ils étaient proches du but, la trappe se referma, et ils se retrouvèrent coincés, dans le noir.

- …Merde.
- On peut essayer de descendre, proposa Rico. Si ça se trouve il n’avait pas l’intention de nous tuer, juste de nous emmener quelque part… S’il voulait être un meurtrier en série, je suis pas sûr que tuer ses victimes dans une longue chute  soit la façon la plus amusante d’être un serial killer…
- Raisonnement plausible ! Mais on y voit que dalle, faudrait pas qu’un piège nous attende en bas…
- De toute manière, vu l’épaisseur de cette trappe, je pense qu’il est vain de tenter une remontée en force, donc descendre est notre seule option, conclut Eve.

Les minutes s’écoulèrent, durant lesquelles Eve les descendait doucement. La pauvre Echo dégustait. Holly était relativement légère, mais Rico pesait bien son poids. Aussi, plus ils progressaient, moins la chute était ralentie par ses battements d’ailes. Son Rapasdepic, trop concentré à maintenir la synchronisation, ne pouvait même pas la soulager quelques minutes. Rico finit par s’en apercevoir.

- Euh, si on touche le sol à cette vitesse, que tu nous tiennes ou pas, on en sortira pas indemnes… bredouilla-t-il, carrément inquiet.
- Je sais mais… Je suis un peu à bout de force là… gémit la jeune femme – Rico ne put s’empêcher de rougir.
- On en a encore pour longtemps ? demanda Holly, pas rassurée non plus, tout en sachant que personne n’avait la réponse à sa question.
- Il faudrait envoyer un Pokémon en éclaireur… marmonna Rico.
- Les réflexes militaires qui parlent, commenta Eve. Le problème c’est que je n’ai que mon Rapasdepic, et il ne peut pas trop s’éloigner de moi sinon la connexion se couperait…
- J’ai un Porygon-Z si vous voulez ! s’illumina Holly. On m’en a fait cadeau quand j’ai été promue au poste de contrôle du SSCZ. Je ne sais pas me battre avec mais il est toujours capable de voler…

Elle lui expliqua rapidement ce qu’elle attendait de lui, et le Pokémon partit dans la pénombre, émettant une douce lueur bleuâtre. Pendant ce temps, leur chute s’accélérait de plus en plus. Finalement le Pokémon revint et s’infiltra dans le Pokématos de Holly pour afficher la distance restante à parcourir. 250 mètres. Puis, à côté, il afficha le matériau qui composait le sol : du marbre.

- On va mourir, souffla Holly.
- Pourquoi ? souffla Rico, au bord de la crise de nerf.
- Tu te sens de tenir 250 mètres, Eve ? marmonna sarcastiquement Holly, crispée.
- … J’attendais plutôt une bonne nouvelle. Je vais lâcher.

Et elle lâcha. Ses ailes cessèrent de battre, et tous trois se mirent à tomber dans un long cri. L’obscurité totale les oppressait ; ils ne savaient pas quand l’impact allait avoir lieu. D’un autre côté, ceci avait le mérite de les garder en vie : s’ils avaient pu voir ce qui les attendait, ils auraient fait une crise cardiaque avant même de percuter le sol. Holly fut alors traversée par un éclair de génie comme elle n’en avait qu’une fois tous les dix ans. Dans un cri hystérique, elle ordonna à son Porygon-Z d’utiliser Vol Magnétique. Ils furent alors comme attrapés par une corde élastique qui les empêcha de s’écraser au sol, mais les compressa douloureusement avec la vitesse. Finalement, ils posèrent les pieds sur le sol lisse, vivants. Rico se laissa tomber contre le mur, agité de spasmes nerveux. Ils s’accordèrent tous quelques minutes pour reprendre leur souffle.

- Rappelez-moi pourquoi on s’est embarqués là-dedans ? marmonna Holly, haletante.
- Quelque chose en rapport avec une recherche de la vérité, toutes les conneries héroïques du genre, souffla Eve, amère.
- Melodelfe, envoya Rico. Flash.

La lumière envahit l’espace exigu. Ils gémirent, aveuglés après de longues minutes passées dans l’obscurité. Puis leurs yeux s’habituèrent. Ils se trouvaient dans une immense colonne, parfaitement cylindrique, d’environ quatre mètres de diamètre. La couleur blanche immaculée du marbre pur, lisse à l’extrême, donnait l’impression de se trouver dans un quelconque film de science fiction.

- Je ne comprends pas. Il y a trop de choses incompréhensibles dans cette situation, soupira Eve. C’est un cul de sac. Alors que ça devrait mener quelque part ! Si on veut tuer les gens, il suffit de creuser un trou, le faire en marbre n’est pas forcément utile !
- Mortimer a peut-être un sens poussé de l’esthétisme ? proposa hasardeusement Rico.
- Même si c’était le cas, obtenir quelque chose d’aussi parfaitement cylindrique sur une surface aussi grande… Si tu regarde bien, il n’y a aucune séparation, ça sous-entendrait un cylindre de quelques centaines de mètres de haut… C’est juste impossible… Le marbre est plutôt rare, et pour l’avoir pur dans une telle quantité… Même en admettant que ce soit possible, ça vaudrait des milliards de Pokédollards !
- Une personne très riche, à ce moment là, qui serait amoureuse de Mortimer ? tenta à nouveau Rico.
- Ou qui se sert de lui, tout simplement… Mais je ne vois toujours pas l’intérêt de faire quelque chose de cette taille. Ce trou mène forcément quelque part. Il a du simplement être refermé, comme la trappe en haut. Ce qui signifie que quelque chose se trouve sous nos pieds, raisonna Eve.
- Brillant ! s’illumina Rico.
- Ca ne nous avance pas tant que ça, objecta doucement Holly. A moins que vous ayez un Pokémon capable de briser du marbre…

Leur excitation retomba aussitôt.

- Mais si on est pas capables ni de descendre ni de monter, qu’est-ce qu’on va devenir ? souffla finalement Rico.
- Bonne question, se figea Eve.
- Ben logiquement on va finir par crever de faim ou de soif… marmonna Holly.
- Ton optimisme me fait peur, tais-toi, soupira Eve.




Ni sourit pour la première fois depuis bien longtemps. Seul dans une grande salle, il s’était accordé une petit pause dans la construction de l’énorme avion de M-M quand sa bague, en réalité un appareil extrêmement complexe conçu par ses soins, avait vibré pour lui signaler la présence d’intrus dans le QG. Il avait rejoint l’une des innombrables pièces qu’il avait créées : la Salle de Surveillance, à ne pas confondre avec la Salle de Commandement qui était, elle, réservée à M-M et ses envies mégalomanes. Cette pièce se composait d’un immense hologramme représentant la totalité du Quartier Général, projeté au centre de la pièce ; au fond, un grand écran incrusté dans le mur en bois. Enfin, dans un coin se trouvait un imposant piano à queue ainsi qu’un doux siège de velours pourpre.

Sur l’hologramme, un point rouge clignotait. D’un mouvement de doigts, Ni zooma sur cette partie là, infime par rapport à l’immense surface que représentait le QG. Quand il eut précisément localisé le point rouge, il claqua des doigts, et l’écran géant s’alluma sur trois personnes adossées contre les parois lisses du cylindre de marbre. Son sourire s’élargit encore, révélant ses dents blanches. Il toucha l’écran – qui, en réalité, fonctionnait sur le même principe que la Brain Sphere, le chapeau haut de forme et les gants de soie de Ni servant de récepteurs de pensée – et demanda à l’ordinateur d’analyser les visages des trois personnes. Les noms apparurent alors, lui arrachant presque un petit rire, cette fois. Rico Joven. Holly Harper. Eve Breasy. Les deux premiers ? Impliqués dans l’évasion des Chapeliers. Salement impliqués même, bien qu’ils fussent des adversaires des Chapeliers. La dernière ? Flyer au service de Killian Heart, Chapelier, qui restait introuvable depuis l’incident du Lac Courage – enfin presque, Ni avait reçu des infos comme quoi il avait pris d’assaut le Siège de l’Armée Dynastique.

En somme, des gens intéressants. Qui, avec un peu d’aide de la part de Ni, pouvaient s’allier aux Chapeliers, voire même leur transmettre des informations. Le gentleman contenait sa joie aussi bien qu’il le pouvait : enfin il allait pouvoir exploiter l’une des rares failles de M-M et la tourner à son avantage ! En effet, M-M, lorsqu’elle lui avait donnés ses ordres, avait été claire : « Tu devras surveiller le QG 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Tu dois être en mesure de repérer un intrus peu importe son emplacement, ne laisse aucun angle mort. ». La faille ? A aucun moment elle ne lui avait demandé de faire quelque chose pour éliminer les intrus en question, ou même de lui en parler. Ni avait donc carte blanche. La difficulté du jeu, maintenant, c’était de leur faire découvrir le plus de choses possibles sans rentrer dans les interdictions de M-M. Le match entre les ordres inviolables d’Infinity et l’intelligence de Ni promettait d’être rude, mais le jeune homme se sentait à la hauteur. Après tout, il le devait : il avait promis à Midona de sauver le monde à sa place. Il allait faire tomber sa maîtresse. Et s’il ne pouvait pas le faire lui-même, tant pis. Il allait passer par d’autres personnes : les Chapeliers.

Il se dirigea alors vers le piano. Il fit marcher sa mémoire et joua quelques notes, obéissant à un langage informatique complexe permettant d’activer des processus en enclenchant certaines notes à la suite. Un coup d’œil à l’écran géant lui indiqua qu’il avait réussi.

La partie pouvait commencer.




- C’est donc un face à face ? conclut Hyppolite Valter.
- Métaloche, Pisto-Poing.

Nozomi n’avait pas le temps de tergiverser ou de se perdre en discussions. Elle devait le battre en moins de dix minutes. Mais son Métalosse, lancé comme une fusée, fut soudainement stoppé. Sans que Nozomi sache pourquoi, il arrêta son attaque, hébété, et revint penaud vers sa dresseuse. « Un type résistant à l’acier ? Une attaque Psycho qui l’aurait arrêté ? Putain, je sais quasiment rien du Pokémon qu’il utilise ! Il a utilisé Griffe Ombre tout à l’heure, mais c’est une foutue CT, plein de Pokémon peuvent l’utiliser ! Il est probable que ce soit un Spectre comme Ténéfix… Et dans tous les cas, où il est ce Pokémon ? Il est censé être près de lui s’il veut pouvoir se synchroniser avec lui ! » réfléchit Nozomi à toute vitesse.

- Avaltout, Bomb-Beurk !

La sphère de poison, presque aussi grosse que l’Avaltout lui-même, partit en direction du nudiste, mais disparut simplement avant d’heurter sa cible. « Mais qu’est-ce qu’il se passe, bon sang ?! » Hyppolite passa alors à l’action. Il disparut, laissant seulement son ombre au sol se déplacer vers Brouhabam. Il jaillit alors de l’ombre et frappa le Pokémon avec la paume de la main. Le pauvre Brouhabam sentit passer le coup, mais Hyppolite n’en resta pas là. Toujours en gardant sa tête de blasé, il frappa à répétition le Pokémon de Brouhabam dans des mouvements souples mais puissants dont Nozomi ne l’aurait jamais cru capable. Mais elle se ressaisit vite.

- Brouhabam, ne te laiche pas faire, Mégaphone !

Le Pokémon fit un pauvre non de la tête alors qu’un coup de pied l’envoyait au loin. Hyppolite, dans sa danse silencieuse, semblait prendre un malin plaisir à violenter le pauvre Brouhabam, impuissant.

- Regarde sa tête, signala alors Killian. Brouhabam ne peut pas l’attaquer parce que le nudiste n’est plus synchronisé avec son Pokémon !

Effectivement, la demi-lune au dessus de sa tête avait disparu. Nozomi s’énerva. Elle enleva alors sa chaussure – une grosse basket blanche – et la lança avec une force inouïe. Hyppolite, qui n’avait rien vu venir, concentré dans ses mouvements, la reçut en pleine figure et en perdit l’équilibre. Nozomi s’était entretemps déplacée jusqu’à lui, et elle put ainsi faucher son pied. Il tomba à terre, et eut le bon réflexe de rouler pour éviter le violent plaquage que tenta de lui asséner la jeune fille.

- Hum, il n’est peut-être pas conseillé que je m’amuse trop longtemps.

La demi-lune réapparut au-dessus de sa tête, et il se mit à léviter doucement dans la salle, s’éloignant de Nozomi et ses aptitudes martiales déstabilisantes. Cette dernière demanda à son Brouhabam si tout allait bien ; le pauvre avait souffert. « Mais zut à la fin, c’est quoi le Pokémon qu’il utilise ? » s’énerva intérieurement Nozomi. Killian semblait sécher également, regardant anxieusement son Pokématos, puis Crystal, étendue au sol aux côtés de Flora et Shuu. Hyppolite profita de cette distraction pour lancer quelques Griffe Ombres, mais les réflexes de Nozomi lui permirent d’éviter de se faire transpercer – surtout qu’elle risquait l’empoisonnement.

- Mégaphone ! ordonna-t-elle à son Brouhabam.

L’attaque ne fut pas stoppée cette fois, mais les ondes traversèrent Hyppolite sans lui faire de mal. « Une immunité Normal. C’est forcément un Spectre. Mais pourquoi les autres attaques s’annulent ? »

- Chcobolides, Bulldoboule !

Les quatre Pokémon bondirent en même temps pour atteindre Hyppolite, mais une fois de plus, ils s’arrêtèrent en plein vol et retombèrent piteusement. « Une capacité spéciale ! Ca ne peut être que ça ! » se rendit soudain compte Nozomi. « Mais quelle capacité spéciale annule les attaques comme ça, sans raison, et sans avoir à agir ? » C’est alors qu’Hyppolite, toujours nu, effectua une petite pirouette aérienne pour asséner une Griffe Ombre directe à Magirêve, qui morfla, dépassée par les évènements, et tomba K.O. Mais lors de la séance de voltige du nudiste, Nozomi avait aperçu un trou béant noir placé dans son dos qu’elle n’avait pas remarqué auparavant. Les neurones de son cerveau se connectèrent alors, en même temps que celles de Killian.

- Munja ! s’écrièrent-ils d’une même voix.

Hyppolite esquissa un semblant de sourire.

- Pas trop tôt…
- Pourquoi on n’y a pas penché plus tôt ? Ch’était évident !
- Oui, Garde Mystik annule toute attaque qui n’est pas super efficace… Normal qu’il ne craigne pas tes attaques, raisonna Killian. Il ne reste que deux minutes, ajouta-t-il, anxieux. Le poison commence à se répandre…
- Cha ira, fit Nozomi, confiante. Il chuffit que je le touche avec une attaque du bon type, et chon unique PV aura raison de lui.

Hyppolite ne dit rien, se frottant les mains d’une manière étrange.

- Chcobolides, Poursuite !

Les Griffe Ombres se déployèrent à nouveau, alors que les Pokémon poisons fonçaient vers lui. Il avait vraiment poussé l’attaque Griffe Ombre à un niveau élevé pour se permettre d’en faire de telles extensions de ses mains. Leur portée était impressionnante, et il lacéra ses adversaires d’un simple coup de main. « Aiguisage, songea Nozomi. Aves des griffes qui mesurent dix mètres, c’est forcément redoutable… » Les Scobolides étaient mal en point, et Brouhabam et Métalosse ne pétaient pas la forme non plus, d’autant que Métalosse ne devait absolument pas tomber K.O. pour la survie de Flora.

Alors qu’elle avait cette pensée, le nudiste tenta d’abattre ses griffes sur le Métalosse. Paniquée, Nozomi ne put rien faire d’autre que rappeler son Pokémon avant qu’il ne se fasse blesser outre-mesure.

- M’affronter avec seulement des Scobolides, un Brouhabam et un Avaltout… Et espérer pouvoir me battre en deux minutes… Quelle prétention !
- Nozomi, tu es en retard, le poison commence à agir… intervint Killian, anxieux.

Nozomi sentit le stress la gagner. D’un naturel calme et posé, la situation ébranlait néanmoins sa façon d’être. Elle se reprit, et observa les options qui s’offraient à elle. Elle fit un rapide inventaire des attaques qu’elle avait à sa disposition, et fit un constat effarant : elle ne possédait qu’une seule attaque, sur tous ses Pokémon, qui puisse toucher un Munja. « J’ai sérieusement besoin de revoir ma balance des types… » soupira-t-elle.

- Tu peux pas utiliser Arcanin pour lui défoncher la gueule ? demanda-t-elle à Killian.
- Il faut que je me synchronise avec lui pour lui donner des ordres, et une synchronisation me prendrait le peu d’énergie qu’il me reste…
- Okay, laiche tomber !

« Ma seule option c’est Crocs Feu de Brouhabam, mais il est affreusement lent et vu l’agilité du nudiste… Je peux tenter de l’empoisonner mais ce serait trop lent à agir… Ou sinon… »

- Nozomi ! Les dégâts seront irréversibles dans quelques minutes !

Crystal commençait à trembler de manière étrange. Nozmi en eut des sueurs froides.

- Chcobolide 1, fonche vers Brouhabam ! ordonna Nozomi.
- Je ne vous laisserai pas faire, marmonna doucement Hyppolite. Mon père m’a ordonné de ne faire de mal qu’à un seul d’entre vous, mais c’est tellement ennuyant… soupira-t-il.

Nozomi esquiva de justesse une griffe d’ombre tandis qu’un de ses Scobolides en bloquait une autre avec Abri.

- Brouhabam, Crocs Feu sur Chcobolide !

Son Brouhabam la regarda, troublé. Elle hocha la tête pour le rassurer. Le Pokémon normal avala alors le Pokémon et y mit feu. Nozomi grinça des dents pour son pauvre Pokémon, mais c’était la seule solution. Son Avaltout bloqua d’autres Griffes Ombres qui fonçaient sur elle. Le nudiste semblait décider à toucher la jeune fille, mais il ne pouvait rien faire contre Brouhabam, immunisé au type Spectre. Nozomi roula, évitant une autre attaque.

- Je t’aurai. Tu mourras avant d’avoir pu agir. Tant pis si la femme qui traine avec mon père me punit, tout ce que je veux c’est te voir dévorée par mon venin, souffla-t-il.

Nozomi se faisait assaillir de toute part, attendant le bon moment pour agir. Une véritable pluie de griffes obscures s’abattait sur elle, et elle finit par se jeter à terre dans une tentative désespérée d’esquiver. Hyppolite se rapprocha dangereusement, faisant crisser ses affreuses griffes les unes contrent les autres, réduisant, par sa proximité, les chances de Nozomi de s’en sortir vivante. Elle patienta jusqu’au moment parfait, celui où elle était à deux doigts de se faire lacérer de toute part devant le sourire sadique du nudiste, acculée contre un mur, impuissante contre le corps spectral de son adversaire. Elle lui lança alors sa chaussure à la figure, tentative inutile qui fit doucement rire Hyppolite, plus blasé du tout. Elle profita de ce moment d’inattention pour l’achever.

- Mégaphone, marmonna-t-elle, essoufflée.

Brouhabam, qui avait jusque là gardé le Scobolide enflammé dans sa bouche, poussa un grand cri. Le Pokémon boule, propulsé à la vitesse d’un canon, dégomma violemment l’unique point de vie d’Hyppolite dans une grande explosion enflammée qui fit roussir les cheveux roux de Nozomi. Hyppolite n’eut absolument pas le temps de réagir. Il retomba au sol, fumant, quelque part entre le coma et la mort. Son Munja sortit du plafond où il était caché, carbonisé également, et s’effondra aux côtés de son maître. L’atmosphère changea alors, retrouvant ses couleurs normales à la place de cet affreux rouge qui rendait les gens fous. Le Rideau Pourpre était enfin désactivé.

- Quel inconscient de se lier avec un Pokémon aussi fragile… souffla Killian.
- Pas le temps ! hurla Nozomi en rappelant tous ses Pokémon.

Killian claqua des doigts. Le voyage fut douloureux pour Nozomi, sans doute parce que Killian usait ses dernières forces, et la qualité de la téléportation s’en trouvait altérée. Ils arrivèrent dans une grotte. Dehors, la neige tombait à gros flocons. Le blanc était si soulageant, après toutes ces heures de rouge.

- Bien joué Killian ! marmonna faiblement Nozomi.

Il était évanoui. Sans même se relever, la grosse rousse envoya Métalosse, qui prit Crystal sur son dos.

- Zarbitopia. Trouve Mentaline. Vite.

Il disparut, emportant la jeune fille avec lui. Mentaline saurait faire quelque chose. Du moins, Nozomi l’espérait de toutes les forces qu’il lui restait. Elle se leva doucement, et prit la précaution d’attacher solidement les bras et les jambes de Shuu. Elle ne voulait pas qu’il commette l’irréparable, et prit même la peine d’aller enfouir l’épée en chocolat dans la neige. Cela fait, elle s’allongea contre la paroi de la grotte et se laissa tomber dans un doux rêve. Un doux rêve où les gens avaient tous deux yeux et n’avaient pas des regards de meurtriers.

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Mer 24 Juil 2013 - 0:02

Toujours en retard, je me déteste, désolé si vous arrivez plus à lire parce que c'est trop espacé :(
A part ça chapitre un peu étrange, très centré sur Ni, mais je jure sur mon honneur que je n'avais rien pris, rien bu, rien fumé !  Je me suis un peu inspiré de l'actu pour le background de Ni, accessoirement.

(Et pleure une fois de plus parce que je me suis encore emmêlé avec ces foutus onglets et j'ai perdu mon résumé.)

Résumééééééééé bitches <3 (J'ai mis les trucs importants en gras)

Spoiler:
 

Persos !
Spoiler:
 

Bonne lecture Ooooooh ! 



Mentaline essuya la sueur qui perlait doucement sur son front. Le silence était seulement troublé par la respiration régulière de Crystal. Ses longs cheveux bleus, désordonnés, contrastait violement avec le rouge du lit sur lequel elle était étendue. Un bandeau blanc, légèrement taché de pourpre par endroits, trônait à la place de son œil gauche. Le droit était fermé, signe qu’elle dormait paisiblement.  

Par miracle, le poison contenu dans les griffes ombres du nudiste était relativement commun – il s’agissait d’un composant du venin de vipère, par exemple – et Mentaline en possédait l’antidote dans sa trousse de secours, seul matériel médical qu’elle possédait. Elle avait réussi à ne pas laisser de séquelles à Crystal – à part bien sûr le fait de ne vivre qu’avec un œil unique. A son réveil, il lui faudrait quelques heures pour réussir à marcher de nouveau, mais c’était tout. La jeune femme s’accorda une pause, satisfaite d’elle.

- It’s a little bit funny… This feeling inside… souffla une voix.

Mentaline se retourna vivement, apeurée. Mais il s’agissait simplement de Cat, appuyée contre le trou qui faisait office de porte. Sale au possible, maigre comme la mort, le visage creusé par des affreux cernes, elle ressemblait vaguement à un cadavre. Mais Mentaline réalisa alors qu’elle n’était pas censée être là : Cat n’était pas capable de se déplacer, enfermée dans une danse hystérique incontrôlable. Et pourtant, elle se tenait debout et parvenait à marcher. Elle fit quelques pas vers Mentaline, titubante.

- I’m not one of those who can… Easily hide… chantonnait-elle à voix basse.
- Cat ? tenta Mentaline. Tu vas bien ?
- ‘Cause it’s like you’re my mir-

Elle trébucha sur une imperfection du sol et s’étala de tout son long. Mentaline se précipita et la fit s’assoir contre le mur de la pièce. La pauvre avait les lèvres sèches : pour cause, les capsules implantées dans ses bras pour la nourrir et lui donner à boire quand elle était à l’Abysse avaient cessées d’être approvisionnées, puisqu’elle avait quitté sa cellule. Elle n’avait rien ingurgité depuis, incapable de contrôler ses mouvements. Mentaline hésita à la nourrir, cependant ; si elle se calmait parce que son corps était faible, peut-être était-ce l’occasion de tirer quelque chose d’elle psychologiquement parlant.

Finalement, sa pitié l’emporta devant ce pauvre être décharné qui avait été son amie. Elle la laissa quelques minutes pour revenir avec un sandwich et une bouteille d’eau.  Cat, apercevant la nourriture, sembla recouvrer un semblant de vie dans le regard.

- I'm burning through the sky… Yeah… chantonna faiblement Cat.

Une idée traversa alors l’esprit de Mentaline : une manière pas trop cruelle de ramener peu à peu Cat à la raison. Elle pointa du doigt le sandwich et le tendit à Cat, mais le lui retira alors qu’elle continuait à réciter les paroles de Queen.

- Je te le donnerai, mais uniquement si tu ne chantes pas, murmura doucement Mentaline.
- Two hungred degrees… That's why they call me Mister Farhenheit…
- Tu ne comprends pas, hein ? soupira Mentaline. Essayons autre chose…

Elle posa le sandwich sur une table à proximité, et se mit à chanter à quelques pas du sandwich. Elle chantait fort. Faux aussi. Cat, surprise, continuait de chantonner mais regardait la jeune femme, intriguée. Mentaline tendit alors la main, tentant d’attraper le sandwich, mais il était trop loin. Elle mima de ne pas être capable de l’atteindre, toujours en chantant comme une casserole. Puis elle se tut et fit quelque pas pour atteindre le sandwich, avant de mordre dedans. Cat sembla comprendre le message. Mentaline s’approcha alors d’elle, le sandwich croqué à la main, et attendit.

Cat sembla alors faire un effort surhumain pour joindre ses mâchoires et arrêter de chanter. Son corps lui dicter d’obéir : elle avait trop besoin de manger. Et finalement, elle se tut. Complètement. Mentaline lui tendit le sandwich, comme promis, et elle l’avala en silence, les mains tremblantes, jusqu’à la dernière miette. Mentaline l’aida ensuite à boire en lui tenant la bouteille, qu’elle vida également.

Quand elle eut finit, elle se mit simplement à fredonner timidement. Comme si elle avait honte de chanter. Sa peur incontrôlée du silence était doucement remplacée par le plaisir de se nourrir. Mentaline sourit, satisfaite, alors que Cat sombrait dans un profond sommeil dont elle n’avait pas profité depuis plusieurs jours.

Mey débarqua alors. Elle avait fait l’effort de se coiffer et d’essuyer le maquillage qui avait coulé sur son visage, qui avait également repris des couleurs. Mentaline ne fit aucun commentaire au sujet de la discussion qu’elle avait eu plus tôt, à propos du fait que les Chapeliers avaient besoin d’une Mey en forme, pas d’une Mey qui se lamentait.

- Comment va Crystal ? demanda-t-elle simplement.
- Borgne, mais hors de danger, répondit Mentaline tout aussi simplement.
- Et Cat ?
- Ca semble s’arranger. Elle parvient enfin à se nourrir et dormir, ce qui est un grand pas en avant vu que je n’avais pas du tout le matériel nécessaire pour la nourrir par intraveineuse, et lui administrer des sédatifs par piqûre n’aurait pas arrangé son état psychologique… expliqua Mentaline.
- Tant mieux. Et le mec dans la boîte noire ? sembla se rappeler Mey.
- Joachim ? J’ai fait quelques tests sur lui, c’est troublant. Difficile de dire si la chose qui le contrôle est douée d’intelligence où si elle exploite le cerveau de son hôte. Dans les deux cas c’est mauvais signe.
- On peut pas genre l’opérer pour voir ce qu’il a dans le crâne ? proposa Mey.
- Je n’ai absolument pas le matériel pour le faire… Et de toute manière Lance s’y opposerait même si l’opération n’est pas mortelle. Il considère ce type comme son propre fils.
- Dur… Surtout si le fils en question veut assassiner son père… marmonna Mey. Des nouvelles du groupe au Siège de l’Armée Dynastique ?
- Rien depuis l’arrivée de Crystal. Mais je pense qu’ils s’en sont sortis vus que leurs signaux GPS sont éloignés du Siège. Ils doivent juste être à bout de force et se reposer un peu, supposa Mentaline, inquiète quand même.
- Hum.

Le silence s’installa entre les deux jeunes filles, désœuvrées.

- Ca te gêne si je reste à discuter ? marmonna Mey.
- J’ai des recherches à faire, répliqua un peu trop sèchement Mentaline.
- …
- … Mais je peux discuter en les faisant, bien sûr, se rattrapa-t-elle.
- J’aime mieux ça, sourit Mey.




Holly, Rico et Eve marchaient dans un énorme tunnel blanc horizontal. Contrairement au tube de marbre par lequel ils étaient arrivés, celui-ci, en plus d’être bien plus large, n’était pas parfaitement cylindrique. Le sol était plat sur quelques mètres de largeur et était recouvert part une grille de métal, au-delà de laquelle on pouvait apercevoir une multitude de souffleries, les unes à la suite des autres. Le tunnel semblait tellement étendu que l’on n’en voyait pas la fin, malgré qu’il soit vivement éclairé.

(Je joint un petit schéma du tunnel, vu de côté, pour que la lecture soit plus confortable :
Spoiler:
 
)

- C’est bizarre que ce truc se soit ouvert d’un coup tout à l’heure… songea Holly alors que ses pas claquaient sur la grille de métal.
- Ces hélices ne me rassurent pas des masses… Si le sol peut se barrer aussi vite que tout à l’heure, on est quelque part entre la vie et le Rico-haché, bredouilla ce dernier, pas rassuré.
- C’est ça ou mourir de faim, lui rappela Eve. D’autant que ce tunnel doit forcément mener quelque part.

Un quart d’heure auparavant, alors qu’ils s’apitoyaient sur leur sort, coincés en bas du tube en marbre dans lequel ils avaient été piégés par Mortimer, le sol s’était soudainement ouvert sous leurs pieds et ils étaient arrivés dans cet immense tunnel. Leur première réaction avait été de fixer l’immense hélice à l’extrémité du tunnel, comme si elle pouvait se déclencher à tout moment et les envoyer à l’autre bout de l’immense tunnel. Puis ils avaient remarqués les souffleries plus petites qui se trouvaient au sol et ils avaient réalisé que c’était précisément la fonction du tunnel : rallier deux endroits probablement très éloignés en peu de temps.

- C’est comme ça qu’ils tuent tous ces dresseurs ! Ils en font du hachis… comprit soudain Rico.
- Mais non, ils s’en servent pour les envoyer vers la fin du tunnel… soupira Eve.
- Ils ne pourraient pas simplement les kidnapper en voiture ? demanda Rico.
- Disons que là l’intérêt, c’est que quand ce truc est en marche, tu ne peux pas vraiment te débattre. Ou même t’enfuir, observa Holly. Qu’est-ce que tu fais, Eve ?
- Je prends quelques photos, répondit celle-ci, tendant son Pokématos devant elle pour avoir le tunnel, les petites hélices et la grosse au début du tunnel.




« Bonne idée. » songea Ni, scotché devant son écran, d’où il voyait les trois intrus se déplacer en temps réel. « Maintenant qu’ils ont vu la soufflerie, et visiblement compris son utilité, il serait temps de passer à autre chose. » sourit-il intérieurement.

Il fit face à son magnifique piano à queue, d’où il commandait l’ensemble des mécanismes du QG, et joua une suite de cinq arpèges. Un sentiment de fierté s’empara de lui quand il vit un escalier se déployer juste devant les trois intrus. C’était dans ces moments là qu’il était heureux de n’avoir pour seule limite dans la vie que son imagination – et M-M. En fait, il était peut-être la seule personne de l’Armada Zu à profondément aimer son pouvoir.

Howard Lawrence Hewsorth, désormais appelé Ni, n’avait jamais été quelqu’un que l’on pouvait qualifier d’ « ordinaire ». Il était le fils d’un riche Lord anglais, Sir Preston Marvel Hewsorth. Un homme étroit d’esprit, carré, strict, qui veut que chaque chose soit à sa place et qui apportait une importance démesurées aux apparences. Cependant, son ambition sans bornes lui avait permis, grâce à des placements sûrs et des connaissances toujours utiles, d’acquérir une fortune phénoménale qui venait s’ajouter au patrimoine, déjà important, que lui avaient légué ses ancêtres.

Ainsi,  Howard était élevé comme un prince depuis sa plus tendre enfance : il vivait dans un immense château victorien, entouré par un jardin entretenu au coupe-ongle. Il avait une nourrice, un majordome, ainsi qu’un précepteur qui s’était fait un plaisir, dès qu’il eut l’âge, de lui apprendre les rudiments du « Queen’s English » et du piano. Ses amis étaient au nombre de trois : Cornelia Rosa Stevenson, fille de Sir Oswald Julius Stevenson et de Pamela Stevenson ; Edmund James Marshall, fils du défunt Sir Henry Sebastian Marshall of Wales ; et enfin Lavinia Gloria Withershell, fille de Bertram Regan Withershell, Duke of Burgundy. Ils se voyaient occasionnellement, lors de diners, ou pour des après-midi d’éveil linguistique.

Howard était heureux. Il n’avait aucune raison d’être malheureux, d’ailleurs. Il n’avait pas de télévision, et à 8 ans, il ne comprenait pas les conversations que son père et sa mère avaient sur le monde qui les entourait. Le monde se résumait à son château, à ceux de Cornelia Rosa Stevenson, Lavinia Gloria Withershell et Edmund James Marshall, et à la Rolls Royce qui faisait la navette entre lesdites demeures. Ce qu’il savait, il le savait des livres, ou des histoires que lui racontait la nourrice avant de le mettre dans son lit à baldaquin. Quand il était pensif, il ne s’imaginait pas pompier ou possédant la dernière PlayStation. Il pensait aux sciences, aux mathématiques, à l’astronomie, ou à Lavinia Gloria Withershell dont il aurait bien aimé voir les chevilles en dessous de sa robe, mais son majordome l’avait grondé pour avoir des pensées aussi obscènes, aussi avait-il arrêté d’y songer.

Oui, Howard était heureux. Le jour de son neuvième anniversaire, il eut un nouveau télescope, une montre à gousset en or massif dont il était très fier, un magnifique piano à queue ainsi qu’une canne à pommeau bien trop grande pour lui, mais qui lui irait parfaitement quand il serait adulte. Et quelques semaines plus tard, sa vie bascula sans prévenir.

Quand il se réveilla, en ce froid matin de Novembre, il crut être dans un mauvais rêve. Ce qu’il vît ce matin là lui fit si peur qu’il en ferma les yeux pendant quatre heures d’affilées, refusant catégoriquement à son majordome de lui dire ce qui n’allait pas, parce qu’il ne comprenait pas comment une telle chose était possible.

En réalité, ce matin là, il fit connaissance avec son pouvoir, où plutôt les modifications qu’il engendrait. En effet, pour transformer un atome en un autre, il faut avant tout être capable de « voir » l’atome que l’on veut transformer. C’est ainsi qu’Howard fut doté d’une vue qui dépasse l’entendement. Deux visions se superposaient : la globale, celle de toute personne normalement constituée, et une tellement précise et zoomée qu’il pouvait voir, réellement, les atomes et leurs noyaux, alors qu’aucun humain ne fut jamais capable d’une telle prouesse même à l’aide du plus puissant des microscopes. Autant dire qu’une telle vision l’effraya au plus au point, surtout quand il s’aperçut qu’il pouvait détailler toutes les molécules d’un œil d’oiseau situé à plus de dix kilomètres de sa fenêtre.

Il lui fallut plusieurs semaines pour s’habituer, mais il n’en parla à personne, pas même à sa nourrice et son majordome, qui s’inquiétaient de le voir sursauter quand quelqu’un entrait dans la pièce. Il fallait le comprendre : dès qu’il voyait quelqu’un, il voyait également toutes les bactéries - et leurs composants - qui pullulaient sur le visage ou les mains. Le bon côté, c’est qu’il n’eut plus jamais envie de voir les chevilles de Lavinia Gloria Withershell.

Plus le temps passait, cependant, plus il parvenait à séparer la vision globale de la vision atomique, ce qui lui permit de retrouver un semblant de « normalité ». Mais cela ne dura pas.





- Un escalier vient de… tomber du plafond.
- Je pense qu’on a tous remarqué, mais merci quand même Rico, soupira Eve.
- Je le sens pas trop, quand même. Un escalier qui apparait juste devant nous, ça ne me dis rien qui vaille. Soit quelqu’un nous observe, soit on a déclenché quelque chose, mais ça m’étonnerait, songea Holly.
- Je pense qu’il faut monter. Ce tunnel peut continuer encore longtemps, on devrait tenter le coup, argumenta Eve.
- Ce tunnel est clairement destiné à faire le mal, c’est d’enlèvements dont on parle. Tu ne penses pas que cet escalier n’est rien d’autre qu’une invitation à une mort plus rapide ?! Si ça se trouve, si on fait un pas sur la première marche, elle explose ! s’insurgea Holly.
- Je suis d’accord avec Holly, bredouilla Rico. Règle de la majorité, on continue sans toucher à cet escalier !
- Hé ! On est venus ici pour récupérer des indices sur les dispa- commença Eve.

Mais Rico et Holly s’étaient déjà remis en route sans plus prêter attention à l’escalier. Eve faillit s’arracher les cheveux, mais préféra les suivre, c’était plus sûr. Ils laissèrent donc l’escalier derrière eux.




Ni soupira, et joua à nouveau quelques notes. Merde quoi.




Des barreaux en marbre sortirent alors du plafond et se refermèrent sur nos trois lurons en compagnie de l’escalier. Comprenant qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de monter, ils tirèrent au sort la personne qui passerait la première. Rico fut choisi, il en pleura.

- Il ne va rien t’arriver… le rassura Holly.
- Mais oui bien sûr, tu disais pas ça tout à l’heure… marmonna-t-il.
- Je te ferai un bisou si tu arrives en haut ! sourit-elle.
- Sale cougar, marmonna Eve dans sa barbe, ce qui lui valut un regard noir.

Rico se décida à monter, et voyant qu’il n’explosait pas, grimpa jusqu’en haut aisément. Les deux femmes, restées en arrière, entendirent un « Wooooow ! » lointain. Elles se décidèrent à prendre sa suite, et débarquèrent dans une salle beaucoup plus basse de plafond que l’énorme tunnel, mais tout aussi bien éclairée.

La salle en question, toute en longueur – dans la même direction que le tunnel - avait tout d’une usine de montage en série, et c’était probablement ce qu’elle était, mais le silence était troublant. Pourtant, l’ « usine » semblait bien en marche : elle était composée d’un gigantesque tapis roulant, parfaitement linéaire, sur lequel se succédaient des petites pièces circulaires. C’était assurément le début de la chaîne, et plus ils avançaient, plus l’assemblage se complexifiait. Eve mitraillait la salle avec son Pokématos : elle voulait tout avoir en photo. Holly observait le tapis roulant, avançant avec lui, des étoiles dans les yeux. Elle était la seule à s’y connaître en mécanique et électronique, et ce qu’elle voyait était simplement prodigieux. Rico suivait.

- C’est incroyable ! exulta Holly après qu’ils aient marché sur un bon kilomètre de montage.

Le produit final n’était pas si impressionnant que ça, d’après Rico, mais donnait des frissons d’excitation à Holly. C’était une simple sphère, de la taille d’un ballon de foot, complètement noir à l’exception de petits cristaux verts placés régulièrement tout autour. A la fin de la chaîne, les sphères tombaient dans un trou prévu à cet effet, qui devait mener à quelque hangar de stockage souterrain.

- Je sais pas qui a inventé ces sphères, mais c’est un génie. Et un criminel très mal intentionné. Mais peu importe, je suis jalouse ! éructa Holly, sautant comme une gamine à Noël.
- Qu’est-ce qu’elles ont de si spécial ? demanda Rico, pendant qu’Eve, se sentant reporter dans l’âme, filmait les explications d’Holly.
- Ces trucs sont des véritables éponges à énergie. Non seulement ça récupère l’énergie géothermique – elles sont apparemment faites pour être placées sous terre, à quelques dizaines de mètres de profondeur semble-t-il – mais en plus ça utilise incroyablement un tout nouveau matériau, resté secret d’État.
- Secret d’État, à ce point ? s’étonna Eve. Je n’en ai jamais entendu parler…
- Tu n’es pas assez haut-placée, répliqua Holly avec un petit air suffisant. Pour faire simple, ces petits cristaux verts absorbent l’énergie naturelle. Un peu comme l’énergie de position : il ne s’est rien passé, mais l’objet peut potentiellement tomber. De la même manière, les arbres peuvent potentiellement pousser, de même pour les champignons, etc. Ces cristaux absorbent tout simplement cette énergie potentielle. En ce moment même, ces trucs diminuent lentement les années qu’il nous reste à vivre.
- Merde, faut pas rester là alors ! paniqua Rico.
- En effet, c’est peu conseillé, même si ce n’est pas si puissant que ça. C’est pour ça que ça a été interdit : c’est extrêmement néfaste pour l’environnement et pour l’être humain. Heureusement, ça n’existe pas à l’état naturel et la synthétisation est très complexe. C’est pour ça que c’est incroyable qu’ils produisent ça à la chaîne, souffla Holly.
- Mais pourquoi utiliser des trucs aussi dangereux ? Ils pourraient pas construire une centrale nucléaire à la place ? Vu qu’ils ont apparemment les moyens… fit remarquer Eve.
- Oh, c’est parce qu’une telle énergie est exagérément productive. Tu imagines la somme d’énergie totale que produit un homme en une année, entre l’énergie thermique, l’énergie chimique, notre force physique… C’est énorme. Une centaine de ces trucs placés à un endroit de passage produisent autant qu’une centrale. Et vu l’allure à laquelle ils assemblent ces sphères, la planète entière est clairement en danger ! déduit Holly – non sans ajouter une touche de théâtralité un peu forcée, caméra oblige.
- A ce point ?!
- Oui ! Soit tout le monde va mourir jeune, soit ils vont tous nous faire péter ! décréta Holly.
- On parle toujours des Chapeliers, là ? demanda Rico.
- Aucune idée, mais ne restons pas là. Pas que je tienne à mes années d’arthrite, mais quand même, souffla Eve, un peu retournée par la situation mais satisfaite d’avoir filmé le petit documentaire d’Holly.

Alors qu’elle prononçait ces paroles, un escalier apparut, redescendant visiblement dans le même tunnel que tout à l’heure. Ils l’empruntèrent, le cerveau en surchauffe. Il y avait trop de questions sans réponse : A qui appartenait cet endroit ? Qui donc avait le budget pour construire des choses aussi impressionnantes ? Avaient-ils vraiment l’intention de détruire le monde à petit feu ? Mais alors qu’ils se questionnaient intérieurement, ils sentirent leurs cheveux flotter lentement au dessus de leurs têtes. Sans avoir le temps de réagir, ils flottaient au milieu du tunnel, portés par les souffleries.

- On vole ! s’enthousiasma Rico.
- Wouhou… ricana Eve, sarcastique – elle avait l’habitude de voler.

C’est alors qu’un vrombissement se fit entendre. L’énorme hélice au bout du tunnel s’était déclenchée. Et avant qu’ils n’aient eu le temps de crier, ils furent emportés par un vent surpuissant.




Ni sourit à nouveau. Quelle belle journée. Maintenant qu’il avait envoyé les trois intrus jusqu’au QG principal, il n’avait plus qu’à attendre qu’il fasse le trajet.

Howard, 15 ans, était devenu un beau jeune homme. Ses cheveux noirs étaient toujours superbement coiffés, et il était toujours habillé de sa chemise blanche surmontée de sa redingote noire. Il se tenait droit, constamment, le menton relevé, sa canne à pommeau dans la main droite. Il alliait classe, élégance et mystère. Il ne souriait jamais, pas plus qu’il ne riait. La vie n’était pas drôle ; la vie était belle, il fallait la contempler en silence. Quand il parlait, c’était d’une voix claire, royale, d’un anglais sans faute, avec un accent digne du Buckingham Palace. Son père était fier de lui. Il voyait toujours Lavinia Gloria Withershell ; bien que belle auparavant, ses traits avaient forcis et l’acné adolescente ne l’avait pas épargnée, loin de là. Mais ils se fréquentaient quand même, car leurs parents le souhaitaient.

Une après-midi, elle vint prendre le thé. Leur vie à tous les deux ne changeait jamais, ils n’avaient donc rien à se dire et parlaient musique, étoiles, biologie. Ils ne sortaient toujours pas de leurs châteaux respectifs, à part pour aller dans quelques meetings mondains.

- Votre divine beauté n’a de cesse d’éblouir mon cœur,
my Lady. Vous êtes décidément ravissante dans cette robe, déclara Howard en lui baisant la main pour la saluer.

Elle s’assit à la table sur la terrasse, après qu’Howard lui ait tiré la chaise. Il s’assit à sa suite avec une extrême élégance.

- Voyons, ne soyez pas sot, Howard, continuez et il s’en faudra peu pour que je m’empourpre, répliqua Lavinia Gloria Withershell.
- Quel élégant visage vous auriez alors, teinté comme une éclatante rose rouge ! déclama Howard. Mais fit de ces frivolités. Choisissez donc un sujet, que je me fusse l’honneur d’en débattre amicalement avec vous.
- Et bien mon cher, je pensais justement à… l’
imagination, souffla l’adolescente – par excitation sans doute, ou peut-être parce que sa robe était trop serrée.
- Comme l’imagination a créé le monde, elle le gouverne, cita Howard.
- Baudelaire, devina aisément Lavinia Gloria Withershell. Un bien beau constat, cher à mon âme. Imaginez donc si l’imagination était la clé de tout !
- En toute sincérité profonde,
my Lady, je n’ai point d’expérience sur l’imagination. Pourquoi nous embêter l’esprit à songer à des foutaises sans preuve tangible ?
- Mais mon cher ami, c’est là la graine de l’arbre qu’est l’art ! s’extasia la jeune femme.
- L’art ?
- Mais bien sûr ! Il vous suffit de fermer les yeux, et de penser à des formes, des objets, des mots, qui pourraient être ou ne pas être… Le monde n’est qu’une immense toile, un immense Cézanne, un immense Monet. Imaginer, c’est peindre par-dessus.
- Et ainsi gâcher l’œuvre du peintre, termina Howard d’un ton acide qu’il ne se connaissait pas.
- Voyons, Dieu ne peut pas vous en vouloir jusque dans votre tête. Essayez, fermez les yeux.

Howard, en cet instant, ne s’était pas senti bien. Il avait toujours eu un esprit fermé. Les choses étaient comme elles étaient. Mais les règles de courtoisie l’obligeait à obtempérer, d’autant que le père de la jeune fille avait un titre supérieur à celui de son propre paternel. Il ferma alors les yeux, par cette chaude après-midi. Il entendait les oiseaux chanter, le doux tintement de la tasse contre la soucoupe. Le parquet qui recouvrait la terrasse, la table en fer forgé, les chaises couvertes de velours, les plis sur la robe de Lavinia Gloria Withershell.

(White Noise - Disclosure)

Et il imagina. Il imagina que le parquet n’était pas en bois, mais en pierre. Il imagina que la robe de Lavinia Gloria Withershell n’était pas bleue, mais jaune. Une fois jaune, elle était ridicule, tout comme Lavinia Gloria Withershell. On aurait dit un gros canari. Il la rendit d’autant plus ridicule en l’imaginant trempée jusqu’aux os, et il imagina la table en fer forgé se transformer en cage pour y mettre cette grotesque jeune fille. Puis il imagina-

- Howard Lawrence Hewsorth ? Vous vous sentez bien ? s’inquiéta Lavinia Gloria Withershell.

Howard ouvrit les yeux, puis se rendit compte qu’il souriait. Et il avait beau essayer d’enlever cette ignoble marque de faiblesse qui déformait sa bouche, il n’y parvenait pas. Son imagination l’amusait trop. D’ailleurs, pour la première fois, il se mit à penser que Lavinia Gloria Withershell était effectivement ridicule, canari ou pas canari. Et d’ailleurs, pourquoi l’appeler par son prénom entier, alors que dans les livres les gens ne s’appelaient que par leurs prénoms ? Lavinia, donc, était ridicule. Avec ses boutons, son faux sourire, sa robe trop serrée et cette grotesque façon qu’elle avait de se maquiller.

Il fit alors une rechute ; au cours des années, il avait réussi à complètement s’empêcher de voir les choses à l’échelle atomique, réservant cette incroyable vue pour mieux voir les étoiles le soir avant de se coucher. Mais là, il ne put s’empêcher à nouveau de regarder la masse grouillante d’atome qu’était la jeune fille. C’était proprement répugnant, toutes ces bactéries. Et ce corps, cette peau étrange…

- Vous m’entendez ? Howard Lawrence Hewsorth ? insistait la jeune femme.

Elle l’énervait, à parler. Elle faisait sortir tout un tas de molécules de sa bouche. On aurait dit qu’elle vomissait. Et ses vêtements lui agressaient les yeux. Si seulement elle pouvait ne pas en avoir, cette journée ne serait pas complètement gâchée. Il imagina ses vêtements partir en poussière au moindre coup de vent, et il rigola franchement à cette pensée. Oui, il rit pour la première fois de sa vie. Et quelques secondes plus tard, le cri de Lavinia retentit.

- Mon Dieu, que m’arrive-t-il ! Ma robe !

Sa robe se désintégrait. Les molécules se détachaient, devenaient sable. Elle fut bientôt nue, ses parties intimes seulement couvertes par ses mains. Pour le coup, elle « s’empourprait ». Howard en resta muet. Puis il réalisa que c’était lui qui avait fait ça, et éclata d’un rire encore plus franc. Pas machiavélique, juste amusé. Il se tenait les côtes, en pleurait presque, montrait du doigt la pauvre adolescente - qui n’en menait pas large, croyant à une intervention divine.

- Que vous êtes risible ! parvint-il à articuler entre deux éclats de rires.
- Arrêtez ça !

Il imagina un pot peinture lui tomber dessus. Une peinture violette, de mauvais goût. Ce serait vraiment drôle. Et le pot de peinture apparut vraiment au dessus d’elle, et elle hurla de tous ses poumons quand la peinture se déversa sur son corps nu. Le majordome accourut en catastrophe, apercevant les fesses violettes de Lavinia, essayant néanmoins de garder sa démarche droite et stricte. Howard l’imagina s’aplatir la face contre le parquet, et c’est ainsi qu’une flaque d’eau apparut juste sous son pas assuré. Il se vautra magistralement, augmentant encore l’hilarité du jeune homme. Lavinia criait toujours, il n’en avait que faire.

Il descendit les marches de la terrasse, laissant son hôte et son majordome là où ils étaient. Il fit face au château dans lequel il vivait depuis sa naissance. Il était fade. Comment avait-il pu ne pas le remarquer auparavant ? Trop carré, pas assez décoré. Il rajouta une fleur géante dans la cheminée. Puis un toboggan qui faisait le tour de la demeure, orange vif. Il rajouta un escalier pour pouvoir atteindre le toboggan. Il voulait jouer. Rattraper les années qu’il avait passées à ne pas
imaginer. Le long de la descente, il fit jaillir de son doigt un jet de peinture, dont il se servit pour décorer le mur de visages étranges, d’étoiles et de soleils. Il s’amusait.

Alors qu’il arrivait en bas de la descente, il trouva son père qui regardait son château, halluciné.

- Qu’est-ce que… bredouilla-t-il, choqué.
- Ce n’est rien, mon cher père. Mais je trouve que ce gazon a besoin d’être arrosé, qu’en pensez-vous ?

D’un magistral coup de canne, la maison se transforma en eau. Elle resta suspendue dans les airs quelques instants, puis le liquide s’abattit en trombes incontrôlables. Le jardin fut arrosé, et à la place de la maison se trouvait maintenant un amoncellement de meubles qui n’avaient pas été changés en eau durant la transformation. La nourrice se débattait, ensevelie sous des chaises, tandis que Lydia Hewsorth était étendue, un hématome sur le front. Le père d’Howard se frotta les yeux, pensant à un mauvais rêve. Oh, ça aurait pu. Mais non. Howard fit apparaitre une pièce montée gargantuesque au dessus de la tête de son paternel, en souvenir de son mariage. Le gâteau s’écrasa dans un grand bruit bien dégueulasse, qui fit éclater le noble fils de rire.

Howard n’avait plus rien à faire ici, alors il partit. Il imagina que la Rolls Royce n’avait plus de toit, et il sauta à l’intérieur, avant d’insérer une clé - qu’il venait d’imaginer - dans la serrure. La voiture démarra.

Il erra ainsi dans la campagne pendant plusieurs jours, repeignant les vaches qui croisaient son regard et faisant apparaître des pianos le long de la route. Puis il décida que la route en question n’était pas très amusante et se créa sa propre route, mais dans les airs, jusqu’aux étoiles. C’était quand même plus drôle. Puis il décida, depuis là-haut, de se faire sa propre Statue de la Liberté, ce qu’il fit en lui mettant le visage boutonneux de Lavinia, la jupe de sa nourrice et les jambes poilues de son père.

Et il resta là, perché sur le flambeau, à regarder les étoiles, à rêver qu’il était seul au monde. Il créa ainsi un dôme de pierre qui le séparait du reste du monde. Il n’y avait que lui, sa route dans le ciel, des vaches bleues et la Statue de la Liberté. Et d’autres choses, impossible à décrire. Il suffit de les imaginer.


Ni fut brusquement ramené au présent par l’arrivée des trois intrus dans le QG à proprement parler. Il sourit pour la énième fois de la journée. Peut-être que finalement, en plus de sauver le monde, il allait s’amuser un peu. Comme au bon vieux temps.

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Jeu 29 Aoû 2013 - 0:35

Un mois :/ Vous m'en voyez désolé, d'autant que le chapitre est prêt depuis plus d'une semaine, mais je vous souhaite bon courage pour trouver de la wifi gratuite en Corse ! Bon, l'avantage, c'est que le chapitre qui suit celui-là est également quasiment prêt, ce qui me permet d'aborder ls rentrée sans stress. Le chapitre 64 sera publié dans deux semaines, le week-end donc :) Et celui là est plus long que la normal - pas de beaucoup mais c'est toujours ça - donc enjoy :D

A propos de ce chapitre, il est, comme le précédent, très axé sur Ni. C'est la suite quasi-directe des flashbacks du chapitre précédent, le résumé est là pour vous rappeler les évènements ! (Même si une relecture sera bien sûre plus exhaustive et remettra plus dans l'ambiance je pense...) Il y a également un passage très centré sur les évenements relatés par Stutch dans le chapitre 50 : Les liens du Sable, à propos de Michina. Vous pouvez y jeter un coup d'oeil pour vous rafraichir la mémoire :) (Page 4)

(Je suis également en train d'élaborer une frise chronologique que je publierai dès qu'elle sera terminée : ce sera un genre de gros résumé des évènements, depuis le tout début.)

Trève de blabla, résumé !

Spoiler:
 

Maintenant, personnages ! (Il y en a peu, et dans le prochain chapitre également. Cet arc se concentre principalement sur Holly et sa bande.)

Spoiler:
 

Voilà, je vous souhaite à tous une excellente lecture, et vous me voyez encore désolé de le poster que maintenant :/




- Rendez-vous ! brailla un militaire. Nous ne vous ferons aucun mal !

Howard Hewsorth, plus connu dans le présent sous le pseudonyme de Ni, éclata de rire à la déclaration de l'homme.

- A mon humble avis, ma position me permet plus qu'à vous de prononcer de telles paroles, répliqua-t-il du haut de sa grossière statue de la liberté.
- Ne jouez pas au plus malin ! Je sais que vous avez déjà anéanti les autres équipes, mais vous ne nous aurez pas aussi facilement, souffla le militaire.

Il y a un an de cela, le FBI avait fini, après quelques jours, par repérer l'énorme dôme de pierre perdu au milieu de la campagne anglaise depuis leurs satellites. Ils avaient décrété, en se rendant compte qu'il était apparu en quelques secondes, que la situation était un cas de force majeure et avaient averti le gouvernement britannique sous le sceau du secret. Ils mirent quelques temps à comprendre ce qui se tramait réellement ; puis ils procédèrent à une élimination en règle de toutes les preuves du passage de l'anomalie qu'était Howard. Les vaches peintes en bleue - en réalité saupoudrées de sulfate de cuivre - furent exterminées et brûlées. Les innombrables pianos à queue qui jonchaient la route furent également démontés et certains morceaux s'envolèrent pour les laboratoires du monde entier, qui n'eurent qu'un seul diagnostique : ces morceaux de piano étaient parfaitement normaux. Quant aux témoins humains - heureusement peu nombreux - ils connurent un triste sort inévitable.

Officiellement, Lavinia Gloria Withershell fut renversée par une voiture. Officieusement, on lui tira une balle entre les deux yeux. Le doliprane que voulut prendre la mère d'Howard pour se remettre du choc fut mystérieusement remplacé par de la morphine. La nourrice, envoyée à l'hôpital pour une jambe écrasée sous les meubles du château des Hewsorth, ne se réveilla jamais de son anesthésie générale. Pour le père, on n’eut même pas besoin de se salir les mains : il se suicida tout seul, comme un grand. Seul le majordome fut assez intelligent pour comprendre qu'il avait eu quelque chose qu'il n'aurait pas du voir, et il s'exila quelque part au Moyen-Orient par le premier avion qu'il attrapa. Il ne fut jamais retrouvé. Mais tout cela, Howard ne l'apprit que quelques années après. A cette époque, il était simplement enfermé dans son dôme de pierre, seul à s'amuser avec son imagination.

La première attaque avait eu lieu une fois la zone mis en quarantaine - sous prétexte d'un convoi hautement toxique qui se serait renversé dans la campagne. Une équipe d'intervention, composée d'excellents éléments de l'armée britannique, avait commencé par percer une entrée dans l'énorme dôme - qui faisait quand même 500 mètres de rayon, soit plus haut que la tour Eiffel. La paroi n'était pas très épaisse et solide, aussi ils n'eurent aucun mal à pénétrer à l'intérieur.

Howard les avaient reçus admirablement, leur proposant un thé, faisant apparaître une grande table et des chaises pour qu'ils soient tous confortablement installés. Mais ceux-ci, effrayés par l'apparition de la table, l'avaient menacé de leurs énormes fusils d'assaut. L'opération consistait simplement à capturer l'auteur de toute cette folie pour pouvoir l'étudier sous toutes ses coutures. Devant le refus d'Howard, ils avaient tenté de le capturer de force à l'aide de filets incassables ; filets qui s'évaporèrent avant d'avoir atteint leur cible. Ils avaient ensuite tenté de l'avoir au taser, mais toutes leurs armes avaient été changées en sable avant qu'ils aient pu faire quoi que ce soit. Puis ils avaient fini par se jeter sur lui, vu qu'il n'était pas armé. Ils se heurtèrent à des murs de pierre sortis du sol. Finalement, Howard les avait noyés dans une cage en verre ; il n'en avait aucune envie, mais il voulait être seul avec son imagination. Et les attaques se répétaient inlassablement, à une fréquence d'une fois par mois environ. Ils avançaient à tâtons, face à un ennemi inconnu qui semblait invulnérable. Et cela faisait presque un an que cela durait.

- Je ne souhaite pas vous faire de mal. Vous me verriez même ravi si vous m'accordiez une discussion cordiale autour d'un thé.
- Cela est exclu ! Veuillez descendre avant que nous employons la force !

L'homme parlait avec un accent américain très prononcé, et Howard peinait à le comprendre. Son équipe attendait derrière lui, prête à tirer à tout moment. Il ne faisait pas totalement noir dans le dôme de pierre : au sommet, la roche était si fine que la lumière passait à travers et éclairait l'endroit d'une lueur diffuse un peu irréelle. Howard sauta du haut de sa statue de la liberté et atterrit sans dommage sur la terre ferme. Le jeune homme avait en effet découvert depuis peu qu'en créant des différences de pression atmosphérique, il pouvait contrôler des vents très violents et s'en servir à sa guise - ce qu'il n'hésitait pas à faire dès qu'il en avait l'occasion. Puis il reboucha le trou qu'ils avaient fait dans le dôme, parce qu'il n'aimait pas voir ses œuvres détruites.

Le FBI - une petite plaque l'indiquait - comprit cet enfermement comme un début d'attaque et firent feu comme un seul homme, mais les balles disparaissaient avant d'atteindre Howard qui souriait, sa canne à pommeau dans la main gauche. Le commandant semblait s'y attendre et beugla un ordre en jargon militaire qu'Howard ne comprit pas. En revanche, il comprit qu'il était en danger quand une lumière lui aveugla complètement les yeux. Heureusement, ses yeux étaient bien plus développés que ceux d'un humain normal, et il ne fut désorienté qu'une demi-seconde. Il s'entoura alors d'un mur en titane épais de presque un mètre, mais rien ne se passa. Le silence se fit complètement. Howard se demanda un instant pour quelle raison ils n'avaient pas tiré, puis il comprit : son pouvoir ne créait pas de nouveaux atomes. Il pouvait simplement modifier ceux qui existaient déjà ; or, l'air est composé d'une très petite quantité d'atomes comparé à un solide. Aussi, quand Howard voulait créer des sculptures, il changeait inconsciemment une partie du sol en air afin d'en avoir assez pour constituer des solides. Mais là, dans sa précipitation, il avait pompé tout l'air contenu dans le dôme pour se créer sa lourde protection. Le son ne se propageant pas dans le vide, le silence était normal.

Il fit disparaître son mur de titane, et détourna le regard ; les agents du FBI n'étaient plus que des tas sanguinolents, dépourvus d'yeux, les oreilles saignantes. Le vide les avait tué sur le coup. Howard se sentit mal, puis il vomit tout ce qu'il avait dans l'estomac. D'habitude, il n'avait pas vraiment de scrupules à tuer ; il ne le faisait que parce qu'il n'avait pas le choix, parce qu'pn ne voulait pas le laisser tranquille. Mais peut-être que ceux là auraient eu peur et auraient voulu partir. Peut-être qu'ils auraient pu vivre. Mais non. Et du coup, Howard se sentit affreusement seul. Il enterra les corps d'un claquement de doigt, ne pouvant pas supporter leur vue.

Se créant un escalier en bois, il grimpa jusqu'à la torche de sa statue de la liberté. Il changea la pierre en verre et il regarda autour de lui. Son système solaire suspendu au plafond. Sa salle de bain, un immense aquarium chauffé au charbon. Son gargantuesque gâteau à la crème dans lequel il pouvait plonger pour manger. Ses reproductions géantes de célèbres tableaux. Une sculpture de marbre d'Apollon dans la robe de Lavinia. La Rolls Royce de son père, repeinte, pourvue d'ailes blanches incapables de voler. Son imposante horloge en or, figée car il ne savait pas comment cela fonctionnait à l'intérieur. Une mer de coussins à fleurs, qu'il s'amusait à crever pour se faire ensevelir sous une douce pluie de plumes. Son immense dressing, un télescope démesuré qui distribuait des costumes noirs et des chemises blanches. Son piano à queue, seul objet de taille normal, sur lequel il pouvait jouer des heures durant sans jamais s'en lasser. Et puis il réalisa. Il n'était pas chez lui. Il ne faisait pas marcher son "imagination". Son dôme n'était qu'une vulgaire parodie de sa maison. Tout ce qui constituait sa vie d'avant s'y trouvait. Il voulait tout oublier, s'abîmer dans le subconscient, et à la place il recréait malgré lui son château, encore et encore. Quelque part, c'était pire encore ; non seulement il était chez lui, toujours aussi enfermé, mais en plus il était seul et était obligé de tuer pour conserver sa tranquillité.

A mesure qu'il avait ces pensées, le dôme tombait lentement en poussière. Les coussins éclatèrent. L'Apollon en robe se liquéfia. La statue de la liberté, transformée en neige, fondait lentement. Le télescope disparu, l'horloge d'or devint sable. Son monde s'effondrait. Ce n'était pas "son" monde justement. Parce que la seule chose qu'il connaissait du monde, c'était son château, ses ridicules servants, sa ridicule famille, ses ridicules amis.

Le plafond s'effritait, et bientôt la lumière pénétra pleinement dans l'enceinte, tandis que tout finissait par disparaitre. Ni se laissa choir, suivant le mouvement de la statue de la liberté fondante. Il se retrouva pied à terre, de l'eau jusqu'aux chevilles. Il respira l'air pur de la campagne, sentit le vent dans ses cheveux. Puis il vit les camions du FBI, dont commençait à sortir des hommes. Il fit disparaître les engins et les armes et grimpa dans la Rolls Royce ailée, seul reste de ses méfaits. Et il démarra, semant sans problème ses poursuivants. Il fit disparaitre la clôture de mise en quarantaine d'un claquement de doigts, et il continua à rouler longtemps. Il y avait une chose qu'il voulait voir, pour agrandir son monde, pour se sentir libre, pour imaginer de nouvelles choses : Londres.



Holly, Rico et Eve atterrirent violement sur un sol mou prévu à cet effet, et le tunnel et sa soufflerie géante se referma derrière eux sans un bruit. Ils se trouvaient dans une grande salle blanche, parfaitement cubique. Mais c'était loin d'être le plus surprenant : ils n'étaient pas seuls. La salle était parsemée de quelques inconnus, dont la moyenne d'âge ne devait pas dépasser 16 ans. Ils se tournèrent à l'arrivée de nos trois compères, et les fixèrent longuement sans un mot. Ils avaient tous l'air épuisés, et leurs yeux étaient hagards. La plupart étaient assis par terre, d'autres étaient carrément allongés. Eve, qui avait travaillé sur le dossier des disparitions mystérieuses, reconnut aussitôt beaucoup de monde. Elle n'en croyait pas ses yeux.

- Fiona Movard ! Xavier Beauregard ! Katy Appledoor ! s'écriait-elle, trop soulagée pour garder son ton sec et professionnel.

Holly la vit discrètement essuyer une larme naissante. La quadragénaire n'avait jamais vu son "amie" dans un état pareil. D'ordinaire, Eve était plutôt froide, et même les hommes qu'elle charmait pour obtenir ce qu'elle voulait se rendaient compte de sa personnalité fermée. Mais cela ne choqua pas Holly plus que ça. Après tout, si Eve avait enquêté sur l'affaire, elle s'était probablement rendue chez les familles des disparus, et leur désespoir devait faire peine à voir. Elle devait se sentir personnellement impliquée dans cette affaire. Les adolescents s'étaient peu à peu rassemblés autour d'elle, et elle les rassurait doucement les uns après les autres. Rico restait en retrait, se contentant de son joli sourire à chaque fois que quelqu'un jetait un regard vers lui.

- Ne vous inquiétez pas, disait Eve. On va vous sortir de là. On ne sait pas encore comment, mais on trouvera un moyen.

Elle apprit en discutant un peu avec eux qu'ils s'étaient tous retrouvés ici de la même façon : ils avaient défié Mortimer, et était instantanément tombés dans le cylindre de marbre blanc. Mais eux l'avait trouvé ouvert, et avait directement été emportés jusqu'ici par la soufflerie. Ils avaient essayés de sortir par tous les moyens, mais rien à faire. Ils étaient nourris, mais ils étaient épuisés par la lumière incessante qui éclairait l'endroit. Eve crut bon de prendre une photo de groupe. Elle tenta ensuite de l'envoyer sur sa boîte mail pour que quelqu'un puisse prendre le relais s'ils échouaient, mais elle n'avait pas de réseau à cette profondeur, ce qui n'était pas étonnant.

Eve voulut alors demander à Rico et Holly s'ils avaient du réseau, eux, mais quand elle se retourna, ils avaient disparus. Elle s'écarta du groupe d'adolescents, perplexe, et n'eut même pas le temps d'appeler leurs prénoms que déjà un trou s'ouvrait sous ses pieds. Elle atterrit sur les fesses, seulement trois mètres plus bas. Rico et Eve étaient là, se massant leurs membres endoloris par la chute. C'était une toute petite salle, à peine éclairée, avec seulement une porte en bois qui menait Arceus sait où.

- Je crois que celui qui tire les ficelles dans cet endroit sordide ne veut pas nous laisser avec les autres gens, remarqua Holly alors qu'Eve se relevait avec un gémissement.
- La paroi ne fait qu'un mètre d'épaisseur, peut-être que nous pouvons la percer et faire venir les enfants ici ! s'écria Eve, pleine d'espoir.

Mais elle se rendit vite compte qu'elle n'y parviendrait pas malgré tous ses efforts. Elle retomba assise, dévastée. De grosses larmes glissèrent sur ses joues, qu'elle cacha pudiquement avec ses beaux cheveux. Rico la regardait, compatissant, tandis qu'Holly s'approchait de la porte.

- Si proches du but... souffla-t-elle, peinant à y croire. Je les pensais tous morts. Leurs familles le pensaient aussi. Et voilà qu'ils vivent, mais pour combien de temps...
- S'ils ont tenu jusqu'à maintenant, peut-être qu'ils tiendront suffisamment longtemps pour qu'on sorte d'ici et qu'on envoie des renforts, tenta maladroitement Holly, qui n'aimait pas tenir ce genre de conversations.
- Ils n'en enverront pas ! aboya Eve, mélangeant mépris et dépit. S'ils veulent passer l'affaire sous silence, il n'y a rien à faire. Et d'ailleurs, il y a peu de chances qu'on sorte vivants d'ici...

Ils se turent, la laissant à son malheur qui était aussi le leur. Ils étaient juste touchés moins directement, mais la sensation restait désespérante. Holly sembla peser une dernière fois le pour et le contre, puis déclara qu'il fallait avancer en ouvrant brusquement la porte.

Elle se trouva nez à nez avec un adolescent dégingandé, vêtu de longs et amples vêtements - qui lui donnaient un air de camé, remarqua Holly -, les yeux cachés par une longue frange de cheveux verts, cheveux qui lui tombaient jusqu'aux fesses. Holly se demanda brièvement s'il s'agissait d'un garçon ou d'une fille, regarda rapidement son absence de poitrine et en conclut qu'il s'agissait d'un homme. Il releva soudain la tête, révélant ses yeux un court instant ; cela suffit à Holly. Elle aurait même pu les décrire pendant des heures sans jamais manquer d'adjectif. Il était difficile d'en donner la couleur, mais ils étaient quelque part entre le gris, le bleu, et le violet. On avait l'impression que dans son regard se reflétait une galaxie toute entière, sombre par endroit, lumineuse par d'autres, tourbillonnant doucement, sans jamais s'arrêter, si détaillée que l'on se prenait à songer à l'univers, à son immensité, à son expansion infinie. Le plus étonnant, c'était l'étincelante lueur de vie qui se dégageait d'un personnage à l'air si mort, si éteint. Holly en resta coite, tandis qu'Eve et Rico se rapprochaient de la porte, voulant voir ce qui l'avait ainsi arrêtée dans son élan.

- Holly, tout va- commença Eve, mais elle se figea devant le jeune homme.

Ses yeux étaient de nouveaux cachés, mais Eve le reconnut aussitôt.

- N... N Harmonia ?!



Quand Howard arriva aux abords de la mégapole, il fut obligé de ralentir l'allure. Avec regret, il fit disparaître les grandes ailes blanches qu'il avait ajoutées à la Rolls Royce de son père, de peur qu'elles ne détruisent un bus ou un camion. Au départ un peu déçu par les amoncellements de constructions métalliques qui entouraient la ville, la zone industrielle, il débarqua à l'intérieur même de la ville, longeant la Tamise. Il ouvrit de grands yeux émerveillés en passant sur Tower Bridge, les grands parcs de Londres derrière lui. Puis il décida qu'il voulait tout visiter. Incapable de se garer, il fit disparaître sa voiture en plein milieu de la route, et regarda d'un air amusé les londoniens se frotter les yeux, stupéfaits. Puis il monta dans l'Œil de Londres, l'immense grande roue futuriste. Par chance, on était en plein hiver et les touristes se faisaient rares, aussi il n'attendit pas plus de dix minutes avant de prendre place dans une des nombreuses cabines. Ses incroyables yeux lui permettaient de voir bien plus loin que l'horizon, d'observer le moindre détail sur la Tour de Londres, la City, la Chambre du Parlement, dont il avait entendu son père parler lorsqu'il rentrait de ses virées dans la capitale, ou même l'Abbaye de Westminster ou le Buckingham Palace, un peu plus loin.

Une fois qu'il fut au plus haut point de la grande roue, il fit disparaître la porte qui le séparait du vide et matérialisa un escalier en colimaçon qui le menait jusqu'à l'armature métallique de la structure. Là-haut, son corps d'adolescent fouetté par le vent, il fut rempli d'une colère sourde contre sa famille, contre sa naissance ; contre ces coutumes qui le laissaient si ignorant du monde immense qui l'entourait. Il avait l'impression d'avoir gâché de longues années qu'il aurait pu passer à voyager, observer le monde, découvrir de nouvelles choses, de nouveaux arts, de nouvelles cultures. Il fixait les avions qui décollaient du grand aéroport de Londres. Paris, Copenhague, Berlin, Madrid, New York, Las Vegas, Rio. Il voulait tout voir. Et il le pouvait. Sans vraiment y faire attention, il était empli d'une confiance sans limite. Il ne craignait personne, n'avait pas de limite à ses désirs. Il pouvait aisément se créer des faux papiers, des vêtements, de l'argent, une maison même ! Jusqu'à présent, enfermé dans son enfance, sa zone de liberté se réduisait à sa maison, à son dôme de pierre. Désormais, le monde était son terrain de jeu.

Il resta à Londres quelques semaines, s'étant creusé une somptueuse demeure derrière un distributeur de boisson dans le métro londonien. Le monde souterrain était pour lui un mélange de frustration et de liberté. Frustration car il ne voyait ni le ciel, ni le paysage, et il ne pouvait pas sentir l'air sur son visage. Liberté car le sol, solide, était une source quasi infinie d'atomes, bien plus pratique que l'air libre et son gaz. Aussi, sous terre, sa créativité s'exprimait spontanément et sans limites matérielles, si bien qu'il élisait généralement domicile à côté des métros, mais pas à proximité des égouts car il avait gardé un certain goût pour les choses propres et raffinées.

Il s'envola ensuite vers Paris, où il passa deux semaines au Louvres. Il ne se lassait jamais de contempler cet amoncellement spectaculaire d'art. Il pouvait rester planté devant des toiles ou des sculptures pendant des heures. D'ailleurs, il vola la Vénus de Milo sur un coup de tête, une nuit, faisant disparaître toutes les caméras et évitant les gardes. Il la remplaça par sa copie conforme créée par ses soins, et personne ne se rendit jamais compte de la différence - elle trône aujourd'hui dans la Salle des Merveilles du QG de la M-Organisation.

Commença ensuite un long voyage à travers le monde, voyage qui se prolongea jusqu'à sa majorité. Howard se trouvait alors à Moscou, admirant la splendeur du Kremlin, se mêlant au flot continu de passants et de touristes, toujours habillé comme un noble avec son costume et sa canne à pommeau. Il avait grandi, atteignant le mètre quatre-vingt-cinq, et dégageait une aura qui mêlait charme et prestance. Les habitudes sont dur à perdre, et il se tenait toujours aussi droit et s'exprimait d'une voix claire et forte, surmontée d'un dédain un peu snob. Il avait perdu ses manières guindées pour une politesse plus traditionnelle, qu'il exprimait volontiers en présence de gens qu'il estimait, mais il montrait une vulgarité sans pareille à ceux qu'il exécrait.

Le gentleman, désormais âgé de 18 ans, se posa à la terrasse d'un bar, et commanda un thé accompagné d'un shot de vodka pour fêter l'évènement. Il était seul, mais cela ne le dérangeait plus. Il avait choisi cette solitude, et il s'y tenait. Il remercia le serveur avec l'un des quelques mots russes qu'il connaissait et qui signifiait "Merci", puis savoura longuement son thé. Il fixa ensuite l'alcool symbolique de la Russie, hésitant. N'ayant jamais vraiment eu d'amis de son âge, il restait persuadé que l'alcool devait à tout prix être consommé passé 18 ans et non avant, sous peine de terribles conséquences, t appréhendait donc ce premier essai. Il se jeta finalement à l'eau, sentant le liquide lui brûler la gorge, mais appréciant le goût. Il se dit que ce n'était finalement pas si terrible, et en commanda d'autres. Il finit bourré en bonne et due forme.

Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que là où les gens normaux se mettent à faire un peu n'importe quoi, la plupart du temps sans grandes conséquences, Howard lui était capable de bien plus. La chaise sur laquelle il était assis se changea en eau et il se retrouva au sol, allongé sur le dos. Il regarda un petit nuage, qui se changea instantanément en métal et s'abattit violemment sur la chaussée dans un énorme nuage de poussière, tuant un chien et deux passants sur le coup. Mais Howard n'avait même pas conscience de provoquer tout ça. Il se leva, regarda le bar disparaître, tandis que des trous se créaient un peu partout dans la route. Une pluie de rouleau à pâtisserie commença à tomber du ciel, provoquant une panique totale. Des cris braillés en russe emplissait l'air, alors qu'une carotte géante en calcaire empalait le café d'en face, et que la vodka se changeait en jus de tomate directement dans les bouteilles. Bouteilles qui volèrent en éclat quand le bar se liquéfia sans prévenir, aspergeant tout le monde du liquide rouge comme le sang. Les gens crurent à des blessés, et les hurlements s'amplifièrent encore. Tout le monde fuyait la place, ne comprenant rien à ce qu'il se passait.

Howard essaya de marcher, mais il trébucha et changea toute la place en coton pour éviter de se faire mal en s'étalant au sol. Les voitures, empêtrées dans la masse molle, s'immobilisèrent alors que les passants qui tentaient de fuir tombaient à leur tour, incapables de courir sur du coton. Howard rampa jusqu'à une voiture et fit disparaitre la portière devant les yeux ébahis de la jeune russe qui conduisait. Il éclata d'un grand rire incontrôlé, le visage rouge, et se pointa du doigt.

- Moi, vodka, fit-il en anglais, s'appuyant contre le montant de la portière pour ne pas tomber.
- Moi aussi, je crois, répondit la femme en russe, stupéfaite.

Ni ne comprit pas, mais trouva ça très drôle. Il se laissa tomber dans la voiture, côté passager. La femme le regarda, pétrifiée. Il se pointa à nouveau du doigt, puis mima le geste de dormir, suivi d'un "s'il vous plaît" en russe. La jeune femme comprit qu'il voulait qu'elle l'emmène à l'hôtel le plus proche - il en avait bien besoin - mais elle montra le sol changé en coton avant d'hausser les épaules. Howard laissa échapper un bruit entre le râle et le "Oh" compréhensif, puis la route se retransforma en goudron. La russe cligna des yeux, stupéfaite, ayant l'impression de se trouver avec une bombe nucléaire humaine dans sa voiture. Elle roula quelques minutes, regardant les bâtiments s'effondrer, disparaître ou se changer en liquide. Puis elle le déposa à l'hôtel, soulagée de se débarrasser de cet homme effrayant.

Howard peinait à marcher, et manqua de tomber à plusieurs reprises. Il passa la porte de l'hôtel en la faisant disparaitre, et se retrouva nez à nez avec un portier, désormais chômeur. Pris de pitié, le gentleman fit pleuvoir des dollars sur le pauvre homme, avant de continuer sa route jusqu'à la réceptionniste qui lui indiqua un numéro de chambre. Il prit l'ascenseur et roula une pelle à son reflet dans le miroir, sous l'œil indigné d'une vieille babouchka. Finalement, il poussa la porte de sa chambre et se laissa choir sur le lit. Il s'endormit aussitôt.

Howard se réveilla le lendemain, vers dix heures du matin, avec l'impression qu'un moine bouddhiste prenait son crâne pour un énorme gong. Son estomac était complètement en vrac, et il fit apparaître un store devant la fenêtre, tant la lumière lui donnait mal à la tête. Il réalisa soudain où il était, n'ayant aucun souvenir de la veille. Il se redressa sur son lit et observa sa chambre. Visiblement, il n'avait pas choisi n'importe quel hôtel, à voir le jacuzzi et le lit à baldaquins sur lequel il avait dormi. Puis il se demanda vaguement si ce n'était tout simplement pas lui qui avait créé tout ça, et alors qu'il essayait de s'en souvenir, il s'aperçut qu'il n'était pas seul dans la chambre.

Elle avait des longs cheveux noirs, qui encadraient des yeux bleus, si bleus qu'Howard se sentit presque mal - la gueule de bois devait également y être pour quelque chose. Elle n'était pas très grande, mais dégageait une telle présence que le gentleman fut surpris de ne pas l'avoir remarquée avant. Il fut également un peu jaloux. Il savait que lui aussi dégageait une aura de puissance qui faisait que les gens ne discutaient jamais ses dires ou s'écartaient inconsciemment pour le laisser passer, mais cette femme dégageait quelque chose de plus fort, presque palpable. Elle le fixa tout le temps qu'il la détailla. Elle devait avoir le même âge que lui à quelque chose près. Elle s'exprima alors, d'une voix aigue qui vrilla les tympans d'Howard et amplifia son mal de tête.

- Bonjour, Howard Hewsorth. Nous nous rencontrons enfin.
- Qui êtes-vous ? grogna Howard, endormi.
- Tu peux m'appeler M-M.



Mista Meetic se trouvait installée dans une Brain Sphere. Bien qu'elle rechignait à enfiler le casque et les gants, elle finit par s'y résoudre devant la nécessité de son action. Infinity, fidèle à sa forme d'araignée de perles blanches, observait la manœuvre. Quand elle eut pensé "Michina", une salve d'informations apparut à l'écran, sous forme d'images ou de liens vers des sites internet. Infinity se décida à la questionner, de sa voix gutturale et effrayante.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il.
- Des recherches, répondit Mista. Sur Michina.
- Ce n'est pas ton genre, remarqua Infinity. D'autant que tu étais prête à envoyer tes troupes là-bas sans réfléchir.
- Je me rends compte que c'était une erreur. J'ai tendance à être impulsive, mais je ne suis pas sotte. Et plus j'avance plus je me rends compte que les Chapeliers, même si nous les écrasons en force pure, peuvent être une menace. Et cette Stutch avait l'air vraiment effrayée en parlant de Michina.
- Le Joyau de Mort risque bien d'être plus difficile à obtenir que les autres. Mais pourquoi tout préparer à l'avance ? Mieux vaut avoir la surprise une fois sur place ! l’encouragea Infinity.
- J'ai besoin d'en savoir plus pour constituer une équipe. A la base, je voulais envoyer San et Ni, mais tout bien réfléchi, cela me semble peu judicieux. En fait, je rechigne tout court à y envoyer Ni. Il n'agit que sous la contrainte, et cela diminue vraiment ses compétences...

Elle s'arrêta, songeant à ses plans. Infinity la regardait, dans un mélange de fascination et d'amusement. C'était une femme étrange ; un coup joueuse, insouciante, sadique, folle, intenable. Et quelques heure plus tard, elle se posait, réfléchissait, prévoyait, sans se laisser emporter par l'enthousiasme feint d'Infinity, l'Esprit. Elle parcourut un peu la Brain Sphere, et poussa un "hum" pensif.

- Ca se complique bien plus que prévu, conclut-elle après une lecture intensive de plusieurs articles.
- Qu'es-tu trouvé ?
- Michina était une ville perchée en haut d'une montagne très escarpée, très ancienne, à Sinnoh. Ses habitants étaient très conservateurs et s'occupaient des terres alentours avec leurs Pokémon. Avec la révolution industrielle du Pokémonde, ils ont quitté cette ville perdue pour des plus grandes métropoles, principalement les vieux qui en avaient marre de monter des marches - il n'y a que ça. Les jeunes sont restés car il y avait un lycée et même une université qui était relativement réputée. La ville a changé de visage et est devenue beaucoup plus urbaine et "jeune", et quasiment tous les monuments historiques ont été détruits.
- En quoi ça se complique ? Tu rechignes à massacrer des jeunes ? se moqua Infinity - son rire ressembler à une craie qui crisse contre un tableau noir.
- Visiblement, le Joyau de Mort l'a fait pour moi, répliqua Mista. Il y a une dizaine d'années. Une vague d'énergie noire, d'après les deux seuls survivants - qui sont Stutch et Joachim, comme par hasard. Jû m'est toujours utile, finalement.
- Il a toujours été indispensable à sa manière, fit remarquer Infinity.
- Oui. Bref. La vague noire n'a laissé que du sable. Les maisons, les bâtiments, les gens, tout a disparu. La montagne est désormais un désert sablonneux.
- Plutôt violent, ricana Infinity.
- Oui, même pour un pouvoir divin... Mais il y a une théorie, soulevée par des internautes un peu adeptes du paranormal. Comme quoi c'est un phénomène qui se produirait régulièrement tous les mille ans. Pour preuve, ils avancent que les ruines - désormais disparues - de Michina dataient de mille ans environ, et pourtant on retrouve, dans les villes voisines, des mentions de Michina dans des textes vieux de presque un siècle et demi. Certains supposent même que 2400 ans en arrière, Michina s'appelait Yokasoru, dont des traces ont également été retrouvées dans certains textes.
- Un cycle de destruction, en somme, résuma Infinity.
- Voilà. Mais là où ça se complique, c'est que depuis quelques semaines, la zone sableuse est totalement inaccessible ! déclara Mista, agacée.
-Comment ça ?
- En apparence, c'est juste un désert, mais dès qu'on met un pied dans la zone, une immense tempête de sable se lève, empêchant toute personne à l'extérieur de voir quoi que ce soit. D'ailleurs, tout ce qui est entré à l'intérieur n'en est jamais ressorti depuis. Les ondes ne passent pas, et un avion a tenté de survoler la zone pour récupérer les disparus, mais ils n'eurent plus aucune nouvelle dès qu'il se fit happer par la tempête de sable. D'ailleurs, après quelques heures, la tempête se dissipe, et ils n'ont pas retrouvé la carcasse de l'avion ou même de la fumée, il a juste disparu. Les gens commencent même à le surnommer le "Cercle des Bermudes".
- Et le phénomène n'a commencé qu'il y a quelques semaines ? Peut-être que c'est juste après que nous ayons mis la main sur le Joyau de Vie. Le Joyau de Mort a dû activer son mécanisme de défense, s'avança Infinity.
- C'est ce que je me disais, acquiesça Mista.
- Menteuse, tu étais complètement perdue, souffla Infinity.
- Donc du coup, je ne sais pas qui envoyer. J'imagine que Ni s'impose, finalement, soupira-t-elle sans répondre à l'accusation de l'Esprit araignée. Il pourra nous débarrasser du sable en quelques secondes.
- Le problème ce n'est pas le sable, c'est ce qui s'y cache, marmonna Infinity.
- C'est déjà pas mal si on règle le problème du sable ! s'emporta Mista en toisant l'araignée du regard. Je déteste le sable, ça gratte et ça se fout dans les cheveux !
- En parlant de sable, Ni n'a-t-il pas mis Stutch dans la Salle du Désert ? C'est un drôle d'hasard.
- ... Ni savait. Il m'énerve à faire tout dans son coin. Il n'attend qu'une chose, c'est que je meure et qu'il soit libre, grinça Mista.
- Et il a parfaitement conscience qu'il t’est complètement indispensable, et donc que tu ne peux pas le tuer ! renchérit Infinity avec son rire affreux.
- Ce n'est pas drôle. Il sera le premier à connaître un destin tragique quand je prendrais le contrôle de l'Omniscient. Peu importe. Nous disions donc, pour l'équipe, Ni.

Elle fit apparaître son nom en gros sur la Brain Sphere et rajouta "Pour se débarrasser du sable".

- Maintenant il faut s'occuper de ce qui s'opposera à nous une fois à l'intérieur. Ni est un bon combattant, mais je suis obligée de le soumettre à l'Infinity pour qu'il réagisse, et ce sera peut-être une méthode trop lente, réfléchit Mista.
- Ichi ? Il t'obéit au doigt et à l'oeil, observa Infinity.
- Ca m'embête qu'il quitte son poste, Lance Wataru était connu pour être studieux, s'il part sans dire où... En même temps je crois que je n'ai pas le choix, même si les autres échouent, il ne peut pas échouer. Après tout, il est quasiment impossible de le tuer.

Elle ajouta "Ichi" sur la Brain Sphere.

- Nana, Stutch, et N sont inutiles, marmonna Infinity.
- Blanche aussi, elle est comme Ni, trop dure à tenir en laisse et pas assez offensive, qui plus est. Par contre, il s'agit du Joyau de Mort. Il ne serait pas étonnant de tomber sur quelques Esprits ou Pokémon Spectres en colère...
- ... d'où Mortimer, conclut Infinity en hochant toute son énorme tête d'arachnide.
- Voilà, fit-elle en l'ajoutant. San est une mauvaise idée, surtout si je ne suis pas là. Ni serait capable de trouver un moyen de l'étriper sauvagement.
- Yon alors ? proposa Infinity.
- Il servira juste de taxi. Son style de combat est beaucoup trop déstabilisant, il n'est vraiment pas fait pour le travail de groupe. Personne n'arrive à le suivre quand il est lancé, soupira Mista.
- Reste Valter, termina Infinty. Il risque d'être en piteux état. Les Chapeliers ont tué son fils il y a moins d'une heure.
- Ce n'est pas le genre à s'apitoyer très longtemps, d'autant que l'opération n'est pas pour toute de suite. Je le rajoute.
- C'est vrai que d'abord tu vas prendre d'assaut le Palais des Harmonia... Ca m'étonne que tu réfléchisse au Joyau de Mort alors que l'attaque du château est prévu demain matin très tôt... T'as pas d'autres détails à régler ?
- Je prévoie l'attaque du Palais depuis des jours. Ce plan est parfait, il ne peut pas échouer. Donc j'ai du temps pour planifier l'opération Joyau de Mort, sourit Mista, satisfaite d'elle-même.
- ... Peut-être pas.
- Comment ça ? s'étonna Mista.
- Trois intrus viennent de pénétrer la Salle Bac à Sable, celle où N réside.
- Tu n'aurais pas pu le dire avant ?! s'emporta Mista en sortant de la Brain Sphere - balançant casque et gants dans la foulée.
- Je ne détecte que les individus peu éloignés. Ils viennent juste d'entrer dans mon champ d'action. C'est Ni qui est normalement chargé de surveillé tout le QG.
- Il ne m'a pas prévenu ! Le chien ! Qui sait ce qu'il leur a montré ! Et si maintenant ils découvrent que N Harmonia est ici... C'est embêtant, grogna Mista, remontée.
- Par contre, chose intéressante : il s'agit de Rico Joven, Holly Harper et une autre femme dont la tête ne me dis rien. Mais elle est bien gaulée, la pute, ajouta l'araignée.
- Les deux premiers... Les deux qui étaient là quand Rentoraa Fireman a pété sa crise pour libérer Patricia Carillon ?! s'étonna franchement Mista.
- Il semblerait...
- Mais comment sont-ils arrivés là ? Il est quasiment impossible d'entrer ! vociféra la jeune femme.
- Si Ni a décidé de les prendre sous son aile, ça n'a rien d'étonnant, fit remarquer Infinity.
- Je vais lui faire la peau ! hurla-t-elle en frappant la Brain Sphere.

Elle resta là quelques minutes, agitée de soubresauts nerveux. Puis elle se calma, et se laissa glisser en position assise. Puis elle s'allongea et roula quelques mètres dans la salle, avant de se relever d'un bond.

- YOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON ! hurla-t-elle soudainement, déchirant l'air avec sa voix excessivement stridente.

L'androgyne apparut aussitôt devant elle, agenouillé en signe de respect. Infinity avait juste eut le temps de disparaître.

- Patricia Carillon et Rentoraa Fireman. Amène-les-moi.

La seconde d'après, Patricia était là. Elle se tenait debout, un bandage autour du moignon qui remplaçait sa main droite. Elle souriait de toutes ses dents, se demandant vaguement ce qu'elle faisait ici après avoir été enfermée quelques temps dans une salle pleine de petites voitures automatiques.

Encore deux secondes plus tard, et Rentoraa apparaissait à son tour, amené par Yon. Il apparut un peu vaseux - il ne devait pas bien supporter les voyages forcés avec Yon. Il avait le regard d'un fou. Ce qu'il était probablement devenu, d'ailleurs. Rendu fou par une femme, qu'il avait voulu sauver à n'importe quel prix, allant jusqu'à tuer McFilleul devant Holly Harper et Rico Joven. Et maintenant, il se trouvait face à cette femme qu'il croyait ne jamais revoir, condamné au niveau 10 de l'Abysse - même si Yon l'en avait arraché avant qu'il y soit enfermé. Ses yeux s'écarquillèrent, en même temps que ceux de Patricia, quand ils se reconnurent. Ils ne pipèrent mot, subjugués par l'improbabilité de la situation. Mista les ramena à la réalité d'un claquement de gorge.

- Bonjour ! Vous avez une chance de gagner votre liberté, mes agneaux, sourit-elle. Tout ce que vous avez à faire, c'est tuer les trois personnes qui entreront dans la salle où vous allez être envoyés. Si vous y parvenez, vous serez libres. Si vous échouez, vous mourrez. Bonne chance.

Elle attrapa deux Kalachnikov qui trainaient dans la salle - ils se trouvaient dans la Chambre de Mista, où elle commandait des dizaines de joujoux à Ni, qui pouvait réaliser tous ses souhaits d'un claquement de doigts - et en donna un à chacun. Puis ils disparurent, emportés de nouveau par Yon.

Infinity réapparut alors, et Mista le regarda avec un sourire.

- La vie est un cadeau inestimable. Que d'amusement ! souffla Mista.
- Tu ne crois pas si bien dire, répondit Infinity, perdu dans ses pensées.

Et ils finirent par se déplacer jusqu'à la Salle de Commandement, où ils pourraient observer le combat déchirant qui se profilait avec un paquet de pop-corn pour leur tenir compagnie.



Howard, toujours un peu dans les vapes, fixait silencieusement la jeune femme qui venait de lui dévoiler son identité.

- M-M, répéta doucement Howard. Drôle de prénom.
- Tu t'y feras, répondit-elle simplement avec un sourire préfabriqué.
- Comment êtes-vous entrée ? réalisa Howard, reprenant peu à peu contenance. Par ailleurs, où sommes-nous ? M'avez-vous kidnappé ? demanda-t-il avec un air accusateur.
- Pas du tout, répondit M-M. Je t'ai retrouvé après le grabuge que tu as provoqué hier après-midi. Et vu la tête que tu tires, j'imagine que tu as dû un peu abuser sur la vodka, ricana doucement M-M.

Howard réalisa alors ce qu'il c'était passé la veille ; c'était flou, mais il se souvenait d'avoir voulu fêter ses dix-huit ans à coup de shots, puis c'était le néant absolu.

- Tu as détruit une place et une avenue toute entière, l'éclaira la jeune femme. On compte une quinzaine de morts à l'heure actuelle, et le double de blessés.

Howard cligna des yeux, un peu sonné. Il n'avait plus tué personne depuis bien longtemps, et cette nouvelle le plongeait dans un état entre la culpabilité et le plaisir malsain de dépasser les lois établies. Il se maudissait d'avoir tenté de boire sans savoir quel effet cela aurait sur ses pouvoirs. Son imbécilité l'effarait, mais il mit ça sur le compte de l'ivresse de la jeunesse.

- Tu dois te sentir seul, déclara soudain M-M, coupant court à ses pensées.
- Et vous devez vous sentir sans gêne pour me tutoyer ainsi, répliqua Howard, plus alerte désormais.
- Tu ne t'es jamais senti exclu ? Différent des autres, à cause de l'immense pouvoir que tu possèdes ? continua M-M comme s'il ne l'avait pas interrompue.
- Sortez d'ici. Votre voix me donne mal à la tête.
- Tu sais, tu n'as pas besoin de rester seul. Il y a des gens comme toi. J'en fais parti. Nous sommes différents des autres. Si tu me suis, tu découvriras un endroit où tout le monde est comme toi et moi. Un endroit où tu ne sera pas seul, où tu auras une famille, un foyer ! fit-elle d'une voix de conseillère d'orientation.
- C'est précisément ce que je ne veux pas avoir. Je vous laisse une dernière chance de sortir.

La jeune femme parut offensée d'être ainsi rejetée, mais garda le silence. Ses yeux bleus se révulsèrent alors, lui laissant un regard blanc et vide. Howard, stupéfait, réagit d'instinct ; en une seconde, M-M était enfermée dans quatre murs de bétons, qu'Howard remplit d'eau sans le moindre scrupule. Il attendit ensuite patiemment qu'elle se noie. Mais au bout de quelques instants, la prison de béton explosa, révélant la jeune femme trempée jusqu'aux os, portant sur son dos une énorme araignée de perles blanches qui flottaient, reliées entre elles par un fil inexistant. Howard se sentit immédiatement oppressé, comme un esclave face à son roi. Il eut soudain la sensation de n'être qu'un mortel face à un Dieu face auquel il ne pouvait pas lutter.

Mais il lutta contre ce sentiment qui lui dictait d'obéir. Sans plus réfléchir, il fit disparaître le mur qui le séparait des rues grouillantes de Moscou, et se jeta dans le vide au milieu de la foule. Il atterrit en douceur au milieu de gens qui le regardèrent s'enfuir à toute vitesse, porté par les vents violents qu'il invoquait. M-M le regarda faire, un peu étonné qu'il choisisse la fuite, mais admirative devant sa capacité évaluer une situation. Howard n'eut d'ailleurs pas la possibilité de s'enfuir très loin. Alors qu'il allait voler une voiture au détour d'une ruelle déserte, il tomba sur un mystérieux gamin androgyne aux cheveux noirs qui le fixait intensément. Howar allait lui dire de s'écarter quand il fut plaqué au sol par ledit gamin. Sa force était dérisoire comparé aux muscles adultes d'Howard, mais dès qu'il parvenait à décoller ses mains du sol, une force mystérieuse le faisait revenir à son point de départ.

Le gentleman comprit aussitôt qu'il se trouvait face à un individu du même calibre que M-M, même si sa force était beaucoup plus discrète. Howard mit de côté sa pitié et créa un scaphandre de métal hermétique autour de la tête du garçon, qu'il remplit d'eau comme il l'avait fait pour la jeune femme. Mais cette dernière arriva soudain en renfort et l'araignée blanche brisa le scaphandre d'un coup de patte, libérant le gosse. Howard opta pour une méthode moins orthodoxe, et fit complètement disparaître le sol sous leurs pieds. Ils ne chutèrent qu'un instant, se retrouvant sans explication dans la ruelle, à côté du trou.

- Tu vois, tu n'es pas seul, sourit méchamment M-M. Yon peut distordre l'espace. Vous devriez bien vous entendre.

Pour réponse, Howard fit exploser un mélange chimique juste devant la tête de M-M, qui en sortit indemne grâce à l'araignée, mais un peu sonnée quand même. Yon n'eut cependant pas cette chance, et un acide très concentré vint lui ronger le bas du dos. Il hurla et en lâcha Howard, qui en profita pour cracher un mollard qui se transforma en nuage de gaz hautement toxique par inhalation. Yon disparut pour réapparaître quelques mètres plus loin avec M-M. Howard envoya le gaz vers eux d'un coup de vent, mais l'araignée le dissipa sans effort. La seconde d'après, Yon était de nouveau sur lui, le maintenant au sol avec ses pouvoirs. Howard allait riposter à nouveau, mais M-M ne lui en laissa pas le temps. Elle le fixa de ses yeux révulsés, et d'une voix d'outre-tombe, le soumis à l'Infinity, scellant à jamais son triste destin.

- Arrête de te débattre. Tu n'as pas le droit de me faire de mal. Tu n'as pas le droit de faire de mal à Yon. Tu n'as plus aucune volonté de t'enfuir. Tu m'obéiras jusqu'à ta mort.

Chaque phrase était une souffrance. A chaque phrase, l'Esprit d'Howard se faisait enserrer dans des ordres, toujours plus nombreux, toujours plus serrés, toujours plus inviolables. M-M y allait fort. Il essaya de l'attaquer, mais à peine la pensée fleurissait dans son cerveau que déjà, une affreuse douleur le traversait de part en part, lui interdisant toute action.

- Ne bouge plus, somma-t-elle, et Howard se figea comme une statue.

Le gamin, prénommé apparemment Yon, lui attrapa alors la main avec un petit sourire satisfait. Le paysage défila alors à toute vitesse, si vite qu'Howard faillit être malade. Deux minutes plus tard, ils étaient sur une île, perdue au milieu d'une étendue bleue. Adieu Moscou. Adieu le monde. Adieu la liberté. Howard se sentait vide, comme privé de plaisir, souffrant le martyr sous l'étau violent des ordres de M-M qui enserraient implacablement son Esprit.

- Bienvenue à Sekai no Zu. Désormais, tu t'appellera Ni.

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Mer 25 Sep 2013 - 21:56

Pour une fois que c'est un retard "justifié"... J'ai été complètement débordé au moment où je comptais me remettre au chapitre, je pensais pas qu'il était possible d'avoir autant de boulot (et de ne pas pouvoir s'abstenir de le faire)... Mais bon, le chapitre est là - dédié à ma Capute parce que c'était son birthday hier  

Chapitre qui "clôture" en quelques sortes l'arc de l'infiltration au QG, je vous souhaite une bonne lecture après, bien sûr, le Résumé et les Personnages !

Résumé
Spoiler:
 

Spoiler:
 

Voilàààà, bonne lecture  




Eve, Holly et Rico faisaient tous les trois face à N Harmonia, Roi d'Unys, en personne. Quand Eve l'eut reconnu, la stupeur se peignit chez ses deux acolytes, et tous trois tombèrent à genoux devant sa Majesté. Il était spécifiquement écrit noir sur blanc, dans les textes de loi, que se prosterner devant un Roi appartenant à l'Union Pokémon était un devoir passable de quelques mois de prison avec sursis s'il n'était pas respecté. N Harmonia semblait les détailler à travers sa frange verte. Puis un sourire se dessina sur son étrange bouche aux lèvres si fines qu'elles paraissaient inexistantes.

- Bonjour, sujets, souffla-t-il. Joignez-vous donc à Nous, Nous prenions le thé avec cette charmante Poupée, cet ours affable et cette merveilleuse Dame Chaise, qui Nous présentait justement son fils, M. le Ballon de Football, sans oublier l'adorable Mr. Chacripan ! déclara-t-il en désignant la salle derrière lui.

Les trois relevèrent la tête, examinant ce qui se passait derrière la porte. C'était le paradis de l'enfance ; la salle était remplie à craquer de jouets, certains normaux, certains de taille parfaitement démesurée, comme "cet ours affable" qui devait faire près de cinq mètres de haut. Un petit train sifflait, zigzaguant sur un circuit interminable qui parcourait la salle dans tous les sens, passant même sur les murs ou sur un pont aménagé exprès. Une collection de poupée - certaines de chiffon, certaines en porcelaine - trônait fièrement dans un coin, à côté d'une "maison de poupée", incrustée dans le mur, qui était cependant assez grande pour qu'un humain puisse y vivre très confortablement - d'ailleurs, c'était probablement ce que faisait N Harmonia. Une grande table, où la dînette reposait, luxueuse, composée de petites tasses et d'une théière décorées avec goût. A côté, une chaise, sur laquelle trônait un ballon de foot. Enfin, seul chose vivante dans cet amas de jouets, un Chacripan dont la queue ondulait doucement, attablé également.

N les invita à le suivre, et les fit s'installer par terre, autour de la table. Le Roi d'Unys se lança alors dans une discussion animée avec Dame Chaise, prenant parfois Mr Chacripan à témoin. Rico, Eve, et Holly assistaient à la scène, éberlués, incapables même de prononcer le moindre mot. Ils se contentaient de siroter faussement les tasses, vu qu'elles étaient vides. N s'en aperçut et parut s'indigner.

- Voyons, vous êtes en train de boire dans des tasses vides ! Vous êtes sûrs d'avoir toute votre tête ? demanda-t-il, l'air sincèrement inquiet.

Il attrapa la théière, vide, et fit mine de verser du thé dans leurs tasses, qu'ils tendirent poliment. Elles étaient toujours aussi vides quand ils les portèrent à leur bouche, mais ils ne firent aucune remarque. Ils se contentèrent de sourire pour montrer qu'ils appréciaient le thé. Eve songea que cela rappelait étrangement la scène du goûter d'Alice au Pays des Merveilles, et trouva ça fort comique étant donné qu'ils enquêtaient justement sur les Chapeliers. Elle se décida de prendre poliment la parole, voyant bien que ni Holly ni Rico ne savaient comment s'y prendre.

- Votre Sainte Majesté, aimée du peuple, pourriez-Vous me faire l'extrême honneur, si ma question ne Vous importune ou ne Vous dérange point, de révéler la raison de Votre si Sainte présence en ce si Saint lieu ? tenta-t-elle, s'inspirant du célèbre film qui relatait l'incroyable vie de Ghetis Harmonia.
- Mais voyons, y a-t-il besoin d'une quelconque raison pour être en présence de si merveilleux invités ? N'est-ce pas Mr Chacripan ? Vous devez vous y connaître en raisons ! fit N avec un clin d’œil au Pokémon, qui miaula en réponse. Vous voyez, Mr Chacripan est d'accord, et Arceus sait s'il en a vu, des raisons !
- Mais, Votre Sainte Majesté si puissante qu'elle écrase tout être de ce monde, (Holly lui jeta un coup d’œil désabusé - elle en faisait trop), ne devriez vous pas être au Palais des Harmonia ?
- Ah, ce satané Palais ! Un sacré phénomène, ce cher monsieur. Il a vraiment un problème de poids d'ailleurs, Mesdames les Rideaux me confiaient l'autre jour qu'il dépassait les dix kilomètres de tour de taille, vous vous rendez compte ? Et puis il m'a lassé. Je préfère Madame la Chambre à Jouets, être en si bonne compagnie n'est pas donné à tout le monde ! Quelle belle équation que l'addition de tous ces merveilleux êtres !
- Vous avez bien entendu raison, Votre Sainteté Majestueuse ! Je vous baise les mains devant tant de sagesse ! fit platement Eve, rendant les armes.
- Est-ce que quelqu'un vous a fait du mal ? demanda soudainement Rico en se levant et en toisant N de toute sa hauteur.

Eve blanchit et regarda Rico, béate, choquée qu'il s'adresse ainsi à un personnage aussi proche d'Arceus. Holly était plutôt impressionnée - on lui avait trop inculqué de respecter les Rois, elle n'aurait jamais osé agir de cette manière. N sembla s'étonner. C'était dur à dire, en vérité, vu que la moitié de son visage était cachée par ses cheveux verts.

- Bien sûr que non ! Tout le monde est si aimable !
- Qui vous a emmené ici ? Vous a-t-on kidnappé ? continua Rico sans prendre de gants.
- Un humain m'a emmené ici, figurez-vous ! Ils sont si rares ! Vous en avez déjà vu ? Non, bien sûr, vous n'avez pas eu cette chance ! Cet humain était étrange. Le nombre d'or était complètement absent de son visage. Mais il y avait cette femme... Elle était si belle ! s'extasia N - Rico se demanda d'ailleurs vaguement si justement, il n'était pas sous extasie.
- Sont-ils les Chapeliers ? demanda Rico.
- Ils disaient que j'étais un nouveau membre de Mme la M-Organisation. Ça avait l'air d'être une grande dame, j'étais fier de pouvoir devenir un de ses bras, ou même une de ses jambes ! Mais bien sûr, tout m'appartient. N'est-ce pas comique que de posséder, d'être, et d'aimer à la fois ? demanda très sérieusement N.

Rico ne répondit pas, et se contenta de contourner N. Il lança un regard insistant aux deux femmes.

- Il ne nous suivra pas... Partons sans lui !

Au moment il prononça ces paroles, une porte apparu à l'autre bout de la pièce, comme pour confirmer ses dires.

- Même la personne qui nous guide depuis le début est d'accord avec moi ! sourit-il.

Les deux femmes se regardèrent, puis se levèrent à leur tour, reculèrent vers la porte à petit pas, sans tourner le dos à Sa Majesté, courbées dans un salut respectueux. Finalement, Rico ouvrit la porte, lança un regard en arrière à N Harmonia - qui les avait déjà oubliés et discutait inflation du prix des sucettes avec l'ours en peluche géant -, puis s'avança d'un pas décidé suivi d'Eve et d'Holly.





Patricia Carillon et Rentoraa Fireman étaient silencieusement assis, l'un en face de l'autre, d'un côté et de l'autre d'une pièce rectangulaire. Il faisait sombre - Ni avait décidé de plonger la salle dans le noir jusqu’à l’affrontement - et la seule lumière provenait de trois orbes : une petite rouge, une autre rose de la même taille, et enfin une plus grosse, de couleur verte. Ils ne le savaient pas - comment auraient-ils pu le savoir ? - mais il s'agissait là de la Perle de Force, de la Perle de Folie et du Joyau de Vie. Ils étaient placés dans des cubes de verre qui faisaient toute la hauteur de la pièce. Le verre était incroyablement épais - peut-être près d'un mètre d'épaisseur - et paraissait indestructible. A l'intérieur, les sphères étaient maintenues au centre par de nombreux câbles de métal terminés par une ventouse noire, câbles reliés à un cube, noir également, qui siégeait dans un coin de chaque prison de verre. Une de ces "prisons" était d'ailleurs vide.

La disposition de la salle séparait deux camps distinct : les deux extrémités du rectangle constituaient une "base" pour chaque équipe, de taille respectable, tandis qu'au milieu se trouvait le no-man's land, un couloir de la mort rétréci par les cubes de verre. Rentoraa et Patricia se trouvaient dans leur "base", guettant silencieusement la porte, qu'ils voyaient à travers le verre mais qui n'était pas directement en face du couloir - ce serait trop facile.

(Plan sur Paint de la salle :
Spoiler:
 

Les deux ne s'étaient pas parlé. Et pourtant, ils avaient des choses à se dire. Rentoraa le pressentait, et finit par se lancer d'une voix terne et maladive.

- Patricia.
- Oui, Rent ? fit-elle avec un sourire qui fit chavirer le cœur de Rentoraa - il n'avait pas de doutes à avoir, il aimait profondément cette femme.
- Est-ce qu'on a eu le temps de te raconter ce qu'il s'est passé à l'intérieur de l'Abysse ? demanda-t-il, car il fallait commencer par le commencement.
- Tu veux dire pendant que je jouais à la bataille navale à bord du sous-marin des Chapeliers ? Non, on ne m'a rien raconté.
- Ils avaient donné l'ordre de tirer avec le SSCZ. Le Rayon Hémisphère, précisa Rentoraa, celui qui ne vous aurez laissé aucune chance.
- Oui. Et ils ne l'ont pas fait. Pourquoi ? demanda Patricia distraitement, concentrée à fixer la porte - sa position faisait d'elle celle qui pourrait tirer en premier.
- Je les en ai empêché. J'ai neutralisé Holly Harper, commença-t-il.
- La pauvre, marmonna Patricia, pas étonnée pour deux sous que Rentoraa ait risqué sa vie pour elle - ce manque de considération transperça d'ailleurs le militaire en plein cœur. Je l'aimais bien.
- J'ai tué McFilleul, continua Rentoraa d'une voix blanche, comme si au fur et à mesure qu'il parlait il réalisait l'ampleur de la chose.
- Arceus n'a qu'à bien se tenir. Il va se faire salement engueuler, le Tout-Puissant, ricana Patricia, toujours sans regarder Rentoraa.
- J'ai tué un scientifique, aussi. Je ne le connaissais pas.
- Qu'il repose en paix aussi, marmonna Patricia, qui commençait à se lasser de cette longue énumération.
- Tout ça sous les yeux de Rico, tu sais, le larbin Seviien de McFilleul, termina Rentoraa d'une voix blanche.
- Une lopette, mais quel fessier ! commenta la jeune femme sans quitter la porte de vue.

Ils en restèrent là, Patricia n'éprouvant visiblement pas le besoin de lui raconter son histoire. Et pourtant il devait y avoir pas mal à raconter, vu le moignon qui remplaçait sa main droite ; elle était également très adroite à gauche, comme il c’était exigé chez les tireurs d'élites, mais elle perdait en vitesse. Elle tenait cependant sa Kalachnikov étroitement, prête à tirer à tout moment. Rentoraa la regardait avec tristesse. Le pire, c'est qu'il en était heureux. Dans son indifférence - il avait quand même tué son supérieur et un innocent, sans parler de la vie à l'Abysse qui lui était promise après ses crimes -, Rentoraa trouvait encore un moyen de l'aimer plus encore. Elle n'avait rien à faire de lui, il pouvait bien crever tant qu'elle vivait. Et Rentoraa aimait cette personnalité hautaine, irrespectueuse, qui pensait que tout lui était dû. Il se prit même à songer qu'il aurait apprécié d'être sous ses ordres absolus, et ce pour le restant de sa vie. Il en aurait tiré un certain plaisir coupable ; se dire que dans son esclavage, il valait mieux qu'elle mais lui offrait quand même ses services, sa vie et son amour.

- Je veux vivre, souffla alors Patricia. Je suis prête à tout pour ça. La vie est un cadeau unique, il faut le chérir et ne pas piétiner son contenu alors qu'on commence tout juste à déchirer l'emballage. Je ne sais pas ce qui nous attend exactement, mais je ne mourrais pas, termina-t-elle, profondément résolue.

Rentoraa essaya de croiser son regard, en vain. La lumière s'alluma alors brusquement, inondant la salle d'une clarté éblouissante. Quelques secondes plus tard, trois personnes entraient tandis que Rentoraa et Patricia se cachaient derrière les cubes noirs, seule chose non-transparente dans cet amas de verre.





- N Harmonia ! brailla Eve dès que la porte se referma derrière elle - et disparut. Comment est-ce possible ? Il n'a jamais quitté le palais de sa vie, c'était une illusion, un mirage, je suis en train de rêver et- bordel de merde même les portes disparaissent ! craqua-t-elle, presque hystérique.

Holly soupira, ne tentant même pas de la calmer. C'était inutile de toute manière : Eve était d'un calme olympien en quasiment toute circonstance, mais quand elle déraillait, il était vain de tenter quoi que ce soit.

- Et toi, s'écria Eve en écrasant son doigt sur la poitrine musclée de Rico, depuis quand tu parles comme ça aux Rois alors que tu nous traites comme des déesses ?!
- C'est que, bredouilla le jeune homme, dans les Iles Sevii, les Rois de l'Union Pokémon… On les fait en géographie mais ça s'arrête là...

Eve s'arracha quelques cheveux roux et les piétina de ses talons hauts. Ce geste accompli, elle sembla retrouver son calme et contempla les alentours. Ils n’avaient pas avancés. Il se trouvait en face d'un énorme cube de verre où flottait la Perle de Folie. Ils apercevaient les autres sphères à travers le verre - mais ne voyaient pas Rentoraa et Patricia, cachés.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? souffla Eve en désignant la Perle qui irradiait de lumière.
- Je ne sais pas, fit Holly à demi-voix. Mais vu les dispositifs autour, ce petit truc dégage une énergie gargantuesque. Et vu qu'il y en a deux autres, on peut estimer que cette salle vient compléter l'autre qu'on a vu - celle avec les sphères noires qui vont aspirer le potentiel de vie pour en faire de l'énergie. Si on additionne le tout, je n'imagine même pas la puissance énergétique de cette "M-Organisation" !
- Ces paroles viennent de N, on est sûrs de rien, il n'a pas toute sa tête, chuchota timidement Eve car c'était un blasphème que de parler du Roi de cette manière. J'ai enregistré notre conversation avec lui, ajouta-t-elle. Je me suis dit qu'on pourrait vérifier si c'était bien une voix humaine ou juste un hologramme ou un robot ou que-sais-je avec trois haut-parleurs.
- Bonne initiative, approuva Holly d'un signe de tête. Avançons, nous devons traverser cette salle.

Ils se mirent à avancer vers le couloir de la mort. C'est alors que Rico, qui menait la marche, fut ébloui un instant par une lumière rouge. Ses réflexes lui sauvèrent la vie. Il bondit en arrière avec un cri, au moment où une détonation résonna dans la salle. La balle, encore fumante, s'était fichée dans le mur juste derrière lui. Tous se mirent aussitôt à couvert derrière le cube de verre, alors qu'une rafale suivit contre le cube, mais le verre était beaucoup trop épais pour être brisé, même par des balles.

C'est alors que trois armes se matérialisèrent juste au dessus de leur tête, venant de nulle part : un arc et une unique flèche pour Eve (un arc militaire bien entendu, en alliage métallique), un petit revolver pour Rico, et finalement une batte de baseball ultralégère en aluminium pour Holly. L'apparition acheva de faire péter les plombs à Eve.

- Mais c'est QUOI ce BORDEL ?! beugla-t-elle.
- Et POURQUOI j'ai la seule arme inutile à distance ?! hurla Holly à sa suite, profondément blessée de recevoir cet équipement de seconde zone.

C'est alors qu'à travers le verre, ils virent un homme sortir de sa cachette et se figer, les bras ballants et tenant misérablement sa Kalachnikov du bout des doigts. Il était complètement à découvert, immobile en plein milieu du couloir de la mort. Son visage était décomposé par la stupeur. De grosses perles de sueurs coulaient lentement autour de ses cheveux coupés courts, et sa respiration était haletante. Rico crut entendre battre le cœur du jeune homme malgré la distance qui les séparait, mais il devait s’agir de la manière dont son cerveau percevait la tension palpable entre les deux camps.

- H-Holly ? bredouilla alors le jeune homme. Rico ?

Holly et Rico, qui ne l’avaient pas reconnu au premier abord, se figèrent à leur tour. C'était Rentoraa Fireman. Le novice insignifiant qui avait tué McFilleul. La haine submergea Holly toute entière. Le désir de vengeance qui l'habitait depuis ce jour la traversa de part en part, lui faisant complètement perdre le contrôle d'elle-même. Sans plus réfléchir, elle s'élança dans le couloir de la mort avec un grand cri bestial, toute batte dehors.

Elle traversa la salle en un temps record, fondant sur l’ennemi. Rentoraa réagit juste à temps pour se couvrir le visage avec sa Kalachnikov, porté par un réflexe militaire. La batte envoya valser l'arme à feu vers Rico et Eve. Toujours possédée par la haine, Holly allait abattre sa batte dans les côtes de Rentoraa quand elle fut soudainement projetée en arrière. Une balle l'avait percuté de plein fouet au niveau du ventre, mais son T-Shirt s'était inexplicablement changé en gilet pare-balles entretemps, et elle ressentit seulement une vive douleur pareille à un bleu.

Mais déjà, Patricia sortait de sa cachette, courant en direction de Rentoraa, la Kalachnikov à la main. Eve choisit ce moment pour agir ; elle tira une flèche immédiatement après s'être synchronisée avec son Rapasdepic pour augmenter la vitesse avec des vents violents. La flèche transperça le flanc du militaire au moment où Patricia l'envoyer valser d'un coup d'épaule d'une force étonnante.

Rentoraa se retrouva en sécurité, à contrario d'Holly, Eve et Patricia qui se faisaient face dans le couloir de la mort. Patricia, profitant de l'avantage que lui donnait son arme, se mit à tirer très vite avec une précision absolument redoutable. Sous le tir nourri, les deux femmes n'eurent pas d'autre choix que de prendre les jambes à leur cou, protégées des balles par les mystérieuses tenues qui les recouvraient désormais. Elles arrivèrent enfin en sûreté auprès de Rico, qui gardait le silence depuis l'apparition de Rentoraa. Quand ses deux alliées furent à couvert - Patricia se planqua également -, il se pencha et tira avec son revolver un coup, un seul, sur la Kalachnikov de Rentoraa qui gisait au milieu du couloir de la mort. La balle atteignit précisément la gâchette, rendant l'arme complètement inutilisable. Puis il revint vers Eve et Holly, toujours sous le choc.

- Les armes pleuvent et les meurtriers sortent de l'Abysse. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! railla Holly.





Dans l’autre camp, Rentoraa gisait lamentablement contre le mur. Patricia l’avait rejoint en silence. D’un rapide coup d’œil, elle examina la flèche, fichée dans le flanc gauche du jeune homme. La blessure avait tâché le T-Shirt blanc de Rentoraa d’une auréole de sang rougeâtre qui se répandait comme de l’encre sur un buvard, lentement, inexorablement. Il ne pipait mot, serrant les dents pour ne pas crier de douleur. Ses yeux cherchèrent ceux de Patricia. Elle le laissa la fixer ; le jeune homme n’y lu aucune compassion, ni aucune inquiétude. Cette constatation acheva de déchirer son cœur en tout petits morceaux de chair.

Elle se pencha et retira sans prévenir la flèche d’un coup sec. Rentoraa se mordit si fort pour contenir son cri qu’il en saigna des gencives. Des larmes de douleur rencontrèrent les perles de sueurs qui s’écoulaient sur son visage rougi. Il se sentait très mal. Il avait du mal à faire la mise au point sur le visage de Patricia tandis que celle-ci tournait et retournait la flèche dans ses mains avec un air contrit.

- Bizarre, cet armement. Je n’ai jamais vu des flèches aussi performantes, je croyais que Johto avait cessé la recherche dans ce domaine depuis belle lurette… Boaf, peu importe ! conclut-elle en glissant la flèche dans sa ceinture – cela pouvait toujours être utile.
- Je vais bien, merci, articula difficilement Rentoraa, railleur.
- Tu es vraiment quelqu’un d’étrange. Obtenir un sens de l’humour à l’article de la mort, quelle ironie… fit remarquer Patricia.
- Je vais mourir ? souffla Rentoraa.
- Vu la tête de la flèche, ce ne serait pas étonnant. Elle a toute les chances d’être empoisonnée ou d’avoir déposé quelques débris ultra-coupants qui te déchirent peut-être les boyaux pendant que nous parlons, marmonna Patricia.

En effet, Rentoraa n’avait même plus de qualificatif pour la douleur qui broyait son ventre. Il réalisa alors que Patricia ne plaisantait pas : il était très probable que ses minutes sur Terre soient comptées. Et de manière totalement surprenante, tout aveuglé par l’amour, cette constatation ne lui fit ni chaud ni froid. Au contraire, il y vit une sublime occasion, portée par un espoir complètement fou que seuls les amoureux connaissent ; malgré son indifférence, malgré sa froideur, malgré tout, peut-être que Patricia l’aimait, elle aussi. Et alors, il serait heureux, et mourrait heureux. Ils ne connaitraient pas de première dispute, de jalousie excessive, d’ennui avec le temps qui passe et atténue les sentiments. Si Rentoraa mourrait dans quelques minutes, il n’y aurait que l’excitation de l’amour naissant, le pur, le beau. Le premier et dernier baiser, le premier et dernier Je t’aime, il vivrait les meilleurs moments de sa vie en l’espace de ces quelques minutes. Ces quelques minutes pour rattraper une vie dénuée de sens. Étudier pour apprendre, apprendre pour réussir, réussir pour avancer, avancer pour avoir un boulot, avoir un boulot pour avoir de l’argent. Il avait bataillé dur pour atteindre son objectif, puis ses espoirs avaient été balayés. Puis, il y avait eu Patricia, la renaissance. Il avait cru suivre la lumière, sans savoir que c’était celle émise par les flammes de l’Enfer. Eternel malheureux qui poursuivait un doux rêve au milieu de la mort et des champs de bataille. Et maintenant, il voyait le bout du tunnel, et Patricia, Patricia qui elle seule pouvait le rendre heureux avant que tout se termine et s’oublie. Il avait vécu toute sa vie pour ces quelques instants où, mourant, rouge de douleur et de sang, il avouerait tout et aurait droit à sa part de bonheur.

- Je t’aime.

C’était un simple murmure qui mourut à moitié sur ses lèvres, mais Patricia l’entendit distinctement. Elle changea alors d’expression. Ses yeux s’éclairèrent d’une lueur de joie sincère, tandis qu’un mince sourire se dessinait sur sa bouche, dévoilant légèrement ses dents légèrement pointues. Jamais Rentoraa ne la désira plus qu’à cet instant ; elle était à la fois joyeuse, à la fois désolée, à la fois carnassière. Si belle et pourtant si destructrice.

- Merci, dit-elle simplement. Mais tu n’es qu’un ami pour moi.

Joyeuse parce que quelqu’un l’aimait et elle ne pouvait qu’en être flattée. Désolée parce qu’elle allait le rendre triste. Carnassière parce qu’elle venait de trouver le parfait bouclier humain.

Quant à Rentoraa, il souriait. Il avait mal, mais cette douleur lui faisait du bien. Finalement, peut-être que la douleur était plus supportable que le vide de son existence. Patricia était la douleur, la décharge qui venait secouer sa vie morne. Il souffrait pour elle, à cause d’elle, mais sans elle. Il lui donnait tout, elle lui donnait son indifférence, et c’était bien plus qu’assez. Pouvait-il se dire heureux, alors qu’il souffrait en silence et souriait à la douleur que l’amour lui infligeait ?

Oui. Il l’était, même s’il n’aurait pas du l’être. Il mourrait bêtement, d’une simple flèche, et elle n’en avait que faire. Il mourrait alors que sa vie s’était résumée à tout donner pour un être qui, au final, ne le remerciait même pas. Mais il voyait dans son indifférence une reconnaissance de sa part. Elle l’estimait suffisamment pour ne pas lui jeter sa compassion à la figure. Il l’aimait, elle non, il en souffrait, il aimait ça. Il allait mourir heureux.




- Holly, calme-toi, tu ne peux pas te jeter dans la gueule du loup comme ça ! s’énerva Eve.
- Rester calme, ça te va bien de dire ça ! C’est pas moi qui ai pété mon câble tout à l’heure ! répliqua Holy avec véhémence.
- Ils sont armés, et votre amie militaire a l’air de savoir se servir d’un flingue ! souffla Eve sans se laisser démonter.
- Notre amie ?! Elle vient de nous tirer comme des Laporeilles ! Et pour ce qui est de cet espèce de sous-homme qui a osé toucher à McFilleul, je ne donne pas cher de sa peau quand j’en aurai fini avec lui ! écuma Holly en se levant et se dirigeant vers le couloir de la mort.

Rico la rattrapa d’une main ferme et la fit se rasseoir. Ils avaient décrétés qu’un petit conseil de guerre était de mise pour vaincre l’ennemi, mais Holly en avait assez des palabres.

- Tu ne vas tuer personne, déclara Rico fermement. Ce serait s’abaisser à son niveau.
- S’abaisser à son niveau ? Rico, il a tué la personne que tu respectais le plus juste devant tes yeux ! Comment peux-tu rester aussi calme, bon sang ?! éructa Holly en le secouant par son costard noir.
- Elle a raison, intervint Eve, déconcertée. Je ne veux pas qu’on se jette bêtement dans le piège de l’ennemi, mais pour notre propre survie il serait préférable d’en finir une bonne fois pour toute…
- Comme ça, sans raison ? Vous êtes en train de discuter de la mort de quelqu’un sans le moindre état d’âme ! Et vous vous dites au service de la justice ? souffla Rico, tout aussi consterné qu’elles.
- Il faut qu’on s’échappe ! dit Eve.
- Il faut que se venge ! rajouta Holly.

Ils se turent tous quelques instants. Rico regardait silencieusement le sol, la tête entre ses mains bronzées. Holly se rongeait les ongles, une mauvaise habitude qui ressurgissait dès qu’elle était stressée ou indécise. Quant à Eve, elle prit un panoramique de la salle pour s’occuper les mains. Cela fait, elle se rassit avec les autres en soufflant un grand coup.

- J’ai un compromis, lâcha-t-elle soudainement.

Rico releva la tête, ses yeux reflétant une colère qu’il faisait des efforts pour contenir et se comporter en humain. Holly le remarqua et fut prise d’admiration pour lui ; malgré tout ce que Rentoraa lui avait fait, il tentait de préserver son honneur. Holly n’avait même pas l’idée de faire de même ; il était inconcevable de laisser partir le jeune homme en vie. Elle s’en voudrait toute sa vie si cela arrivait. Mais elle daigna lever les yeux vers Eve, qui semblait avoir une idée.

- Nous sommes mieux équipés qu’eux, commença-t-elle. Je ne sais pas comment c’est foutrement possible, mais nous avons des armes et des combinaisons pare-balles – du moins, Holly et moi.

Rico remarqua en effet qu’il était le seul à être toujours vêtu de la tenue qu’il portait pour l’enterrement de McFilleul. Holly et Eve abordaient toutes deux une épaisse combinaison noire.

- Je n’avais qu’une seule flèche, mais je pense que je ne prends pas trop de risque en émettant l’hypothèse que d’autres apparaitront si j’en ai besoin, continua-t-elle.

Pour confirmer ses dires, une flèche apparue au-dessus de sa tête. Ni l’avait faite apparaître depuis son poste de contrôle. Les trois acolytes la regardèrent tomber avec stupeur dans les mains de la rousse.

- … Comme je le disais, il doit y avoir un génie de la lampe chelou qui, visiblement est de notre côté, ce qui fait que nous avons clairement l’avantage sur eux. Rentoraa est également blessé et tu t’es occupé de rendre son arme inutilisable, ajouta-t-elle en regardant Rico, qui acquiesça. Et, le plus important, regardez.

Elle mit son Pokématos en mode écran 10 pouces, et afficha la photo qu’elle venait de prendre. Elle zooma dans le coin droit pour révéler une porte, qu’on voyait à peine à travers les distorsions du verre extrêmement épais.

- Nous pouvons nous enfuir par là, souffla-t-elle. Sans tirer, ajouta-t-elle avec un regard appuyé en direction de Rico. Nous riposterons uniquement s’ils attaquent.
- Ils vont forcément attaquer ! Nous allons être en plein dans leur ligne de mire ! Ils sont du côté droit, la porte est à gauche, ils auront une dizaine de mètres alias plusieurs dizaines de secondes pour nous tuer ! s’insurgea Holly.
- Pas si on applique mon plan. Rico, tu as toujours ton Melodelfe ?
- Oui. Mais il ne sait toujours pas se battre… bredouilla-t-il, dépité.
- Ce n’est pas grave. Il nous permettra de gagner suffisamment de temps pour atteindre la porte, fit Eve, confiante.

Elle leur expliqua ensuite les détails du plan. Quand ils furent fin prêts, ils se mirent tous au bord du couloir de la mort, parés à exécuter le sprint de leur vie.

- GO ! hurla Eve.

Patricia, qui venait juste de briser le cœur de Rentoraa, se retourna vivement, ses sens en alerte, observant le couloir de la mort à travers la vitre. Une Pokéball roula alors jusqu’au centre du couloir. Un Melodelfe apparut alors. Patricia se précipita jusqu’au couloir pour le tuer avant qu’il n’agisse, mais il était trop tard.

- FLASH !




Ni, qui regardait la scène depuis son écran géant, poussa alors un énorme juron et frappa un grand coup sur son piano.

- Les imbéciles, souffla-t-il alors que l’écran devenait tout blanc. Il va falloir un temps fou pour refaire la mise au point, et si je ne vois pas la scène, je ne peux pas agir ! Bon sang ! grommela-t-il.





Eve, Rico et Holly s’étaient cachés les yeux. Ils s’élancèrent alors à l’aveuglette, puis en ouvrant les yeux quand l’explosion lumineuse se dissipa. Ils traversèrent le couloir en un temps record, récupérant Melodelfe au passage. Ils passèrent en coup de vent devant Patricia qui hurlait de rage en se frottant les yeux.  Ils ne se retournèrent pas pour voir Rentoraa qui n’avait plus ni la force ni l’envie de fermer ses yeux pour les soulager. Il restait là, les yeux ruisselant de larmes, attendant la mort en silence.

Les trois acolytes atteignirent finalement la porte, une grande porte en métal. Sans poignée. Désespérément fermée à clé. Holly étouffa un hoquet de stupeur. Ils étaient coincés, et Patricia avait presque retrouvé la vue. Ne perdant pas une seconde, Eve changea son bras en une espèce d’énorme bec allongé, et commença à faire sauter la porte à coups de Bec Vrille. Mais elle était incroyablement épaisse, et la jeune femme avançait avec une lenteur désespérante.

Il y eut alors une détonation, puis un long cri de douleur émanant de Rico. Une balle venait de lui arracher un bout de l’épaule gauche. Patricia, les pupilles toujours rétractées, tentait de viser malgré l’excès de luminosité qui avait abimé ses yeux. Et elle restait redoutablement précise. Ni une ni deux, Rico se mit à tirer à son tour, mais il était bien moins précis que la tireuse d’élite, qui continuait de tirer et les manquait de peu seulement.

- ON VA AU CONTACT ! hurla Eve en abandonnant la porte et son arc.

Dans un mouvement incroyablement maitrisé, elle prit appui sur la porte et se propulsa comme un boulet de canon, toutes ailes dehors. Sa main-bec transperça complètement la Kalachnikov de Patricia et vint se planter dans le mur, quelques mètres à côté de Rico. Pendant ce temps, Holly et Rico s’étaient élancés tête baissée, Holly brandissant sa batte.

Patricia, désarmée, bondit alors sur Rico et lui vola son Revolver quand il fut au sol – un exploit, quand on savait qu’elle avait perdu sa main droite. Mais Rico ne se laissa pas faire, et avant qu’elle n’ait eu le temps de lui exploser la cervelle, il la projeta violemment en arrière. Elle se releva d’une roulade et tira deux fois, ayant complètement retrouvé la vue. La première balle perfora la jambe de Rico de part en part, tandis que l’autre le toucha au niveau de l’avant-bras. Il s’effondra dans un cri, qui s’étrangla quand Patricia l’assomma d’un violent coup de pied dans le visage – elle était à court de munition.

Elle se retourna alors pour constater la scène. Eve avait le bras encastré dans le mur et se débattait vainement, complètement coincée. Quant à Holly, elle fixait sans rien dire le visage de Rentoraa. Elle avait voulu venir au secours de Rico, mais quand elle avait aperçu Rentoraa, elle s’était figée de stupeur. Celui-ci essayait d’articuler quelque chose à l’informaticienne. Patricia décida de profiter de cette diversion pour s’approcher à pas de loups.

- Je… fit Rentoraa dans un râle.
- Pourquoi ? le coupa Holly, complètement consternée par le spectacle du jeune homme mourant. Pourquoi avoir fait tout ça ?

Elle éprouvait des sentiments violement contradictoires : d’un côté, elle avait une envie folle de soulever sa batte et de l’abattre sur la tête du jeune homme. De l’autre, elle éprouvait une violente compassion pour ce pauvre être qui baignait dans une marre de sang, et qui semblait se faire lentement écraser par toute la misère du monde.

- Parce que… Je l’aime, termina Rentoraa avec un pauvre sourire tâché de rouge.

Holly tomba à genoux, lâchant sa batte. Eve stoppa tout mouvement pour regarder le pauvre homme, mais elle remarqua alors Patricia juste derrière Holly.

- ATTENTION HOLLY !

Ce cri lui sauva la vie. Dépourvue d’expérience au combat mais naturellement vive, elle se baissa juste à temps pour ne pas se faire transpercer par la flèche que Patricia avait récupéré sur Rentoraa et qu’elle brandissait désormais comme arme au corps à corps. Holly récupéra sa batte et tenta de riposter, mais Patricia était plus entrainée et lui fit une méchante balayette qui la cloua au sol.

- Désolée, chère Holly Harper. J’avais du respect pour vous, mais je ne mourrai pas ici ! ricana joyeusement Patricia.

Elle brandit la flèche, et l’abattit violemment, visant la poitrine d’Holly. Mais la flèche disparut soudainement, et l’attaque échoua. Ni avait repris le contrôle de la situation depuis la salle des commandes. Patricia regarda autour d’elle, consternée par ce qui venait de se passer. Holly en profita pour se dégager.

- Mon heure n’a pas sonnée non plus ! répliqua Holly en se mettant en garde, batte à la main.
- Il y a tellement d’ouverture que tu ressemble à une passoire, cracha Patricia en brandissant ses deux poings serrés.  

Mais c’est Eve qui mit un terme au combat. Le mur qui la retenait prisonnière disparut comme par magie, la libérant. Trois secondes plus tard, sa main/bec transperçait le ventre de Patricia. La jeune femme écarquilla les yeux de stupeur, puis cracha du sang avant de s’étaler par terre, vaincue. Holly et Eve la regardèrent tousser, misérable, avachie par terre, mi-cadavre mi-être humain.

- Ca ne la tuera pas, précisa l’Echo.
- Hum, répondit Holly, soulagée.
- Je vais m’occuper de Rico, ajouta Eve. Je te laisse décider du sort du mec en train de crever.

Elle s’éloigna, laissant Holly seule avec Patricia, incapable de bouger mais encore légèrement consciente, et Rentoraa, adossé au mur, aux portes de la mort. Son visage s’était décomposé quand Patricia s’était effondrée, empalée par Eve. Holly s’approcha de lui et le toisa de toute sa hauteur, une expression neutre collée au visage alors que tout son être dégageait une haine sourde, résultat de la vive blessure qu’avait été la mort de McFilleul.

- Ta bien-aimée est hors-course, souffla Holly. Tu vois, ce que tu es en train de vivre ? Le fait de voir quelqu’un qu’on aime souffrir ? C’est ce que tu m’as fait subir. Et c’est ce que tu as fait subir, au centuple sans doute, à Rico.
- Elle va vivre, n’est-ce pas ? articula Rentoraa sans répondre à Holly, avant d’être pris d’une violente quinte de toux.
- Eve dit que oui. En revanche, je pense qu’il n’y a plus rien à faire pour toi. Tu as perdu trop de sang, marmonna Holly.
- Je m’en fiche. Prends ma vie, mais sauve là… Je t’en… supplie… fit-il – il s’essoufflait.
- Elle n’a pas besoin de moi, mais malgré ce que tu m’as fait, je consentirai à l’aider si tu t’excuses, siffla Holly.

C’était la seule façon qu’elle avait trouvé pour garder son honneur. Elle ne se vengerait pas. Elle le laisserait simplement mourir, parce qu’il devait mourir de toute façon. Et pour prouver sa bonne foi, elle accomplirait sa dernière volonté. Mais Rentoraa ruina tout avec son petit sourire.

- Je ne… peux pas m’excuser… pour… quelque chose… que je ne regrette pas, termina-t-il tristement.

Holly sentit alors la haine monter en elle. Comme un dragon qui brulait en elle, détruisait les frontières, consumait sa fierté, son honneur, ses convictions.

Elle réalisa ainsi le home run de sa vie. Un home run si puissant que la balle explosa. Elle resta là, stupéfaite par ce qu’elle venait de faire. Elle ne sut jamais que quelques secondes avant l’impact, Mista Meetic en personne avait débarqué en fanfare dans la salle des commandes depuis laquelle Ni contrôlait tout. Elle avait usé d’Infinity pour qu’il mette un terme à tout ça avec une « certaine touche théâtrale très aristocratique ». La batte s’était donc changée en titane quelques secondes avant l’impact, gardant sa vitesse mais acquérant un poids bien supérieur.

Patricia assista à la scène sans un mot. Elle sentit quelque chose se briser en elle alors que son visage se décorait de quelques tâches écarlates. Elle était triste. Mais elle ne se sentait pas coupable. C’était lui qui avait voulu la sauver. Il récoltait seulement les fruits de sa sottise. Et sur ce, elle sombra.

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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Dim 17 Nov 2013 - 21:52

Ne parlons même plus de retard, ce stade là a été dépassé... Toutes mes plates excuses, j'ai comme-qui-dirais un peu perdu ma motivation, surtout parce que je n'arrive pas à trouver l'envie de m'y mettre. Mais heureusement, quand je m'y mets, je suis efficace. Bref, je vais essayer de me fixer un emploi du temps exprès, pour pouvoir retrouver un rythme de parution raisonnable, et finir cette fic que je traine depuis plusieurs années déjà...

Je comprendrais donc que vous n'ayez plus envie de lire parce qu'effectivement, ça fait très longtemps que je n'ai pas posté, donc encore une fois, mes excuses.

Résumé :
Spoiler:
 

Pour rappel (si vous avez la flemme de relire les fiches persos) :
Spoiler:
 

Persos (ajout de la fiche d'Adrien) :
Spoiler:
 

Voilà... Bonne lecture ! :)




Denzi Devil marchait d’un pas léger, malgré la pluie battante qui tentait de noyer Oliville sous ses foudres. Le jeune homme était rempli d’un mélange de félicité et de réussite personnelle. 21 Septembre, six heures du soir ; la fin de sa première journée de cours à la Porygon School, l’école d’ingénieur la plus réputée du Pokémonde. Il avait laissé sa famille – Nozomi et sa mère – à Nénucrique pour quelques mois : elles ne tarderaient pas à le rejoindre à Oliville. En attendant, il résidait dans une chambre étudiante, qu’il avait investie quelques jours auparavant. C’était un chouette complexe ; de beaux jardins, une demi-douzaine d’immeubles dans le style très balnéaire de la ville, un système de sécurité tout à fait décent et un quartier relativement calme qui ne demandait qu’à être exploré.

Denzi aimait bien l’orage. Il était attiré par tout ce qui touchait à l’électricité, et, enfant, il avait plusieurs fois failli s’électrocuter en jouant avec les prises. Mais son affinité ne faisait pas tout ; il était trempé, et il avait froid. Avec regret, il se décida finalement à presser le pas pour ne pas finir noyé. Finalement, il fut en vue de son immeuble. Il jeta un coup d’œil au panneau « H-S » de l’ascenseur et opta pour les escaliers extérieurs, métalliques et en colimaçon. Il commença à monter les marches avec peine, son uniforme serré entravant ses mouvements – il se demandait par ailleurs s’il serait sec pour le lendemain –, mais son regard croisa une lueur rougeâtre alors qu’il atteignait le deuxième étage. Avant qu’il ait eu le temps de faire quoi que ce soit, il se retrouva front contre afro avec un type à peu près aussi grand que lui, qui lui souffla une bouffée de son joint à la gueule.

- T’aurais pas une clope ? fit-il d’une voix trainante.
- J’ai une tête à en avoir une ? répliqua Denzi, passablement agacé et prêt à mettre en pratique ses cours de self-défense si besoin était.

Son « agresseur » sortit son Cube en mode lampe torche, et sembla légèrement désarçonné par la tête blonde et les pénétrants yeux verts de sa cible. Denzi profita de la lumière pour détailler à son tour le fumeur ; il devait avoir à peu près son âge. Ses joues étaient creusées, ses yeux un peu rouges, mais pas autant que son improbable afro écarlate qui dodelinait doucement sur sa tête ovale. Mais le plus étonnant, c’est qu’il était habillé du même uniforme que celui de Denzi : celui de la Porygon School.

- Non, pas spécialement, répondit le rouquin en éloignant son visage, visiblement embarrassé.

Il s’adossa à la rambarde métallique de l’étage, et laissa échapper un autre nuage de fumée qui se perdit dans la pluie battante. Denzi, intrigué, décida que c’était le moment ou jamais de socialiser.

- Tu es à Porygon ? questionna-t-il, un peu plus aimable que quelques instants auparavant.
- Ca se pourrait, répondit le rouquin, pas très à l’aise. Toi, tu y es ? s’enquit-il.
- Ca se pourrait, répliqua Denzi.

Il y eut un long silence durant lequel le roux tira une autre taffe.

- Denzi Devil, fit celui-ci en tendant la main à l’autre.

Le rouquin la regarda, perplexe. Il finit par la serrer. Denzi remarqua à quel point elle était chaude, et par la même occasion à quel point il était frigorifié par son trajet sous la pluie.

- Adrien Oba, souffla le roux. Et oui : je suis à Porygon.





- Ad’, je te présente Jasmine. Jasmine, je te présente Adrien, dit Denzi avec un grand sourire.
- Tu es pote avec la Beauté Frigide ?! s’étonna le rouquin.
- Pas exactement… Elle me suit depuis des semaines, donc j’ai décrété qu’il valait mieux que je l’invite chez moi avant qu’elle ne s’y invite par effraction, souffla le blond, narquois.
- Je suis toujours là, marmonna Jasmine, un sourire indulgent aux lèvres.

Sourire qui s’effaça quand Adrien la toisa. On disait souvent du jeune homme que des flammes brûlaient dans son regard, mais c’était particulièrement vrai à ce moment là. Le mot « Jalousie » se lisait presque dans son regard comme on pourrait le lire dans un livre. Jasmine ne faisait aucun effort non plus ; les lèvres pincées, le regard plus tranchant que l’acier, elle était clairement peu amène à se lier d’amitié avec le sulfureux jeune homme.

Mais Denzi brisa la glace en leur tendant une bière à chacun. Ils se détendirent un peu, et consentirent à s’asseoir sur les poufs qui jonchaient la chambre étudiante de Denzi. La discussion s’amorça, mais c’était Denzi qui menait la danse, les deux autres ne prenant même pas la peine de se regarder. D’un autre côté, regarder Denzi parler était une chose très agréable en soi ; il aurait été bien stupide de vouloir faire autre chose, en particulier daigner adresser la parole à son rival en titre.

La conversation fut interrompue par quelques coups timides frappés à la porte. Denzi s’étonna ; tout le monde l’appréciait, mais il n’avait jamais donné son adresse à personne à part Jasmine et Adrien. Il lança un regard inquiet à Adrien, qui soupira. Denzi était légèrement paranoïaque, et se reposait souvent sur la force des Pokémon d’Adrien pour le protéger, même si la plupart du temps, rien ne se passait du tout. N’importe qui aurait trouvé ça très étrange voire flippant, mais Adrien trouvait cela très mignon de sa part. D’un geste nonchalant, il envoya donc son magnifique Simiabraz ouvrir la porte. Dans l’encadrement de la porte se trouvait l’un de leurs camarades de classe. C’était un étudiant bien bâti et très beau garçon au demeurant, mais désespérément incapable et stupide. Une des grandes énigmes de l’humanité résidait dans la façon dont il parvenait à obtenir des notes correctes dans la plus prestigieuse école du monde avec des capacités si limitées. Il passa sa main à la peau mate dans ses cheveux noirs, et  bredouilla une excuse.

- Euh, désolé de te déranger, vraiment vraiment… soufflait-il, ne sachant pas où se mettre.
- Loser… toussota Adrien avec un clin d’œil à Denzi.
- Ta gueule Ad’ ! le réprimanda le blond. Entre, Rico ! ajouta-t-il avec un sourire.

Il s’agissait effectivement de Rico Joven, le même jeune homme qui quelques années plus tard, s’infiltrera dans le QG de la M-Organisation accompagné de Holly et Eve. Mais revenons à nos Wattouats.

- Je-Je crois que tu as embarqué mon livre de physique, bredouilla le jeune homme, tout confus. Et j’en ai besoin pour les exercices de demain…
- Tu n’aurais pas pu demander une photo sur Fatelook ? soupira Adrien en sortant une cigarette, atterré.
- … Si, effectivement… souffla Rico comme s’il venait d’apercevoir Arceus.

Denzi réapparut avec le livre en question et le lança à Rico, qui ne l’attrapa pas. Le livre atterrit par terre, un peu plus loin. Adrien parut perdre foi en l’humanité, et Jasmine, qui ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam le pauvre Rico, fut pour une fois d’accord avec son rival roux. Denzi afficha un regard désolé.

- Merde, excuse-moi j’aurais pas du te le lancer… sourit-il, peiné.
- Quelle idée de lancer une brique à un Flabébé, faut dire, souffla Adrien alors que Rico ne savait plus où se mettre.

Denzi le foudroya du regard, et le roux leva les mains en signe d’innocence. Rico finit par partir après s’être à nouveau confondu en excuses. Le blond se rassit sur son pouf, et remarqua alors la fumée qui s’échappait de la bouche de son ami. Sans un mot, il attrapa la cigarette d’Adrien et la jeta nonchalamment par la fenêtre. Jasmine eut un petit rire cristallin.

- Hé ! geignit le rouquin.
- Pas de ça chez moi, répliqua Denzi avec un sourire mi-sévère mi-indulgent.





Janvier. Adrien et Jasmine, l’un emmitouflé dans une énorme doudoune jaune, l’autre en simple gilet de laine, couraient presque dans le dédale que constituaient les allées sinueuses entre les différents bâtiments du campus étudiant. Le froid gelait leur souffle court, alors qu’ils appelaient en vain le nom de Denzi.

- Il ne répond toujours pas ? s’enquit Jasmine alors que son Magnéti revenait bredouille de ses recherches.
- Non, souffla Adrien en tapotant sur son Cube. Il ne doit plus avoir de batterie, je n’arrive pas à tracer sa puce GPS avec findmyboyfriend.com...
- Dans d’autres circonstances je t’aurais très certainement frappé, marmonna Jasmine.

Elle hurla à nouveau un long « Denzi ! » qui résonna dans l’atmosphère sans vie. Il était tard – presque une heure du matin – et Denzi était parfaitement introuvable. Il n’était pas chez lui, il n’était pas à Porygon, il ne répondait plus. Soudain, le Simiabraz d’Adrien descendit d’un immeuble, incroyablement agile. Il fit de grands gestes à son maître pour lui signifier qu’il avait trouvé le grand blond. Adrien et Jasmine se jetèrent un regard inquiet, puis s’élancèrent à la suite du primate de feu.

Ils n’eurent pas à courir longtemps. Trois immeubles plus loin, Denzi était étendu dans une ruelle sur un sac poubelle. Jasmine étouffa un petit cri, tandis qu’Adrien se décomposait. Ils se précipitèrent en criant son nom. Jasmine le secoua violemment, et il finit par ouvrir les yeux ; ceux-ci n’étaient pas aussi verts et pénétrants que d’habitude. Ils semblaient vides, et ses pupilles étaient excessivement rétractées.

- Denzi, Denzi, tu m’entends ? s’affola Jasmine en le secouant de plus en plus fort.
- Je crois, oui… souffla-t-il.

Il avait l’air apathique, et quand Jasmine tenta de le relever, il retomba minablement sur son sac poubelle. Adrien, pris d’un doute, vérifia d’abord les narines du blond, puis attrapa sans ménagement son bras et remonta la manche de son uniforme. Une marque rouge ressemblant à une piqûre de moustique tâchait sa peau blanche comme neige.

- Qu’est-ce qu’il y a ? souffla Jasmine.
- Il s’est shooté, voilà ce qu’il y a ! éructa Adrien.

Il frappa violemment le sac poubelle d’un coup de pied, dont le contenu se répandit au sol. Son Simiabraz le regardait, peiné. L’information mit du temps à atteindre le cerveau de Jasmine. Elle resta sans réaction, trop digne pour montrer sa détresse devant Adrien, qui lui s’était assis la tête entre les jambes contre le mur. Il avait du mal à gérer ses accès de colère, et il valait mieux qu’il se roule en boule plutôt qu’il se mette à frapper les façades à mains nues. Pendant ce temps, Denzi semblait reparti pour le pays des songes.

- Tu penses qu’on devrait l’amener à l’hôpital ? proposa Jasmine, la voix tremblante.
- Mauvaise idée. Il aura plus d’ennuis Il pourrait être exclu… Et dans l’immédiat, il ne risque rien, marmonna Adrien. Quel CON !

Denzi marmonna quelques mots incompréhensibles dans son sommeil. Après de longues minutes, Adrien se releva et hissa le jeune homme sur ses épaules. Jasmine le suivit sans un mot ; elle aurait voulu protester, dire que c’était elle et ses Pokémon qui devraient le porter. Mais elle se tut : elle avait dépassé le stade où elle rejetait absolument tout chez Adrien. Il avait des bons côtés, et elle les respectait malgré elle.

- Où tu penses qu’il s’est… fourni ? s’enquit Jasmine en chemin.
- Aucune idée. Il y a beaucoup de junkie dans le coin, avec tous ces gosses de riches qui veulent se la péter…
- Et tu en connais sûrement quelques uns, marmonna la jeune femme d’un ton chargé de reproches.
- Eh, je m’en suis toujours tenu à l’herbe ! s’indigna Adrien. Et de toute façon, là n’est pas le problème. Si ce n’est pas la première fois et qu’il est déjà accro, il n’aura aucun mal à s’en procurer de toute manière. Il serait même parfaitement capable d’en synthétiser lui-même, soupira le roux.
- Il pourrait faire ça ? s’étonna Jasmine.
- Allô, la Terre appelle la Lune ? Blondie est en Spé Chimie, il a accès à tous les labos de Porygon. Pas compliqué de récupérer un peu de morphine et d’en faire de la came, ou même de la consommer telle quelle…

Ils finirent par arriver chez Denzi. Ils trouvèrent les clés dans sa poche et entrèrent, l’allongeant sur le canapé. La nuit fut longue ; Adrien et Jasmine n’avaient pas grand-chose à se dire, et ils ne pouvaient pas non plus se résigner à dormir.

- Je ne comprends pas, marmonnait Adrien, fumant sa clope à la fenêtre.
- Ce n’est pas comme si on l’avait vu venir. Tu as vu l’état dans lequel il était ces derniers jours ? Et il partait souvent « faire des courses »… se souvint Jasmine.
- Oui mais pourquoi ? Okay, son père s’est barré quand il été tout gamin, mais quand même, il a eu le temps de surmonter ça ! Avoir l’air cool ? Il est déjà aimé par les trois-quarts de Porygon, les profs sont à ses pieds, les filles paieraient cher pour gouter à sa-
- Abrège, le coupa froidement Jamsine.
- … Je ne comprends pas, répéta Adrien dans un ultime soupir.
- Par ennui…

Adrien et Jasmine se retournèrent violemment. Denzi était réveillé. Pour reprendre l’expression, il avait vraiment la tête dans le cul.

- La vie est chiante, vous ne trouvez pas ? Je vais en cours, j’apprends, j’économise pour pouvoir un jour être capable de faire ce que je veux de ma vie, parce que je serai riche et dépendant. Dommage, il sera trop tard… conclut-il en éclatant d’un petit rire nerveux. Alors qu’on pourrait devenir riches, en peu de temps… Et planer…

Jasmine le gifla, mais il sembla n’en avoir que faire. Adrien hésita à le frapper à son tour, mais se retint.

- T’as vu dans quel état tu t’es mis ?! s’insurgea Jasmine en le secouant à nouveau comme un poirier.
- Te méprends pas… C’était coool… Et ça le serait encore plus si on s’associait ! On pourrait vraiment vivre mieux !
- C’est hors de question ! On va commencer par te sortir de ce pétrin, imbécile !
- Vraiment, Jasmine ? souffla Denzi.

La jeune femme se figea. Denzi ne lui faisait pas souvent l’honneur de l’appeler par son prénom – elle jalousait d’ailleurs Adrien sur ce plan, qui lui avait même droit à un diminutif affectif.

- Je demande jamais rien à personne… Vous pensez pas que vous pourriez au moins m’accorder ça ? bredouilla Denzi, suppliant.

« Ne le regarde pas, Adrien, ne le regarde pas… » se répétait celui-ci, concentré sur le mur crème de l’appartement. Jasmine avait déjà perdu la guerre à la seconde où le blond avait prononcé son nom. Mais le rouquin ne pouvait pas se laisser avoir ; or il savait que s’il croisait son regard, c’était fini.

- Vous m’appréciez donc si peu que ça ? parce que pour moi vous êtes les personnes à qui je tiens le plus au monde… Et je ferai n’importe quoi pour vous…

« Ce n’est pas lui qui parle, Adrien. Il n’est pas tout à fait lui-même. » Jasmine regardait fixement Adrien. Comme il l’avait deviné, elle était déjà d’accord. Il se rendit alors compte de l’ignoble ami qu’il était. Il ne voulait que le bien de Denzi, et pourtant, il était incapable de lui résister, même si ça devait conduire à leur destruction à tous les trois. Il détournait les yeux, mais au fond, il avait déjà dit oui. Pour se donner bonne conscience, lui et Jasmine essaieraient probablement de lui faire ralentir sa consommation, mais aucun des deux ne se résignerait jamais à prendre des mesures plus radicales : ils étaient incapables d’aller à l’encontre de la volonté du blond.

- Ad’, je t’en supplie… On serait tellement heureux, tous les trois…

Adrien tourna finalement la tête, comme un condamné en route pour la guillotine qui finit par ouvrir les yeux sur la foule environnante et fait face à sa sentence. Les yeux de Denzi n’étaient plus aussi beaux que quelques jours auparavant ; plus ternes, moins séducteurs.

- Je vous aime…

Mais cette phrase l’acheva.





Jasmine était assise dans le phare d’Oliville. Il était presque 3 heures du matin, mais elle était parfaitement alerte. Elle était vêtue d’une fine robe blanche surmontée d’un gilet crème, subtilement maquillée, le teint frais et attirant. On ne l’appelait pas la Beauté Frigide sans raison ; à l’époque encore plus que dans le présent, encore dans la jeunesse physique insouciante et gracile, elle était proprement irrésistible. Elle le savait, mais donnait l’illusion de ne pas le savoir, ce qui la rendait d’autant plus belle.

Un Lainergie était à ses côtés. C’était un cadeau de Denzi – encore un Wattouat quelques semaines auparavant – pour que Jasmine s’occupe efficacement de la tâche qui lui incombait. Denzi n’y voyait là qu’un cadeau utile à la jeune femme, mais celle-ci y avait vu une déclaration d’amour, et chérissait le Pokémon plus que s’il avait été son fils. Combinée à ses talents de dresseuse, cette affection avait déjà rendu le Pokémon étonnamment puissant, bien qu’il n’ait pas encore atteint son stade d’évolution final.

Une fine pluie tombait inlassablement depuis plusieurs jours ; Jasmine songea à Denzi qui devait s’extasier devant la puissance de ses Pokémon électriques – qui augmentait inévitablement avec l’humidité ambiante – et eut sourire. Puis elle pensa à Adrien qui, lui, devait être d’une humeur massacrante, et son sourire s’élargit d’autant plus. Son Cube se mit alors à vibrer dans sa poche. Elle sortit le petit dé, qui se déplia pour former une tablette ultra fine. La tête d’Adrien apparut à l’écran, abrité sous un parapluie, l’air maussade.

- Ils sont en vue, marmonna-t-il.
- Vous êtes où ? souffla Jasmine.
- La crique 21. Tu sais, celle qui est accessible uniquement par une espèce de tunnel.
- Oui, je sais laquelle c’est, je connais quand même le plan, soupira Jasmine.
- Bref, c’est à ton tour d’agir.
- Je m’en occupe…

Elle raccrocha. Son Lainergie la regarda, inquiet. Mais il n’avait pas de quoi s’inquiéter ; cela ne faisait que deux mois qu’elle était dans le milieu criminel, et malgré ses nombreux tours pendables, elle les effectuait froidement, sans aucune arrière pensée. Ce soir n’était pas différent. Son Magnéti était resté dans le phare pendant toute une semaine, pour rendre progressivement sourd le garde de nuit avec Strido-Son. Jasmine avait donc pu se faufiler plusieurs fois à l’intérieur, de nuit, sans que le pauvre homme n’entende le moindre bruit. Et, cloitré dans sa cabine sans fenêtres au cœur du phare, il ne risquait pas de voir ce qui allait suivre.

Jasmine ordonna à son Lainergie un Rayon Chargé parfaitement maîtrisé sur l’énorme lampe – qui fonctionnait toute la nuit, tournant sur elle-même pour prévenir les bateaux approchants de la proximité de la côté. La lampe s’arrêta alors de tourner, puis pivota vers le bas. Le faisceau pointait désormais très précisément la crique 21. Jasmine hocha la tête, satisfaite ; les personnes qu’ils attendaient n’auraient ainsi aucun mal à trouver le lieu de rendez-vous. Elle sortit du phare en silence, son Lainergie derrière elle, dévalant les marches sans que le garde ne l’entende. Puis elle s’envola sur son Airmure.

Le vent et la pluie s’écrasait sur l’attaque Abri du Pokémon, qu’il utilisait pour que Jasmine arrive parfaitement sèche – et belle – à destination. Bientôt, elle aperçut la fameuse crique 21, qu’on ne pouvait voir que depuis la pleine mer. En plus d’être cachée, celle-ci était quasiment impossible à atteindre ; la zone, éloignée du port, était criblée d’énormes tourbillons qu’aucun bateau n’aurait pu traverser sans dommages – à part peut-être l’Etoile d’Unys.

Elle se posa en douceur, et rappela son Pokémon. Son visage s’éclaira quand elle aperçut Denzi, plus beau que jamais dans sa chemise blanche et son slim moutarde. Adrien n’était pas non plus en reste, dans son costard noir à cravate aussi rouge que ses cheveux.

- Hey ! sourit Denzi en voyant approcher la jeune femme.
- Il était temps, dit Adrien. Ils sont presque là.

En effet, à l’horizon on apercevait vaguement trois formes qui se détachaient de la lune d’horizon, fendant sans problème les tourbillons. Après quelques secondes, les formes se firent plus distinctes : il s’agissait de Léviators, sur lesquels trônaient fièrement des personnes habillées tout en bleu. Ils accostèrent sur la plage, sous les yeux concentrés de Denzi, Adrien et Jasmine. Le blond était tendu ; c’était sa première grosse « livraison », et il se devait d’assurer son jeu. Adrien n’était pas très à l’aise également, mais c’était plus dû à la présence de la pluie et des Léviators ; dans ces conditions, lui et ses Pokémon Feu n’étaient pas très efficaces, et il se sentait tout à fait vulnérable. Quant à Jasmine, aussi calme qu’à son habitude, on aurait dit qu’elle avait fait ça toute sa vie.

Les trois hommes descendirent de leurs montures impressionnantes et s’avancèrent sur la plage. Ils avaient une sale mine ; parfaitement trempés, balafrés, et affublés d’une combinaison bleue sur laquelle était imprimé le logo de leur organisation, usé par le temps : la Team Aqua. C’était l’une des deux mafias qui exerçaient un pouvoir quasi-absolu à Hoenn. Mais les temps étaient durs pour les dealers, là-bas ; Hoenn, de toutes les nations du Pokémonde, était la plus proche de la dictature. Il était très dur d’en sortir sans raisons valables, tout comme il n’était pas facile d’y entrer. Les forces de l’ordre était omniprésente et les gens se sentaient constamment épiés : conséquence, ils se tenaient plutôt bien à cause de la terreur, et le marché illégal ne fleurissait pas vraiment, d’où la nécessité d’exporter. Dans ce domaine là, la Team Aqua surpassait la Team Magma, la mafia rivale ; ils avaient de nombreux Pokémon Eau, seul moyen de transport encore utilisable par la pègre. En effet, le trafic aérien était complètement surveillé par l’Union Pokémon : des milliers de Pokémon vols étaient bourrés de capteurs en tout genre, ce qui permettait aux Echos d’avoir en temps réel une carte en 3D de tout le ciel de l’Union Pokémon. D’ailleurs, l’utilisation des Pokémon vols pour le déplacement n’était pas si utilisée que ça : seul les grands dresseurs ayant complètement confiance en leurs Pokémon prenaient le risque de prendre la voie des airs. Ils étaient en permanence soumis à des radars sophistiqués qui décelaient la présence de tout composant douteux ; trafic de drogues et de Pokémon étaient complètement impossibles.

Beaucoup pensèrent à la téléportation ; mais les Pokémon aptes à l’utiliser étaient parmi les plus rares. Des techniques se développèrent alors pour entrainer les Pokémon Psys, quels qu’ils soient, à se téléporter. C’est ainsi que Denzi pu l’apprendre au Terhal de sa sœur Nozomi quelques mois plus tard, quand elle arriva à Oliville avec sa mère. Mais la téléportation - de même que les ondes radios pouvaient être interceptées facilement – était également passée au crible. Cette technique ne permettait pas de révéler l’identité de la personne téléportée, mais elle pouvait en revanche faire l’inventaire très précis de ses possessions ; cela réduisait la téléportation au rang de moyen de fuite très efficace.

En revanche, les routes maritimes étaient sûres, bien qu’hautement impraticable sans les Pokémon adaptés. Il y avait bien le danger que représentait l’Abysse, véritable îlot armé, mais l’utilisation de Pokémon permettait de passer discrètement si on faisait le détour adéquat.

- Bonsoir, messieurs, sourit Denzi.

Les trois hommes ne répondirent pas. Ils portaient chacun une caisse métallique. Leurs visages étaient austères. Ils se tenaient à une bonne distance de Denzi et ses acolytes. Comme prévu, Jasmine s’avança, un sourire collé au visage.

- La marchandise ? sourit-elle à l’adresse de celui qui semblait être le chef de l’escouade.
- L’argent d’abord, grogna le mafieux.

Jasmine se retourna vers Denzi, qui sortit son Luxray. Les sbires se regardèrent, embêtés. Si l’un de leurs Léviators était touché, ils ne pourraient pas rentrer.

- Envoyez nous un échantillon, ordonna Jasmine, à la fois mignonne et implacable.

Le regard du mafieux glissa un peu sur le décolleté de la jeune fille. Il obtempéra, et ouvrit la caisse, remplie de petits sachets. Il en tendit un à Jasmine. La jeune fille n’y jeta même pas un regard, et le balança à Denzi, en retrait avec son Luxray. Adrien observait. Le jeune homme blond ne perdit pas une seconde, sortant une pipette de la poche de sa chemise. Il versa quelques grains du sachet sur une lamelle de verre, puis laissa tomber une goutte du contenu de la pipette. La poudre vira du blanc-cassé au violet, et Denzi hocha la tête.

Jasmine sortit alors une sacrée liasse de billets de sa poche. Près de 100 000 Pokédollards. Résultat de deux mois de petite production de substance dans la maison de Jasmine – dirigée par Denzi et ses talents de chimiste – ainsi que d’une grosse partie des économies de la jeune championne d’Oliville. C’était un pari risqué, mais s’ils parvenaient à tout revendre, la somme en question serait multipliée par cinq, voire par dix. Les sbires déposèrent les trois caisses à leurs pieds. Jasmine leur ordonna de reculer, ce qu’ils firent sans discuter. Adrien examina alors le contenu de chaque caisse, tandis que Denzi vérifiait un autre échantillon au hasard, au cas où. Jasmine patientait, son regard de fer planté dans ceux du supérieur de la Team Aqua. Celui-ci semblait mis mal à l’aise par ce regard pénétrant de la part d’une si jolie jeune fille.

- C’est bon, confirma Adrien.

La jeune femme leur donna les liasses de billets, qu’ils comptèrent avidement avant de remonter sur leurs Léviators. La première grosse livraison était achevée.





A partir de ce jour là, ils furent lancés. Ils recrutèrent une flopée de jeune gens riches de Porygon qui auraient pu être mannequins, et dirigèrent d’une main de fer le réseau de deal le plus abouti et le plus organisé qu’ait connu Johto. Les affaires furent tout simplement florissantes, et ils menaient la belle vie. Jasmine était à la tête de l’organisation pour le monde extérieur, car elle était la plus efficace, mais c’était Denzi qui commandait Jasmine. Celui-ci s’enfonça de plus en plus dans les drogues dures, en voyant passer sous son nez toute la sainte journée. Il peinait à rester lui-même, et ses crises de paranoïa devenaient parfois incontrôlables. Il était tantôt lui-même, souriant et agréable mais incroyablement fatigué, tantôt irascible et imbuvable.  Il avait également beaucoup maigri, tout ça sous les yeux d’Adrien et Jasmine, impuissants. Et, dans leur lancée, ils continuaient à faire tourner le réseau comme personne n’aurait réussi à le faire. Adrien, en Spé Informatique à Porygon, se chargeait de sécuriser les communications, piratait les données des réseaux concurrents, et couvrait leurs traces mieux que personne en s’occupant d’effacer les films des caméras de surveillance et en harcelant les témoins sur les réseaux sociaux pour qu’ils se taisent. Ils étaient puissants et insaisissables.

Puis survint le drame. L’arrivée de la mère et la sœur de Denzi. Complètement affalé dans la drogue, le bond fit un effort considérable pour bien se comporter quand il était chez eux. Il était censé habiter avec sa mère, mais il sortait tout le temps et elle n’avait que peu d’occasions de le voir. La pauvre femme n’était pas dupe ; flic, elle traquait des camés toute la sainte journée, et savait les reconnaitre. Et au bout de quelques jours seulement, elle avait acquis la certitude que son fils en était un. Puis elle fut transférée sur le dossier de cet incroyable trafic, et commença ainsi une longue descente aux enfers pour Denzi. Chaque soir, quand il revenait, il voyait cette femme, sa mère, qui le conduirait un jour à sa perte. Ils étaient alliés par le sang, ennemis par la vie. Et plus sa mère se rapprochait des traces de son fils, malgré tous les efforts d’Adrien pour empêcher ça, plus Denzi devenait incontrôlable. Il ne sortait jamais sans une arme, et se torturait de longues heures durant lesquelles il pesait le pour et le contre. Il serait déjà passé à l’acte depuis longtemps si Nozomi n’existait pas. Il avait pitié de sa sœur, qui serait obligé de tout subir à sa place. Mais un jour, il craqua.

Il tua sa mère d’une balle entre les deux yeux, devant Nozomi. Et ce coup de feu marqua la fin de l’ère Denzi.





Égouts de Doublonville. Eve avançait lentement, soutenant Holly qui peinait à faire le moindre pas. Rapasdepic portait Rico sur son dos. Le pauvre était grièvement blessé, transpercé par deux balles et balafré de toutes parts. Eve avait réussi à stopper grossièrement le saignement, mais sa vie était toujours en danger, et elle devait se dépêcher de trouver une sortie.

Ils étaient sortis tout trois du QG de la M-Organisation un petit peu après qu’Holly eut défoncé le crâne de Rentoraa avec une batte de base-ball, aidée sans le savoir par Ni. Ils avaient emprunté un ascenseur tout blanc qui les avait vomis dans les égouts de Doublonville – le logo de la ville était gravé sur les tuyaux. Holly était complètement secouée ; elle n’arrivait pas à marcher, et se sentait vide à l’intérieur. Elle n’avait pas prononcé un mot depuis tout à l’heure, mais Eve la comprenait ; le « premier » était toujours difficile, comme on disait dans le jargon. Même si Holly était militaire et aux commandes de l’engin le plus puissant de toutes les mers du Pokémonde, il était très différent d’exploser une tête humaine avec une batte au lieu d’appuyer simplement sur un bouton.

- Holly, tu veux manger quelque chose ? proposa Eve, tout en sachant que c’était inutile.

Elle n’eut effectivement aucune réaction. Quant à Rico, il n’était qu’à moitié conscient. Il grognait ou murmurait des choses de temps en temps, mais il ne semblait pas avoir conscience du monde qui l’entourait.  Il n’y avait pas de temps à perdre pour le soigner, mais Eve avançait très lentement à cause d’Holly. Qui plus est, elle se sentait terriblement seule.

Elle aperçut soudain une échelle qui semblait mener à la surface. Elle souffla de soulagement, rassurée. Depuis tout à l’heure, elle était sur ses gardes ; ils n’étaient pas à l’abri d’une autre attaque. Par mesure de précaution, elle décréta qu’il valait mieux qu’elle ait de quoi se défendre au cas où ces égouts n’en soient pas et mènent à un autre piège.

Elle fourra sa main dans la poche de sa combinaison pare-balle qui était apparue sur elle comme par magie tout à l’heure, alors qu’ils se battaient contre Patricia et Rentoraa. Soudain, alors qu’elle attrapait le revolver qui s’y trouvait, ses doigts entrèrent en contact avec un petit bout de papier. Curieuse, elle l’attrapa et le porta à la maigre lueur qui éclairait sporadiquement les égouts. Elle lut :

« Ne parlez à personne, mais faites confiance à 08 54 12 47 89.

Signé : Le Toutou. »

- Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Un numéro de téléphone ? s’interrogea-t-elle à voix haute.

Elle songea que c’était sûrement de la part de leur bienfaiteur magicien, et qu’en conséquence, il valait mieux lui faire confiance. Elle posa Holly contre un mur et fit se poser Rapasdepic – qui portait Rico – et prit une minute pour appeler le mystérieux numéro. Elle n’activa pas la vision-conférence.

- Allo ? fit une voix masculine.
- Je ne sais pas trop quoi vous dire, dit immédiatement Eve. Un dénommé Toutou m’a dit de ne faire confiance qu’à votre numéro, sans m’en dire plus.

Le silence se fit à l’autre bout du fil. Eve attendait fébrilement.

- Où êtes vous ? demanda finalement l’homme.
- Je n’en suis pas bien sûre… Je dirais les égouts de Doublonville, répondit Eve, peu amène à dévoiler sa position, mais n’ayant pas d’autre choix.
- Dans ce cas retrouvez-moi à l’hôtel Magnétix, dans le centre. Chambre 201.
- C’est d’accord. Mais sachez que je me réserve le droit de vous arrêter si vous tentez quelque chose de louche, le prévint Eve.
- D’habitude, ce serait plutôt à moi de dire ça… Je vous laisse. A tout à l’heure !
- Attendez ! l’interpella-t-elle alors qu’il allait raccrocher. Qui êtes-vous ?
- … Adrien Oba.

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Dernière édition par Shean le Mer 27 Nov 2013 - 16:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   Mar 19 Nov 2013 - 20:39

OVARIES (Oba SEX with Denzi) Oh oui

edit : Fail Pervy Silver

EDIT SHUU : Meurs Capute. Meurs.
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MessageSujet: Re: Meetic Infinity   

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Meetic Infinity

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